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  <title>www.veillemag.com</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></description>
  <link>https://www.veillemag.com/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-05-10T00:43:34+02:00</dc:date>
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   <title>5 mai. Entre diplomatie et influence : le sport en première ligne. Livre blanc SMS &amp; EGE</title>
   <pubDate>Wed, 29 Apr 2026 09:24:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Longtemps présenté comme un espace neutre, le sport n’a jamais été un simple jeu. Il est devenu l’un des miroirs les plus sensibles du pouvoir, un lieu où se lisent les ambitions, les tensions et les récits que les sociétés produisent pour se gouverner. Le Livre blanc « Le sport au‑dessus des conflits, l’arbitre d’un monde sous tension ? », publié par l’École de Guerre Économique et la Sports Management School, analyse la manière dont le sport se retrouve au cœur des rivalités internationales. Une réflexion approfondie qui sera prolongée lors de la rencontre du 5 mai à l’EGE, en présence de Christian Harbulot et Michael Tapiro.     <div><b>Le terrain où le politique s’invite</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96309572-67173137.jpg?v=1777448831" alt="5 mai. Entre diplomatie et influence : le sport en première ligne. Livre blanc SMS &amp; EGE" title="5 mai. Entre diplomatie et influence : le sport en première ligne. Livre blanc SMS &amp; EGE" />
     </div>
     <div>
      <blockquote><span style="white-space: pre-wrap;">Dès qu’un ballon roule, le politique n’est jamais loin. Les stades rassemblent des foules, fabriquent des émotions collectives, offrent des images capables de traverser les frontières. Les gouvernants l’ont compris : associer leur action à la ferveur sportive, c’est capter une part de cette énergie symbolique. Une victoire nationale devient un récit de cohésion, une candidature à un méga‑événement se transforme en démonstration de modernité, un plan pour le sport de haut niveau devient un marqueur de volontarisme. Le sport sert alors de langage, parfois de paravent, souvent de levier.</span> <br />  Au XXᵉ siècle, les États ont utilisé les grandes compétitions pour projeter leur image : Berlin 1936 pour la propagande, les boycotts des JO de 1980 et 1984 comme armes diplomatiques, ou encore la Coupe du monde 1998 pour renforcer une cohésion nationale. Chaque méga‑événement sportif reste un levier stratégique pour peser sur la scène internationale.</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le sport, un sanctuaire fissuré</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L’ouvrage dresse un constat sans détour : le sport n’est pas un refuge préservé des tensions du monde. À mesure que les compétitions gagnent en visibilité et en valeur symbolique, elles deviennent des instruments d’influence pour les États, les acteurs économiques ou les organisations cherchant à peser sur les opinions. Le Livre blanc montre comment ce qui fut un terrain de paix se transforme en espace stratégique où se jouent réputation, puissance et diplomatie.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Neutralité proclamée, vulnérabilité réelle</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Les auteurs soulignent une contradiction majeure : le sport revendique la neutralité, mais évolue dans un environnement où tout est devenu politique. Dépendance financière, gouvernance fragile, pressions géopolitiques… <br />   <br />  L’écosystème sportif apparaît perméable aux ingérences. Le Livre blanc appelle à une <strong>neutralité opérationnelle</strong>, structurée et défendue, fondée sur des règles explicites, une transparence renforcée et une gouvernance capable de résister aux influences extérieures.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un débat nécessaire le 5 ma</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Ces enjeux seront au cœur de la rencontre du <strong>5 mai</strong> à l’EGE, où interviendront <strong>Christian Harbulot</strong>, directeur de l'EGE, et <strong>Michael Tapiro</strong>, expert du management sportif. <br />   <br />  Leur échange tentera d’éclairer les zones grises où se mêlent compétition, stratégie et diplomatie. En filigrane, une question persiste : le sport peut‑il encore jouer le rôle d’arbitre dans un monde sous tension, ou n’est‑il que le reflet amplifié de nos fractures contemporaines ?</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pour participer ...</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96309572-67173176.jpg?v=1777448041" alt="5 mai. Entre diplomatie et influence : le sport en première ligne. Livre blanc SMS &amp; EGE" title="5 mai. Entre diplomatie et influence : le sport en première ligne. Livre blanc SMS &amp; EGE" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://programmes.ege.fr/conf-sport-au-dessus-des-conflits-5-mai-2026/" target="_blank">Inscription gratuite mais obligatoire&nbsp;</a>   <p class="lplh-24" style="text-align: center;"> <br />  <span style="color: rgb(36, 36, 43);"><span style="font-family:josefin sans;"><span style="font-size: 20px;"><strong>EGE Ecole de Guerre Economique <br />  1, rue Bougainville,</strong></span></span></span><span style="color: rgb(36, 36, 43);"><span style="font-family:josefin sans;"><span style="font-size: 20px;"><strong>&nbsp;75007 Paris</strong></span></span></span> <br />  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      &nbsp; <br />  <span style="white-space: pre-wrap;"><strong style="white-space: pre-wrap;">#SportsDiplomacy #Geopolitics #SportIndustry #SoftPower #InternationalRelations #StrategicInfluence #EconomicIntelligence #GlobalSports #LeadershipInsights #SportsGovernance</strong></span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.veillemag.com/5-mai-Entre-diplomatie-et-influence-le-sport-en-premiere-ligne-Livre-blanc-SMS-EGE_a7481.html</link>
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   <title>Lire n’est pas croire ! Entretien avec Christophe Deschamps</title>
   <pubDate>Tue, 07 Apr 2026 13:57:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Sources &amp; Données]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Avec cet e-book, Christophe Deschamps semble rappeler une évidence : lire n’est pas croire. Et pourtant ! Selon lui, l’échec analytique ne naît pas d’un manque de données, mais d’un aveuglement méthodique nourri par nos biais, nos certitudes et les récits fabriqués des médias. À l’heure où l’OSINT bouleverse les pratiques, il défend une exigence : ne disqualifier aucune source a priori, même (surtout) lorsqu’elle dérange. Pour lui, les analystes doivent « faire feu de tout bois ».     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95893853-66931558.jpg?v=1775565503" alt="Lire n’est pas croire ! Entretien avec Christophe Deschamps" title="Lire n’est pas croire ! Entretien avec Christophe Deschamps" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Christian Harbulot signe la préface de votre ouvrage, et il y insiste sur la nécessité de rompre avec les illusions narratives pour revenir à une lecture stratégique du réel. En quoi son regard a t il influencé votre démarche, et qu’apporte t il selon vous à la compréhension des dérives actuelles de l’analyse ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">La préface de Christian Harbulot a une double signification pour moi. <br />   <br />  D'abord une dette intellectuelle. Depuis le rapport Martre et la fondation de l'École de Guerre Économique, il porte une idée simple mais qui dérange encore : l'information n'est jamais un espace neutre, et toute lecture naïve des rapports de force est une vulnérabilité stratégique. Il avait anticipé la «&nbsp;victoire&nbsp;» d’Huntington sur Fukuyama... <br />   <br />  Cet ebook prolonge ce geste sur un terrain plus restreint mais central, celui des sources elles-mêmes et de la manière dont nous nous les interdisons pour des raisons idéologiques. Ce que son regard apporte aux dérives actuelles, c'est précisément une mémoire longue : il a vu ces mécanismes à l'œuvre depuis quarante ans, ce qui permet de relativiser le caractère prétendument inédit de la guerre informationnelle contemporaine. Y compris de la guerre cognitive sur laquelle il publiait déjà en 2002. <br />   <br />  Mais sa préface pousse mon propos plus loin que je ne l'avais envisagé. Mon constat de départ est très concret : chaque année, mes étudiants en veille stratégique remettent des projets où, en caricaturant un peu, ils n’ont surveillé que les sources avec lesquelles ils sont en accord idéologique. Ce sont d'abord les veilleurs et les étudiants, plus que les analystes, conscients de la valeur décisionnelle de leurs propositions, qui se limitent ainsi l'accès au réel. <br />   <br />  Christian Harbulot, en fait une question qui dépasse le cercle des futurs professionnels de l’information. Il en fait, une «&nbsp;question d'instruction civique&nbsp;», et appelle à initier les jeunes dès le secondaire à cette compréhension critique des mots, des paroles, des images. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous suggérez que ce réflexe d'autocensure dépasse le seul cadre professionnel et touche à quelque chose de plus profond. Pouvez-vous préciser ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Oui, et c'est un point qui me tient à cœur parce qu'il déborde largement le périmètre de la veille stratégique. <br />   <br />  Le réflexe « on ne va quand même pas lire ce truc » n'est pas seulement une faute professionnelle. C'est le symptôme d'une confusion beaucoup plus profonde, où lire une idée qu'on désapprouve est devenu une forme de blasphème civil. Comme si exposer son esprit à un texte adverse revenait à s'en rendre complice. Comme si le texte était un acte au même titre qu'un geste physique. <br />   <br />  Il y a là une erreur de catégorie fondamentale. Une caricature n'est pas équivalente à une balle dans la tête. Un pamphlet n'est pas un coup de couteau. Entre le texte et l'acte, il y a toujours l'espace irréductible de la conscience du lecteur&nbsp;: le temps de lire, d'interpréter, de peser, d'accepter ou de refuser. Cet espace, c'est ce que la liberté d'expression a pour fonction de protéger. C'est aussi, accessoirement, l'espace dans lequel l'analyste travaille. Le fermer, c'est renoncer aux deux en même temps : à la liberté de penser et à la possibilité d'analyser. <br />   <br />  Ce qui me frappe, c'est que ce réflexe se présente très souvent comme une défense de la démocratie contre le « poison » des idées toxiques. Mais une démocratie qui ne supporte plus d'être exposée à ce qui la conteste a déjà renoncé à se penser elle-même. Elle ne se protège pas mais s'anesthésie. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous affirmez que la donnée brute est supérieure au récit. Or, dans la pratique, la donnée brute est souvent inaccessible, manipulée, ou techniquement illisible pour la plupart des analystes. N’y a t il pas un risque de créer une illusion de maîtrise technique qui masque d’autres vulnérabilités ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Avant de répondre, une précision : je ne dis pas que la donnée brute est « supérieure » au récit. Les deux ont des fonctions distinctes et complémentaires. Le récit médiatique apporte la mise en perspective, la hiérarchisation, la contextualisation. C'est précieux. La donnée brute, elle, permet la vérification d'un fait. Ma règle est plutôt : le plus proche des données brutes l'emporte pour établir un fait, à condition que ces données soient techniquement vérifiables. Ce n'est pas une hiérarchie de valeur, plutôt un ordre méthodologique. <br />   <br />  Cela dit, votre objection pointe un risque réel, et je dirais même qu'il a deux aspects. <br />   <br />  Le premier, c'est l'illusion de maîtrise pour l'analyste. Avoir géolocalisé une vidéo ne dit rien de ce qui s'y joue vraiment : des intentions des acteurs, du contexte politique dans lequel la scène s'inscrit, de ce qui se passe hors-cadre. Une donnée peut être parfaitement authentique et en même temps totalement trompeuse si on ignore la logique des acteurs qui l'ont produite ou diffusée. C'est exactement ce que j'essaie de montrer dans le troisième chapitre avec la notion de vérité opératoire : comprendre comment un acteur voit le monde est parfois plus important que d'établir si ce qu'il dit est vrai. <br />   <br />  Le second aspect du risque, c'est ce que j'appellerais la fétichisation de la preuve technique. Une dérive où seul ce qui se vérifie par métadonnées compterait, et où tout le reste (témoignages, connaissance historique d'un dossier, compréhension fine d'un acteur) serait relégué au rang d'impression subjective. C'est une forme de scientisme appliqué au renseignement, aussi dangereuse que l'illusion narrative qu'elle prétend combattre. <br />   <br />  Ma méthode cherche précisément à articuler ces deux risques, et elle le fait sur deux plans distincts. Sur le plan de la solidité d'une affirmation, je propose dans le dernier chapitre une approche en quatre couches : on commence par chercher qui est le plus proche de l'événement, puis on regarde ce que le contenu lui-même permet de vérifier techniquement, puis on cherche une corroboration par des sources réellement indépendantes. La réputation d'une source ne sert qu'en bout de chaîne, comme guide d'allocation de l'effort de vérification, jamais comme conclusion qui en dispenserait. Ce dispositif protège de l'illusion narrative. Soit l’inverse de ce qu’on fait habituellement… <br />   <br />  Mais il y a un second plan, fonctionnel celui-là, que je traite séparément : médias et données brutes ne font pas la même chose. Les données brutes servent à établir ou contester un fait. Les médias, eux, apportent quelque chose que les données brutes ne peuvent évidemment fournir : une mise en perspective, une hiérarchisation, la connaissance accumulée d'un dossier par un journaliste qui le suit depuis des années. Dans le deuxième chapitre je formule ainsi la règle d'usage : ne pas demander à un média ce qu'on doit demander aux données brutes, ne pas demander aux données brutes ce que seul un média peut apporter. <br />   <br />  C'est cette seconde règle qui protège de l'illusion technicienne. <br />  La vulnérabilité que vous décrivez est donc bien réelle, mais pour un analyste qui ne mobiliserait qu'un seul de ces deux plans et ne ferait ainsi que la moitié du chemin.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous expliquez que l’analyste doit comprendre ce que les acteurs croient vrai, même si c’est faux. Où place t on la limite entre comprendre et légitimer ? Comment éviter la dérive ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">La formule que j'utilise dans l'ebook est, je crois, explicite : l'empathie cognitive n'est pas l'empathie morale. Comprendre n'est pas approuver. Modéliser la logique d'un acteur pour anticiper ses actions n'a rien à voir avec adhérer à ses valeurs, c'est même souvent l'inverse&nbsp;: c'est précisément parce qu'on prend ses croyances au sérieux comme donnée opérationnelle qu'on peut les contrer efficacement. Kennedy a compris Khrouchtchev sans le légitimer, et c'est ce qui a permis d'éviter l'escalade nucléaire en 1962. À l'inverse, le FBI à Waco a refusé de lire les sermons de Koresh comme une source de renseignement sur sa logique décisionnelle ; il les a traités comme du « charabia religieux ». Résultat : 76 morts. <br />   <br />  La limite que vous évoquez existe, bien sûr, mais elle se loge dans la finalité de la lecture, pas dans l'objet étudié. Un analyste qui lit le manifeste d'un mouvement radical pour anticiper ses prochaines cibles fait son métier. Un analyste qui le lirait pour s'en inspirer ou le diffuser ferait autre chose, et ce serait un autre métier, ou l’absence de métier... Le même texte, lu avec deux intentions différentes, produit deux usages différents. <br />   <br />  Ce qui permet de tenir la ligne, ce n'est donc pas un interdit de lecture, mais la discipline d'une posture professionnelle : on lit pour comprendre, et on comprend pour permettre à un décideur d'agir. Cette chaîne de responsabilité, directe et traçable, est la meilleure protection contre la dérive. Bien meilleure en tout cas que le réflexe d'évitement qui consiste à ne pas lire « pour ne pas se salir ».</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous présentez l’OSINT comme une rupture méthodologique fondée sur la preuve technique. Votre modèle repose sur la vérification technique, mais la technique elle même devient un terrain de guerre informationnelle. Comment tenir la ligne ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le risque que vous pointez est réel, mais je crois qu'il se résout par une distinction que les historiens connaissent depuis longtemps : celle entre critique externe et critique interne d'un document. La technique excelle dans la critique externe (authentifier une image, dater une prise de vue, géolocaliser une scène, …). Et elle est appelée à progresser encore. Mais elle est, et restera longtemps, faible sur la critique interne : pourquoi cette source diffuse-t-elle cette information à ce moment précis ? Quel est son intérêt ? Que cherche-t-elle à faire croire ? Or c'est précisément cette critique interne que vise la guerre informationnelle la plus efficace, celle qui n'utilise pas de faux mais des éléments authentiques placés dans un contexte trompeur. Aucune accumulation d'outils techniques ne suffit, à elle seule, à tenir la ligne : elle se tient en gardant l'analyste humain comme arbitre final du sens. L'outil traite l'image, l'humain traite l'intention. <br />   <br />  Cela dit, il faut résister à la tentation inverse. On entend parfois l'argument&nbsp;: « puisque la technique est devenue un terrain de guerre, on ne peut plus s'y fier ». C'est un piège, et c'est exactement le résultat que cherche celui qui pollue l'espace informationnel&nbsp;: produire une équivalence sceptique généralisée où plus rien n'est vérifiable, donc où tout se vaut, donc où le récit le plus fort finit par l'emporter. Renoncer à la vérification technique sous prétexte qu'elle est vulnérable, c'est offrir la victoire à l'attaquant sans combattre. Tenir la ligne, c'est au contraire continuer à vérifier tout en sachant qu'on peut être trompé, et le dire au décideur. L'incertitude assumée vaut mille fois mieux que la certitude factice ou que le renoncement.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Si vous deviez résumer en une idée directrice ce que les analystes, les décideurs, les citoyens devraient absolument retenir de votre démarche, quelle serait elle, et pourquoi est elle si urgente aujourd’hui ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">S'il fallait n'en retenir qu'une, ce serait celle qui donne son titre à ce petit livret : lire n'est pas croire. Cette distinction paraît évidente, et pourtant nous sommes collectivement en train de la perdre. Le réflexe contemporain, chez les étudiants comme chez beaucoup de professionnels, consiste à confondre les deux gestes, et donc à s'interdire l'un par crainte de l'autre. On ne lit plus ce qui dérange parce qu'on craint que la lecture vaille adhésion. Cette confusion est un appauvrissement intellectuel majeur, et elle est peut-être l'un des symptômes les plus inquiétants du moment que nous traversons. <br />   <br />  L'idée directrice tient en réalité dans une formule que je propose dans l'avant-propos, qui fusionne deux expressions de la sagesse populaire : faire feu de tout bois, sans rien prendre pour argent comptant. Tout l'<em>ebook</em> tient dans cette tension. Lire largement, contre les biais idéologiques qui nous amputent l'accès au réel ; vérifier rigoureusement, contre la crédulité qui ferait de nous des relais. Les deux exigences vont ensemble et ne valent rien séparément. Or ce que j'observe, c'est qu'elles sont en train de se dissocier : ceux qui « font feu de tout bois » prennent souvent tout pour argent comptant, et ceux qui ne prennent rien pour argent comptant refusent de lire la moitié de l'information disponible. Recoller les deux moitiés, c'est tout l'enjeu de ce que j'essaie de transmettre ici. <br />   <br />  Si je devais formuler cela comme un changement de réflexe à acquérir, je dirais qu'il s'agit de remplacer une question par une autre. Cesser de se demander « qui dit la vérité ? », une question tribale, qui aligne le lecteur sur un camp avant même qu'il ait lu quoi que ce soit. Et commencer à se demander « qu'est-ce que je peux vérifier moi-même, et qu'est-ce qui reste hors de portée ? », une question analytique, qui oblige à réfléchir et à creuser. Le problème aujourd'hui, c'est que se demander «&nbsp;qui est dans mon camp ?&nbsp;» remplace trop souvent «&nbsp;qu'est-ce que je peux vérifier ?&nbsp;». <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Peut-être une remarque plus personnelle, une recommandation de lecture, un rendez-vous…</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Deux livres, donc, qui m'ont marqué&nbsp;: <br />   <br />  Le premier est La Désinformation, arme de guerre (2004), de Vladimir Volkoff (oui, le Lieutenant X auteur des Langelot). Un ouvrage de référence sur la désinformation comme méthode, construit comme une anthologie commentée qui se lit très bien et reste d'actualité plus de vingt ans après sa parution. Volkoff écrit depuis une expérience du renseignement et avec une plume de romancier, ce qui donne un ouvrage rigoureux et vivant. <br />   <br />  Le second est La Fabrication du consentement de Noam Chomsky et Edward Herman (1988). C'est l'analyse, devenue classique, de la manière dont les médias dits <em>mainstream</em> filtrent l'information au service de structures de pouvoir qu'ils n'interrogent jamais. Le modèle de propagande à cinq niveaux qu'y proposent les auteurs est un outil analytique que tout veilleur devrait connaître. <br />  Les lire tous les deux, c'est s'offrir deux angles de vue peu conciliables, et donc précieux, sur un même objet, la fabrique de l'information. Et tenter d’apprendre à penser dans l'espace restant. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Découvrir l'ebook </b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95893853-66931821.jpg?v=1775564446" alt="Lire n’est pas croire ! Entretien avec Christophe Deschamps" title="Lire n’est pas croire ! Entretien avec Christophe Deschamps" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.linkedin.com/posts/chdeschamps_ebook-gratuit-comprendre-les-sources-en-activity-7445006894357962752-2DMN/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Source</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
     <div>
      <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/95338838-66701716.jpg?v=1771404332&amp;ibox" title="#4. Mars 2026. Knowledge management. Chroniques de la Recherche Veille, Intelligence économique, Renseignement — Par Christophe Deschamps"><img alt="#4. Mars 2026. Knowledge management. Chroniques de la Recherche Veille, Intelligence économique, Renseignement — Par Christophe Deschamps" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95338838-66701716.jpg?v=1771404332" title="#4. Mars 2026. Knowledge management. Chroniques de la Recherche Veille, Intelligence économique, Renseignement — Par Christophe Deschamps" /></a></div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">&nbsp;  <div class="access firstletter">  <blockquote><i><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/chdeschamps/" target="_blank">Christophe Deschamps</a>,&nbsp;</i>Intelligence Économique Ph.D ,&nbsp;<i>est chercheur et docteur en sciences de l'information et de la communication au CEREGE (Université de Poitiers). Consultant-formateur spécialisé dans la veille stratégique, il explore depuis plus de vingt ans les liens entre technologies, usages et circulation de l'information, tant dans leurs dimensions personnelles que professionnelles. <br />  Depuis 2004, il anime le blog <a class="link" href="http://outilsfroids.net" target="_blank">outilsfroids.net</a>, espace d'observation et d'expérimentation autour des technologies de l'information. Il y teste et documente des outils de veille, d'OSINT et de gestion des connaissances, en cherchant à comprendre comment leurs usages transforment nos pratiques quotidiennes. Par cette approche pragmatique et réflexive il souhaite éclairer la manière dont les innovations, depuis le web 2.0 jusqu'aux IA génératives, modifient en profondeur nos façons d'apprendre, de collaborer et de produire du sens.</i> <br />  Publications : <br />  - <a class="liens" href="https://www.amazon.fr/bo%C3%AEte-%C3%A0-outils-lintelligence-%C3%A9conomique/dp/2100551124/ref=as_li_tf_mfw?&amp;linkCode=wey&amp;tag=outilsfroids-21" target="_blank">La boîte à outils de l'intelligence économique</a>. Dunod. 2011 <br />  - <a class="liens" href="https://www.amazon.fr/Organisez-vos-donn%C3%A9es-personnelles-Lessentiel/dp/2212548427/ref=as_li_tf_mfw?&amp;linkCode=wey&amp;tag=outilsfroids-21" target="_blank">Organisez vos données personnelles. L'essentiel du Personal Knowledge Management</a>. Eyrolles. 2011 <br />  - <a class="liens" href="https://www.amazon.fr/nouveau-management-linformation-connaissances-lentreprise/dp/2916571299/ref=as_li_tf_mfw?&amp;linkCode=wey&amp;tag=outilsfroids-21" target="_blank">Le nouveau management de l'information</a>. FYP. 2009 <br />   <br />  Auteur sur Linkedin :&nbsp;<a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/chdeschamps/" target="_blank">https://www.linkedin.com/in/chdeschamps/</a>  <br />  <strong style="white-space: normal;">Thèse : "La phase d’analyse dans le cycle de la veille stratégique : conditions d’une mise en œuvre pertinente dans le cadre d’organisations françaises</strong> " <a class="link" href="https://theses.fr/s222029">&nbsp;Lien Thèses.fr</a> </blockquote>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  #OSINT #analyse stratégique #veille #biais cognitifs #guerre informationnelle #vérification des sources #Christophe Deschamps #renseignement et médias #esprit critique #données brutes #méthodologie analytique #intelligence économique #Christian Harbulot
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/95893853-66931558.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Lire-n-est-pas-croire--Entretien-avec-Christophe-Deschamps_a7342.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>La guerre cognitive, ou la conquête des esprits avant celle des territoires</title>
   <pubDate>Thu, 05 Mar 2026 17:09:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il existe des guerres que l'on voit, parce qu'elles laissent des ruines, des morts, des colonnes de fumée et des cartes militaires couvertes de flèches. Et puis il existe des guerres moins visibles, mais non moins décisives, parce qu'elles se déroulent dans les perceptions, dans les réflexes intellectuels, dans les catégories mentales à travers lesquelles une société interprète le réel. C'est précisément là que se situe la guerre cognitive.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95113766-66610798.jpg?v=1772728385" alt="La guerre cognitive, ou la conquête des esprits avant celle des territoires" title="La guerre cognitive, ou la conquête des esprits avant celle des territoires" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>  <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">Le mérite du <a class="link" href="https://www.epge.fr/wp-content/uploads/2019/01/La-guerre-cognitive.pdf" target="_blank">texte </a>  de Christian Harbulot est de poser d'emblée une distinction fondamentale. Tout n'est pas guerre de l'information, et la guerre de l'information n'épuise pas la guerre cognitive. La première concerne la circulation, la manipulation ou l'exploitation de contenus destinés à influencer une cible. La seconde va plus loin : elle vise à modifier les structures mêmes de la compréhension, à agir non seulement sur ce que l'on pense, mais sur la manière dont on pense. La nuance est capitale. Car si l'information peut être corrigée, démentie ou remplacée, le cadre cognitif, lui, agit comme une matrice. Une fois installé, il filtre les faits, hiérarchise les priorités, détermine ce qui paraît crédible, scandaleux, acceptable ou intolérable.</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;"><strong>Nous ne sommes donc pas dans un simple affrontement de propagandes au sens ancien du terme. Nous sommes dans une lutte pour l'organisation des représentations collectives. Et dans le monde contemporain, ce type de lutte pèse parfois autant qu'une supériorité industrielle ou militaire. <br />   <br />  A télécharger en fin d'article</strong></div>  </blockquote>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Nommer le conflit pour en comprendre la gravité</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">L'un des points les plus justes de cette réflexion est la défense du mot « guerre ». Dans les milieux administratifs, universitaires ou technocratiques, il est souvent de bon ton d'édulcorer. On préfère parler de « stratégies cognitives », de « lutte d'influence », de « compétition narrative ». Ces expressions rassurent, parce qu'elles donnent l'impression d'un jeu abstrait, d'un prolongement sophistiqué de la communication publique. Or cette prudence lexicale a un coût stratégique : elle réduit la perception du danger.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Parler de guerre cognitive, c'est reconnaître que l'enjeu n'est pas secondaire. Il ne s'agit pas de décorer l'action diplomatique par un supplément de communication, mais d'accepter que l'affrontement sur les perceptions peut produire des effets de rupture comparables à ceux d'une campagne militaire. Une armée battue peut se reconstituer. Une société dont la cohésion morale, la confiance institutionnelle et la perception du réel ont été durablement dégradées entre dans une zone de vulnérabilité beaucoup plus profonde.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Les mots ne servent pas seulement à décrire. Ils servent à cadrer l'action. Si l'on parle d'« influence », on affecte quelques budgets de communication. Si l'on parle de « guerre », on comprend qu'il faut une doctrine, des moyens, une culture stratégique et une capacité de riposte. Harbulot a raison sur ce point : l'euphémisme désarme.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'objectif réel : imposer un cadre de lecture du monde</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La guerre cognitive ne consiste pas uniquement à convaincre, encore moins à séduire. Son but réel est d'imposer un cadre d'interprétation. Celui qui domine cognitivement n'a pas besoin de contrôler chaque message ni de censurer chaque critique. Il lui suffit de définir la grille à travers laquelle les événements seront évalués.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est un mécanisme redoutablement efficace. Si un État réussit à se présenter comme le défenseur de la stabilité, alors les actions de ses adversaires seront spontanément perçues comme des facteurs de chaos. S'il s'impose comme le camp du droit, il transforme l'adversaire en suspect permanent, même lorsque les faits sont ambigus. S'il se donne l'image du progrès, il place ses rivaux dans la position de forces archaïques, brutales ou irrationnelles.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le point central est donc moins la diffusion d'un mensonge que la production d'une hiérarchie mentale. Dans un univers saturé d'informations, la supériorité ne vient plus de la seule capacité à parler plus fort. Elle vient de la capacité à définir ce qui compte, ce qui choque, ce qui rassure, ce qui mérite d'être retenu. La guerre cognitive n'est pas le règne du faux. Elle est le règne de la sélection stratégique du vrai, de l'angle, du contexte, de l'enchaînement logique qui transforme des faits bruts en vision du monde.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le rôle décisif des contradictions</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Là se trouve l'une des intuitions les plus fécondes du texte : la guerre cognitive ne prospère pas d'abord sur l'invention, mais sur l'exploitation des contradictions adverses. Un système puissant n'est jamais totalement cohérent. Toute puissance accumule des écarts entre son discours et sa pratique, entre ses principes proclamés et ses intérêts réels. C'est dans cet écart que s'insinue l'offensive cognitive.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Une démocratie qui invoque le droit tout en soutenant des pratiques contraires à ses propres principes offre une faille. Une entreprise qui se revendique responsable tout en dépendant de chaînes de production contestables s'expose à une fragilisation de réputation. Une alliance qui parle de paix tout en alimentant des logiques d'escalade laisse ouverte une brèche narrative. L'adversaire n'a pas besoin d'inventer. Il lui suffit de souligner, d'amplifier, d'ordonner.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est ce qui rend cette guerre si difficile à neutraliser. On ne peut pas la combattre seulement par des démentis, puisque ses munitions peuvent être des faits exacts. On ne peut pas non plus la réduire à une lutte contre les fausses nouvelles, car elle s'appuie souvent sur des réalités incontestables mais réagencées pour produire un effet stratégique. La cible n'est pas la vérité factuelle prise isolément. La cible, c'est la crédibilité globale d'un acteur.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> De la communication au rapport de force</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Une erreur fréquente consiste à traiter ces phénomènes comme de simples questions de communication. C'est une illusion très occidentale, et plus précisément très bureaucratique. Dans de nombreux appareils d'État, on continue à penser qu'un problème de perception se règle par un meilleur récit, un meilleur porte-parole, un meilleur habillage de politique publique. Cette approche confond l'outil et la nature de l'affrontement.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La guerre cognitive n'est pas un concours de slogans. Elle est un prolongement du rapport de force par d'autres moyens. Elle sert à affaiblir une volonté adverse, à isoler un acteur, à fissurer une coalition, à délégitimer un centre de décision, à rendre plus coûteuse une action politique ou militaire. Elle fonctionne comme un multiplicateur stratégique. Une opération économique, une sanction, une pression diplomatique ou une intervention militaire gagnent en efficacité lorsqu'elles sont accompagnées d'une construction cognitive qui les rend recevables pour les opinions, les alliés et parfois pour certaines fractions de la cible elle-même.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">À l'inverse, un acteur qui conserve sa puissance matérielle mais perd le contrôle du cadre de perception peut découvrir que sa marge de manœuvre s'effondre. Il dispose encore de moyens, mais leur emploi devient politiquement toxique, moralement contesté ou diplomatiquement isolant. Voilà pourquoi la guerre cognitive n'est pas périphérique : elle conditionne l'usage efficace des autres instruments de puissance.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> L'exemple vénézuélien : guerre économique et habillage cognitif</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">L'exemple de l'action américaine contre Nicolas Maduro éclaire parfaitement cette articulation. On aurait tort de n'y voir qu'un affrontement classique de politique étrangère, fondé sur des sanctions, des pressions diplomatiques et des intérêts énergétiques. Le mécanisme est plus subtil.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">D'un côté, il existe bien une logique de coercition matérielle : affaiblir un régime hostile, agir sur ses flux financiers, restreindre sa capacité de manœuvre. Mais cette mécanique n'est jamais nue. Elle s'accompagne d'une construction de légitimité : le dirigeant visé est présenté comme une figure illégitime, oppressive, dangereuse pour son peuple et pour la stabilité régionale. Ce récit ne remplace pas la pression. Il la rend soutenable, compréhensible, justifiable.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est là que la guerre cognitive rejoint la guerre économique. La sanction n'est pas seulement un acte technique. Elle devient un message adressé aux opinions, aux partenaires, aux marchés, aux élites locales. Elle dit : l'ennemi n'est pas seulement un rival, il est une anomalie qu'il faut corriger. Dans cette séquence, la bataille pour la perception est aussi importante que la contrainte matérielle elle-même.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une histoire plus ancienne qu'on ne le croit</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">L'autre force du texte est de rappeler que cette guerre n'est pas une invention des réseaux sociaux ou de l'époque numérique. Les outils changent, mais la logique est ancienne. L'histoire du vingtième siècle est traversée par des opérations où la victoire politique et stratégique a reposé sur la capacité à orienter les consciences, les sensibilités et les récits.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le rappel du rôle de Willy Münzenberg et de la machine de mobilisation intellectuelle du Komintern n'est pas anecdotique. Il montre qu'une puissance ou un appareil idéologique peut façonner des solidarités, construire des légitimités et transformer des espaces culturels entiers sans disposer d'une supériorité militaire directe sur les sociétés ciblées. La conquête des esprits précède souvent celle des rapports de force.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">De même, la référence à la Chine maoïste rappelle qu'un acteur militairement inférieur ou économiquement fragile peut néanmoins obtenir un effet stratégique majeur s'il parvient à imposer son propre récit historique, moral et révolutionnaire. La faiblesse matérielle ne condamne pas forcément un acteur si sa force cognitive lui permet de déplacer le terrain de l'affrontement.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Cette profondeur historique est essentielle, car elle évite deux erreurs. La première serait de croire que tout commence avec Internet. La seconde serait de réduire la guerre cognitive à un problème technique de plateformes, d'algorithmes ou de réseaux sociaux. Ces outils comptent, bien sûr, mais ils ne sont que des vecteurs. Le cœur du phénomène est politique, culturel et stratégique.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le numérique comme accélérateur, non comme origine</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Cela dit, la période contemporaine donne à la guerre cognitive une puissance inédite. Le numérique n'en est pas l'origine, mais il en est l'accélérateur. La circulation instantanée des contenus, l'émiettement des autorités de référence, la concurrence permanente entre sources, la logique émotionnelle des plateformes et la surabondance informationnelle créent un environnement idéal pour les opérations cognitives.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Dans un tel univers, l'enjeu n'est plus seulement d'informer ou de censurer, mais de saturer, de détourner, de fragmenter. L'abondance devient une arme. Plus les individus reçoivent de signaux, plus ils se replient sur des cadres interprétatifs simples, identitaires ou émotionnels. Celui qui sait structurer ces cadres possède un avantage décisif.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La guerre cognitive contemporaine tire donc parti d'une fatigue cognitive générale. Les sociétés hyperconnectées sont souvent moins armées intellectuellement qu'elles ne le croient. Elles disposent de davantage d'informations, mais pas nécessairement de davantage de discernement. C'est précisément dans cet écart entre accès aux données et capacité de les hiérarchiser que se déploie l'offensive.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> La bataille pour la légitimité</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Au centre de cette guerre se trouve la question de la légitimité. Le véritable vainqueur n'est pas toujours celui qui parle le plus, mais celui qui apparaît comme autorisé à définir le sens des événements. Cette autorité peut être morale, juridique, médiatique, scientifique, institutionnelle ou émotionnelle. Elle constitue un capital stratégique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Quand un acteur parvient à être identifié comme le porteur naturel de la justice, du droit, de la sécurité ou de la rationalité, il bénéficie d'un effet de présomption favorable. Ses arguments sont reçus avec moins de résistance. Ses erreurs sont relativisées. Ses adversaires, au contraire, doivent constamment prouver qu'ils ne sont pas ce que le cadre dominant dit qu'ils sont.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Cette asymétrie est fondamentale. Dans la guerre cognitive, la légitimité n'est pas une décoration morale. C'est une arme. Elle permet de discipliner les perceptions sans recourir en permanence à la contrainte. Elle produit un consentement diffus, une forme d'adhésion implicite qui rend l'action stratégique plus fluide.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La faiblesse européenne : déficit de mémoire, déficit de doctrine</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La conclusion implicite du texte est sévère pour l'Europe, et elle est juste. Le principal retard européen n'est pas technologique. Il est intellectuel et stratégique. Beaucoup d'États européens ont accumulé des outils de communication, des cellules de veille, des instruments de lutte contre la désinformation. Mais ils manquent souvent de deux choses essentielles : une mémoire structurée des guerres cognitives passées et une doctrine claire pour affronter celles du présent.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Or on ne construit pas une défense sérieuse sans mémoire. Une culture stratégique ne naît pas d'une addition de dispositifs techniques. Elle suppose une compréhension historique des méthodes adverses, des vulnérabilités internes, des précédents, des mécanismes de manipulation, des logiques de bascule de l'opinion. Sans cette profondeur, l'action publique reste réactive, morcelée, souvent naïve.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">L'Europe souffre en outre d'un rapport ambigu à la conflictualité. Elle préfère souvent parler de gouvernance, de régulation, de résilience. Ces notions ont leur utilité, mais elles deviennent insuffisantes lorsqu'un adversaire pense en termes d'affrontement, de domination cognitive et de rupture de légitimité. Une puissance qui refuse de nommer le conflit finit généralement par le subir.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une guerre qui oblige à repenser la souveraineté</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La grande leçon est peut-être là. La souveraineté au vingt-et-unième siècle ne se réduit plus au contrôle des frontières, des budgets, des normes ou des moyens militaires. Elle implique aussi la capacité à protéger ses cadres de perception collectifs, à préserver sa cohésion narrative, à identifier les attaques contre ses points de contradiction, et à répondre autrement que par des réflexes purement défensifs.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Car une société qui laisse d'autres acteurs définir en permanence le sens de ses propres actes devient progressivement dépendante. Elle peut garder ses institutions, ses procédures, ses symboles, mais elle perd une partie de sa liberté stratégique. Elle agit encore, certes, mais dans un cadre mental fabriqué ailleurs.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est en cela que la guerre cognitive est un enjeu majeur du temps présent. Elle ne remplace ni la guerre militaire, ni la guerre économique, ni la rivalité diplomatique. Elle les traverse toutes. Elle en prépare les conditions, en modifie les effets et, parfois, en décide l'issue avant même que le conflit visible n'atteigne son point culminant.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une bataille décisive pour les démocraties</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Les démocraties sont particulièrement exposées à cette forme de guerre, non parce qu'elles seraient par nature plus faibles, mais parce qu'elles reposent sur un équilibre délicat entre pluralisme, liberté d'expression et confiance collective. Cette ouverture fait leur force, mais elle crée aussi des vulnérabilités. Une démocratie qui perd confiance dans ses propres institutions, dans la cohérence de ses principes ou dans la lisibilité de son intérêt national devient un terrain fertile pour les offensives cognitives.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le danger n'est pas seulement la manipulation venue de l'extérieur. Il réside aussi dans l'incapacité interne à produire un récit crédible, cohérent et assumé. Une société qui accumule les contradictions sans les traiter offre à ses adversaires une matière première abondante. La guerre cognitive prospère moins sur le vide que sur les failles non résolues.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est pourquoi la réponse ne peut pas être seulement technique, encore moins policière. Elle suppose une restauration du sens stratégique, un effort de cohérence entre les discours et les actes, une reconquête de la crédibilité publique. La meilleure défense cognitive commence souvent par la réduction de ses propres contradictions.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La guerre cognitive n'est ni une mode théorique ni un simple sous-produit du numérique. Elle est l'une des formes majeures de la conflictualité contemporaine. Elle vise moins à détruire qu'à désorienter, moins à occuper des territoires qu'à façonner des perceptions, moins à imposer un mensonge qu'à verrouiller un cadre de lecture favorable.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Celui qui comprend cette logique dispose d'un avantage considérable. Celui qui la nie se condamne à réagir trop tard, avec des instruments inadaptés, face à une offensive déjà en profondeur. Dans un monde où la puissance se mesure aussi à la capacité de définir le sens des événements, perdre la bataille cognitive, c'est souvent préparer la défaite stratégique.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div><a class="link" href="https://shs.cairn.info/journal-revue-internationale-et-strategique-2004-4-page-63?lang=en" target="_blank">https://shs.cairn.info/journal-revue-internationale-et-strategique-2004-4-page-63?lang=en</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://shs.cairn.info/publications-de-christian-harbulot--26057?lang=en" target="_blank">https://shs.cairn.info/publications-de-christian-harbulot--26057?lang=en</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.sto.nato.int/wp-content/uploads/chief-scientist-report-cognitive-warfare-final.pdf" target="_blank">https://www.sto.nato.int/wp-content/uploads/chief-scientist-report-cognitive-warfare-final.pdf</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.sto.nato.int/document/cognitive-warfare/" target="_blank">https://www.sto.nato.int/document/cognitive-warfare/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.act.nato.int/activities/cognitive-warfare/" target="_blank">https://www.act.nato.int/activities/cognitive-warfare/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.act.nato.int/article/cognitive-warfare-strengthening-and-defending-the-mind/" target="_blank">https://www.act.nato.int/article/cognitive-warfare-strengthening-and-defending-the-mind/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.act.nato.int/article/cognitive-warfare-beyond-military-information-support-operations/" target="_blank">https://www.act.nato.int/article/cognitive-warfare-beyond-military-information-support-operations/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11565700/" target="_blank">https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11565700/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39552633/" target="_blank">https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39552633/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://innovationhub-act.org/wp-content/uploads/2023/12/CW-article-Claverie-du-Cluzel-final_0.pdf" target="_blank">https://innovationhub-act.org/wp-content/uploads/2023/12/CW-article-Claverie-du-Cluzel-final_0.pdf</a> </div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/95113766-66610922.jpg?v=1772727912" alt="La guerre cognitive, ou la conquête des esprits avant celle des territoires" title="La guerre cognitive, ou la conquête des esprits avant celle des territoires" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Christian Harbulot</a>, (EGE). <br />  Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">Iassp de Milan</a>. <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/95113766-66610798.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/La-guerre-cognitive-ou-la-conquete-des-esprits-avant-celle-des-territoires_a7153.html</link>
  </item>

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   <title>Jean-Claude Gallet et la succession à École de Guerre Économique (EGE)</title>
   <pubDate>Sun, 08 Feb 2026 16:53:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Personnalités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Alors que Christian Harbulot s’apprête à quitter la direction de l’École de Guerre Économique, l’arrivée pressentie du général Jean‑Claude Gallet marque un possible tournant pour l’institution. Figure de commandement en situation de crise, passé par le renseignement, la diplomatie et la protection industrielle, jean-Claude Gallet incarne le glissement d’une guerre économique de plus en plus opérationnelle, où sécurité, influence et résilience deviennent des compétences stratégiques.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94199504-65694956.jpg?v=1770623279" alt="Jean-Claude Gallet et la succession à École de Guerre Économique (EGE)" title="Jean-Claude Gallet et la succession à École de Guerre Économique (EGE)" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>L’École de Guerre Économique s’apprête à vivre un tournant stratégique avec l’arrivée annoncée du général Jean‑Claude Gallet. Entre renseignement, gestion de crise et protection industrielle, son profil marque un virage opérationnel dans la formation à la guerre économique.</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une succession qui reflète l’évolution de la guerre économique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">La guerre économique d’aujourd’hui se joue dans les chaînes d’approvisionnement, la contrainte technologique et la vulnérabilité informationnelle. Dans ce contexte, Paris se prépare à une transition qui dépasse la simple passation de relais. Christian Harbulot devrait quitter la direction de l’EGE d’ici mi-2026. <br />   <br />  Le profil pressenti pour lui succéder, le général Jean-Claude Gallet, illustre précisément l’endroit où se déplace la ligne de front : à l’intersection de la culture du renseignement, du commandement en crise et de la protection des actifs industriels.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un chef forgé par les crises</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Formé à École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion 1988) et officier d’artillerie, Jean-Claude Gallet a ensuite construit une trajectoire très opérationnelle au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, où il a alterné commandement et planification pendant de longues années. Ce parcours compte parce qu’il transforme la “sécurité” en méthode : anticiper, décider, coordonner, communiquer, sous contrainte de temps et sous regard public. <br />   <br />  Il a également effectué des missions extérieures, dont un passage en Afghanistan, et commandé des unités d’intervention. À la tête de la Brigade (2015-2019), il traverse la séquence des attentats et des crises majeures, jusqu’à l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019. Dans ce type d’événement, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre un feu : il s’agit de protéger un symbole national, de limiter l’onde de choc, et d’aligner expertise technique, autorité politique et perception publique. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Renseignement, diplomatie, réflexes d’État</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">En 1996, il rejoint l’univers du renseignement extérieur français, DGSE, avec des affectations qui auraient inclus l’Afrique. Il occupe ensuite une fonction diplomatique au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères comme premier secrétaire en Ouganda. <br />   <br />  Cette double grammaire est centrale : pas seulement l’opérationnel, mais la lecture politique du risque, les codes institutionnels, et l’usage de l’information comme levier.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Michelin, ou la protection d’un champion industriel</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Son rôle actuel chez Michelin est révélateur : anticipation, prévention et protection à l’échelle du groupe, pour les personnes, les sites, l’information et, de plus en plus, les chaînes logistiques. Économiquement, cela signifie continuité de production, protection de la marque, réduction de l’exposition aux sabotages, aux pressions et aux ruptures d’approvisionnement. <br />  Stratégiquement, c’est considérer l’entreprise comme une infrastructure critique : ce qui vise un État passe souvent d’abord par ses industries.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Ce que changerait son arrivée à l’EGE</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>Si la nomination se confirme</strong>, l’EGE pourrait accentuer une empreinte plus opérationnelle: moins de théorie, davantage de gestion de la menace, de résilience et d’influence. Pour les entreprises, l’idée est claire : former des cadres capables de décider sous pression, de protéger des actifs et de négocier dans un environnement de compétition dure. Pour l’État, c’est un pari : faire entrer la culture de la sécurité dans l’économie réelle, là où se jouent désormais des rapports de force. <br />   <br />  L’avantage est évident : élever le niveau de préparation. Le risque l’est tout autant : normaliser l’idée que le conflit est déjà installé dans les contrats, les flux de capitaux et les choix industriels. Mais c’est peut-être moins un basculement qu’une reconnaissance d’une réalité dont l’EGE, depuis sa création, observe l’expansion.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de...</b></div>
     <div>
      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/94199504-65694956.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Jean-Claude-Gallet-et-la-succession-a-Ecole-de-Guerre-Economique-EGE_a7018.html</link>
  </item>

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   <title>Guerre économique : trente ans de déni, trente ans de preuves</title>
   <pubDate>Sun, 25 Jan 2026 11:34:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Souveraineté]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Depuis les années 1990, Christian Harbulot décrit méthodiquement les mécanismes de la guerre économique. Loin d’être une découverte récente, cette conflictualité s’est simplement rendue plus visible, plus assumée et plus brutale. Relire ces analyses permet de comprendre que le changement n’est pas dans la nature des rapports de force, mais dans leur exposition publique et dans l’incapacité croissante de l’Europe à s’y soustraire.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93882756-65534719.jpg?v=1769338848" alt="Guerre économique : trente ans de déni, trente ans de preuves" title="Guerre économique : trente ans de déni, trente ans de preuves" />
     </div>
     <div>
      <blockquote><span style="font-kerning: none">Cette chronologie propose un rappel rétrospectif,&nbsp; fondé sur une sélection de citations tirées des ouvrages de <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/" target="_blank">Christian Harbulot</a>, afin de montrer que le diagnostic des mécanismes structurants de la guerre économique est ancien, étayé et formulé de manière méthodique dès le début des années 1990. La perception actuelle de ces dynamiques ne relève donc pas d'une rupture inédite, mais d'un déplacement du seuil d'acceptabilité : elles sont aujourd'hui plus assumées, plus explicitement nommées, plus directement revendiquées et plus brutalement mises en œuvre. <br />  Autrement dit, ce qui change tient moins à la nature des rapports de force qu'à leur visibilité, à leur exposition publique, à leur normalisation et à leur intensification opérationnelle. Dans ce contexte, la lecture rétrospective proposée ici vise à détacher l'analyse de l'actualité immédiate, à prendre du recul, à restituer des continuités, à rappeler des invariants et à stabiliser des repères conceptuels. <br />  Il devient dès lors de plus en plus difficile de faire comme si ces logiques n'existaient pas, puisqu'elles s'imposent simultanément dans les discours, dans les pratiques, dans les normes et dans les effets.</span></blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une conflictualité ancienne, longtemps sous-estimée</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Dès 1991, Christian Harbulot alerte sur une France désarmée face à une concurrence mondiale devenue totale. La disparition d’entreprises ne relève pas d’une fatalité, mais d’un manque de préparation stratégique. La compétition oppose désormais les grandes puissances économiques et fragilise mécaniquement les nations les plus faibles. Dans un environnement en mutation permanente, le retard se paie comptant et l’illusion du temps long devient un luxe. <br />   <br />  À la fin des années 1990, l’analyse se déplace vers la logique d’empire. Une puissance dominante évite de se battre durablement sur deux fronts : si l’Asie devient l’enjeu principal, l’Europe apparaît comme le front vulnérable, celui que l’on affaiblit pour mieux affronter l’autre. Derrière l’affichage du partenariat transatlantique se dessine déjà l’idée d’un allié docile, structurellement moins préparé à la conflictualité géoéconomique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’ambiguïté stratégique comme nouvelle norme</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Au début des années 2000, Christian Harbulot montre qu’une nation qui revendique le droit de dominer au nom de ses intérêts modifie les règles du jeu entre alliés et adversaires. Les frontières se brouillent, la coopération devient conditionnelle, l’ambiguïté stratégique s’installe. On peut agir ensemble sur un théâtre et s’affronter sur un autre, par des moyens économiques, juridiques ou technologiques. Les plaques géoéconomiques se déplacent, annonçant les chocs à venir.  <p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;">En 2014, l’idée se cristallise : l’allié est aussi un adversaire. La solidarité stratégique et la compétition industrielle cessent d’être contradictoires. Un partenaire peut soutenir une opération militaire tout en cherchant à affaiblir des entreprises alliées dans un secteur clé. La guerre économique devient un mode normal de puissance, plus discret que la force armée, mais souvent plus efficace car il agit sur les règles, les dépendances et le temps long.</span> <br />  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une prise de conscience tardive et incomplète</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;">Les enquêtes menées en 2021‑2022 montrent que les diplômés spécialisés placent les États-Unis au premier rang des puissances perçues comme attaquant les intérêts économiques français. Ce n’est pas un jugement juridique, mais un indicateur de climat. Les services de sécurité progressent dans l’identification des menaces, mais l’autorité politique hésite encore à assumer une posture offensive, c’est‑à‑dire à accroître la puissance par l’économie.</span> <br />    <p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;">Le diagnostic débouche sur une lecture sévère de l’Europe : affaiblie par son histoire, fragmentée par ses divisions internes, dépendante militairement des États-Unis et économiquement de la Chine. Elle conserve des atouts — poids économique, puissance de marché, excédent commercial — mais pour combien de temps si la conflictualité s’intensifie et si les règles du jeu deviennent plus coercitives  ?</span> <br />    <div style="white-space: normal;">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
     <div>
      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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