Personnalités

Interview : Trois questions à Philippe Eudeline, Président de Normandie AeroEspace. Lauréat Trophée IES Cercle K2


Cynthia Glock




Pourquoi et comment avez-vous mis en œuvre votre démarche d’intelligence économique au sein de Normandie AeroEspace ?

Je suis issu de Thales, où je suis Directeur Technologie et Innovation. S’agissant d’un grand groupe à portée stratégique, je suis sensibilisé depuis longtemps aux enjeux de l’intelligence économique. En rejoignant Normandie AeroEspace en 2008, je me suis aperçu que les PME n’avaient que très peu de culture de l’intelligence économique, d’où un risque très fort de se faire piller leurs savoir-faire. La démarche a d’abord consisté à nous rapprocher des services compétents de l’Etat, notamment la DGSI qui intervient pour nos formations, pour aider à faire prendre conscience aux patrons de PME des actions défensives et offensives à adopter.

Car Normandie AeroEspace se rend notamment dans de grands salons, type Bourget, où il y a une intense activité d’intelligence économique : des questions sont posées, des photos sont prises, parfois des échantillons sont dérobés.

Nous sensibilisons nos PME pour que leurs représentants soient vigilants au fait de ne pas se faire voler leur ordinateur, qu’ils répondent prudemment aux questions quand ces dernières sont trop ciblées, etc. Les laboratoires de recherche et les établissements d’enseignement sont vulnérables aussi quant à la fuite de données.


Pourquoi avoir inscrit Normandie AeroEspace aux Trophées K2 ?

J’avais rencontré un des membres du Cercle K2, sans savoir qu’il en faisait partie, et je lui avais parlé des actions que nous menions au sein de notre association. Il m’a recontacté quelques temps plus tard, pour m’inciter à soumettre ma candidature. A ce moment-là, je ne pensais vraiment pas que nous gagnerions !

Cette victoire s’avère finalement très utile.
D’abord, parce qu’elle nous apporte de la visibilité. De la communication est faite au sujet de Normandie AeroEspace. C’est important pour l’attractivité de notre filière et pour notre région, la Normandie.
Par ailleurs, en interne, cela prouve à ceux qui ne sont pas encore convaincus, qu’ils ont tout intérêt à s’y mettre.
A plus long terme, le Trophée renforce notre conviction que nous devons persévérer et qu’il faut se prémunir de l’effet d’essoufflement, rester vigilant pour ne jamais oublier l’intelligence économique dans nos plans d’action.

 


Comment renforcer encore les actions que vous menez déjà ?

Il s’agit de structurer encore plus notre approche. Au niveau de la formation déjà. Normandie AeroEspace regroupe sous son label six formations, dont un bac professionnel, deux licences professionnelles en Métrologie et en Electronique et des masters.

Nous sommes en train de voir comment intégrer un module d’intelligence économique aux licences pro, pour être sûr que les étudiants soient, dès le début de leur parcours professionnel, sensibilisés à cette question. Ils suivent des formations très techniques, mais ils vont dans des congrès et sont en contact avec beaucoup de monde, fournisseurs, stagiaires, etc. Le risque de transmettre de l’information sensible est important et ils doivent en avoir conscience.

Quant aux PME, la faiblesse vient en général des nouveaux entrants dans les entreprises. Notre récompense aux Trophées K2 nous donne encore plus de responsabilité, nous devons être très proactifs à ce sujet et nous y travaillons.

Enfin, notre spécialité est de plus en plus connectée, numérisée. L’industrie aéronautique du futur est un gros chantier : utilisation de robots, interconnexions, automatisation...Quand tous les métiers de l’entreprise seront numérisés, le risque sera augmenté car les points d’entrée vers l’extérieur vont se multiplier.

D’où la nécessité, toujours, de bien se former, de savoir repérer où sont les risques, pour éviter que nos nouveaux outils ne deviennent des chevaux de Troie. C’est un vrai challenge et nous y travaillons de plus en plus, en lien avec les acteurs de la cybercriminalité, les douanes, les gendarmes etc...


Philippe Eudeline, Merci. Propos recueillis par Cynthia Glock pour Veille Magazine (www.veillemag.com)