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 <title>www.veillemag.com</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></subtitle>
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 <updated>2026-05-29T23:01:31+02:00</updated>
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   <title>Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert</title>
   <updated>2026-05-29T15:06:00+02:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Quantique-la-souverainete-se-jouera-dans-la-capacite-a-organiser-la-filiere-Daniel-Vert_a7657.html</id>
   <category term="Technologies du futur" />
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   <published>2026-05-29T09:36:00+02:00</published>
   <author><name>Daniel Vert</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entre le Forum Quantique Défense du 17 avril 2026 et l’allocution du Président de la République du 22 mai à Bruyères-le-Châtel, une même évolution se dessine : le quantique français entre dans une phase de structuration. Après plusieurs années marquées par la recherche, les démonstrateurs, les premières startups et les stratégies nationales, l’enjeu devient désormais plus exigeant : transformer une avance scientifique en capacités industrielles, opérationnelles et souveraines. Cette transformation ne dépendra pas seulement du niveau de financement ou de la qualité des laboratoires ; elle dépendra de la capacité collective à identifier les dépendances critiques, à qualifier les performances, à orienter la commande publique et à structurer les premiers marchés. C’est précisément à ce niveau que le quantique devient un sujet d’intelligence économique.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96764025-67454847.jpg?v=1780043688" alt="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" title="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Deux séquences, une même inflexion stratégique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Deux événements récents permettent de lire l’évolution du quantique français sous un angle moins technologique qu’organisationnel. <br />   <br />  Le 17 avril 2026, le Forum Quantique Défense, organisé par l’Agence de l’innovation de défense à l’École polytechnique, a posé une première question : comment transformer des technologies quantiques en capacités utiles pour les armées, capables de s’intégrer dans des systèmes critiques et de répondre aux contraintes propres aux environnements opérationnels ? <br />   <br />  Le 22 mai 2026, à Bruyères-le-Châtel, lors du Forum européen sur la puissance de calcul, les sciences et technologies quantiques et les semi-conducteurs, le Président de la République a posé une seconde question : comment transformer une excellence scientifique nationale en position industrielle européenne, dans un contexte où la compétition technologique avec les États-Unis et la Chine s’accélère ? <br />   <br />  Ces deux séquences ne relèvent pas du même registre, puisque la première concerne la mise en capacité pour la défense tandis que la seconde relève davantage de la politique industrielle européenne, mais elles décrivent un même basculement : le quantique sort progressivement d’une logique de promesse pour entrer dans une logique d’arbitrage, de qualification et de passage à l’échelle. <br />   <br />  <strong>L’enjeu n’est donc plus seulement de produire des résultats scientifiques, ni même de financer des démonstrateurs ; il est de savoir quelles briques technologiques seront réellement intégrées, selon quels critères de performance, par quels acteurs industriels, dans quelles chaînes de valeur et avec quel degré de souveraineté.</strong> <br />   <br />  C’est là que commence le véritable sujet d’intelligence économique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De la rupture scientifique à la capacité utile</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans le domaine de la défense, une technologie ne devient stratégique que si elle peut produire un effet opérationnel, ce qui oblige à distinguer ce qui relève de la performance scientifique, ce qui relève de la maturité technologique et ce qui relève de l’utilité capacitaire. <br />   <br />  Une avancée scientifique peut être majeure sans être immédiatement intégrable, un démonstrateur peut être prometteur sans être suffisamment robuste, et une technologie peut afficher une performance élevée en laboratoire sans répondre aux contraintes d’un système embarqué, sécurisé, maintenable et exploitable en environnement réel. <br />   <br />  Cette distinction est particulièrement importante pour le quantique, car ce domaine regroupe des réalités très différentes. Les capteurs quantiques apparaissent aujourd’hui comme l’un des segments les plus proches de certains usages opérationnels, notamment pour la mesure de précision, la navigation, la gravimétrie, la détection ou les horloges. Le calcul quantique suit une trajectoire différente : son potentiel est considérable, mais sa valeur dépend encore largement du passage à l’échelle, de la correction d’erreurs, de l’intégration avec le calcul classique et de la pertinence des cas d’usage. Les communications quantiques posent, quant à elles, des enjeux spécifiques d’infrastructure, de sécurité et d’intégration avec les réseaux existants. <br />   <br />  <strong>Cette diversité impose une lecture précise. Une stratégie sérieuse ne peut pas traiter “le quantique” comme un bloc homogène, car elle doit distinguer les niveaux de maturité, les horizons d’intégration, les contraintes industrielles et les dépendances critiques propres à chaque segment.</strong> <br />   <br />  Il faut également regarder les technologies habilitantes, souvent moins visibles que les processeurs ou les capteurs, mais déterminantes pour l’industrialisation. La cryogénie, l’électronique de contrôle, la photonique intégrée, les lasers, les composants RF, les logiciels, la métrologie, le packaging, les semi-conducteurs, les moyens d’essai et les plateformes de calcul conditionnent la capacité réelle de la filière à produire, tester, intégrer et maintenir des systèmes quantiques. <br />   <br />  C’est précisément l’apport d’une lecture défense : elle force à passer de la promesse technologique à la question de la capacité utile, en imposant de demander non seulement ce que la technologie peut faire, mais aussi dans quel système elle peut s’insérer, à quel horizon, avec quel niveau de robustesse, de sécurité, de coût et de souveraineté. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le changement de doctrine industrielle</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>L’allocution présidentielle du 22 mai élargit cette logique à l’échelle industrielle et européenne</strong>. Les annonces sont importantes : un milliard d’euros supplémentaire pour renforcer la stratégie nationale quantique, 550 millions d’euros pour soutenir l’électronique et les semi-conducteurs, une accélération de la commande publique, ainsi qu’une ambition européenne autour du calcul, du quantique, de l’intelligence artificielle et des infrastructures critiques. <br />   <br />  Mais le point central n’est pas uniquement budgétaire. Il est doctrinal. <br />   <br />  La France ne parle plus seulement de soutien à l’innovation ; elle parle de changement d’échelle, de commande publique, de préférence européenne, d’infrastructures critiques, de coalition de recherche et de technologie, de standards et de souveraineté. Ce vocabulaire marque une évolution importante, car il ne s’agit plus seulement d’aider des projets à émerger, mais d’organiser les conditions qui permettent à une filière de se consolider, de produire, de vendre, d’exporter et de durer. <br />   <br />  C’est la différence entre une politique d’innovation et une politique industrielle. La première finance des projets et accompagne des trajectoires technologiques, tandis que la seconde structure la demande, sécurise les chaînes critiques, protège les actifs stratégiques et construit des positions de négociation. <br />   <br />  Dans le quantique, cette différence est décisive, car le risque pour l’Europe n’est pas seulement de rater une technologie ; il est de produire la science, de former les talents et de financer les premiers développements, puis de laisser d’autres zones économiques capter les plateformes, les standards, les infrastructures, les marchés et la valeur. <br />   <br />  Ce scénario n’est pas propre au quantique. Il renvoie à une difficulté européenne plus large : transformer des actifs scientifiques de haut niveau en positions industrielles consolidées, financées et défendables sur les marchés mondiaux. Le quantique ne doit pas reproduire cette trajectoire. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’intelligence économique commence par la cartographie des dépendances</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Une lecture d’intelligence économique impose de regarder l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans le quantique, les dépendances ne se situent pas uniquement au niveau du processeur ou du capteur ; elles peuvent apparaître dans les composants, l’électronique, la cryogénie, la photonique, les logiciels, l’accès cloud, les infrastructures HPC, les moyens de test, les brevets, les talents, le financement, les normes ou les marchés. <br />   <br />  Une filière peut donc être scientifiquement avancée tout en restant industriellement dépendante. Elle peut disposer de laboratoires d’excellence, tout en dépendant d’équipements critiques étrangers, de fournisseurs spécialisés non européens, de plateformes d’accès contrôlées ailleurs, de capitaux extra-européens ou de standards définis sans elle. <br />   <br />  <strong>La souveraineté ne se mesure donc pas uniquement au volume d’argent public mobilisé. Elle se mesure à la maîtrise des points critiques lorsque la technologie passe du laboratoire à l’industrialisation.</strong> <br />   <br />  À cet égard, l’enjeu principal n’est pas de financer indistinctement l’ensemble des segments, mais de comprendre où l’action publique peut réellement modifier la trajectoire industrielle. Cela suppose de cartographier les dépendances, d’identifier les verrous stratégiques, de hiérarchiser les cas d’usage et de concentrer les moyens sur les segments où l’Europe peut construire un avantage défendable. <br />   <br />  Pour un décideur, les questions structurantes sont simples, mais exigeantes : quelles briques doivent rester maîtrisées en Europe, quels fournisseurs sont critiques, où se situent les risques de verrouillage, quels standards sont en cours de définition, quels marchés peuvent donner un premier avantage aux acteurs européens, quelles technologies sont assez matures pour être qualifiées, et quelles briques doivent encore relever de la recherche amont ? <br />   <br />  C’est à ce niveau que se construit une politique de puissance. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Métrologie, benchmarks et normalisation : les leviers discrets du marché</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans une filière émergente, les sujets les plus structurants ne sont pas toujours les plus visibles. La métrologie, les benchmarks et la normalisation peuvent sembler techniques, mais ils sont déterminants parce qu’ils conditionnent la confiance nécessaire à l’achat, à l’intégration et à l’export. <br />   <br />  Sans métriques partagées, les acheteurs publics et industriels ne peuvent pas arbitrer correctement, ce qui laisse le marché exposé à la communication des fournisseurs plutôt qu’à la performance démontrée. Sans benchmarks applicatifs, il devient difficile de comparer les solutions sur des usages concrets. Sans cadre normatif, les industriels et les acheteurs disposent de moins de repères pour intégrer, certifier et déployer les technologies. <br />   <br />  Le mécanisme doit être compris simplement : une technologie doit d’abord être mesurée pour être comparée, puis comparée pour être achetée de manière rationnelle. Les capacités de test, de qualification et de certification ne sont donc pas secondaires, car elles réduisent le risque d’adoption et transforment progressivement une technologie expérimentale en solution industrielle. <br />   <br />  Dans cette perspective, les travaux menés autour de la métrologie quantique, des benchmarks applicatifs et de la normalisation constituent des infrastructures de confiance. Le programme MetriQs-France, coordonné par le LNE, s’inscrit dans cette logique en visant la production de données fiables sur les performances et caractéristiques des technologies quantiques, tandis que les travaux de benchmark doivent permettre de comparer les calculateurs quantiques sur des applications concrètes, condition nécessaire pour sortir d’une comparaison purement théorique ou déclarative. <br />   <br />  <strong>La normalisation joue également un rôle stratégique. Elle ne garantit pas l’accès au marché, mais elle influence fortement les critères d’interopérabilité, de confiance, de sécurité et d’achat. Celui qui participe à la définition des normes ne contrôle pas seul le marché, mais il contribue à définir le langage dans lequel ce marché se structure.</strong> <br />   <br />  C’est un sujet central d’intelligence économique. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La commande publique comme outil de structuration industrielle</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans les technologies de rupture, la commande publique n’est pas seulement un mécanisme administratif ; elle peut devenir un instrument de politique industrielle, à condition d’être utilisée avec discernement. <br />   <br />  Les entreprises deeptech font face à des cycles longs, à des besoins de capitaux importants, à des délais de qualification élevés et à une forte incertitude sur les premiers marchés. Dans ce contexte, l’achat public peut réduire l’incertitude sur la demande, clarifier les usages prioritaires et donner de la crédibilité aux premières solutions. <br />   <br />  L’enjeu n’est donc pas d’acheter pour acheter. Il est de structurer une demande capable de faire progresser les technologies pertinentes, de préciser les exigences, de tester les solutions et de préparer leur intégration dans des environnements réels. <br />  Le programme PROQCIMA illustre cette logique sur le calcul quantique : en mobilisant l’achat public autour de prototypes de calculateurs quantiques, il contribue à créer un cadre d’évaluation, de dialogue entre fournisseurs et utilisateurs, et de montée en maturité des solutions. <br />   <br />  Cette approche est d’autant plus importante que les grands concurrents internationaux disposent souvent de marchés domestiques plus profonds et d’une meilleure continuité entre demande publique, financement et trajectoires industrielles. <br />   <br />  Pour l’Europe, la question n’est donc pas de copier mécaniquement ces modèles. Elle est de construire une politique d’achat compatible avec son cadre juridique, mais suffisamment stratégique pour soutenir les chaînes de valeur critiques lorsque les enjeux de souveraineté le justifient. <br />   <br />  L’Europe ne peut pas réclamer une souveraineté technologique tout en organisant ses achats critiques comme si le lieu de production, la maîtrise des composants, la gouvernance des données et la dépendance aux fournisseurs étaient neutres. La préférence européenne ne doit donc pas être comprise comme un slogan protectionniste, mais comme une politique d’achat public plus stratégique, fondée sur la sécurité des chaînes de valeur et la capacité à donner des premiers marchés aux acteurs européens lorsque cela répond à un intérêt stratégique clairement établi. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le quantique comme nœud d’une architecture de puissance</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le quantique ne doit pas être considéré comme une filière isolée. Il est connecté aux semi-conducteurs, au calcul haute performance, au cloud, à l’intelligence artificielle, aux capteurs, aux télécommunications, aux infrastructures critiques, à la cybersécurité, à la défense et aux données. <br />   <br />  <strong>Il faut donc le lire comme un nœud dans une architecture de puissance plus large.</strong> <br />   <br />  Cette architecture comporte plusieurs niveaux. La recherche produit les concepts, les savoir-faire et les premières démonstrations ; la technologie transforme ces connaissances en briques exploitables ; l’industrie organise la production, la reproductibilité, le coût, la maintenance et l’intégration ; la stratégie publique définit les priorités, protège les actifs critiques, oriente les marchés et inscrit les choix nationaux dans un cadre européen. <br />   <br />  <strong>La puissance ne vient pas de l’excellence isolée d’un seul niveau, mais de leur alignement</strong>. Elle suppose une recherche orientée sans être appauvrie, une industrie capable d’absorber le risque, une commande publique capable de créer les premiers marchés, des standards capables de structurer la confiance et une gouvernance capable d’éviter la dispersion. <br />   <br />  Une excellence scientifique sans relais industriel reste fragile. Une startup sans marché reste vulnérable. Une technologie sans métrologie ni qualification reste difficile à adopter. Une capacité sans infrastructure reste dépendante. Une stratégie nationale sans articulation européenne reste insuffisante face aux grands blocs technologiques. <br />   <br />  Le principal risque n’est donc pas seulement le sous-financement. Il est la fragmentation. Une filière peut se disperser si le calcul avance sans lien suffisant avec les semi-conducteurs, si les capteurs progressent sans intégrateurs, si les benchmarks restent déconnectés des acheteurs, si les startups manquent de marchés ou si la recherche n’est pas reliée à une trajectoire industrielle. Une stratégie de souveraineté ne peut pas additionner des initiatives ; elle doit organiser leur convergence. <br />   <br />  C’est pourquoi les annonces du 22 mai doivent être lues au-delà des montants. Elles relient explicitement le quantique aux semi-conducteurs, à l’électronique, au calcul, à l’intelligence artificielle et aux infrastructures. Cette articulation est essentielle, car elle replace le quantique dans son environnement réel : celui des chaînes de valeur critiques. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le lien stratégique entre défense et industrie</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le lien entre le Forum Quantique Défense du 17 avril et l’allocution présidentielle du 22 mai se situe précisément là. <br />   <br />  Le Forum Quantique Défense rappelle que le quantique doit produire des capacités utiles, selon des critères de robustesse, de sécurité, d’intégration et d’emploi en conditions contraintes. L’allocution du 22 mai rappelle que ces capacités ne pourront exister durablement que si elles s’inscrivent dans une stratégie industrielle, financière et européenne. <br />   <br />  La Défense impose une exigence de réalité, tandis que l’industrie impose une exigence de reproductibilité, de coût, de standardisation et de marché. La puissance publique doit organiser la convergence entre ces deux temporalités. <br />   <br />  Cette articulation civil-défense est structurante. Elle ne doit pas être comprise comme une opportunité ponctuelle, mais comme une condition de soutenabilité, car les marchés strictement défense peuvent être trop étroits pour soutenir seuls certaines trajectoires industrielles, tandis que les marchés civils peuvent être trop fragmentés ou trop lents pour absorber seuls les risques technologiques initiaux. Leur articulation permet de stabiliser les investissements, d’élever les exigences et de donner une trajectoire plus robuste aux acteurs industriels. <br />   <br />  Mais cette dualité doit être pilotée, car sans hiérarchisation des cas d’usage, sans clarification des besoins, sans critères de qualification et sans trajectoire capacitaire, elle peut aussi produire de la dispersion. <br />   <br />  <strong>Le sujet n’est donc pas de multiplier les initiatives. Il est de sélectionner, qualifier, intégrer et financer les trajectoires capables de passer à l’échelle.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un agenda d’action pour les décideurs</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Si l’on veut éviter que le quantique reste un sujet de discours, plusieurs actions deviennent prioritaires. <br />   <br />  La première urgence est de savoir où l’Europe est réellement souveraine, où elle est substituable et où elle est déjà dépendante, que l’on parle du calcul, des capteurs, des communications, des technologies habilitantes, des logiciels, des composants, des infrastructures ou des moyens d’essai. Sans cette cartographie, la souveraineté reste une notion générale. <br />   <br />  Il faut ensuite prioriser les cas d’usage en tenant compte de leur maturité technologique, de leur valeur stratégique et de leur faisabilité d’intégration, car tous les cas d’usage ne se valent pas et tous ne justifient pas le même niveau d’investissement public. <br />   <br />  La commande publique doit également être utilisée comme premier marché stratégique lorsque les enjeux de sécurité, de défense, d’infrastructure ou de souveraineté sont clairement établis, afin de préciser les besoins, d’orienter les trajectoires technologiques et de donner aux acteurs européens une première base de crédibilité. <br />   <br />  Le renforcement des capacités de test, de benchmark, de qualification et de certification constitue un autre levier décisif, car ce sont ces capacités qui permettront aux acheteurs et aux utilisateurs de sortir des promesses générales pour entrer dans des comparaisons objectivées. <br />   <br />  La sécurisation des chaînes de valeur habilitantes doit devenir une priorité explicite, notamment pour l’électronique, la cryogénie, la photonique, les logiciels, les semi-conducteurs, les composants critiques et les infrastructures de calcul. <br />   <br />  La consolidation des acteurs industriels doit également être anticipée, car dans une compétition mondiale, attendre que les entreprises soient en difficulté pour organiser les rapprochements ou les soutiens est rarement une stratégie optimale. <br />   <br />  Enfin, l’effort français doit s’inscrire dans une trajectoire européenne crédible, car le marché national est insuffisant pour soutenir seul l’ensemble des ambitions. Cette trajectoire devra aussi intégrer la protection des actifs scientifiques et industriels sensibles, car la compétition technologique est également une compétition informationnelle.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’exécution comme test de souveraineté</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Pour la France et l’Europe, les prochains mois seront donc moins une question de communication qu’une question d’exécution. <br />   <br />  Les 18 à 24 prochains mois ne détermineront pas à eux seuls la maturité complète des technologies quantiques, mais ils peuvent peser fortement sur les architectures retenues, les premiers marchés, les coalitions industrielles, les trajectoires de financement, les standards émergents et les positions de négociation. <br />   <br />  C’est à ce niveau que se jouera une partie importante de la souveraineté technologique. <br />   <br />  La France dispose d’atouts considérables : laboratoires, organismes de recherche, grands groupes, startups, ingénieurs, investisseurs, infrastructures de calcul, culture duale et premières politiques publiques structurantes. Mais l’avance scientifique ne suffit pas. <br />   <br />  Pour devenir un levier de puissance, cette avance doit être convertie en capacités, en marchés, en standards, en produits, en infrastructures et en positions industrielles défendables. <br />   <br />  <strong>La bataille du quantique ne sera donc pas seulement une course technologique. Elle sera une bataille d’organisation, de priorisation, de qualification et d’intelligence économique. <br />   <br />  La puissance ne reviendra pas seulement à ceux qui inventent. Elle reviendra à ceux qui sauront transformer l’invention en capacité maîtrisée, intégrée, protégée et adoptée.</strong> <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Bibliographie</b></div>
     <div>
      <blockquote>Élysée, « Forum européen sur la puissance de calcul, les sciences et technologies quantiques et les semi-conducteurs », discours du Président de la République, 22 mai 2026. <br />   <br />  Le Monde avec AFP, « Emmanuel Macron annonce 1,55 milliard d’euros de plus pour la filière quantique et les semi-conducteurs », 22 mai 2026, modifié le 22 mai 2026. <br />   <br />  France 2030 : la France accélère sa stratégie quantique pour renforcer sa souveraineté technologique, 26 mai 2026. <br />   <br />  Agence de l’innovation de défense, « L’Agence de l’innovation de défense organise le Forum Quantique Défense », 10 avril 2026. <br />   <br />  Ministère des Armées, « Forum quantique défense : transformer l’innovation en capacités opérationnelles », 16 avril 2026. <br />   <br />  École polytechnique, « La ministre des Armées, à l’X, sur le quantique », 20 avril 2026. <br />   <br />  Laboratoire national de métrologie et d’essais, « Programme MetriQs-France ». <br />   <br />  Laboratoire national de métrologie et d’essais, « Projet BACQ ». <br />  &nbsp;</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>À propos de l’auteur</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96764025-67454997.jpg?v=1780059886" alt="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" title="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" />
     </div>
     <div>
      <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/daniel-vert/" target="_blank">Daniel Vert</a>  est coordinateur du <a class="link" href="https://systematic-paris-region.org/hubs-enjeux/hub-digital-engineering/" target="_blank">Hub Advanced Engineering &amp; Computing</a>  au sein du pôle de compétitivité Systematic. Docteur en informatique quantique, ses travaux ont porté sur l’évaluation et la comparaison des performances des différentes technologies d’ordinateurs quantiques. <br />  Il travaille à l’interface entre recherche, industrie et institutions publiques, avec un focus sur les technologies quantiques, le calcul haute performance et leurs applications. <br />  Il contribue à la structuration de projets collaboratifs de R&amp;D, au développement de cas d’usage et à l’animation de l’écosystème quantique, en lien avec les enjeux d’industrialisation, d’intégration technologique et de souveraineté. <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/daniel-vert/" target="_blank">Gardez le contact.</a> </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  #QuantumTechnology #TechSovereignty #IndustrialStrategy #QuantumComputing #QuantumSensors #EconomicIntelligence #DeepTechEurope #StrategicAutonomy #CriticalTechnologies #InnovationPolicy
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert</title>
   <updated>2026-05-29T15:04:00+02:00</updated>
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   <published>2026-05-29T09:36:00+02:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
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    <![CDATA[
Entre le Forum Quantique Défense du 17 avril 2026 et l’allocution du Président de la République du 22 mai à Bruyères-le-Châtel, une même évolution se dessine : le quantique français entre dans une phase de structuration. Après plusieurs années marquées par la recherche, les démonstrateurs, les premières startups et les stratégies nationales, l’enjeu devient désormais plus exigeant : transformer une avance scientifique en capacités industrielles, opérationnelles et souveraines. Cette transformation ne dépendra pas seulement du niveau de financement ou de la qualité des laboratoires ; elle dépendra de la capacité collective à identifier les dépendances critiques, à qualifier les performances, à orienter la commande publique et à structurer les premiers marchés. C’est précisément à ce niveau que le quantique devient un sujet d’intelligence économique.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96766482-67456581.jpg?v=1780043688" alt="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" title="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Deux séquences, une même inflexion stratégique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Deux événements récents permettent de lire l’évolution du quantique français sous un angle moins technologique qu’organisationnel. <br />   <br />  Le 17 avril 2026, le Forum Quantique Défense, organisé par l’Agence de l’innovation de défense à l’École polytechnique, a posé une première question : comment transformer des technologies quantiques en capacités utiles pour les armées, capables de s’intégrer dans des systèmes critiques et de répondre aux contraintes propres aux environnements opérationnels ? <br />   <br />  Le 22 mai 2026, à Bruyères-le-Châtel, lors du Forum européen sur la puissance de calcul, les sciences et technologies quantiques et les semi-conducteurs, le Président de la République a posé une seconde question : comment transformer une excellence scientifique nationale en position industrielle européenne, dans un contexte où la compétition technologique avec les États-Unis et la Chine s’accélère ? <br />   <br />  Ces deux séquences ne relèvent pas du même registre, puisque la première concerne la mise en capacité pour la défense tandis que la seconde relève davantage de la politique industrielle européenne, mais elles décrivent un même basculement : le quantique sort progressivement d’une logique de promesse pour entrer dans une logique d’arbitrage, de qualification et de passage à l’échelle. <br />   <br />  <strong>L’enjeu n’est donc plus seulement de produire des résultats scientifiques, ni même de financer des démonstrateurs ; il est de savoir quelles briques technologiques seront réellement intégrées, selon quels critères de performance, par quels acteurs industriels, dans quelles chaînes de valeur et avec quel degré de souveraineté.</strong> <br />   <br />  C’est là que commence le véritable sujet d’intelligence économique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De la rupture scientifique à la capacité utile</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans le domaine de la défense, une technologie ne devient stratégique que si elle peut produire un effet opérationnel, ce qui oblige à distinguer ce qui relève de la performance scientifique, ce qui relève de la maturité technologique et ce qui relève de l’utilité capacitaire. <br />   <br />  Une avancée scientifique peut être majeure sans être immédiatement intégrable, un démonstrateur peut être prometteur sans être suffisamment robuste, et une technologie peut afficher une performance élevée en laboratoire sans répondre aux contraintes d’un système embarqué, sécurisé, maintenable et exploitable en environnement réel. <br />   <br />  Cette distinction est particulièrement importante pour le quantique, car ce domaine regroupe des réalités très différentes. Les capteurs quantiques apparaissent aujourd’hui comme l’un des segments les plus proches de certains usages opérationnels, notamment pour la mesure de précision, la navigation, la gravimétrie, la détection ou les horloges. Le calcul quantique suit une trajectoire différente : son potentiel est considérable, mais sa valeur dépend encore largement du passage à l’échelle, de la correction d’erreurs, de l’intégration avec le calcul classique et de la pertinence des cas d’usage. Les communications quantiques posent, quant à elles, des enjeux spécifiques d’infrastructure, de sécurité et d’intégration avec les réseaux existants. <br />   <br />  <strong>Cette diversité impose une lecture précise. Une stratégie sérieuse ne peut pas traiter “le quantique” comme un bloc homogène, car elle doit distinguer les niveaux de maturité, les horizons d’intégration, les contraintes industrielles et les dépendances critiques propres à chaque segment.</strong> <br />   <br />  Il faut également regarder les technologies habilitantes, souvent moins visibles que les processeurs ou les capteurs, mais déterminantes pour l’industrialisation. La cryogénie, l’électronique de contrôle, la photonique intégrée, les lasers, les composants RF, les logiciels, la métrologie, le packaging, les semi-conducteurs, les moyens d’essai et les plateformes de calcul conditionnent la capacité réelle de la filière à produire, tester, intégrer et maintenir des systèmes quantiques. <br />   <br />  C’est précisément l’apport d’une lecture défense : elle force à passer de la promesse technologique à la question de la capacité utile, en imposant de demander non seulement ce que la technologie peut faire, mais aussi dans quel système elle peut s’insérer, à quel horizon, avec quel niveau de robustesse, de sécurité, de coût et de souveraineté. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le changement de doctrine industrielle</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>L’allocution présidentielle du 22 mai élargit cette logique à l’échelle industrielle et européenne</strong>. Les annonces sont importantes : un milliard d’euros supplémentaire pour renforcer la stratégie nationale quantique, 550 millions d’euros pour soutenir l’électronique et les semi-conducteurs, une accélération de la commande publique, ainsi qu’une ambition européenne autour du calcul, du quantique, de l’intelligence artificielle et des infrastructures critiques. <br />   <br />  Mais le point central n’est pas uniquement budgétaire. Il est doctrinal. <br />   <br />  La France ne parle plus seulement de soutien à l’innovation ; elle parle de changement d’échelle, de commande publique, de préférence européenne, d’infrastructures critiques, de coalition de recherche et de technologie, de standards et de souveraineté. Ce vocabulaire marque une évolution importante, car il ne s’agit plus seulement d’aider des projets à émerger, mais d’organiser les conditions qui permettent à une filière de se consolider, de produire, de vendre, d’exporter et de durer. <br />   <br />  C’est la différence entre une politique d’innovation et une politique industrielle. La première finance des projets et accompagne des trajectoires technologiques, tandis que la seconde structure la demande, sécurise les chaînes critiques, protège les actifs stratégiques et construit des positions de négociation. <br />   <br />  Dans le quantique, cette différence est décisive, car le risque pour l’Europe n’est pas seulement de rater une technologie ; il est de produire la science, de former les talents et de financer les premiers développements, puis de laisser d’autres zones économiques capter les plateformes, les standards, les infrastructures, les marchés et la valeur. <br />   <br />  Ce scénario n’est pas propre au quantique. Il renvoie à une difficulté européenne plus large : transformer des actifs scientifiques de haut niveau en positions industrielles consolidées, financées et défendables sur les marchés mondiaux. Le quantique ne doit pas reproduire cette trajectoire. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’intelligence économique commence par la cartographie des dépendances</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Une lecture d’intelligence économique impose de regarder l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans le quantique, les dépendances ne se situent pas uniquement au niveau du processeur ou du capteur ; elles peuvent apparaître dans les composants, l’électronique, la cryogénie, la photonique, les logiciels, l’accès cloud, les infrastructures HPC, les moyens de test, les brevets, les talents, le financement, les normes ou les marchés. <br />   <br />  Une filière peut donc être scientifiquement avancée tout en restant industriellement dépendante. Elle peut disposer de laboratoires d’excellence, tout en dépendant d’équipements critiques étrangers, de fournisseurs spécialisés non européens, de plateformes d’accès contrôlées ailleurs, de capitaux extra-européens ou de standards définis sans elle. <br />   <br />  <strong>La souveraineté ne se mesure donc pas uniquement au volume d’argent public mobilisé. Elle se mesure à la maîtrise des points critiques lorsque la technologie passe du laboratoire à l’industrialisation.</strong> <br />   <br />  À cet égard, l’enjeu principal n’est pas de financer indistinctement l’ensemble des segments, mais de comprendre où l’action publique peut réellement modifier la trajectoire industrielle. Cela suppose de cartographier les dépendances, d’identifier les verrous stratégiques, de hiérarchiser les cas d’usage et de concentrer les moyens sur les segments où l’Europe peut construire un avantage défendable. <br />   <br />  Pour un décideur, les questions structurantes sont simples, mais exigeantes : quelles briques doivent rester maîtrisées en Europe, quels fournisseurs sont critiques, où se situent les risques de verrouillage, quels standards sont en cours de définition, quels marchés peuvent donner un premier avantage aux acteurs européens, quelles technologies sont assez matures pour être qualifiées, et quelles briques doivent encore relever de la recherche amont ? <br />   <br />  C’est à ce niveau que se construit une politique de puissance. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Métrologie, benchmarks et normalisation : les leviers discrets du marché</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans une filière émergente, les sujets les plus structurants ne sont pas toujours les plus visibles. La métrologie, les benchmarks et la normalisation peuvent sembler techniques, mais ils sont déterminants parce qu’ils conditionnent la confiance nécessaire à l’achat, à l’intégration et à l’export. <br />   <br />  Sans métriques partagées, les acheteurs publics et industriels ne peuvent pas arbitrer correctement, ce qui laisse le marché exposé à la communication des fournisseurs plutôt qu’à la performance démontrée. Sans benchmarks applicatifs, il devient difficile de comparer les solutions sur des usages concrets. Sans cadre normatif, les industriels et les acheteurs disposent de moins de repères pour intégrer, certifier et déployer les technologies. <br />   <br />  Le mécanisme doit être compris simplement : une technologie doit d’abord être mesurée pour être comparée, puis comparée pour être achetée de manière rationnelle. Les capacités de test, de qualification et de certification ne sont donc pas secondaires, car elles réduisent le risque d’adoption et transforment progressivement une technologie expérimentale en solution industrielle. <br />   <br />  Dans cette perspective, les travaux menés autour de la métrologie quantique, des benchmarks applicatifs et de la normalisation constituent des infrastructures de confiance. Le programme MetriQs-France, coordonné par le LNE, s’inscrit dans cette logique en visant la production de données fiables sur les performances et caractéristiques des technologies quantiques, tandis que les travaux de benchmark doivent permettre de comparer les calculateurs quantiques sur des applications concrètes, condition nécessaire pour sortir d’une comparaison purement théorique ou déclarative. <br />   <br />  <strong>La normalisation joue également un rôle stratégique. Elle ne garantit pas l’accès au marché, mais elle influence fortement les critères d’interopérabilité, de confiance, de sécurité et d’achat. Celui qui participe à la définition des normes ne contrôle pas seul le marché, mais il contribue à définir le langage dans lequel ce marché se structure.</strong> <br />   <br />  C’est un sujet central d’intelligence économique. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La commande publique comme outil de structuration industrielle</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dans les technologies de rupture, la commande publique n’est pas seulement un mécanisme administratif ; elle peut devenir un instrument de politique industrielle, à condition d’être utilisée avec discernement. <br />   <br />  Les entreprises deeptech font face à des cycles longs, à des besoins de capitaux importants, à des délais de qualification élevés et à une forte incertitude sur les premiers marchés. Dans ce contexte, l’achat public peut réduire l’incertitude sur la demande, clarifier les usages prioritaires et donner de la crédibilité aux premières solutions. <br />   <br />  L’enjeu n’est donc pas d’acheter pour acheter. Il est de structurer une demande capable de faire progresser les technologies pertinentes, de préciser les exigences, de tester les solutions et de préparer leur intégration dans des environnements réels. <br />  Le programme PROQCIMA illustre cette logique sur le calcul quantique : en mobilisant l’achat public autour de prototypes de calculateurs quantiques, il contribue à créer un cadre d’évaluation, de dialogue entre fournisseurs et utilisateurs, et de montée en maturité des solutions. <br />   <br />  Cette approche est d’autant plus importante que les grands concurrents internationaux disposent souvent de marchés domestiques plus profonds et d’une meilleure continuité entre demande publique, financement et trajectoires industrielles. <br />   <br />  Pour l’Europe, la question n’est donc pas de copier mécaniquement ces modèles. Elle est de construire une politique d’achat compatible avec son cadre juridique, mais suffisamment stratégique pour soutenir les chaînes de valeur critiques lorsque les enjeux de souveraineté le justifient. <br />   <br />  L’Europe ne peut pas réclamer une souveraineté technologique tout en organisant ses achats critiques comme si le lieu de production, la maîtrise des composants, la gouvernance des données et la dépendance aux fournisseurs étaient neutres. La préférence européenne ne doit donc pas être comprise comme un slogan protectionniste, mais comme une politique d’achat public plus stratégique, fondée sur la sécurité des chaînes de valeur et la capacité à donner des premiers marchés aux acteurs européens lorsque cela répond à un intérêt stratégique clairement établi. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le quantique comme nœud d’une architecture de puissance</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le quantique ne doit pas être considéré comme une filière isolée. Il est connecté aux semi-conducteurs, au calcul haute performance, au cloud, à l’intelligence artificielle, aux capteurs, aux télécommunications, aux infrastructures critiques, à la cybersécurité, à la défense et aux données. <br />   <br />  <strong>Il faut donc le lire comme un nœud dans une architecture de puissance plus large.</strong> <br />   <br />  Cette architecture comporte plusieurs niveaux. La recherche produit les concepts, les savoir-faire et les premières démonstrations ; la technologie transforme ces connaissances en briques exploitables ; l’industrie organise la production, la reproductibilité, le coût, la maintenance et l’intégration ; la stratégie publique définit les priorités, protège les actifs critiques, oriente les marchés et inscrit les choix nationaux dans un cadre européen. <br />   <br />  <strong>La puissance ne vient pas de l’excellence isolée d’un seul niveau, mais de leur alignement</strong>. Elle suppose une recherche orientée sans être appauvrie, une industrie capable d’absorber le risque, une commande publique capable de créer les premiers marchés, des standards capables de structurer la confiance et une gouvernance capable d’éviter la dispersion. <br />   <br />  Une excellence scientifique sans relais industriel reste fragile. Une startup sans marché reste vulnérable. Une technologie sans métrologie ni qualification reste difficile à adopter. Une capacité sans infrastructure reste dépendante. Une stratégie nationale sans articulation européenne reste insuffisante face aux grands blocs technologiques. <br />   <br />  Le principal risque n’est donc pas seulement le sous-financement. Il est la fragmentation. Une filière peut se disperser si le calcul avance sans lien suffisant avec les semi-conducteurs, si les capteurs progressent sans intégrateurs, si les benchmarks restent déconnectés des acheteurs, si les startups manquent de marchés ou si la recherche n’est pas reliée à une trajectoire industrielle. Une stratégie de souveraineté ne peut pas additionner des initiatives ; elle doit organiser leur convergence. <br />   <br />  C’est pourquoi les annonces du 22 mai doivent être lues au-delà des montants. Elles relient explicitement le quantique aux semi-conducteurs, à l’électronique, au calcul, à l’intelligence artificielle et aux infrastructures. Cette articulation est essentielle, car elle replace le quantique dans son environnement réel : celui des chaînes de valeur critiques. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le lien stratégique entre défense et industrie</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le lien entre le Forum Quantique Défense du 17 avril et l’allocution présidentielle du 22 mai se situe précisément là. <br />   <br />  Le Forum Quantique Défense rappelle que le quantique doit produire des capacités utiles, selon des critères de robustesse, de sécurité, d’intégration et d’emploi en conditions contraintes. L’allocution du 22 mai rappelle que ces capacités ne pourront exister durablement que si elles s’inscrivent dans une stratégie industrielle, financière et européenne. <br />   <br />  La Défense impose une exigence de réalité, tandis que l’industrie impose une exigence de reproductibilité, de coût, de standardisation et de marché. La puissance publique doit organiser la convergence entre ces deux temporalités. <br />   <br />  Cette articulation civil-défense est structurante. Elle ne doit pas être comprise comme une opportunité ponctuelle, mais comme une condition de soutenabilité, car les marchés strictement défense peuvent être trop étroits pour soutenir seuls certaines trajectoires industrielles, tandis que les marchés civils peuvent être trop fragmentés ou trop lents pour absorber seuls les risques technologiques initiaux. Leur articulation permet de stabiliser les investissements, d’élever les exigences et de donner une trajectoire plus robuste aux acteurs industriels. <br />   <br />  Mais cette dualité doit être pilotée, car sans hiérarchisation des cas d’usage, sans clarification des besoins, sans critères de qualification et sans trajectoire capacitaire, elle peut aussi produire de la dispersion. <br />   <br />  <strong>Le sujet n’est donc pas de multiplier les initiatives. Il est de sélectionner, qualifier, intégrer et financer les trajectoires capables de passer à l’échelle.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un agenda d’action pour les décideurs</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Si l’on veut éviter que le quantique reste un sujet de discours, plusieurs actions deviennent prioritaires. <br />   <br />  La première urgence est de savoir où l’Europe est réellement souveraine, où elle est substituable et où elle est déjà dépendante, que l’on parle du calcul, des capteurs, des communications, des technologies habilitantes, des logiciels, des composants, des infrastructures ou des moyens d’essai. Sans cette cartographie, la souveraineté reste une notion générale. <br />   <br />  Il faut ensuite prioriser les cas d’usage en tenant compte de leur maturité technologique, de leur valeur stratégique et de leur faisabilité d’intégration, car tous les cas d’usage ne se valent pas et tous ne justifient pas le même niveau d’investissement public. <br />   <br />  La commande publique doit également être utilisée comme premier marché stratégique lorsque les enjeux de sécurité, de défense, d’infrastructure ou de souveraineté sont clairement établis, afin de préciser les besoins, d’orienter les trajectoires technologiques et de donner aux acteurs européens une première base de crédibilité. <br />   <br />  Le renforcement des capacités de test, de benchmark, de qualification et de certification constitue un autre levier décisif, car ce sont ces capacités qui permettront aux acheteurs et aux utilisateurs de sortir des promesses générales pour entrer dans des comparaisons objectivées. <br />   <br />  La sécurisation des chaînes de valeur habilitantes doit devenir une priorité explicite, notamment pour l’électronique, la cryogénie, la photonique, les logiciels, les semi-conducteurs, les composants critiques et les infrastructures de calcul. <br />   <br />  La consolidation des acteurs industriels doit également être anticipée, car dans une compétition mondiale, attendre que les entreprises soient en difficulté pour organiser les rapprochements ou les soutiens est rarement une stratégie optimale. <br />   <br />  Enfin, l’effort français doit s’inscrire dans une trajectoire européenne crédible, car le marché national est insuffisant pour soutenir seul l’ensemble des ambitions. Cette trajectoire devra aussi intégrer la protection des actifs scientifiques et industriels sensibles, car la compétition technologique est également une compétition informationnelle.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’exécution comme test de souveraineté</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Pour la France et l’Europe, les prochains mois seront donc moins une question de communication qu’une question d’exécution. <br />   <br />  Les 18 à 24 prochains mois ne détermineront pas à eux seuls la maturité complète des technologies quantiques, mais ils peuvent peser fortement sur les architectures retenues, les premiers marchés, les coalitions industrielles, les trajectoires de financement, les standards émergents et les positions de négociation. <br />   <br />  C’est à ce niveau que se jouera une partie importante de la souveraineté technologique. <br />   <br />  La France dispose d’atouts considérables : laboratoires, organismes de recherche, grands groupes, startups, ingénieurs, investisseurs, infrastructures de calcul, culture duale et premières politiques publiques structurantes. Mais l’avance scientifique ne suffit pas. <br />   <br />  Pour devenir un levier de puissance, cette avance doit être convertie en capacités, en marchés, en standards, en produits, en infrastructures et en positions industrielles défendables. <br />   <br />  <strong>La bataille du quantique ne sera donc pas seulement une course technologique. Elle sera une bataille d’organisation, de priorisation, de qualification et d’intelligence économique. <br />   <br />  La puissance ne reviendra pas seulement à ceux qui inventent. Elle reviendra à ceux qui sauront transformer l’invention en capacité maîtrisée, intégrée, protégée et adoptée.</strong> <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Bibliographie</b></div>
     <div>
      <blockquote>Élysée, « Forum européen sur la puissance de calcul, les sciences et technologies quantiques et les semi-conducteurs », discours du Président de la République, 22 mai 2026. <br />   <br />  Le Monde avec AFP, « Emmanuel Macron annonce 1,55 milliard d’euros de plus pour la filière quantique et les semi-conducteurs », 22 mai 2026, modifié le 22 mai 2026. <br />   <br />  France 2030 : la France accélère sa stratégie quantique pour renforcer sa souveraineté technologique, 26 mai 2026. <br />   <br />  Agence de l’innovation de défense, « L’Agence de l’innovation de défense organise le Forum Quantique Défense », 10 avril 2026. <br />   <br />  Ministère des Armées, « Forum quantique défense : transformer l’innovation en capacités opérationnelles », 16 avril 2026. <br />   <br />  École polytechnique, « La ministre des Armées, à l’X, sur le quantique », 20 avril 2026. <br />   <br />  Laboratoire national de métrologie et d’essais, « Programme MetriQs-France ». <br />   <br />  Laboratoire national de métrologie et d’essais, « Projet BACQ ». <br />  &nbsp;</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>À propos de l’auteur</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96766482-67456593.jpg?v=1780059848" alt="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" title="Quantique : la souveraineté se jouera dans la capacité à organiser la filière. Daniel Vert" />
     </div>
     <div>
      <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/daniel-vert/" target="_blank">Daniel Vert</a>  est coordinateur du <a class="link" href="https://systematic-paris-region.org/hubs-enjeux/hub-digital-engineering/" target="_blank">Hub Advanced Engineering &amp; Computing</a>  au sein du pôle de compétitivité Systematic. Docteur en informatique quantique, ses travaux ont porté sur l’évaluation et la comparaison des performances des différentes technologies d’ordinateurs quantiques. <br />  Il travaille à l’interface entre recherche, industrie et institutions publiques, avec un focus sur les technologies quantiques, le calcul haute performance et leurs applications. <br />  Il contribue à la structuration de projets collaboratifs de R&amp;D, au développement de cas d’usage et à l’animation de l’écosystème quantique, en lien avec les enjeux d’industrialisation, d’intégration technologique et de souveraineté. <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/daniel-vert/" target="_blank">Gardez le contact.</a> </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  #QuantumTechnology #TechSovereignty #IndustrialStrategy #QuantumComputing #QuantumSensors #EconomicIntelligence #DeepTechEurope #StrategicAutonomy #CriticalTechnologies #InnovationPolicy
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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