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 <title>www.veillemag.com</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-11T19:32:06+02:00</updated>
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   <title>Gouverner le changement.  Menaces hybrides, réponses intégrées : un nouveau paradigme </title>
   <updated>2026-03-14T15:43:00+01:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Gouverner-le-changement-Menaces-hybrides-reponses-integrees-un-nouveau-paradigme _a7169.html</id>
   <category term="Géopolitique" />
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   <published>2026-03-08T09:02:00+01:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le Rapport annuel 2026 sur la politique de l'information pour la sécurité n'est pas un simple bilan de l'activité des services : c'est, surtout, un document de bascule. Il marque le moment où l'État italien reconnaît que la sécurité ne peut plus être pensée en séparant le militaire de l'économique, le technologique du social, la frontière extérieure de la fragilité interne. Le titre, Gouverner le changement, n'est pas un slogan : c'est le constat que le changement, aujourd'hui, n'est plus un phénomène à accompagner mais une pression à maîtriser, parce qu'il touche à la fois les algorithmes, les marchés, les guerres, les migrations, la propagande et la criminalité. Le rapport insiste sur un point décisif : la technologie est désormais le moteur transversal qui redessine tous les champs de la compétition et toutes les formes de la menace.     <div><b>Notes de la Rédaction</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95167704-66632178.jpg?v=1772960948" alt="Gouverner le changement.  Menaces hybrides, réponses intégrées : un nouveau paradigme " title="Gouverner le changement.  Menaces hybrides, réponses intégrées : un nouveau paradigme " />
     </div>
     <div>
      <blockquote>Rapport à télécharger en fin d'article <br />  <span style="white-space: pre-wrap;">Les défis pointés ici pour l’Italie — dépendances technologiques, vulnérabilités économiques, menaces hybrides et guerre cognitive — ne sont pas des singularités. Ils traversent l’Europe : la France partage chaînes d’approvisionnement, infrastructures numériques et espaces d’influence, et doit en tirer certaines leçons.</span></blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La souveraineté ne se mesure plus seulement par les frontières</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le premier message politique du rapport est net : la souveraineté, aujourd'hui, coïncide de moins en moins avec le contrôle physique du territoire et de plus en plus avec la capacité de gouverner les données, les infrastructures critiques, les filières numériques, les réseaux et les plateformes. <br />   <br />  Autrement dit, un État reste souverain s'il parvient à ne pas dépendre passivement de technologies, de nœuds logistiques, de fournisseurs et d'architectures informationnelles contrôlés par d'autres. C'est pourquoi la cybersécurité n'est plus une matière technique réservée aux spécialistes, mais une question d'autonomie stratégique. <br />   <br />  Le document relève, en 2025, une forte attention des acteurs hostiles envers les infrastructures numériques publiques, surtout celles liées aux administrations centrales, et souligne que les offensives les plus sophistiquées semblent proches d'appareils gouvernementaux étrangers. Cela signifie que l'attaque contre la capacité de décision d'un pays peut commencer bien avant une crise militaire : elle peut passer par un réseau compromis, une dépendance logicielle, une filière technologique vulnérable.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La guerre s'est élargie : elle passe désormais par les marchés</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Ici, le rapport touche l'un des nerfs les plus sensibles de notre époque. L'interdépendance économique, longtemps célébrée comme garantie de stabilité, est désormais traitée comme une arme potentielle de pression. Droits de douane, sanctions, restrictions à l'exportation, contrôles des investissements, accès sélectif aux infrastructures et aux matières premières : ce qui apparaissait autrefois comme une friction commerciale ordinaire est réinscrit dans une logique de guerre économique. <br />   <br />  Et cela concerne directement l'Italie. Un pays fortement intégré dans les chaînes de valeur mondiales, industriel, exportateur, mais dépendant d'intrants critiques extérieurs, n'est pas fort par définition : il est exposé par structure. Le véritable défi n'est pas seulement de se défendre contre une mesure hostile, mais de comprendre à l'avance où se situent ses points d'étranglement. Le rapport le souligne précisément : la sécurité économique n'est plus un secteur séparé, mais une dimension transversale de la politique industrielle, commerciale et de sécurité nationale. <br />   <br />  Dans ce cadre s'inscrit aussi la cryptofinance, que le document ne traite pas comme une curiosité pour innovateurs, mais comme une nouvelle zone de vulnérabilité systémique. Le fait que les cryptomonnaies soient désormais une composante structurelle, même encore minoritaire, de l'écosystème financier mondial signifie une chose simple : elles ne sont plus hors du système, elles entrent dans le système. Et lorsqu'un segment hautement volatil, opaque et transnational se connecte à la finance traditionnelle, le risque ne reste pas confiné. Il devient risque de contagion, de blanchiment, d'instabilité, de contournement des contrôles. C'est le passage de la niche au facteur stratégique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le retour de la géopolitique dure</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Sur le plan international, le rapport décrit un ordre mondial qui ne se réorganise pas : il se fragmente. <br />   <br />  La guerre entre la Russie et l'Ukraine est replacée dans une dynamique d'usure sans percée décisive, mais le tableau ne s'arrête pas là. Le rapport rappelle la persistance de foyers d'instabilité élevée en Afrique, dans la Méditerranée élargie et au Moyen-Orient, des dossiers libyen et sahélien jusqu'à Gaza, la Syrie, le Liban et l'Iran. <br />   <br />  La lecture implicite est claire : l'Italie ne vit pas à la marge de ces crises, mais sur la ligne de contact de leurs effets. Énergie, trafics, migrations, sécurité maritime, radicalisation, pression informationnelle : tout converge vers l'espace euro-méditerranéen. Voilà pourquoi le document insiste sur la nécessité d'une posture stratégique nouvelle. Il ne suffit pas d'observer les théâtres de crise : il faut les interpréter comme des générateurs d'effets internes.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Crime, extrémisme, immigration : les menaces s'hybrident</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le rapport est tout aussi clair sur un autre point : la menace n'arrive plus en compartiments séparés. Les réseaux criminels transnationaux agissent désormais avec une sophistication technologique croissante, exploitent les cryptomonnaies, les communications chiffrées, les plateformes numériques et une capacité d'adaptation rapide. Les organisations mafieuses italiennes restent centrales, mais le document met aussi en évidence l'intégration avec des structures criminelles étrangères. Le tableau qui se dessine est celui d'écosystèmes illégaux mobiles, opportunistes, capables d'infiltrer l'économie légale et d'exploiter les asymétries normatives et technologiques. Ce n'est pas seulement une question d'ordre public : c'est un pouvoir économique clandestin qui érode la souveraineté.  <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Sur le versant intérieur, le rapport montre comment la technologie est devenue un multiplicateur de radicalisation et de mobilisation extrémiste. Pas seulement pour les circuits transnationaux d'extrême droite, mais aussi pour une contestation antagoniste capable de souder des causes différentes dans un récit unifié contre l'État, la surveillance, la logistique, le complexe technico-industriel. C'est une dynamique importante, parce qu'elle indique que le conflit politico-social tend de plus en plus à se manifester contre des infrastructures, des réseaux, des nœuds symboliques et des instruments de la modernité. Autrement dit : la technologie n'est pas seulement une cible ou une arme, elle est aussi le langage du conflit.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Quant aux flux migratoires, le document les aborde de manière moins idéologique et plus stratégique : non pas comme un phénomène isolé, mais comme une intersection entre démographie, instabilité, pressions économiques, guerres et capacité de contrôle des États de transit. C'est une lecture réaliste. Les migrations irrégulières ne sont pas seulement une urgence humanitaire ou un thème de sécurité aux frontières : elles peuvent aussi devenir un instrument de pression, un accélérateur de tensions internes, un test de la solidité politique européenne.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La menace la plus insidieuse est celle qui entre dans la tête</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La partie peut-être la plus importante du rapport est celle consacrée à la menace hybride. <br />   <br />  Ici, le document accomplit un saut conceptuel et désigne le véritable terrain du conflit contemporain : la sphère cognitive. La désinformation ne sert plus seulement à convaincre quelqu'un de quelque chose. Elle sert à dégrader la capacité collective à distinguer, à évaluer, à faire confiance. La cible n'est plus seulement l'opinion publique, mais le processus mental par lequel l'opinion publique forme un jugement. C'est le passage de la propagande à la guerre cognitive. <br />   <br />  Et, en effet, le rapport explique que les campagnes de manipulation informationnelle visent désormais non seulement à influencer ce que l'on pense, mais la manière dont on pense, en altérant perceptions, habitudes, croyances et comportements. Dans ce contexte, la combinaison entre désinformation, attaques cyber et coercition économique produit un effet cumulatif : polarisation, chaos, défiance, paralysie décisionnelle. La démocratie n'est pas frappée de face ; elle est corrodée de l'intérieur.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'intelligence artificielle comme outil et comme risque</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le choix d'intégrer cinq exercices expérimentaux fondés sur des outils d'intelligence artificielle générative est un autre signal politique, autant que méthodologique. Le message est double. <br />   <br />  Premièrement : le renseignement sait qu'il ne peut pas rester à l'écart de la nouvelle révolution analytique. Deuxièmement : l'IA, à elle seule, ne remplace rien ; elle ne devient utile que si elle est intégrée sous le contrôle de l'analyste. C'est une ligne de prudence intelligente. La machine élargit la capacité de traitement, de simulation et de projection ; mais le jugement demeure humain. Les scénarios proposés, de l'espace à l'horizon 2035 aux possibles conflits Russie-OTAN, des risques de contagion de la cryptofinance aux projections migratoires jusqu'à la menace de l'État islamique en Syrie après Assad, servent surtout à montrer un principe : la prévision stratégique ne peut plus reposer sur une seule méthode. <br />  Elle doit combiner données, modèles, expérience et vérification critique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le point essentiel : l'Italie doit apprendre à anticiper</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le cœur du document, en définitive, est là : la sécurité nationale ne coïncide plus avec la capacité de réagir à une menace déclarée, mais avec la capacité d'anticiper des transformations qui, si elles sont ignorées, deviendront des crises. <br />   <br />  Cybersécurité, chaînes de valeur, propagande, criminalité, migrations, technologies à double usage, finance numérique, compétition spatiale : tout concourt à former un seul champ stratégique. Le rapport le dit avec un langage institutionnel. Traduit en termes politiques, cela signifie qu'un État moderne pense de manière intégrée, ou bien il court derrière les événements. Et celui qui court derrière, dans ce tournant historique, perd du terrain, de l'autonomie et de la liberté d'action. <br />   <br />  La véritable nouvelle n'est pas que le monde a changé. C'est que le changement est désormais la matière même de la sécurité.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Source</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95167704-66632346.jpg?v=1772959316" alt="Gouverner le changement.  Menaces hybrides, réponses intégrées : un nouveau paradigme " title="Gouverner le changement.  Menaces hybrides, réponses intégrées : un nouveau paradigme " />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.astrid-online.it/static/upload/rela/0000/relazione_annuale_2026_interattiva.pdf" target="_blank">Lien</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/giuseppe-gagliano-60785235/?originalSubdomain=it" target="_blank"><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span></a>  a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Christian Harbulot</a>, (EGE). <br />  Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">Iassp de Milan</a>. <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Gouverner-le-changement-Menaces-hybrides-reponses-integrees-un-nouveau-paradigme _a7169.html" />
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  <entry>
   <title>Dépenses militaires et irresponsabilité des élites européennes.</title>
   <updated>2025-09-02T17:08:00+02:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Depenses-militaires-et-irresponsabilite-des-elites-europeennes_a6300.html</id>
   <category term="STRATEGIES" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/90858617-63994001.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-09-02T16:37:00+02:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
La France incarne aujourd'hui une contradiction criante. Le président Emmanuel Macron appelle à un engagement militaire des "volontaires" en Ukraine, n'excluant pas un affrontement direct avec la Russie. Dans le même temps, son Premier ministre, François Bayrou, tire la sonnette d'alarme sur la dette publique : celle-ci croît de 12 millions d'euros par heure, tandis qu'un plan d'austérité de 44 milliards d'euros est annoncé.     <div><b>Le paradoxe français</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/90858617-63994001.jpg?v=1756825503" alt="Dépenses militaires et irresponsabilité des élites européennes." title="Dépenses militaires et irresponsabilité des élites européennes." />
     </div>
     <div>
      <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">Le ratio dette/PIB est passé de 98 % en 2018 à 115 % en 2025, et les seuls intérêts représentent presque 2 % du PIB. Pourtant, malgré cet état d'urgence financier, la dépense militaire a bondi de 35 milliards d'euros en 2018 à plus de 50 milliards en 2025, avec une trajectoire fixée à 413 milliards d'ici 2030. <br />   <br />  La "grandeur" française se bâtit donc sur une base économique de plus en plus fragile.</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'Italie sur la même voie</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Cette dynamique n'est pas propre à la France. L'Italie affiche un ratio dette/PIB de 135 % et des charges d'intérêts avoisinant 4 % du PIB, le niveau le plus élevé en Europe. Et pourtant, le gouvernement italien prévoit lui aussi d'accroître ses dépenses militaires, suivant le même modèle : comprimer l'État social pour financer l'appareil de défense. <br />   <br />  Une stratégie qui interroge la logique des classes dirigeantes européennes, prêtes à fragiliser leurs finances publiques pour répondre à une logique d'alignement géopolitique, plus qu'à une nécessité de sécurité nationale.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> Le contre-exemple russe</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le contraste est frappant avec la Russie, qui maintient un ratio dette/PIB limité à 16,4 %. <br />  Malgré des taux d'intérêt élevés, le coût du service de la dette reste maîtrisé. Moscou concentre ses efforts sur l'effort de guerre en Ukraine sans compromettre la soutenabilité de ses finances. <br />  Ce constat, qui ne saurait être lu comme une apologie, souligne néanmoins la différence de trajectoire entre un pays engagé dans un conflit militaire direct et des États européens qui s'endettent massivement pour préparer une éventuelle guerre.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le choix politique des élites européennes</b></div>
     <div>
      <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">Derrière ces chiffres se cache une vérité dérangeante : les dirigeants européens placent la dépense militaire au-dessus des besoins sociaux et de l'équilibre financier. <br />  Il s'agit moins d'une stratégie de défense rationnelle que d'un choix idéologique et politique. L'obsession de contenir la Russie, même au prix d'un appauvrissement progressif de la population, devient la ligne directrice. Le sacrifice n'est pas seulement économique mais social : écoles, hôpitaux et services publics se voient amputés, tandis que le complexe militaro-industriel prospère.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vers une Europe affaiblie</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Cette fuite en avant révèle une profonde irresponsabilité. À vouloir rivaliser sur le terrain militaire, l'Europe risque de compromettre sa propre cohésion sociale et sa stabilité économique. <br />  Les coupes budgétaires fragiliseront l'État providence, moteur de paix intérieure depuis 1945, et renforceront les tensions politiques internes. <br />  Ce choix ouvre un paradoxe : au nom de la sécurité, on met en péril les fondements mêmes de la sécurité sociale et économique des citoyens.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L'explosion des budgets militaires en pleine crise de la dette démontre que les élites européennes ont perdu le sens des priorités. Alors que la population subit l'inflation, la stagnation salariale et le recul des protections sociales, les gouvernements choisissent de financer la guerre et la "projection de puissance". <br />  L'Europe, au lieu d'incarner un modèle d'équilibre et de diplomatie, semble s'engager sur une voie d'appauvrissement volontaire, où la grandeur affichée masque une fragilité croissante.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
     <div>
      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano</title>
   <updated>2025-02-24T11:42:00+01:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Etude-de-cas-UniCredit-Commerzbank-et-la-guerre-economique-allemande-Guiseppe-Gagliano_a5724.html</id>
   <category term="Intelligence des risques" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/86725725-61643178.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-02-23T12:03:00+01:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L'offensive d'UniCredit représente un cas d'attaque économique ciblée. En s'emparant discrètement de parts stratégiques, la banque italienne a lancé une offensive visant à prendre pied sur un marché concurrent en exploitant une opportunité tactique (la vente des parts étatiques).     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/86725725-61643178.jpg?v=1740314501" alt="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" title="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Contexte et enjeux</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">En septembre 2024, la banque italienne <b>UniCredit</b> a surpris le monde financier en prenant une participation importante dans <b>Commerzbank</b>, le deuxième plus grand établissement bancaire d'Allemagne . <br />  Profitant d'une fenêtre ouverte par l'État allemand – qui avait décidé de vendre une partie de sa propre participation dans Commerzbank – UniCredit est passée à l'offensive. Elle a d'abord acquis 4,5 % des actions mises en vente par l'État, puis a acheté sur le marché une part équivalente, portant sa participation initiale à environ 9 % du capital . <br />   <br />  Cette entrée surprise au capital a fait de la banque italienne un actionnaire de poids <b>du jour au lendemain</b>, ravivant les discussions sur la consolidation bancaire en Europe. L'opération a également déclenché de fortes réactions politiques à Berlin, le gouvernement allemand n'ayant visiblement <b>pas anticipé</b> qu'un acteur étranger puisse ainsi s'inviter au capital de Commerzbank .</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">En quelques semaines, UniCredit a continué à accroître sa position de manière <i>discrète</i>. En utilisant des <b>dérivés financiers</b>, la banque italienne a pu porter sa participation potentielle à environ <b>21 %</b> dès la fin septembre 2024 , puis jusqu'à <b>28 %</b> en début d'année 2025 (sous réserve d'approbation réglementaire) . <br />  Cette manœuvre d'augmentation de part, réalisée en grande partie <i>de façon indirecte</i>, a pris de court la place financière allemande. D'un point de vue européen, l'initiative de l'italienne UniCredit envers la banque allemande Commerzbank représente un <b>tournant majeur</b>. En effet, un tel <b>rapprochement transfrontalier</b> serait inédit par son ampleur, faisant de Commerzbank la plus grande filiale bancaire étrangère en Allemagne en cas de succès . La bataille engagée est ainsi devenue un test emblématique de la capacité de l'Allemagne à <b>défendre ses actifs stratégiques</b> face à un prétendant étranger, et soulève des questions sur la volonté réelle de Berlin de voir émerger des <i>champions bancaires européens</i> .</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'offensive d'UniCredit : stratégie et objectifs</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/86725725-61643199.jpg?v=1740314546" alt="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" title="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">La stratégie d'UniCredit s'apparente à une <b>offensive économique</b> soigneusement préparée. Sous l'impulsion de son PDG Andrea Orcel – un banquier d'affaires aguerri – UniCredit a adopté une approche opportuniste et agressive pour entrer au capital de Commerzbank. Orcel a profité de la mise en vente partielle des parts de l'État allemand début septembre 2024 pour <b>s'inviter au capital</b> de Commerzbank, réalisant ce qu'on peut qualifier de <i>coup de maître</i> en termes de timing . En l'espace de quelques jours, UniCredit est devenue un actionnaire incontournable de Commerzbank, ce qui lui confère une position de force dans toute discussion future sur l'avenir de la banque allemande .</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">L'objectif d'UniCredit est double. D'une part, l'établissement milanais cherche à <b>étendre sa présence sur le marché allemand</b>, l'un des plus grands d'Europe, afin de diversifier ses activités et d'accroître sa taille critique. D'autre part, UniCredit vise à créer un véritable <b>champion bancaire européen</b> capable de rivaliser avec les géants américains et chinois, en combinant ses actifs avec ceux de Commerzbank . Une fusion ou une coopération renforcée entre UniCredit et Commerzbank pourrait, selon Orcel, générer une <b>valeur ajoutée considérable</b> et donner naissance à un acteur nettement plus fort sur le marché bancaire allemand . <br />  En outre, cette démarche offensive permettrait à UniCredit de mettre la main sur la clientèle de choix de Commerzbank, notamment le <b>Mittelstand</b> (les PME allemandes), réputé pour sa solidité et son potentiel de croissance. Il convient de noter qu'UniCredit n'en est pas à son coup d'essai en Allemagne : dès 2005, la banque italienne avait acquis HypoVereinsbank (HVB) à Munich, ce qui reste l'un des rares exemples de conquête bancaire transfrontalière réussie dans la zone euro . Forte de ce précédent, UniCredit avait déjà manifesté de l'intérêt pour Commerzbank en 2019, lorsque celle-ci discutait d'une fusion domestique avec Deutsche Bank . L'<b>appétit persistant</b> d'UniCredit pour Commerzbank montre une stratégie de long terme visant à consolider sa position en Europe via des acquisitions ciblées.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">Sur le plan tactique, la démarche d'UniCredit s'est caractérisée par la <b>discrétion</b> et la surprise. En accumulant des titres de Commerzbank via des instruments dérivés, UniCredit a pu <b>contourner en partie la visibilité</b> qu'aurait entraînée un rachat d'actions classique . Cette construction progressive d'une position de près de 28 % sans annonce publique préalable a été perçue comme une <i>prise de contrôle rampante</i>. Elle reflète une utilisation astucieuse des outils financiers pour mener une offensive économique tout en limitant les réactions adverses initiales. <br />  C'est seulement une fois la position acquise qu'UniCredit a révélé l'ampleur de sa participation, plaçant Commerzbank et les autorités devant un <b>fait accompli stratégique</b>. Orcel a par ailleurs communiqué de manière mesurée, exprimant son souhait d'un dialogue avec le gouvernement allemand <b>après les élections régionales de février 2025</b> pour discuter d'un rapprochement . Cette posture publique relativement conciliante contraste avec l'agressivité de l'approche financière, et peut s'analyser comme une tentative d'<b>éviter de braquer</b> l'opinion et les décideurs allemands tout en avançant ses pions.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La réaction allemande : défense d'un champion national</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/86725725-61643233.jpg?v=1740323957" alt="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" title="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">  <div>Face à l'offensive d'UniCredit, la réaction en Allemagne a été rapide et empreinte de <b>patriotisme économique</b>.</div>    <div>Dès l'annonce de la prise de participation de 9 % en septembre 2024, le gouvernement allemand a fait part de son <b>mécontentement</b> . Olaf Scholz, le chancelier allemand, a même qualifié l'initiative d'UniCredit d'<b>«&nbsp;acte inamical&nbsp;»</b> , soulignant le caractère non sollicité et unilatéral de la démarche italienne. Berlin a clairement laissé entendre que l'aval politique pour une fusion transfrontalière de cette envergure était loin d'être acquis . En d'autres termes, l'Italie ne pouvait pas s'attendre à ce que l'Allemagne accueille favorablement la perte de contrôle d'un de ses principaux établissements bancaires au profit d'un acteur étranger.</div>    <div>&nbsp;</div>    <div>Commerzbank elle-même a adopté une attitude de <b>défense vigilante</b>. Le directoire de la banque a officiellement déclaré que l'approche d'UniCredit, consistant à bâtir <i>unilatéralement</i> une part importante du capital sans concertation, était <b>fondamentalement hostile</b>. Tout en affirmant rester ouvert à une discussion sur la base d'une proposition concrète, Commerzbank a insisté sur son devoir de protéger au mieux les intérêts de ses actionnaires et de l'entreprise . <br />   <br />  Début 2025, la direction de Commerzbank, sous la houlette de la nouvelle CEO Bettina Orlopp, a élaboré un <b>plan de défense</b> pour décourager davantage l'offensive d'UniCredit. Parmi les mesures envisagées figuraient des <b>réductions d'effectifs</b> (plusieurs milliers de postes supprimés) et de nouveaux objectifs financiers visant à améliorer la rentabilité de la banque . L'idée sous-jacente est claire : rehausser la valeur de Commerzbank et démontrer sa capacité à se transformer seule, afin de rendre une éventuelle acquisition plus coûteuse et moins attrayante pour l'assaillant italien . Cette stratégie défensive s'apparente à un <b>empoisonnement de la pilule</b> (<i>poison pill</i> en termes de fusions-acquisitions), où la cible se rend moins vulnérable ou moins désirable.</div>    <div>&nbsp;</div>    <div>Le rôle de l'État allemand dans cette riposte est également déterminant. Rappelons que l'État fédéral détient environ <b>16 %</b> du capital de Commerzbank, héritage du sauvetage de la banque lors de la crise financière de 2008-2009 . Cette participation publique signifie que Berlin possède une <b>minorité de blocage</b> de fait sur les décisions stratégiques majeures. Fin 2024, le ministère des Finances – dirigé par Christian Lindner (FDP), membre de la coalition Scholz – a été critiqué pour sa gestion jugée <i>maladroite</i> de la vente partielle des actions de l'État . Le manque de précautions pour empêcher l'achat en bloc de ces titres a en effet <b>permis à UniCredit d'acquérir à moindre coût</b> une position stratégique de 4,5 % . Conscient de cette erreur, Berlin a depuis durci son discours et exploré les moyens de contrer l'avancée italienne. L'une des armes à disposition des autorités est <b>réglementaire</b> : en zone euro, toute participation bancaire dépassant 10 % est soumise à l'approbation de la Banque centrale européenne (BCE). Or, UniCredit ayant franchi ce seuil symbolique, la BCE doit donner son feu vert pour valider la prise de participation – une décision qui, si elle était négative, obligerait UniCredit à faire marche arrière en démantelant ses positions dérivées . Il s'agit là d'un garde-fou institutionnel que l'Allemagne peut invoquer pour <b>gagner du temps</b> et potentiellement bloquer l'opération sur le terrain réglementaire, illustrant l'importance des <b>normes</b> dans la défense économique.</div>    <div>&nbsp;</div>    <div>En somme, la réaction allemande conjugue pression politique, mobilisation réglementaire et actions managériales internes pour <b>faire échec</b> à ce qui est perçu comme une tentative de prise de contrôle étrangère indésirable. Le <b>rapport de force</b> entre l'Italie et l'Allemagne, deux piliers de l'UE, s'est ainsi invité sur la scène publique, chaque camp campant sur ses positions : UniCredit clame les mérites d'un champion européen, tandis que Berlin martèle la nécessité de préserver ses intérêts nationaux.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Analyse stratégique à travers les principes de la guerre économique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;"><strong>Le cas UniCredit-Commerzbank peut être décrypté à l'aune des concepts clés de la guerre économique, tels qu'enseignés à l'École de Guerre Économique de Paris. Cette grille de lecture met en évidence les logiques d'offensive et de défense économiques, le rôle de l'information et des normes, ainsi que les implications géoéconomiques plus larges de ce conflit d'intérêts. Voici les principaux aspects stratégiques à retenir.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Offensive italienne vs. défensive allemande</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/86725725-61643314.jpg?v=1740314665" alt="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" title="Etude de cas UniCredit-Commerzbank et la guerre économique allemande. Guiseppe Gagliano" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L'offensive d'UniCredit représente un cas d'<b>attaque économique ciblée</b>. En s'emparant discrètement de parts stratégiques, la banque italienne a lancé une offensive visant à <b>prendre pied</b> sur un marché concurrent en exploitant une <b>opportunité tactique</b> (la vente des parts étatiques). <br />   <br />  Ce type d'action s'inscrit pleinement dans la guerre économique offensive, où un acteur cherche à <i>déstabiliser</i> la position d'un rival pour capter une ressource précieuse – ici, le réseau et la clientèle de Commerzbank. Face à cela, la réaction allemande est une <b>guerre économique défensive</b> classique : protéger un <i>champion national</i> contre une prédation étrangère perçue comme menaçante. L'Allemagne mobilise ses ressources (État actionnaire, régulateur, influence politique) pour <b>endiguer</b> l'avancée d'UniCredit. <br />  Ce duel asymétrique illustre le jeu offensif/défensif typique de la guerre économique : l'assaillant choisit le terrain et le timing, tandis que le défenseur tente de <b>colmater la brèche</b> et de reprendre l'initiative.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Patriotisme économique et rôle de l'État</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Un concept central ici est celui de <b>patriotisme économique</b>. <br />   <br />  L'attitude du gouvernement Scholz montre une volonté de <b>défendre la souveraineté économique</b> de l'Allemagne. Bien que l'Union européenne promeuve officiellement l'ouverture des marchés et les synergies transnationales, chaque État reste soucieux de <b>préserver le contrôle</b> de ses actifs stratégiques. Les grandes banques, en tant que piliers du financement de l'économie nationale, sont souvent considérées comme des pièces maîtresses de la sécurité économique. <br />   <br />  En qualifiant l'initiative d'UniCredit d'"hostile" et d'"inamicale", Berlin a adopté un discours de <b>patriotisme économique</b>, légitimant aux yeux du public et des parties prenantes internes la nécessité de <b>faire barrage</b> à l'acheteur étranger . Cette rhétorique vise à souder l'opinion autour de la défense du <b>champion national</b> (Commerzbank) et à délégitimer l'opération de l'assaillant. On observe ainsi l'application du principe selon lequel l'État peut s'ériger en <b>bouclier</b> quand un élément clé de son économie est menacé par une puissance extérieure, fût-elle partenaire au sein de l'UE.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">Ce patriotisme économique s'exprime également par l'utilisation d'<b>outils légaux et réglementaires</b>. L'exigence d'approbation par la BCE au-delà de 10 % de participation, par exemple, offre une <b>arme juridique</b> pour ralentir ou contrer l'offensive . De plus, l'État actionnaire dispose d'un droit de regard direct sur les décisions de Commerzbank et peut influencer les votes en assemblée générale pour bloquer des résolutions favorables à UniCredit. <br />  Il n'est pas exclu non plus que Berlin envisage d'autres mesures de <b>protection du secteur financier</b>, telles que des restrictions réglementaires additionnelles ou le soutien à une contre-offre émanant d'un acteur allemand ou allié, même si aucun concurrent national ne semble en mesure de rivaliser avec la puissance de feu d'UniCredit dans l'immédiat.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Guerre de l'information et influence médiatique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">La bataille ne se joue pas seulement dans les conseils d'administration et les ministères, mais aussi sur le terrain de la <b>guerre de l'information</b>. <br />  En effet, la manière dont l'histoire est présentée dans les médias et perçue par le public influence grandement le rapport de force. Dès le début, Commerzbank et le gouvernement allemand ont qualifié la démarche d'UniCredit de <i>«&nbsp;hostile&nbsp;»</i> et <i>«&nbsp;unilatérale&nbsp;»</i> , des termes forts destinés à <b>discréditer</b> l'initiative italienne et à la peindre comme contraire aux intérêts de l'Allemagne. <br />  Cette communication offensive de la part du camp allemand vise à <b>gagner la bataille de l'opinion</b> : en présentant UniCredit comme un prédateur agressif, Berlin justifie sa posture de défense et peut rallier à sa cause d'autres acteurs (régulateurs, employés, clients de Commerzbank, etc.).</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">De son côté, UniCredit a mené une communication plus subtile. Andrea Orcel s'est dit surpris de la réaction vive des Allemands tout en exprimant l'espoir d'un dialogue constructif avec le futur gouvernement issu des élections . Cette approche vise à atténuer l'image négative et à <b>apaiser les craintes</b>, en suggérant qu'UniCredit entend agir en partenaire et non en envahisseur. Il s'agit là d'une tactique de <b>gestion de perception</b> : l'entreprise italienne cherche à éviter une mobilisation générale contre elle en se montrant ouverte et raisonnable dans ses déclarations publiques. Néanmoins, la détermination d'UniCredit transparaît dans ses actes (28 % du capital conquis) plus que dans ses paroles mesurées. <br />  On assiste donc à une véritable <b>confrontation informationnelle</b> : chaque camp diffuse un narratif qui sert sa stratégie – défense de la souveraineté et du tissu économique national pour l'un, promesse d'union bénéfique et de création de valeur pour l'autre. Ce bras de fer médiatique fait partie intégrante de la guerre économique, car il peut influencer les <b>décisions des régulateurs</b> et la <b>volonté des actionnaires</b>. Par exemple, si l'opinion allemande se montre farouchement opposée à une prise de contrôle par UniCredit, la BCE pourrait être plus réticente à donner son accord, et inversement si le narratif du <i>champion européen</i> gagnait les esprits.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Normes, règles du jeu et « barrières protectionnistes »</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Dans le contexte de ce cas, on observe également l'utilisation des <b>normes et réglementations comme armes économiques</b>. L'Union européenne prône la libre circulation des capitaux et la constitution d'un marché bancaire unifié, mais en pratique les <b>règles du jeu</b> peuvent être invoquées de manière stratégique par les acteurs en place pour protéger leurs intérêts. L'exemple de la <b>règle des 10 %</b> soumis à approbation de la BCE en est une illustration concrète, fonctionnant comme un <b>verrou réglementaire</b>. De même, certaines dispositions du droit allemand ou européen concernant les investissements étrangers dans des actifs stratégiques pourraient être mises en avant pour retarder le rapprochement ou imposer des conditions strictes (par exemple en matière de gouvernance, de maintien de l'emploi, etc.).</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">Il est révélateur que l'Allemagne soit accusée de ne vouloir l'<b>intégration bancaire européenne</b> qu'"à ses propres conditions" . En effet, Olaf Scholz, lorsqu'il était ministre des Finances, appelait régulièrement à plus d'unions bancaires et financières en Europe, tout en se montrant très réservé dès lors qu'une banque allemande pourrait passer sous pavillon étranger . On pourrait parler d'une forme de <b>double discours</b> : promouvoir l'harmonisation et la consolidation européenne d'un côté, mais <b>se retrancher derrière des barrières protectionnistes</b> de l'autre lorsque ses <b>propres intérêts nationaux</b> sont en jeu . <br />   <br />  Cette tension illustre un concept clé de la guerre économique : l'<b>asymétrie normative</b>. Les acteurs puissants fixent ou utilisent les règles à leur avantage et n'hésitent pas à invoquer l'exception lorsqu'ils sont menacés. Dans ce cas, l'Allemagne bénéficie de sa position pour influencer les normes (via la BCE ou l'UE) afin de freiner l'initiative italienne, tandis qu'UniCredit tente de jouer sur le cadre européen existant (liberté d'investissement) pour mener à bien son opération.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Enjeux géoéconomiques européens</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Au-delà du duel entre UniCredit et Commerzbank, l'affaire soulève des <b>enjeux géoéconomiques</b> pour l'Europe. D'un côté, la création d'un champion bancaire transfrontalier pourrait être vue comme un pas en avant vers une plus grande intégration financière de l'Union européenne – un objectif souvent mis en avant pour renforcer la <b>compétitivité du secteur face aux États-Unis et à la Chine</b> . <br />  D'un autre côté, la résistance farouche de l'Allemagne montre que les <b>intérêts nationaux</b> priment encore largement sur la vision européenne commune. Cette contradiction affaiblit l'Europe dans la <i>guerre économique mondiale</i>, car tant que les marchés financiers européens restent fragmentés le long des lignes nationales, il sera difficile de rivaliser avec les mastodontes étrangers. <br />  Certains observateurs estiment que le différend entre l'Italie et l'Allemagne au sujet de Commerzbank pourrait compromettre les avancées vers l'achèvement de l'<b>Union bancaire</b> et de l'<b>Union des marchés de capitaux</b>, pourtant jugées nécessaires pour sortir l'Europe de sa relative atonie économique . En effet, le climat de <b>méfiance mutuelle</b> et l'hostilité croissante entre deux grands pays de la zone euro risquent de <b>crisper la coopération</b> et de dissuader d'autres initiatives transfrontalières.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">Par ailleurs, le cas met en lumière la fragilité des banques allemandes sur la scène internationale. Depuis la réunification, les banques allemandes ont perdu du terrain en termes de taille et de rentabilité, échouant à se consolider entre elles, tandis que d'autres pays voyaient émerger de grands groupes bancaires domestiques suite à des fusions . Commerzbank, spécifiquement, est l'un des derniers grands établissements commerciaux en Allemagne aux côtés de Deutsche Bank. <br />  Le fait qu'une banque étrangère cherche à l'acquérir souligne une certaine <b>vulnérabilité</b> du système bancaire allemand – vulnérabilité que Berlin n'est manifestement pas prêt à exposer davantage. Dans une perspective de guerre économique, on peut interpréter la défense allemande comme une volonté de <b>conserver une autonomie stratégique</b> dans le secteur financier, considéré comme trop crucial pour être laissé à la merci des forces du marché ou d'intérêts étrangers.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">Enfin, ce bras de fer pose la question de l'<b>avenir des champions européens</b>. Si même au sein de l'UE, un pays préfère <b>protéger son champion national</b> plutôt que de permettre l'émergence d'un acteur européen de premier plan via une fusion transfrontalière, cela suggère que la construction d'acteurs véritablement européens reste un idéal difficile à atteindre. L'affaire UniCredit-Commerzbank servira sans doute de précédent et de leçon : soit elle ouvrira la voie à d'autres opérations similaires si un compromis est trouvé, soit, en cas d'échec retentissant, elle refroidira pour longtemps les ardeurs des banques à s'aventurer hors de leurs frontières nationales.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Ce que nous pouvons retenir ...</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Le cas UniCredit-Commerzbank illustre parfaitement la <b>dynamique de guerre économique</b> au sein même de l'Europe. <br />   <br />  D'un côté, une <b>offensive stratégique</b> menée par une grande banque italienne cherchant à s'étendre et à gagner en puissance par l'acquisition d'un rival étranger. De l'autre, une <b>défense acharnée</b> d'un État et d'une entreprise déterminés à préserver leur autonomie et leur contrôle sur un actif jugé vital. <br />  Au gré de cette confrontation, on voit se déployer tout un arsenal d'<b>outils de guerre économique</b> : surprise stratégique, patriotisme économique, influence médiatique, recours aux régulations, et mobilisation politique. L'issue de ce duel financier reste incertaine, suspendue notamment à la décision des régulateurs et à l'évolution du contexte politique en Allemagne. Quoi qu'il en soit, l'affaire aura mis en exergue les <b>tensions intrinsèques</b> entre l'ambition d'une Europe économique intégrée et la réalité des réflexes nationaux de protection.</div>    <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div style="margin-left: 80px;">En fin de compte, que l'opération aboutisse ou non, l'impact sur la réflexion stratégique en Europe sera majeur. Une réussite de l'offensive d'UniCredit pourrait marquer un précédent, incitant à plus d'<b>audace offensive</b> de la part d'acteurs cherchant des opportunités de croissance externe. <br />  À l'inverse, un blocage effectif par l'Allemagne renforcerait l'idée que, même entre partenaires de l'UE, la <b>concurrence fait rage</b> et que chaque nation entend défendre bec et ongles ses intérêts économiques. <br />  Dans les deux cas, les enseignements tirés de ce cas alimenteront la doctrine de la guerre économique : ils rappelleront que <strong>la puissance économique se conquiert et se protège comme un territoire, et que la guerre économique, même sourde et feutrée, n'en est pas moins présente au cœur des rapports entre grandes puissances économiques, fussent-elles alliées.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;"><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE) <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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