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  <title>www.veillemag.com</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></description>
  <link>https://www.veillemag.com/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-09-16T08:28:41+02:00</dc:date>
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   <title>« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi</title>
   <pubDate>Thu, 11 Dec 2025 15:43:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Communication &amp; Influence]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Ballotés entre méfiance généralisée et saturation numérique, les citoyens évoluent dans un paysage informationnel où la vérité ne disparaît pas, mais se brouille. Cette fragilité du rapport au réel, nourrie par l’opacité des plateformes, la crise des médias et les logiques économiques de polarisation, impose de repenser la lutte contre la désinformation comme une politique publique à part entière, fondée sur la transparence, la compétence et la cohésion sociale. Rencontre.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93141458-65143232.jpg?v=1765533700" alt="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" title="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.veillemag.com/A-lire-Lutter-contre-la-desinformation-savoirs-enjeux-et-pratiques-par-Mohamed-Benabid_a6625.html" target="_blank">A l'occasion de la sortie de son livre "Lutter contre la désinformation".</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les citoyens paraissent ballotés entre méfiance généralisée et sur-exposition numérique. Cette ambivalence traduit-elle une mutation durable du rapport à la vérité ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Oui, cette ambivalence est durable. <br />   <br />  Elle reflète un inconfort face à des systèmes d’information devenus trop rapides et trop instables. Au fond, cette tension dit quelque chose de plus profond : les citoyens n’ont pas renoncé à la vérité, ils peinent simplement à la reconnaître dans un flux où tout se vaut et tout circule. Cette fatigue cognitive nourrit une forme de doute permanent, non par choix mais par saturation. Quant au rapport à la vérité, je ne pense pas qu’il disparaisse.&nbsp; Il se brouille plutôt et il se trouve que c’est ce brouillage qui devient la nouvelle norme</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous évoquez l’importance de la réduction des asymétries d’information entre plateformes et autorités publiques. Quelles seraient les premières étapes concrètes ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Les autorités publiques ne peuvent agir que si elles disposent d’une information fiable. <br />   <br />  Or&nbsp; aujourd’hui ce que nous constatons&nbsp; c’est que&nbsp; beaucoup de données essentielles restent inaccessibles : flux de recommandations, signaux de classement, métriques d’exposition. La première étape est donc de rendre ces données auditables. Sans cela, le discours sur la transparence passe mal.&nbsp; Au-delà de ses considérations, je pense qu’il convient de s’assurer de doter les régulateurs de compétences techniques suffisantes pour interpréter ces données et dialoguer d’égal à égal avec les ingénieurs des plateformes. Sans cette montée en capacité, l’accès à l’information ne suffit pas ; il faut aussi être en mesure de l’utiliser</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Votre ouvrage souligne aussi la responsabilité des médias. Est-ce une défaillance conjoncturelle ou un phénomène plus profond lié à leurs modèles économiques ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Il est vrai que le secteur a raté lamentablement la transition numérique. <br />   <br />  En tout cas il n’a pas été suffisamment réactif pour adapter son offre&nbsp; aux nouvelles habitudes de consommation de l’information et la révolution <a class="link" href="https://www.definitions-marketing.com/definition/atawad/" target="_blank">Atawad</a>. Aujourd’hui la crise économique se double d’une crise de mission. Le lien entre les rédactions et les publics s’est pour ainsi dire brisé et il est difficile à reconstruire. C'est un phénomène que l'on remarque un peu partout de la France au Maroc, en passant&nbsp; par d’autres régions où les mêmes tensions se répètent : pression à la vitesse, rédactions démotivées, précarisation des conditions de travail, dépendance aux plateformes, et affaiblissement du temps long qui faisait autrefois l’ossature du travail journalistique. <br />  Cette mutation structurelle pèse bien plus que les aléas conjoncturels. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Oui mais quel lien avec la désinformation ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Ce lien est direct. Lorsqu’un média perd sa mission, il perd aussi sa capacité à structurer le débat public. La désinformation prospère précisément dans ces interstices : quand les rédactions n’ont plus les moyens de vérifier, de hiérarchiser ou d’expliquer, d’autres acteurs occupent l’espace avec des contenus plus rapides, plus émotionnels, moins exigeants. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Votre analyse montre que les modèles publicitaires créent une incitation permanente à la polarisation. Comment inverser cette dynamique ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Changer cette dynamique suppose de modifier les incitations. <br />   <br />  Tant que la valeur économique sera indexée sur l’engagement, les biais de visibilité resteront. Il n’existe pas de solution unique, mais plusieurs pistes convergent : revoir la transparence sur les systèmes de recommandation, encadrer certaines pratiques publicitaires, et renforcer l’accès indépendant aux données pour permettre des audits plus sérieux. <br />  À terme, l’enjeu est simple : si l’économie de l’attention continue de récompenser le conflit plutôt que la fiabilité, aucune réforme ne tiendra. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Certains critiques soutiennent que lutter contre la désinformation revient à ouvrir la voie à des formes de censure douce. Comment répondez-vous à cette inquiétude ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L’inquiétude est légitime. <br />   <br />  Le meilleur antidote reste la transparence des procédures : expliquer comment on détecte, comment on arbitre, et qui décide. Sans cette clarté, la lutte contre la désinformation peut vite être perçue comme un filtre opaque. Mais lorsqu’on rend visibles les critères, les seuils et les instances de contrôle, on réduit le risque de dérive. L’objectif n’est pas de trier les opinions, mais de garantir que les citoyens savent sur quoi reposent les décisions. C’est cette lisibilité qui permet de préserver la confiance tout en évitant l’écueil de la censure insinuée. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’idée d’une labellisation des sites d’information, avancée récemment par le président Macron, soulève des enjeux économiques et démocratiques importants. Ce type de mécanisme peut-il réellement aider les citoyens, ou risque-t-il de créer une hiérarchie artificielle de la confiance ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>La labellisation répond à une intention louable. <br />   <br />  Cependant à mon sens sa portée réelle serait modeste. Une labellisation rassure surtout ceux qui font déjà confiance aux médias reconnus. Elle n’a quasiment aucun effet sur les publics aimantés par les contenus douteux : ces audiences-là vivent dans un écosystème parallèle où les labels « officiels » sont interprétés comme un signe de collusion. <br />   <br />  Par ailleurs, je ne pense pas que les lecteurs se rendent sur un site parce qu’il est certifié. Ils y atterrissent parce qu’il répond à leurs besoins – émotionnels, identitaires, communautaires. Un macaron n’inverse pas ces logiques. Enfin, la désinformation prospère sur les réseaux, pas sur les sites institutionnels. Labelliser les seconds revient à sécuriser un périmètre déjà relativement sain.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Oui mais certains y voient malgré tout un outil de clarification dans un environnement saturé. Sous quelles conditions une telle labellisation pourrait-elle être crédible et utile ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Il faut éviter toute impression que l’État distribue des certificats de bonne conduite médiatique. <br />   <br />  Même avec les meilleures intentions, ce risque de perception est réel et pourrait affaiblir la confiance plutôt que la renforcer. Une labellisation n’a de sens que si elle repose sur des critères transparents, indépendants et audités. <br />  L’expérience montre que les dispositifs qui fonctionnent sont ceux qui associent des acteurs variés : autorités de régulation, journalistes, chercheurs, sociétés civiles. Cela suppose une gouvernance solide et une capacité à rendre compte régulièrement du processus. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Votre ouvrage invite implicitement à penser la lutte contre la désinformation en tant que politique sociale, au même titre que l’éducation ou la santé ?</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93141458-65143576.jpg?v=1765468506" alt="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" title="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">&nbsp;Oui, nous sommes en droit de le penser dans une certaine mesure. La désinformation touche davantage les publics fragilisés, ceux qui ont un accès limité aux ressources éducatives ou institutionnelles. <br />  La traiter comme une politique sociale permettrait de reconnaître sa dimension collective. C’est un investissement pour la stabilité démocratique. Et cela oblige à changer d’échelle : on ne parle plus seulement de vérification de faits ou de modération, mais de conditions de vie, de confiance dans les institutions, de capacité à naviguer dans un environnement informationnel saturé. <br />  En ce sens, c’est bien une politique de prévention, au même titre que d’autres politiques sociales qui visent à réduire les vulnérabilités plutôt qu’à courir derrière leurs effets.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Comment concilier littératie médiatique, inclusion numérique et contrainte budgétaire dans des services publics déjà sous tension ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Il faut sortir d’une vision strictement scolaire de l’éducation aux médias et à l’information (EMI). <br />   <br />  Ce n’est pas un module, mais un effort continu qui nécessite un portage collectif. Cela nécessite des moyens, mais surtout une vision : penser l’EMI comme une politique publique de cohésion. Dans un contexte budgétaire contraint, cela suppose d’identifier les leviers les plus accessibles : soutenir les médiateurs de terrain, mutualiser les ressources pédagogiques, et intégrer l’inclusion numérique aux services déjà existants plutôt que de créer des dispositifs isolés. <br />  L’enjeu n’est pas de multiplier les programmes, mais de rendre chaque point de contact public un lieu où l’on réduit un peu la vulnérabilité informationnelle. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Merci Mohamed Benabid. d'avoir accepté de répondre à nos questions.</b></div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de Mohamed Benabid</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93141458-65143627.jpg?v=1765467520" alt="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" title="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" />
     </div>
     <div>
      <div>  <blockquote>  <div id="He6jb94XKnD8kgz5LigLu-content-0"><span><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/mbenabid/?locale=fr_FR" target="_blank">Mohamed Benabid</a>  est un journaliste et universitaire marocain, né à Casablanca en 1968. Après des études de médecine, il se tourne vers le journalisme et la recherche en sciences de gestion et en communication. Rédacteur en chef du quotidien <em>L’Économiste</em> pendant près de quinze ans, il a accompagné les grandes mutations du paysage médiatique marocain. Parallèlement, il enseigne à l’<a class="link" href="https://www.um6p.ma/" target="_blank">Université Mohammed VI Polytechnique</a>, où il croise réflexion académique et pratique journalistique. <br />  Son parcours, à la fois dans les médias et la recherche, lui confère une double légitimité pour analyser les enjeux contemporains de l’information et de la désinformation. <br />  Il participe au&nbsp;</span>ThinkTank de l'UM6P <a class="link" href="https://www.policycenter.ma/" target="_blank">Policy center for the new South.</a>  <br />  https://www.linkedin.com/in/mbenabid/</div>  </blockquote>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de Mounir Rochdi</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93141458-65143636.jpg?v=1765467600" alt="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" title="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>Mounir Rochdi est un spécialiste international de l’intelligence économique, fort de plus de vingt ans d’expérience dans la conduite de projets stratégiques à travers plus de vingt pays. <br />   <br />  Docteur en intelligence compétitive et fondateur du think tank panafricain <a class="link" href="https://thinktankers.org/_mounir-rochdi-france_.html" target="_blank">ThinkTankers</a>, il occupe aujourd’hui la fonction de vice‑président de l’<a class="link" href="https://www.academie-intelligence-economique.org/post/mounir-rochdi-est-d%C3%A9sign%C3%A9-vice-pr%C3%A9sident-de-l-acad%C3%A9mie-de-l-intelligence-%C3%A9conomique?utm_source=copilot.com" target="_blank">Académie de l’Intelligence économique</a>, où il contribue activement aux travaux de recherche, de formation et de structuration de la discipline</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'Académie d'Intelligence économique</b></div>
     <div>
      <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/93083976-65110881.jpg?v=1765192280&amp;ibox" title="&quot;Oser être soi&quot;. Entretien avec Olivier Cardini"><img alt="&quot;Oser être soi&quot;. Entretien avec Olivier Cardini" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93083976-65110881.jpg?v=1765192280" title="&quot;Oser être soi&quot;. Entretien avec Olivier Cardini" /></a></div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><span class="wixui-rich-text__text" style="font-size:14px;"><span class="wixui-rich-text__text" style="letter-spacing:0.03em;">Fondée en 1993 par <a class="link" href="https://www.veillemag.com/Hommage-a-Robert-Guillaumot-de-la-part-de-ses-amis_a2916.html" target="_blank">Robert Guillaumot</a>  pour dire et distinguer l’excellence en intelligence économique, l’<a class="link" href="https://www.academie-intelligence-economique.org/" target="_blank">Académie de l’IE</a>  est animée aujourd’hui par une équipe de dix administrateurs présidée par <a class="link" href="https://www.veillemag.com/Philippe-Clerc-conseiller-expert-pour-les-etudes-et-la-prospective-a-CCI-France-se-voit-confier-la-presidence-de-l_a4124.html" target="_blank">Philippe CLERC</a>. Le monde connaît des transformations inédites. Il devient indispensable d’alimenter les boussoles stratégiques des entreprises, des territoires et &nbsp;des institutions grâce à une intelligence économique repensée et prospective. En organisant des débats et des échanges entre les entrepreneurs, l’administration, la société civile et particulièrement avec les jeunes, l’Académie s’investit pour action dans la réponse à de nouveaux défis - intelligence technologique, « intelligence augmentée », souveraineté, géopolitique, éthique, sécurité globale. Elle œuvre en ce sens au renforcement des actions de formation. </span></span></blockquote>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93141458-65261678.jpg?v=1766409068" alt="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" title="« La désinformation touche d’abord les publics fragilisés ».  Entretien avec Mohamed Benabid par Mounir Rochdi" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/93141458-65143232.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/La-desinformation-touche-d-abord-les-publics-fragilises-Entretien-avec-Mohamed-Benabid-par-Mounir-Rochdi_a6728.html</link>
  </item>

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   <title>Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge.</title>
   <pubDate>Wed, 26 Nov 2025 10:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Question de Droit]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dans un monde où les batailles économiques ne se jouent plus seulement sur les marchés mais aussi devant les tribunaux, le concept de lawfare s’impose comme une arme stratégique redoutable. Olivier de Maison Rouge, avocat et spécialiste de l’intelligence économique, décrypte dans son article "Le lawfare ou la guerre économique par le Droit" les mécanismes d’une judiciarisation croissante des rapports de force. Entre instrument de domination et outil de protection, le droit devient champ de bataille. Entretien avec un observateur averti de cette guerre silencieuse.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/92834392-64993435.jpg?v=1764155158" alt="Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge." title="Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge." />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7398702622800609281/" target="_blank">Source</a>  <br />  <span class="break-words            tvm-parent-container"><span dir="ltr">À retrouver dans le JCP E<span class="white-space-pre"> </span><a class="link" href="https://www.linkedin.com/company/lexisnexis-juriste-d%27entreprise/"><span><span>LexisNexis - Juriste d'entreprise</span></span></a>  </span></span></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous décrivez le lawfare comme une arme économique utilisant le droit à des fins stratégiques. Selon vous, quelles sont les principales différences entre une utilisation légitime du droit et une instrumentalisation agressive qui relève du lawfare ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">De manière prosaïque, le droit s’entend comme «&nbsp;l’ensemble des règles régissant les rapports des individus entre eux ou des rapports entre les individus et l’Etat ou les institution&nbsp;». Cela étant énoncé, ce serait un leurre de croire que le droit est neutre par nature. <br />   <br />  Bien au contraire, il est souvent le reflet d’une philosophie dominante, d’un courant de pensée, d’une forme des organisations politiques, etc. Ainsi, depuis le 19<sup>ème</sup> siècle, le droit positif français a connu une profonde évolution comme en témoigne l’émergence des libertés individuelles et collectives, mais encore, depuis les années 1970, de la protection des intérêts catégoriels (social, consommation, environnement, location immobilière, etc.). <br />   <br />  Ce propos introductif ne doit toutefois pas nous éloigner du sens de votre question. Le droit n’étant pas neutre, il peut tout aussi bien être la recherche de l’équité ou la reconnaissance de droits, selon son acceptation la plus couramment admise qui concerne l’ensemble des justiciables&nbsp;; mais également une arme, notamment dans le domaine économique, qui est un espace déterminé d’affrontements en matière commerciale, industrielle, financière… De nombreux leviers sont mis en œuvre dans ce cadre&nbsp;: le droit pénal, le droit fiscal, le droit douanier, le droit commercial, entre autres. <br />   <br />  Je n’apprends rien à vos lecteurs en disant cela, mais un fait majeur doit cependant attirer notre attention&nbsp;: en matière de géopolitique, le monde a été façonné par les principes et institutions de 1945 (eux-mêmes inspirés des 14 points du Président américain Wilson), mais encore par la théorie du libre-échange, consacré par l’OMC en 1994. Or, depuis une vingtaine d’années désormais, une évidence s’impose, dans le domaine géoéconomique, nous sommes passés tour à tour de la coopération à la compétition, puis à la confrontation (à tout le moins à la contestation par les puissances émergentes des principes énoncés ci-dessus). <br />   <br />  C’est dans ce contexte que le droit a été embrigadé dans ce que l’on nomme désormais la «&nbsp;guerre par le droit&nbsp;», ou <em>lawfare</em>. Cette doctrine a été intégrée dès 2001 par les USA et en 2003 par la Chine. <br />  En réalité, le <em>lawfare</em> se traduit par une instrumentalisation du droit par ses acteurs comme instrument d’accroissement de puissance économique ou d’affaiblissement d’un concurrent. <br />  Il se traduit sous trois natures&nbsp;:</div>    <ul>  	<li style="margin-left: 40px;">L’utilisation offensive du droit par les Etats eux-mêmes, afin de favoriser leurs intérêts économiques ou créer des dépendances pour les acteurs étrangers, ce que l’on a connu notamment avec le mécanisme de l’extraterritorialité (affaires Alstom, BNP Paris, Crédit Agricole …) ou encore en faisant œuvre de protectionnisme juridique, par l’adoption de règlementations locales, parfois volontairement confuses ou obscures, évinçant de fait les acteurs étrangers.</li>  	<li style="margin-left: 40px;">Le détournement, le contournement ou l’interprétation de la norme internationale par l’usage de l’influence sur les institutions par des états, afin de servir leurs intérêts et leurs entreprises dans les litiges ou l’émission des réglementations à leur avantage.</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La guérilla judiciaire, ou le fait de profiter de failles juridiques dans les pays de débouchés commerciaux, pour neutraliser des fleurons locaux ou obtenir des décisions favorables à des produits ou services extérieurs.</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Quels sont aujourd’hui les acteurs — États, multinationales, cabinets d’avocats — qui recourent le plus à ces pratiques de guerre économique par le droit, et pouvez-vous donner un exemple concret qui illustre cette stratégie ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Il s’agit bien souvent d’affrontements en réseau, par capillarité, usant de plusieurs leviers ou acteurs agissant de manière concertée. Ce sont en général des Etats qui sont à la manœuvre (USA, Chine, Russie notamment), soit à travers des institutions ouvertement favorables aux intérêts étatiques, ou par le biais d’agences, servant de «&nbsp;proxy&nbsp;», jusqu’aux services de renseignements. <br />   <br />  Pour user du parallèle avec le monde militaire, ces acteurs institutionnels constituent un état-major, dont les troupes et éléments subalternes peuvent être les cabinets d’avocats, fonctionnaires, agences de communication, cabinets de lobbying, associations et/ou ONG, etc. Chacun se voit attribué un rôle, où le droit n’est pas une fin en soi, mais bien un moyen pour infléchir un adversaire sur le terrain économique. <br />   <br />  Même si l’exemple est quelque peu éculé, l’affaire Alstom reste un symbole en la matière. Alors qu’il s’agissait à l’origine d’une vente de participation de Bouygues au sein du capital d’Asltom, une véritable machine de guerre protéiforme s’est ébranlée. Alors que d’autres acquéreurs étaient sur les rangs et que des pourparlers étaient engagés, comme pour toute cession de titres entre entreprises, malgré plusieurs alertes antérieures, des cadres de la cible ont fait l’objet d’arrestations sur le territoire américain, en vertu de la violation des règles anticorruption, notamment. Comme le dit le principal protagoniste, Frédéric Pierucci, il s’est trouvé malgré lui à être l’otage de la puissance américaine dans le cadre de ce <em>deal</em>. Dans le même temps, General Electric (GE) entrait en négociation exclusive pour le rachat de la branche Alstom Power (énergie), dès lors que l’entreprise Alstom se révélait fragilisée par les enquêtes qui la visaient. Peut-on évoquer un chantage&nbsp;? Sur la place de Paris, de nombreux cabinets d’audit, d’avocats, de conseil en stratégie de communication, etc. ont été missionnés pour «&nbsp;vendre&nbsp;» la cession d’Alstom à GE. Il y a eu une forme de colonisation des esprits, sur fond de vente de démantèlement d’un fleuron industriel, et de pression judiciaire. Tout cela été fort bien documenté par les enquêtes parlementaires de Pierre Lellouche et Karine Berger, et encore par Olivier Marleix qui, par la suite, a même déposé plainte auprès du <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parquet_national_financier" target="_blank">PNF</a>  pour «&nbsp;pacte de corruption&nbsp;». <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Face à cette judiciarisation croissante des rapports de force économiques, quelles stratégies de défense ou de contre-offensive les entreprises françaises et européennes devraient-elles mettre en place pour ne pas être aussi vulnérables ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">J’ai souvent été auditionné en ce sens, et à chaque fois je fais la même réponse&nbsp;: nous disposons d’ores et déjà d’un arsenal juridique efficient qui permet de faire face en tout ou partie à ce type d’agression par le droit. <br />  J’en veux pour preuve, les textes érigés pour une grande partie durant l’époque Gaullo-Pompidolienne durant laquelle le gouvernement avait créé un ensemble de textes et règlementations destinées à favoriser l’émergence de son industrie nucléaire et spatiale. A l’heure où l’on parle d’autonomie stratégique et de souveraineté (numérique, sanitaire, agricole, ect.), le général De Gaulle parlait d’indépendance nationale. Cela s’est traduit par des investissements choisis dans le cadre du Plan, par des approvisionnements sécurisés (Elf Aquitaine), par la préservation des savoir-faire et des technologies. <br />   <br />  Dans ce contexte, plusieurs textes ont été adoptés&nbsp;:</div>    <ul>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi de 1966 sur le filtrage des investissements étrangers, ou «&nbsp;contrôle des investissements étrangers&nbsp;» (CIEF), exhumée par Dominique de Villepin puis Arnaud Montebourg au nom du patriotisme économique&nbsp;;</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi du 24 juillet 1966 qui a introduit la notion d’intérêt social, de dissociation des droits de vote et de la gouvernance, et les droits de vote double pour permettre à des investisseurs institutionnels de «&nbsp;garder la main&nbsp;»&nbsp;;</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi de 1968 sur la communication d’informations sensibles aux autorités étrangères, dite «&nbsp;loi de blocage&nbsp;», sanctionnant le fait de transmettre ou de collecter des données relevant des intérêts supérieurs de la Nation.</li>  </ul>    <div style="margin-left: 40px;">Par ailleurs, le droit pénal appréhende également la lutte contre les ingérences, notamment juridiques, avec la défense des fondamentaux (article 410 du Code pénal), Cela vaut notamment pour la protection des opérateurs d’importance vitale (OIV) et des installations d’importance vitale (article L. 1331-1 et suivant du Code de la défense) ou le régime de la protection du patrimoine scientifique et technique de la Nation (PPSTN). <br />   <br />  Il existe donc un ensemble de règles permettant de générer des contre-mesures, à condition de les connaître de savoir en user. Ce n’est donc pas tant les lettres qui manquent que l’esprit, à tout le moins d’une volonté en la matière, avec un état-major à la manœuvre. J’aime à cet égard citer Lénine «&nbsp;Là où existe une volonté, il existe un chemin&nbsp;». Voilà sans doute l’orientation à prendre, à savoir cesser de penser que la guerre économique n’est qu’une vue de l’esprit, et intégrer l’arsenalisation du droit dans le cadre de la sécurité nationale (comme l'a justement relevé le SGDSN lors de sa dernière actualisation stratégique du 14 juillet 2025), ainsi que les traités et accords nous y autorisent (OCDE, TFUE, ou encore OMC) et ainsi faire prévaloir la sécurité économique par le droit. <br />   <br />  J’ajoute que cela doit également passer par une plus forte sensibilisation des juristes, magistrats et autorités administratives (AMF, Autorité de la Concurrence, CNIL etc.) sur cette dimension du lawfare. Je suis moi-même directeur d’un programme de formation à l’<a class="link" href="https://www.enm.justice.fr/" target="_blank">ENM</a>  sur cette thématique, ou encore à l’<a class="link" href="https://www.ege.fr/" target="_blank">Ecole de Guerre Economique</a>  qui forme des cadres et désormais des juristes stratèges aguerris à ces tactiques juridiques. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Merci Olivier de Maison Rouge d'avoir accepté de répondre à nos questions.</b></div>
     <div>
      <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/89442525-63233749.jpg?v=1750426291&amp;ibox" title="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge"><img alt="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89442525-63233749.jpg?v=1750426291" title="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge" /></a></div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/olivier-de-maison-rouge-7189b33b/?originalSubdomain=fr" target="_blank"><strong>Olivier de MAISON ROUGE</strong></a>  <strong>&nbsp;</strong>Avocat associé <a class="link" href="https://www.lex-squared.com/" target="_blank">(Lex Squared)</a>  – Docteur en droit <br />   <br />  Enseignant à l’Ecole de guerre économique (EGE) <a class="link" href="https://www.ege.fr/formations/executive/management-strategique-et-intelligence-juridique-msij" target="_blank">Directeur du MBA Management Stratégique et Intelligence Juridique</a>  <br />  Dernier ouvrage publié «&nbsp;Gagner la guerre économique&nbsp;», VA Editions (mars 2022) <br />  &nbsp;Olivier de Maison Rouge est un avocat d'affaires spécialisé en intelligence économique et en protection du patrimoine informationnel. Il est docteur en droit et diplômé de Sciences Po. Son expertise porte sur la sécurisation juridique des secrets d’affaires et la veille stratégique. <br />  En plus de son activité d’avocat, il est auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont "Le droit de l’intelligence économique" et "Le droit du renseignement".</blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
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     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.veillemag.com/Le-lawfare-ou-l-arsenalisation-du-droit-Entretien-avec-Olivier-de-Maison-Rouge_a6639.html</link>
  </item>

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   <title>Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge.</title>
   <pubDate>Wed, 26 Nov 2025 10:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Question de Droit]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dans un monde où les batailles économiques ne se jouent plus seulement sur les marchés mais aussi devant les tribunaux, le concept de lawfare s’impose comme une arme stratégique redoutable. Olivier de Maison Rouge, avocat et spécialiste de l’intelligence économique, décrypte dans son article "Le lawfare ou la guerre économique par le Droit" les mécanismes d’une judiciarisation croissante des rapports de force. Entre instrument de domination et outil de protection, le droit devient champ de bataille. Entretien avec un observateur averti de cette guerre silencieuse.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/92900378-65027976.jpg?v=1764155158" alt="Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge." title="Le lawfare ou l’arsenalisation du droit. Entretien avec Olivier de Maison Rouge." />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7398702622800609281/" target="_blank">Source</a>  <br />  <span class="break-words            tvm-parent-container"><span dir="ltr">À retrouver dans le JCP E<span class="white-space-pre"> </span><a class="link" href="https://www.linkedin.com/company/lexisnexis-juriste-d%27entreprise/"><span><span>LexisNexis - Juriste d'entreprise</span></span></a>  </span></span></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vous décrivez le lawfare comme une arme économique utilisant le droit à des fins stratégiques. Selon vous, quelles sont les principales différences entre une utilisation légitime du droit et une instrumentalisation agressive qui relève du lawfare ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">De manière prosaïque, le droit s’entend comme «&nbsp;l’ensemble des règles régissant les rapports des individus entre eux ou des rapports entre les individus et l’Etat ou les institution&nbsp;». Cela étant énoncé, ce serait un leurre de croire que le droit est neutre par nature. <br />   <br />  Bien au contraire, il est souvent le reflet d’une philosophie dominante, d’un courant de pensée, d’une forme des organisations politiques, etc. Ainsi, depuis le 19<sup>ème</sup> siècle, le droit positif français a connu une profonde évolution comme en témoigne l’émergence des libertés individuelles et collectives, mais encore, depuis les années 1970, de la protection des intérêts catégoriels (social, consommation, environnement, location immobilière, etc.). <br />   <br />  Ce propos introductif ne doit toutefois pas nous éloigner du sens de votre question. Le droit n’étant pas neutre, il peut tout aussi bien être la recherche de l’équité ou la reconnaissance de droits, selon son acceptation la plus couramment admise qui concerne l’ensemble des justiciables&nbsp;; mais également une arme, notamment dans le domaine économique, qui est un espace déterminé d’affrontements en matière commerciale, industrielle, financière… De nombreux leviers sont mis en œuvre dans ce cadre&nbsp;: le droit pénal, le droit fiscal, le droit douanier, le droit commercial, entre autres. <br />   <br />  Je n’apprends rien à vos lecteurs en disant cela, mais un fait majeur doit cependant attirer notre attention&nbsp;: en matière de géopolitique, le monde a été façonné par les principes et institutions de 1945 (eux-mêmes inspirés des 14 points du Président américain Wilson), mais encore par la théorie du libre-échange, consacré par l’OMC en 1994. Or, depuis une vingtaine d’années désormais, une évidence s’impose, dans le domaine géoéconomique, nous sommes passés tour à tour de la coopération à la compétition, puis à la confrontation (à tout le moins à la contestation par les puissances émergentes des principes énoncés ci-dessus). <br />   <br />  C’est dans ce contexte que le droit a été embrigadé dans ce que l’on nomme désormais la «&nbsp;guerre par le droit&nbsp;», ou <em>lawfare</em>. Cette doctrine a été intégrée dès 2001 par les USA et en 2003 par la Chine. <br />  En réalité, le <em>lawfare</em> se traduit par une instrumentalisation du droit par ses acteurs comme instrument d’accroissement de puissance économique ou d’affaiblissement d’un concurrent. <br />  Il se traduit sous trois natures&nbsp;:</div>    <ul>  	<li style="margin-left: 40px;">L’utilisation offensive du droit par les Etats eux-mêmes, afin de favoriser leurs intérêts économiques ou créer des dépendances pour les acteurs étrangers, ce que l’on a connu notamment avec le mécanisme de l’extraterritorialité (affaires Alstom, BNP Paris, Crédit Agricole …) ou encore en faisant œuvre de protectionnisme juridique, par l’adoption de règlementations locales, parfois volontairement confuses ou obscures, évinçant de fait les acteurs étrangers.</li>  	<li style="margin-left: 40px;">Le détournement, le contournement ou l’interprétation de la norme internationale par l’usage de l’influence sur les institutions par des états, afin de servir leurs intérêts et leurs entreprises dans les litiges ou l’émission des réglementations à leur avantage.</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La guérilla judiciaire, ou le fait de profiter de failles juridiques dans les pays de débouchés commerciaux, pour neutraliser des fleurons locaux ou obtenir des décisions favorables à des produits ou services extérieurs.</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Quels sont aujourd’hui les acteurs — États, multinationales, cabinets d’avocats — qui recourent le plus à ces pratiques de guerre économique par le droit, et pouvez-vous donner un exemple concret qui illustre cette stratégie ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Il s’agit bien souvent d’affrontements en réseau, par capillarité, usant de plusieurs leviers ou acteurs agissant de manière concertée. Ce sont en général des Etats qui sont à la manœuvre (USA, Chine, Russie notamment), soit à travers des institutions ouvertement favorables aux intérêts étatiques, ou par le biais d’agences, servant de «&nbsp;proxy&nbsp;», jusqu’aux services de renseignements. <br />   <br />  Pour user du parallèle avec le monde militaire, ces acteurs institutionnels constituent un état-major, dont les troupes et éléments subalternes peuvent être les cabinets d’avocats, fonctionnaires, agences de communication, cabinets de lobbying, associations et/ou ONG, etc. Chacun se voit attribué un rôle, où le droit n’est pas une fin en soi, mais bien un moyen pour infléchir un adversaire sur le terrain économique. <br />   <br />  Même si l’exemple est quelque peu éculé, l’affaire Alstom reste un symbole en la matière. Alors qu’il s’agissait à l’origine d’une vente de participation de Bouygues au sein du capital d’Asltom, une véritable machine de guerre protéiforme s’est ébranlée. Alors que d’autres acquéreurs étaient sur les rangs et que des pourparlers étaient engagés, comme pour toute cession de titres entre entreprises, malgré plusieurs alertes antérieures, des cadres de la cible ont fait l’objet d’arrestations sur le territoire américain, en vertu de la violation des règles anticorruption, notamment. Comme le dit le principal protagoniste, Frédéric Pierucci, il s’est trouvé malgré lui à être l’otage de la puissance américaine dans le cadre de ce <em>deal</em>. Dans le même temps, General Electric (GE) entrait en négociation exclusive pour le rachat de la branche Alstom Power (énergie), dès lors que l’entreprise Alstom se révélait fragilisée par les enquêtes qui la visaient. Peut-on évoquer un chantage&nbsp;? Sur la place de Paris, de nombreux cabinets d’audit, d’avocats, de conseil en stratégie de communication, etc. ont été missionnés pour «&nbsp;vendre&nbsp;» la cession d’Alstom à GE. Il y a eu une forme de colonisation des esprits, sur fond de vente de démantèlement d’un fleuron industriel, et de pression judiciaire. Tout cela été fort bien documenté par les enquêtes parlementaires de Pierre Lellouche et Karine Berger, et encore par Olivier Marleix qui, par la suite, a même déposé plainte auprès du <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parquet_national_financier" target="_blank">PNF</a>  pour «&nbsp;pacte de corruption&nbsp;». <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Face à cette judiciarisation croissante des rapports de force économiques, quelles stratégies de défense ou de contre-offensive les entreprises françaises et européennes devraient-elles mettre en place pour ne pas être aussi vulnérables ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">J’ai souvent été auditionné en ce sens, et à chaque fois je fais la même réponse&nbsp;: nous disposons d’ores et déjà d’un arsenal juridique efficient qui permet de faire face en tout ou partie à ce type d’agression par le droit. <br />  J’en veux pour preuve, les textes érigés pour une grande partie durant l’époque Gaullo-Pompidolienne durant laquelle le gouvernement avait créé un ensemble de textes et règlementations destinées à favoriser l’émergence de son industrie nucléaire et spatiale. A l’heure où l’on parle d’autonomie stratégique et de souveraineté (numérique, sanitaire, agricole, ect.), le général De Gaulle parlait d’indépendance nationale. Cela s’est traduit par des investissements choisis dans le cadre du Plan, par des approvisionnements sécurisés (Elf Aquitaine), par la préservation des savoir-faire et des technologies. <br />   <br />  Dans ce contexte, plusieurs textes ont été adoptés&nbsp;:</div>    <ul>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi de 1966 sur le filtrage des investissements étrangers, ou «&nbsp;contrôle des investissements étrangers&nbsp;» (CIEF), exhumée par Dominique de Villepin puis Arnaud Montebourg au nom du patriotisme économique&nbsp;;</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi du 24 juillet 1966 qui a introduit la notion d’intérêt social, de dissociation des droits de vote et de la gouvernance, et les droits de vote double pour permettre à des investisseurs institutionnels de «&nbsp;garder la main&nbsp;»&nbsp;;</li>  	<li style="margin-left: 40px;">La loi de 1968 sur la communication d’informations sensibles aux autorités étrangères, dite «&nbsp;loi de blocage&nbsp;», sanctionnant le fait de transmettre ou de collecter des données relevant des intérêts supérieurs de la Nation.</li>  </ul>    <div style="margin-left: 40px;">Par ailleurs, le droit pénal appréhende également la lutte contre les ingérences, notamment juridiques, avec la défense des fondamentaux (article 410 du Code pénal), Cela vaut notamment pour la protection des opérateurs d’importance vitale (OIV) et des installations d’importance vitale (article L. 1331-1 et suivant du Code de la défense) ou le régime de la protection du patrimoine scientifique et technique de la Nation (PPSTN). <br />   <br />  Il existe donc un ensemble de règles permettant de générer des contre-mesures, à condition de les connaître de savoir en user. Ce n’est donc pas tant les lettres qui manquent que l’esprit, à tout le moins d’une volonté en la matière, avec un état-major à la manœuvre. J’aime à cet égard citer Lénine «&nbsp;Là où existe une volonté, il existe un chemin&nbsp;». Voilà sans doute l’orientation à prendre, à savoir cesser de penser que la guerre économique n’est qu’une vue de l’esprit, et intégrer l’arsenalisation du droit dans le cadre de la sécurité nationale (comme l'a justement relevé le SGDSN lors de sa dernière actualisation stratégique du 14 juillet 2025), ainsi que les traités et accords nous y autorisent (OCDE, TFUE, ou encore OMC) et ainsi faire prévaloir la sécurité économique par le droit. <br />   <br />  J’ajoute que cela doit également passer par une plus forte sensibilisation des juristes, magistrats et autorités administratives (AMF, Autorité de la Concurrence, CNIL etc.) sur cette dimension du lawfare. Je suis moi-même directeur d’un programme de formation à l’<a class="link" href="https://www.enm.justice.fr/" target="_blank">ENM</a>  sur cette thématique, ou encore à l’<a class="link" href="https://www.ege.fr/" target="_blank">Ecole de Guerre Economique</a>  qui forme des cadres et désormais des juristes stratèges aguerris à ces tactiques juridiques. <br />  &nbsp;</div>  
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     <div><b>Merci Olivier de Maison Rouge d'avoir accepté de répondre à nos questions.</b></div>
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      <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/89442525-63233749.jpg?v=1750426291&amp;ibox" title="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge"><img alt="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89442525-63233749.jpg?v=1750426291" title="LES PRATICIENS DU DROIT ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA). Entretien avec Olivier de Maison Rouge" /></a></div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/olivier-de-maison-rouge-7189b33b/?originalSubdomain=fr" target="_blank"><strong>Olivier de MAISON ROUGE</strong></a>  <strong>&nbsp;</strong>Avocat associé <a class="link" href="https://www.lex-squared.com/" target="_blank">(Lex Squared)</a>  – Docteur en droit <br />   <br />  Enseignant à l’Ecole de guerre économique (EGE) <a class="link" href="https://www.ege.fr/formations/executive/management-strategique-et-intelligence-juridique-msij" target="_blank">Directeur du MBA Management Stratégique et Intelligence Juridique</a>  <br />  Dernier ouvrage publié «&nbsp;Gagner la guerre économique&nbsp;», VA Editions (mars 2022) <br />  &nbsp;Olivier de Maison Rouge est un avocat d'affaires spécialisé en intelligence économique et en protection du patrimoine informationnel. Il est docteur en droit et diplômé de Sciences Po. Son expertise porte sur la sécurisation juridique des secrets d’affaires et la veille stratégique. <br />  En plus de son activité d’avocat, il est auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont "Le droit de l’intelligence économique" et "Le droit du renseignement".</blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
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   <title>A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid</title>
   <pubDate>Sat, 22 Nov 2025 10:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Communication &amp; Influence]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   La désinformation occupe une place aussi centrale dans l’actualité mondiale. Instrumentalisée dans les conflits, infiltrée dans les campagnes électorales, amplifiée par les réseaux sociaux, elle mine la confiance et redessine les rapports de pouvoir. Dans Lutter contre la désinformation : savoirs, enjeux et pratiques, Mohamed Benabid propose une plongée lucide dans ce phénomène devenu structurel, en dévoilant ses mécanismes profonds et en esquissant des pistes pour y résister. Son ouvrage se présente comme un guide pour penser la désinformation non comme une crise passagère, mais comme un défi structurel qui exige des solutions systémiques et coordonnées.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/92743268-64950981.jpg?v=1763806914" alt="A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid" title="A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.amazon.fr/LUTTER-CONTRE-D%C3%89SINFORMATION-SAVOIRS-PRATIQUES/dp/9920633534#detailBullets_feature_div" target="_blank">Source</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La désinformation n’est plus une dérive marginale : elle s’impose comme l’un des marqueurs de notre époque.</b></div>
     <div>
      <p style="margin-left: 40px;"><span>L’attention se monnaye et la défiance s’installe, la désinformation agit comme une arme d’influence redoutable. <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/mbenabid/?locale=fr_FR" target="_blank">Mohamed Benabid</a>, fort de son double ancrage dans les médias et la recherche, en décrypte les ressorts multiples. Il montre comment les incertitudes épistémologiques fragilisent la distinction entre savoir et opinion, comment les logiques économiques privilégient la viralité au détriment de la véracité, comment les dynamiques technologiques accélèrent la diffusion des fausses informations, et comment les déterminants psychologiques exploitent nos biais cognitifs tandis que la fragilisation des institutions nourrit une crise de confiance généralisée.</span> <br />    <p style="margin-left: 40px;"><span>Ce paysage, qu’il décrit comme un quasi-chaos informationnel, révèle l’ampleur des défis contemporains. <br />   <br />  Mais loin de céder au fatalisme, l’auteur avance des solutions concrètes : renforcer l’éducation aux médias, repenser la régulation des plateformes et réhabiliter la valeur du journalisme comme contre-pouvoir. Son ouvrage prend ainsi la juste mesure de la désinformation : non pas une turbulence passagère, mais le symptôme d’un déséquilibre démocratique devenu structurel.</span> <br />  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>. Ses solutions s’articulent autour de plusieurs axes complémentaires</b></div>
     <div>
      <p style="margin-left: 40px;"><span>Il insiste sur la nécessité de développer une culture critique, dès l’école, pour apprendre à distinguer savoirs établis et rumeurs, comprendre les logiques de viralité et adopter une posture réflexive face aux contenus numériques.&nbsp;</span> <br />   <br />  Sselon lui, les grandes entreprises technologiques ne peuvent plus être laissées seules juges de la circulation des contenus. Il plaide pour des mécanismes de régulation transparents, associant États, société civile et acteurs privés, afin de limiter la propagation des fausses informations sans tomber dans la censure <br />   <br />  Mohamed Benabid rappelle que le journalisme demeure un contre-pouvoir essentiel. Il propose de soutenir les rédactions dans leur mission de vérification, de valoriser les pratiques de fact-checking et de restaurer la confiance dans les médias par une plus grande exigence de rigueur et de transparence. <br />   <br />  La désinformation est analysée comme un symptôme d’un déséquilibre institutionnel. L’auteur appelle à des réponses collectives et coordonnées, qui passent par la consolidation des institutions, la transparence des processus électoraux et la restauration de la confiance civique. <br />   <br />  Il souligne que la désinformation exploite nos biais cognitifs et nos émotions. Les solutions doivent donc inclure une meilleure compréhension des mécanismes psychologiques, afin de développer des outils pédagogiques et des campagnes de sensibilisation adaptées. <br />  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div>  <div id="He6jb94XKnD8kgz5LigLu-content-0"><span><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/mbenabid/?locale=fr_FR" target="_blank">Mohamed Benabid</a>  est un journaliste et universitaire marocain, né à Casablanca en 1968. Après des études de médecine, il se tourne vers le journalisme et la recherche en sciences de gestion et en communication. Rédacteur en chef du quotidien <em>L’Économiste</em> pendant près de quinze ans, il a accompagné les grandes mutations du paysage médiatique marocain. Parallèlement, il enseigne à l’<a class="link" href="https://www.um6p.ma/" target="_blank">Université Mohammed VI Polytechnique</a>, où il croise réflexion académique et pratique journalistique. <br />  Son parcours, à la fois dans les médias et la recherche, lui confère une double légitimité pour analyser les enjeux contemporains de l’information et de la désinformation. <br />  Il participe au&nbsp;</span>ThinkTank de l'UM6P <a class="link" href="https://www.policycenter.ma/" target="_blank">Policy center for the new South.</a> </div>  </div>    <div>&nbsp;</div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/92743268-64950981.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/A-lire-Lutter-contre-la-desinformation-savoirs-enjeux-et-pratiques-par-Mohamed-Benabid_a6616.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid</title>
   <pubDate>Sat, 22 Nov 2025 10:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Signalé par Mounir Rochdi</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Communication &amp; Influence]]></dc:subject>
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   La désinformation occupe une place aussi centrale dans l’actualité mondiale. Instrumentalisée dans les conflits, infiltrée dans les campagnes électorales, amplifiée par les réseaux sociaux, elle mine la confiance et redessine les rapports de pouvoir. Dans Lutter contre la désinformation : savoirs, enjeux et pratiques, Mohamed Benabid propose une plongée lucide dans ce phénomène devenu structurel, en dévoilant ses mécanismes profonds et en esquissant des pistes pour y résister. Son ouvrage se présente comme un guide pour penser la désinformation non comme une crise passagère, mais comme un défi structurel qui exige des solutions systémiques et coordonnées.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/92760807-64956268.jpg?v=1763806914" alt="A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid" title="A lire. Lutter contre la désinformation: savoirs, enjeux et pratiques par Mohamed Benabid" />
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      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://www.amazon.fr/LUTTER-CONTRE-D%C3%89SINFORMATION-SAVOIRS-PRATIQUES/dp/9920633534#detailBullets_feature_div" target="_blank">Source</a> </div>  
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     <div><b>La désinformation n’est plus une dérive marginale : elle s’impose comme l’un des marqueurs de notre époque.</b></div>
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      <p style="margin-left: 40px;"><span>L’attention se monnaye et la défiance s’installe, la désinformation agit comme une arme d’influence redoutable. <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/mbenabid/?locale=fr_FR" target="_blank">Mohamed Benabid</a>, fort de son double ancrage dans les médias et la recherche, en décrypte les ressorts multiples. Il montre comment les incertitudes épistémologiques fragilisent la distinction entre savoir et opinion, comment les logiques économiques privilégient la viralité au détriment de la véracité, comment les dynamiques technologiques accélèrent la diffusion des fausses informations, et comment les déterminants psychologiques exploitent nos biais cognitifs tandis que la fragilisation des institutions nourrit une crise de confiance généralisée.</span> <br />    <p style="margin-left: 40px;"><span>Ce paysage, qu’il décrit comme un quasi-chaos informationnel, révèle l’ampleur des défis contemporains. <br />   <br />  Mais loin de céder au fatalisme, l’auteur avance des solutions concrètes : renforcer l’éducation aux médias, repenser la régulation des plateformes et réhabiliter la valeur du journalisme comme contre-pouvoir. Son ouvrage prend ainsi la juste mesure de la désinformation : non pas une turbulence passagère, mais le symptôme d’un déséquilibre démocratique devenu structurel.</span> <br />  
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     <div><b>. Ses solutions s’articulent autour de plusieurs axes complémentaires</b></div>
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      <p style="margin-left: 40px;"><span>Il insiste sur la nécessité de développer une culture critique, dès l’école, pour apprendre à distinguer savoirs établis et rumeurs, comprendre les logiques de viralité et adopter une posture réflexive face aux contenus numériques.&nbsp;</span> <br />   <br />  Sselon lui, les grandes entreprises technologiques ne peuvent plus être laissées seules juges de la circulation des contenus. Il plaide pour des mécanismes de régulation transparents, associant États, société civile et acteurs privés, afin de limiter la propagation des fausses informations sans tomber dans la censure <br />   <br />  Mohamed Benabid rappelle que le journalisme demeure un contre-pouvoir essentiel. Il propose de soutenir les rédactions dans leur mission de vérification, de valoriser les pratiques de fact-checking et de restaurer la confiance dans les médias par une plus grande exigence de rigueur et de transparence. <br />   <br />  La désinformation est analysée comme un symptôme d’un déséquilibre institutionnel. L’auteur appelle à des réponses collectives et coordonnées, qui passent par la consolidation des institutions, la transparence des processus électoraux et la restauration de la confiance civique. <br />   <br />  Il souligne que la désinformation exploite nos biais cognitifs et nos émotions. Les solutions doivent donc inclure une meilleure compréhension des mécanismes psychologiques, afin de développer des outils pédagogiques et des campagnes de sensibilisation adaptées. <br />  
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     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
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      <blockquote>  <div>  <div id="He6jb94XKnD8kgz5LigLu-content-0"><span><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/mbenabid/?locale=fr_FR" target="_blank">Mohamed Benabid</a>  est un journaliste et universitaire marocain, né à Casablanca en 1968. Après des études de médecine, il se tourne vers le journalisme et la recherche en sciences de gestion et en communication. Rédacteur en chef du quotidien <em>L’Économiste</em> pendant près de quinze ans, il a accompagné les grandes mutations du paysage médiatique marocain. Parallèlement, il enseigne à l’<a class="link" href="https://www.um6p.ma/" target="_blank">Université Mohammed VI Polytechnique</a>, où il croise réflexion académique et pratique journalistique. <br />  Son parcours, à la fois dans les médias et la recherche, lui confère une double légitimité pour analyser les enjeux contemporains de l’information et de la désinformation. <br />  Il participe au&nbsp;</span>ThinkTank de l'UM6P <a class="link" href="https://www.policycenter.ma/" target="_blank">Policy center for the new South.</a> </div>  </div>    <div>&nbsp;</div>  </blockquote>  
     </div>
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