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  <title>www.veillemag.com</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></description>
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  <dc:date>2026-04-07T10:17:51+02:00</dc:date>
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   <title>Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne.</title>
   <pubDate>Fri, 20 Feb 2026 13:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   En quelques heures, des juges internationaux et des experts de l’ONU se sont retrouvés incapables de réserver un train, de payer un repas ou d’ouvrir un compte bancaire. Non pas pour un crime financier, mais pour avoir exercé leur mandat. Ces sanctions américaines révèlent une réalité inquiétante : la vie économique de millions d’Européens dépend d’infrastructures que Washington peut couper d’un simple geste.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94685415-66161355.jpg?v=1771584865" alt="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." title="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Des sanctions qui deviennent une interdiction de vivre</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le 21 août, le téléphone de Nicolas Guillou cesse pratiquement d'être utile. Impossible de réserver une course, d'acheter un billet de train, d'effectuer un paiement en ligne. Ses cartes bancaires sont bloquées, au point de l'empêcher de payer au supermarché ou au restaurant, et de gérer normalement son compte. Même une réservation d'hôtel en France via une plateforme de voyage est refusée. La raison n'est pas un délit financier classique. Lui et quatre autres juges de la Cour pénale internationale de La Haye ont autorisé l'émission d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ministre de la défense Yoav Gallant. Pour cette décision, l'administration Trump a sanctionné les cinq juges et a interdit à toute entreprise américaine ou ayant des intérêts aux États Unis de leur fournir le moindre service.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le scénario s'était déjà produit en juillet 2025 avec<a class="link" href="https://www.rfi.fr/fr/monde/20260214-l-appel-de-la-france-%C3%A0-la-d%C3%A9mission-de-la-rapporteuse-de-l-onu-francesca-albanese-suscite-la-pol%C3%A9mique" target="_blank"> Francesca Albanese</a>, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, visée après avoir invité la Cour à enquêter sur des entreprises et des dirigeants qu'elle considérait complices des crimes commis à Gaza. Un détail dit tout. Une plateforme de paiement a bloqué des transactions dont le libellé contenait le nom Francesca Albanese. Aujourd'hui, elle ne parvient plus à ouvrir un compte même auprès de banques italiennes, inquiètes de possibles représailles américaines. On n'est plus face à une sanction ciblée. C'est une mise à l'écart de la vie économique, une peine de mort financière administrée par des acteurs privés sous contrainte politique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le circuit obligé</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Cette mécanique est possible parce qu'une part décisive des paiements électroniques en zone euro passe par des circuits américains, Visa, Mastercard, American Express. <br />   <br />  Cela signifie qu'en cas de décision politique, il existe un interrupteur. Si les réseaux américains coupaient l'accès, des millions d'Européens se retrouveraient en difficulté pour payer. Le paradoxe est européen. Les pays de la zone euro n'ont jamais réussi à se mettre d'accord pour construire une infrastructure commune de paiement. Et les banques européennes, longtemps, ont accepté ce confort, en profitant aussi des commissions et de la fluidité du système. <br />  <strong>Mais quand l'infrastructure devient instrument de coercition, le confort se transforme en dépendance.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> Le privilège exorbité et l'empire des données</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">On parle souvent de la supériorité militaire américaine. L'hégémonie monétaire et financière est plus diffuse et parfois plus décisive. Selon des données de la Réserve fédérale, les actifs libellés en dollars détenus hors des États Unis, titres publics, dépôts, fonds, actions, atteignent environ 70 000 milliards et soutiennent près d'un tiers d'un endettement public américain proche de 38 000 milliards. Depuis près de quatre vingts ans, l'ossature de l'empire financier américain est le dollar. Son omniprésence accroît la capacité d'endettement de Washington parce que banques centrales, fonds et entreprises placent leurs excédents en dollars sur les bons du Trésor américain.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le dollar représente environ 58 % des réserves de change des banques centrales, contre 20% pour l'euro, puis environ 6 % pour le yen, 5 % pour la livre et 2 % t pour la monnaie chinoise. <br />   <br />  Plus central encore, le commerce mondial. Environ la moitié des paiements internationaux sont réalisés en dollars. Si l'on exclut les transferts des migrants et les échanges internes à la zone euro, la facturation en dollars ressemble à un quasi monopole, 96 % dans les Amériques, 74 % en Asie Pacifique, 79 % dans le reste du monde. Conséquence immédiate. Toute entreprise qui commerce à l'international doit disposer d'un compte en dollars pour payer et encaisser. D'où un autre chiffre, environ 60 % des dépôts bancaires internationaux sont en dollars.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Et pour opérer ces paiements, les banques elles mêmes doivent passer par le système américain. Toute transaction en dollars doit être traitée à l'intérieur du système bancaire des États Unis. Résultat, les autorités américaines peuvent suivre montants, donneurs d'ordre et destinataires, même quand l'opération n'a aucun autre lien avec le territoire américain. <br />  <strong>C'est une puissance informationnelle mondiale, à la frontière entre géoéconomie et renseignement.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> La sanction comme arme et le coût pour l'Europe</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pour une entreprise ou une banque, être exclu du circuit du dollar revient à risquer la faillite. Le cas de la banque lettone Ablv l'illustre. En 2018, accusée par les États Unis de complicité avec la Corée du Nord, la simple menace de sanctions a déclenché une ruée des déposants. La troisième banque du pays s'est effondrée en quelques jours.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Côté européen, entre 2010 et 2020, un groupe de banques a accepté de payer au ministère de la Justice américain des amendes totalisant environ 18 milliards de dollars. Des noms majeurs, UniCredit, BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, Barclays, Credit Suisse, Commerzbank et d'autres. Leur faute. Avoir réalisé pour des clients des paiements en dollars vers Cuba, l'Iran, le Soudan et la Libye, pays sous embargo américain, même lorsque ces flux n'étaient pas nécessairement sanctionnés au niveau européen. Washington a imposé sa ligne. <br />   <br />  Voilà pourquoi, aujourd'hui, aucune banque ne veut ouvrir un compte à des fonctionnaires des Nations unies visés par des sanctions américaines. Au contraire, elle gèle parfois des fonds, même si ces sanctions ne devraient pas s'appliquer automatiquement dans l'Union. La prudence bancaire devient obéissance préventive.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Scénarios économiques</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le problème dépasse les individus. En période de crise, c'est la Réserve fédérale qui prête des dollars aux banques centrales étrangères afin d'éviter la panique et de calmer les marchés. Si ces flux s'arrêtaient, ou s'ils étaient brandis comme menace contre ceux qui s'opposent aux exigences américaines, l'effet pourrait être déstabilisant. Tensions sur les changes, crises de liquidité, fuites de capitaux, choc commercial. <br />  <strong>Dans un monde qui facture et règle en dollars, la liquidité en dollars est l'oxygène.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation stratégique et dimension de sécurité</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">La dimension militaire n'apparaît pas parce qu'une carte bancaire serait une arme au sens classique, mais parce que la défense moderne dépend d'écosystèmes industriels et financiers résilients. Une autonomie de sécurité suppose de pouvoir financer, acheter, assurer, transporter et payer sans qu'une décision extérieure puisse bloquer les flux. La souveraineté se mesure aussi dans le contrôle des infrastructures critiques, paiements, données, crédit, plateformes.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation géopolitique et géoéconomique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94685415-66161692.jpg?v=1771583761" alt="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." title="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La Chine tente depuis longtemps de réduire sa dépendance au dollar. En 2025, environ 40 % de son commerce aurait été réalisé en monnaie chinoise. Mais le rôle mondial de cette monnaie reste limité par le contrôle politique sur l'économie et les capitaux. Là où l'État de droit n'est pas garanti, la confiance internationale demeure faible. Pourtant, un doute commence aussi à viser les États Unis, nourri par l'instabilité des décisions de Trump en politique étrangère. Si l'interrupteur financier est actionné contre des juges internationaux ou une rapporteuse des Nations unies, qui peut être certain de ne jamais être touché demain.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>D'où l'accélération du projet d'euro numérique à la Banque centrale européenne</strong>. À court terme, l'objectif serait de réduire la dépendance aux circuits américains pour les paiements internes et de garantir un accès minimal aux services, y compris pour des individus visés par des sanctions américaines. Pour la projection internationale de l'euro, la route est plus longue mais pas impossible. Christine Lagarde soutient que l'euro pourrait devenir une alternative crédible si l'Union se dotait de capacités de défense autonomes, si elle émettait davantage de dette commune afin de signaler la stabilité du projet, et si elle élargissait son influence commerciale.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Dans cette perspective, les accords de libre échange conclus avec l'Inde et les pays du Mercosur comptent surtout s'ils conduisent à régler une part plus importante du commerce en euros plutôt qu'en dollars. Reste le nœud central, l'union des marchés de capitaux, transformer les 27 places financières en un marché intégré capable de rivaliser avec Wall Street. <br />   <br />  <strong>Aujourd'hui, environ 300 milliards d'épargne européenne partent chaque année alimenter des placements extérieurs, soutenant l'économie américaine, sa dette publique et ses grands plans de dépenses de défense et de baisses d'impôts, au lieu de renforcer le tissu productif européen.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le nœud politique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pour réussir, les Vingt Sept devraient avancer dans la même direction. Et c'est là que se joue la partie. Washington a tout intérêt à empêcher une Europe plus cohérente et plus autonome, y compris en recherchant des relais chez les eurosceptiques pour affaiblir l'intégration. Le pouvoir du dollar n'est pas seulement une histoire de monnaie. <br />   <br />  C'est un système d'infrastructures, d'alliances et de dépendances. L'Europe découvre, parfois tard, qu'une souveraineté absente se paie chaque jour, et qu'elle se paie comptant.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div>&nbsp;<a class="link" href="https://www.reuters.com/business/finance/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-says-eus-dombrovskis-2026-01-28/" target="_blank">https://www.reuters.com/business/finance/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-says-eus-dombrovskis-2026-01-28/</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.reuters.com/business/finance/ecbs-cipollone-says-digital-euro-will-protect-european-banks-card-schemes-2026-02-18/" target="_blank">https://www.reuters.com/business/finance/ecbs-cipollone-says-digital-euro-will-protect-european-banks-card-schemes-2026-02-18/</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">• <a class="link" href="https://www.ft.com/content/fcc215bb-b7b8-4a62-87ed-03f603eb3d14" target="_blank">https://www.ft.com/content/fcc215bb-b7b8-4a62-87ed-03f603eb3d14</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.theguardian.com/business/2026/feb/16/uk-bank-bosses-plan-visa-mastercard-alternative" target="_blank">https://www.theguardian.com/business/2026/feb/16/uk-bank-bosses-plan-visa-mastercard-alternative</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/feb/17/europeans-are-dangerously-reliant-on-us-tech-now-is-a-good-time-to-build-our-own" target="_blank">https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/feb/17/europeans-are-dangerously-reliant-on-us-tech-now-is-a-good-time-to-build-our-own</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/IDAN/2025/779852/ECTI_IDA%282025%29779852_EN.pdf" target="_blank">https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/IDAN/2025/779852/ECTI_IDA%282025%29779852_EN.pdf</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.globalbankingandfinance.com/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-eus-dombrovskis/" target="_blank">https://www.globalbankingandfinance.com/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-eus-dombrovskis/</a> </div>    <div>&nbsp;</div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne.</title>
   <pubDate>Fri, 20 Feb 2026 13:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   En quelques heures, des juges internationaux et des experts de l’ONU se sont retrouvés incapables de réserver un train, de payer un repas ou d’ouvrir un compte bancaire. Non pas pour un crime financier, mais pour avoir exercé leur mandat. Ces sanctions américaines révèlent une réalité inquiétante : la vie économique de millions d’Européens dépend d’infrastructures que Washington peut couper d’un simple geste.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Des sanctions qui deviennent une interdiction de vivre</b></div>
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      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le 21 août, le téléphone de Nicolas Guillou cesse pratiquement d'être utile. Impossible de réserver une course, d'acheter un billet de train, d'effectuer un paiement en ligne. Ses cartes bancaires sont bloquées, au point de l'empêcher de payer au supermarché ou au restaurant, et de gérer normalement son compte. Même une réservation d'hôtel en France via une plateforme de voyage est refusée. La raison n'est pas un délit financier classique. Lui et quatre autres juges de la Cour pénale internationale de La Haye ont autorisé l'émission d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ministre de la défense Yoav Gallant. Pour cette décision, l'administration Trump a sanctionné les cinq juges et a interdit à toute entreprise américaine ou ayant des intérêts aux États Unis de leur fournir le moindre service.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le scénario s'était déjà produit en juillet 2025 avec<a class="link" href="https://www.rfi.fr/fr/monde/20260214-l-appel-de-la-france-%C3%A0-la-d%C3%A9mission-de-la-rapporteuse-de-l-onu-francesca-albanese-suscite-la-pol%C3%A9mique" target="_blank"> Francesca Albanese</a>, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, visée après avoir invité la Cour à enquêter sur des entreprises et des dirigeants qu'elle considérait complices des crimes commis à Gaza. Un détail dit tout. Une plateforme de paiement a bloqué des transactions dont le libellé contenait le nom Francesca Albanese. Aujourd'hui, elle ne parvient plus à ouvrir un compte même auprès de banques italiennes, inquiètes de possibles représailles américaines. On n'est plus face à une sanction ciblée. C'est une mise à l'écart de la vie économique, une peine de mort financière administrée par des acteurs privés sous contrainte politique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
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     <div><b>Le circuit obligé</b></div>
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      <div style="margin-left: 40px;">Cette mécanique est possible parce qu'une part décisive des paiements électroniques en zone euro passe par des circuits américains, Visa, Mastercard, American Express. <br />   <br />  Cela signifie qu'en cas de décision politique, il existe un interrupteur. Si les réseaux américains coupaient l'accès, des millions d'Européens se retrouveraient en difficulté pour payer. Le paradoxe est européen. Les pays de la zone euro n'ont jamais réussi à se mettre d'accord pour construire une infrastructure commune de paiement. Et les banques européennes, longtemps, ont accepté ce confort, en profitant aussi des commissions et de la fluidité du système. <br />  <strong>Mais quand l'infrastructure devient instrument de coercition, le confort se transforme en dépendance.</strong></div>  
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     <div><b> Le privilège exorbité et l'empire des données</b></div>
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      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">On parle souvent de la supériorité militaire américaine. L'hégémonie monétaire et financière est plus diffuse et parfois plus décisive. Selon des données de la Réserve fédérale, les actifs libellés en dollars détenus hors des États Unis, titres publics, dépôts, fonds, actions, atteignent environ 70 000 milliards et soutiennent près d'un tiers d'un endettement public américain proche de 38 000 milliards. Depuis près de quatre vingts ans, l'ossature de l'empire financier américain est le dollar. Son omniprésence accroît la capacité d'endettement de Washington parce que banques centrales, fonds et entreprises placent leurs excédents en dollars sur les bons du Trésor américain.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le dollar représente environ 58 % des réserves de change des banques centrales, contre 20% pour l'euro, puis environ 6 % pour le yen, 5 % pour la livre et 2 % t pour la monnaie chinoise. <br />   <br />  Plus central encore, le commerce mondial. Environ la moitié des paiements internationaux sont réalisés en dollars. Si l'on exclut les transferts des migrants et les échanges internes à la zone euro, la facturation en dollars ressemble à un quasi monopole, 96 % dans les Amériques, 74 % en Asie Pacifique, 79 % dans le reste du monde. Conséquence immédiate. Toute entreprise qui commerce à l'international doit disposer d'un compte en dollars pour payer et encaisser. D'où un autre chiffre, environ 60 % des dépôts bancaires internationaux sont en dollars.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Et pour opérer ces paiements, les banques elles mêmes doivent passer par le système américain. Toute transaction en dollars doit être traitée à l'intérieur du système bancaire des États Unis. Résultat, les autorités américaines peuvent suivre montants, donneurs d'ordre et destinataires, même quand l'opération n'a aucun autre lien avec le territoire américain. <br />  <strong>C'est une puissance informationnelle mondiale, à la frontière entre géoéconomie et renseignement.</strong></div>  </div>  
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     <div><b> La sanction comme arme et le coût pour l'Europe</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pour une entreprise ou une banque, être exclu du circuit du dollar revient à risquer la faillite. Le cas de la banque lettone Ablv l'illustre. En 2018, accusée par les États Unis de complicité avec la Corée du Nord, la simple menace de sanctions a déclenché une ruée des déposants. La troisième banque du pays s'est effondrée en quelques jours.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Côté européen, entre 2010 et 2020, un groupe de banques a accepté de payer au ministère de la Justice américain des amendes totalisant environ 18 milliards de dollars. Des noms majeurs, UniCredit, BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, Barclays, Credit Suisse, Commerzbank et d'autres. Leur faute. Avoir réalisé pour des clients des paiements en dollars vers Cuba, l'Iran, le Soudan et la Libye, pays sous embargo américain, même lorsque ces flux n'étaient pas nécessairement sanctionnés au niveau européen. Washington a imposé sa ligne. <br />   <br />  Voilà pourquoi, aujourd'hui, aucune banque ne veut ouvrir un compte à des fonctionnaires des Nations unies visés par des sanctions américaines. Au contraire, elle gèle parfois des fonds, même si ces sanctions ne devraient pas s'appliquer automatiquement dans l'Union. La prudence bancaire devient obéissance préventive.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Scénarios économiques</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le problème dépasse les individus. En période de crise, c'est la Réserve fédérale qui prête des dollars aux banques centrales étrangères afin d'éviter la panique et de calmer les marchés. Si ces flux s'arrêtaient, ou s'ils étaient brandis comme menace contre ceux qui s'opposent aux exigences américaines, l'effet pourrait être déstabilisant. Tensions sur les changes, crises de liquidité, fuites de capitaux, choc commercial. <br />  <strong>Dans un monde qui facture et règle en dollars, la liquidité en dollars est l'oxygène.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation stratégique et dimension de sécurité</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">La dimension militaire n'apparaît pas parce qu'une carte bancaire serait une arme au sens classique, mais parce que la défense moderne dépend d'écosystèmes industriels et financiers résilients. Une autonomie de sécurité suppose de pouvoir financer, acheter, assurer, transporter et payer sans qu'une décision extérieure puisse bloquer les flux. La souveraineté se mesure aussi dans le contrôle des infrastructures critiques, paiements, données, crédit, plateformes.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation géopolitique et géoéconomique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94726639-66229410.jpg?v=1771583761" alt="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." title="Le pouvoir du dollar et la vulnérabilité européenne." />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La Chine tente depuis longtemps de réduire sa dépendance au dollar. En 2025, environ 40 % de son commerce aurait été réalisé en monnaie chinoise. Mais le rôle mondial de cette monnaie reste limité par le contrôle politique sur l'économie et les capitaux. Là où l'État de droit n'est pas garanti, la confiance internationale demeure faible. Pourtant, un doute commence aussi à viser les États Unis, nourri par l'instabilité des décisions de Trump en politique étrangère. Si l'interrupteur financier est actionné contre des juges internationaux ou une rapporteuse des Nations unies, qui peut être certain de ne jamais être touché demain.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>D'où l'accélération du projet d'euro numérique à la Banque centrale européenne</strong>. À court terme, l'objectif serait de réduire la dépendance aux circuits américains pour les paiements internes et de garantir un accès minimal aux services, y compris pour des individus visés par des sanctions américaines. Pour la projection internationale de l'euro, la route est plus longue mais pas impossible. Christine Lagarde soutient que l'euro pourrait devenir une alternative crédible si l'Union se dotait de capacités de défense autonomes, si elle émettait davantage de dette commune afin de signaler la stabilité du projet, et si elle élargissait son influence commerciale.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Dans cette perspective, les accords de libre échange conclus avec l'Inde et les pays du Mercosur comptent surtout s'ils conduisent à régler une part plus importante du commerce en euros plutôt qu'en dollars. Reste le nœud central, l'union des marchés de capitaux, transformer les 27 places financières en un marché intégré capable de rivaliser avec Wall Street. <br />   <br />  <strong>Aujourd'hui, environ 300 milliards d'épargne européenne partent chaque année alimenter des placements extérieurs, soutenant l'économie américaine, sa dette publique et ses grands plans de dépenses de défense et de baisses d'impôts, au lieu de renforcer le tissu productif européen.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le nœud politique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pour réussir, les Vingt Sept devraient avancer dans la même direction. Et c'est là que se joue la partie. Washington a tout intérêt à empêcher une Europe plus cohérente et plus autonome, y compris en recherchant des relais chez les eurosceptiques pour affaiblir l'intégration. Le pouvoir du dollar n'est pas seulement une histoire de monnaie. <br />   <br />  C'est un système d'infrastructures, d'alliances et de dépendances. L'Europe découvre, parfois tard, qu'une souveraineté absente se paie chaque jour, et qu'elle se paie comptant.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div>&nbsp;<a class="link" href="https://www.reuters.com/business/finance/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-says-eus-dombrovskis-2026-01-28/" target="_blank">https://www.reuters.com/business/finance/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-says-eus-dombrovskis-2026-01-28/</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.reuters.com/business/finance/ecbs-cipollone-says-digital-euro-will-protect-european-banks-card-schemes-2026-02-18/" target="_blank">https://www.reuters.com/business/finance/ecbs-cipollone-says-digital-euro-will-protect-european-banks-card-schemes-2026-02-18/</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">• <a class="link" href="https://www.ft.com/content/fcc215bb-b7b8-4a62-87ed-03f603eb3d14" target="_blank">https://www.ft.com/content/fcc215bb-b7b8-4a62-87ed-03f603eb3d14</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.theguardian.com/business/2026/feb/16/uk-bank-bosses-plan-visa-mastercard-alternative" target="_blank">https://www.theguardian.com/business/2026/feb/16/uk-bank-bosses-plan-visa-mastercard-alternative</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/feb/17/europeans-are-dangerously-reliant-on-us-tech-now-is-a-good-time-to-build-our-own" target="_blank">https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/feb/17/europeans-are-dangerously-reliant-on-us-tech-now-is-a-good-time-to-build-our-own</a>  <br />  &nbsp;</div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/IDAN/2025/779852/ECTI_IDA%282025%29779852_EN.pdf" target="_blank">https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/IDAN/2025/779852/ECTI_IDA%282025%29779852_EN.pdf</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;<a class="link" href="https://www.globalbankingandfinance.com/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-eus-dombrovskis/" target="_blank">https://www.globalbankingandfinance.com/eu-needs-digital-euro-become-independent-us-eus-dombrovskis/</a> </div>    <div>&nbsp;</div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/94726639-66229403.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Le-pouvoir-du-dollar-et-la-vulnerabilite-europeenne_a7081.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Puissance, technologie, souveraineté : la méthode chinoise face au déni européen. Pourquoi nous n'avons rien compris à l'échange du monde</title>
   <pubDate>Tue, 10 Feb 2026 10:19:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   L’Occident a projeté ses illusions sur la Chine au lieu d’observer sa méthode : un État stratège, une économie instrumentalisée, une montée en puissance patiente. Résultat : un décalage structurel que l’Europe peine encore à nommer, et plus encore à combler.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94250393-65745522.jpg?v=1770717934" alt="Puissance, technologie, souveraineté : la méthode chinoise face au déni européen. Pourquoi nous n'avons rien compris à l'échange du monde" title="Puissance, technologie, souveraineté : la méthode chinoise face au déni européen. Pourquoi nous n'avons rien compris à l'échange du monde" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>L’Occident a mal lu la stratégie chinoise, fondée sur un État stratège et une montée en puissance méthodique. Un décalage structurel que l’Europe doit enfin affronter.&nbsp;<span style="white-space: pre-wrap;"><strong style="white-space: pre-wrap;">La question n’est plus ce que fait la Chine, mais ce que nous voulons faire de nous‑mêmes.</strong></span></blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La puissance n’est jamais un accident : elle est le produit d’une méthode</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le point de départ est brutal et, pour cela même, utile : nous n'avons pas compris comment le centre de gravité du monde s'est déplacé. Nous avons oscillé entre deux caricatures symétriques, l'enthousiasme naïf et la diabolisation automatique. Trop pro-chinois, trop anti-chinois. Entre les deux, un vide cognitif : renoncer à lire la Chine pour ce qu'elle fait, et non pour ce que nous projetons sur elle.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La leçon, pourtant, est là depuis des décennies et se résume dans une formule associée à la période des réformes : traverser la rivière en tâtant chaque pierre. Avancer pas à pas, expérimenter, corriger, sans perdre le contrôle de la finalité politique. Nous, à l'inverse, après la fin de la Guerre froide, avons cru que le marché réglerait tout, y compris la politique. Nous avons fait de l'économie une idole et de la politique un accessoire, puis nous nous sommes indignés lorsque d'autres ont fait l'inverse.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> État, marché et guerre économique. L'économie au service du projet politique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le trait distinctif du modèle chinois n'est pas « l'efficacité » en soi, mais la hiérarchie : l'économie est un instrument, pas une fin. <br />   <br />  Cela ne sort pas du néant. C'est un assemblage de traditions : une idée de l'État qui coordonne, une culture stratégique qui raisonne en temps long, et une architecture politico-institutionnelle qui centralise objectifs et discipline. À partir de la seconde moitié des années soixante-dix, la Chine étudie méthodiquement les modèles étrangers : l'américain, offensif et tourné vers la conquête des marchés ; le français, plus coopératif et structuré autour d'une culture d'intelligence économique ; le japonais, qui après 1945 sut convertir une défaite militaire en essor industriel. Puis elle ajoute le sien : contrôle politique, planification sélective, capacité de mobiliser ressources publiques et privées vers des objectifs nationaux.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est là que se voit l'écart avec l'Occident récent. Au moment où nous célébrions la fin de l'histoire, la Chine construisait des outils. Là où nous dissociions production et finance en poursuivant la valeur boursière comme unique horizon, la Chine reliait production, technologie et puissance. Elle n'a eu ni pudeur à utiliser ce qui fonctionnait, ni complexe à l'adapter.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La stratégie du petit face au grand. Accueillir le fort, l'absorber, le transformer</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La Chine de 1976 est un pays pauvre. De cette situation naît une stratégie du « petit vers le grand » : faire entrer le fort pour devenir fort. En pratique, l'ouverture n'a jamais été une reddition, mais une opération d'apprentissage dirigé. Le premier levier proposé aux entreprises occidentales est simple : un coût du travail très bas et une capacité de production massive. C'est la phase de la délocalisation heureuse : l'Occident y cherche la marge, la rapidité, la baisse des coûts.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Puis vient la deuxième phase : une fois les entreprises installées, dépendantes de chaînes d'approvisionnement et attirées par la taille du pays, la Chine augmente le prix de l'accès. Transferts de technologie d'abord implicites, puis exigés plus clairement, jusqu'à devenir un passage obligé : rester, mais céder savoir-faire, processus, compétences et, progressivement, technologies de pointe. Beaucoup hésitent, puis acceptent, parce que le calcul paraît rentable : céder une part de technologie contre des profits et une présence durable.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La différence avec le Japon tient à la conscience du plafond. Le Japon avait fini par se heurter à une limite : sans un socle de recherche fondamentale suffisant, il devient difficile de continuer à monter. La Chine a intégré cette leçon et a bâti, en parallèle de la copie, une infrastructure d'innovation : universités, laboratoires, programmes de recherche, et surtout une idée centrale : la technologie est un dossier de souveraineté.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le mirage du consommateur chinois. Qui a vraiment profité de l'ouverture</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">En Occident, on a souvent vendu l'ouverture chinoise comme la promesse d'un milliard de consommateurs. Mais, longtemps, l'aimant n'a pas été le consommateur : c'était l'usine. L'accès au marché intérieur a favorisé le luxe, où certains groupes européens ont trouvé une demande solide. <br />  Dans d'autres secteurs, l'entrée a été plus rude. Dans l'automobile, la bascule vers l'électrique a rebattu les cartes : politiques industrielles, incitations et soutien aux filières nationales ont orienté le marché vers des chaînes domestiques, notamment pour les batteries. <br />  Les Européens ont mieux résisté sur le haut de gamme, mais souvent en vendant surtout du prestige, tandis que le marché de masse se structurait selon des priorités définies à Pékin.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Commerce mondial et double standard. L'organisation mondiale du commerce comme scène, pas comme arbitre</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le rapport aux règles du commerce global est un autre nœud. La Chine a été accusée de subventions, de barrières non tarifaires, de restrictions d'accès et de protection de champions nationaux. <br />  Mais l'Occident s'est montré prudent : pousser trop loin les plaintes, c'était ouvrir la boîte de Pandore sur ses propres politiques industrielles. Aucun grand champion aéronautique ou technologique n'a grandi sans soutien public : commandes, recherche, garanties, protection. La différence tient moins au principe qu'au degré et à la cohérence : <strong>la Chine l'a fait de manière plus systémique et, surtout, en assumant l'alignement entre État et industrie.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De Deng à Xi. Le retour du contrôle et l'ambition de la primauté</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La phase initiale des réformes laisse davantage d'espace à l'initiative privée, mais toujours dans une architecture politique. Ensuite, le pays pousse ses entreprises à s'internationaliser et les accompagne par une diplomatie économique active, des financements, des infrastructures, et une présence forte dans des zones où l'Occident est plus faible ou moins attentif.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Puis vient une phase plus dure : reprise en main, discipline, crainte de l'émergence d'oligarchies capables de contester l'État. L'exemple soviétique et la Russie des années quatre-vingt-dix servent d'avertissement. D'où un message clair : la richesse est acceptable tant qu'elle sert le projet national.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Sur le plan stratégique, la nouveauté la plus risquée est l'ambition proclamée de primauté. Là apparaît un paradoxe : un pays sans tradition historique d'expansion mondiale assumée adopte une logique de leadership et l'énonce par des plans, des échéances, des secteurs prioritaires. Le plan « Chine 2025 », avec sa liste de technologies clés, a été perçu à l'extérieur comme une déclaration de guerre économique : électronique, informatique, intelligence artificielle, aérospatial, santé avancée, numérique, avec des déclinaisons à double usage. Tous les objectifs n'ont pas été atteints intégralement, mais la trajectoire est claire : réduire les dépendances, contrôler les nœuds critiques, imposer des standards.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Scénarios économiques. L'Europe entre dépendance, retard et déni</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pour l'Europe, la facture est double. <br />   <br />  D'abord, une dépendance technologique et industrielle construite à force de délocalisations et d'optimisme marchand. Ensuite, un retard à admettre que la compétition ne se joue pas seulement entre entreprises, mais entre systèmes. La Chine a le temps, la masse critique, la capacité de mobilisation. L'Europe a le marché et des compétences, mais peine à les transformer en puissance stratégique parce qu'elle traite la politique comme une gêne au lieu d'y voir un levier.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation stratégique et militaire. Technologie, filières et sécurité : un seul dossier</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Les technologies de pointe ne sont jamais neutres : elles alimentent des capacités civiles et militaires. Semi-conducteurs, réseaux de nouvelle génération, intelligence artificielle, espace : ce sont des infrastructures de sécurité. Les restrictions technologiques montrent que la guerre économique est devenue un instrument de puissance. <br />  Mais l'expérience chinoise rappelle une autre vérité : avec du temps et des ressources humaines, l'adaptation reste possible, même sous pression.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation géopolitique et géoéconomique. La puissance pour rester soi-même ou pour guider les autres</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Reste la question centrale : la Chine cherche-t-elle la puissance pour rester la Chine ou pour guider le monde ? <br />   <br />  Dans la première lecture, la puissance est défensive : cohésion interne, continuité de civilisation, autonomie de décision. Dans la seconde, elle devient normative : imposer des standards, construire des dépendances, définir des règles. Le passage de l'une à l'autre n'est pas seulement idéologique : il découle d'une croissance qui fabrique des intérêts globaux. Quand on devient central dans les chaînes de valeur, on projette de l'influence.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Pour nous, l'essentiel n'est pas de choisir entre amour et haine. Il est de cesser de chercher des alibis à l'extérieur et de reconstruire des instruments à l'intérieur : politique industrielle, recherche fondamentale, protection des filières critiques, culture de la stratégie économique. <br />   <br />  La Chine n'est pas un mystère : c'est un système qui a appris, copié, innové, et mis l'ensemble au service d'un objectif. <br />  La vraie question est désormais de savoir si l'Europe veut continuer à réagir ou recommencer à se projeter.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
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      <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span>a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</strong></span></blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
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     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A regarder aussi la vidéo "La Chine ou le réveil du guerrier économique - Ali Laïdi"</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/94250393-65746088.jpg?v=1770717079" alt="Puissance, technologie, souveraineté : la méthode chinoise face au déni européen. Pourquoi nous n'avons rien compris à l'échange du monde" title="Puissance, technologie, souveraineté : la méthode chinoise face au déni européen. Pourquoi nous n'avons rien compris à l'échange du monde" />
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      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.youtube.com/watch?v=MoKO0ZXsXTg" target="_blank">Suivez le lien...</a> </div>  
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     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="white-space: pre-wrap;">#Géopolitique #Géoéconomie #StratégieChinoise #ÉtatStratège #TransformationÉconomique #SouverainetéTechnologique #IndustrieEuropéenne #CompétitionGlobale #PuissanceÉconomique #AnalyseStratégique</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.veillemag.com/Puissance-technologie-souverainete-la-methode-chinoise-face-au-deni-europeen-Pourquoi-nous-n-avons-rien-compris-a-l_a7027.html</link>
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