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  <title>www.veillemag.com</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></description>
  <link>https://www.veillemag.com/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-07-14T14:30:57+02:00</dc:date>
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   <title>Burkina Faso-France, le divorce qui clôt une époque</title>
   <pubDate>Fri, 03 Jul 2026 16:50:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Giuseppe Gagliano, Cestudec</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   La décision du Burkina Faso de rompre ses relations diplomatiques avec la France marque un tournant dans l’équilibre sahélien. Elle consacre l’affirmation d’une souveraineté revendiquée face à une influence française jugée inefficace et intrusive. Mais cette recomposition géopolitique s’opère dans un contexte de crise sécuritaire, de fragilité économique et de compétition internationale accrue. Le geste est historique ; ses effets restent à éprouver.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/97218846-67734209.jpg?v=1783091801" alt="Burkina Faso-France, le divorce qui clôt une époque" title="Burkina Faso-France, le divorce qui clôt une époque" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La rupture diplomatique comme acte de souveraineté</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La décision du Burkina Faso d'interrompre ses relations diplomatiques avec la France est le dernier acte d'un processus engagé depuis des années, lorsque, au Sahel, la présence française a cessé d'être perçue comme une garantie de sécurité pour devenir, aux yeux d'une partie croissante des opinions publiques locales, le symbole d'une tutelle étrangère jamais véritablement dépassée.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le gouvernement de Ouagadougou a justifié cette rupture en évoquant l'absence de respect réciproque, les ingérences, le soutien à des réseaux subversifs et même l'appui à des groupes armés. Ce sont des accusations graves, que Paris rejetterait certainement comme relevant de la propagande, mais elles révèlent le cœur politique de la question : le Burkina Faso ne veut plus apparaître comme un État placé dans l'orbite française. Il veut se présenter comme un pays souverain, même au prix d'une rupture avec l'ancienne puissance coloniale.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La précision officielle selon laquelle la rupture concerne le cadre diplomatique et non les liens humains, culturels et sociaux entre les peuples vise à éviter une fracture totale. Mais le fond demeure lourd de conséquences : la France perd une nouvelle pièce de son architecture africaine.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La fin de l'ancienne influence française</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pendant des décennies, Paris a maintenu en Afrique francophone un réseau de pouvoir fait de bases militaires, de coopération, de monnaie, d'entreprises, de renseignement, de relations personnelles avec les élites locales et de canaux privilégiés d'accès aux ressources. Cette structure, souvent décrite comme un système postcolonial français, a garanti à la France une profondeur stratégique, des matières premières, une influence diplomatique et un prestige international.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Aujourd'hui, ce système se désagrège. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont emprunté la même trajectoire : coups d'État militaires, expulsion ou réduction de la présence française, sortie de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, création de l'Alliance des États du Sahel, ouverture à la Russie et à la Chine.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Ce n'est pas seulement un changement d'alliances. C'est une révolte symbolique contre l'idée que la sécurité africaine doive être organisée depuis Paris. La France avait envoyé des milliers de soldats pour combattre les groupes armés au Sahel, mais elle n'a pas réussi à enrayer l'expansion de la violence. Cet échec opérationnel a produit un effet politique dévastateur : si la puissance protectrice ne protège pas, elle finit par être perçue comme une puissance occupante par ceux qui la subissent.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le nœud militaire : sécurité promise, sécurité manquée</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Sur le plan stratégique et militaire, le Burkina Faso reste dans une situation dramatique. Les groupes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique contrôlent ou influencent de vastes zones du territoire. Des centaines de milliers de civils sont déplacés. L'armée nationale mène une guerre difficile, longue, asymétrique, dans laquelle le contrôle des villes ne signifie pas le contrôle du pays.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le capitaine Ibrahim Traoré a bâti sa légitimité sur la promesse de restaurer la souveraineté et de vaincre l'insurrection armée. Mais la réalité est plus dure que la propagande. Rompre avec la France peut renforcer le consensus intérieur et donner une image d'indépendance ; cela ne suffit pas pour reconquérir les territoires, protéger les villages, rouvrir les écoles, sécuriser les routes et les marchés.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est ici que se mesure le principal risque : remplacer un protecteur extérieur par un autre. Le rapprochement avec Moscou, le recours à des conseillers et combattants russes, la coordination avec le Mali et le Niger peuvent fournir des instruments militaires immédiats, mais ils ne résolvent pas automatiquement la crise de l'État. La contre-guérilla ne se gagne pas seulement par la force. Elle se gagne par l'administration, la justice, la présence territoriale, les services, le renseignement local et l'adhésion de la population.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La démocratie sacrifiée à la guerre</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Les déclarations de Traoré contre la démocratie sont politiquement révélatrices. Lorsqu'un chef militaire affirme que la démocratie est une forme d'esclavage ou qu'elle apporte le sang, il ne se contente pas de critiquer un modèle importé. Il prépare le terrain à un pouvoir sans contrepoids.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La dissolution des partis, les pressions sur les médias, l'enrôlement forcé de journalistes, d'opposants et de magistrats critiques dans le front militaire montrent que le nouveau nationalisme sahélien contient une composante autoritaire très forte. La souveraineté est invoquée contre l'extérieur, mais elle est souvent utilisée aussi contre le dissensus intérieur.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est le paradoxe de nombreuses révolutions anticoloniales tardives : se libérer du maître étranger peut devenir le langage par lequel on justifie la concentration du pouvoir entre les mains de quelques-uns. Le rêve de Thomas Sankara, évoqué par de nombreux Burkinabè, reste lointain précisément parce que souveraineté et justice sociale ne coïncident pas automatiquement.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Scénarios économiques : ressources, dépendances et nouvelles rentes</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La rupture avec la France aura également des conséquences économiques. Le Burkina Faso est un pays pauvre, fragile, dépendant de l'or, de l'agriculture, de l'aide extérieure et des relations commerciales régionales. L'insécurité compromet les investissements, les transports, l'exploitation minière et la production agricole.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La France perd du terrain, mais il n'est pas certain que le Burkina Faso gagne une autonomie réelle. La Russie, la Chine, la Turquie et d'autres acteurs peuvent occuper les espaces laissés vides par Paris avec des offres militaires, infrastructurelles, minières et financières. Le risque est que l'ancienne dépendance soit remplacée par une nouvelle dépendance, moins visible mais tout aussi contraignante.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Pour Moscou, le Sahel représente une occasion stratégique : influence politique à faible coût, accès aux ressources, pression sur l'Europe, capacité de frapper l'image française dans son ancien espace impérial. Pour Pékin, ce sont surtout les infrastructures, les matières premières, les corridors commerciaux et l'influence diplomatique qui comptent. Pour Ankara, le Sahel offre des marchés, des armements, des chantiers de construction et un prestige islamo-politique. <br />   <br />  Le Burkina Faso devient ainsi non seulement un pays en crise, mais aussi un terrain de compétition géoéconomique.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Géopolitique du Sahel : la France recule, les autres avancent</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La sortie du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest et la naissance de l'Alliance des États du Sahel redessinent la région. Un bloc militaire et politique hostile à l'influence française émerge, méfiant à l'égard des pressions occidentales sur les élections et plus ouvert aux partenaires non occidentaux.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Pour l'Europe, c'est un problème considérable. Le Sahel est lié aux migrations, au terrorisme, aux trafics, à l'énergie, à l'uranium, à l'or, aux routes criminelles et à la stabilité de l'Afrique du Nord. Perdre de l'influence dans cette zone signifie perdre de la profondeur stratégique sur le continent qui touche le plus directement la Méditerranée.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La France, en particulier, subit une double défaite : militaire, parce qu'elle n'a pas stabilisé la région ; politique, parce qu'elle est devenue la cible principale du nationalisme sahélien. Et lorsqu'une puissance n'est plus perçue comme la solution, mais comme la cause du problème, sa présence devient intenable.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le nouveau Sahel ne sera plus français</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La rupture entre le Burkina Faso et la France n'est pas la fin de l'histoire. C'est le début d'une phase plus incertaine. Ouagadougou conquiert des marges symboliques de souveraineté, mais doit démontrer sa capacité à les transformer en sécurité, développement et stabilité. Paris perd un avant-poste, mais conserve des liens culturels, économiques et sociaux qui ne disparaîtront pas en une nuit.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La vraie question est ailleurs : le Burkina Faso sera-t-il réellement plus libre ou simplement plus exposé ? Car la souveraineté, lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'institutions solides, risque de devenir un drapeau agité au-dessus d'un État toujours plus fragile.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le Sahel dit adieu à la France. Mais il n'a pas encore trouvé la paix.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div><a class="link" href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/26/le-burkina-faso-annonce-rompre-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france_6715911_3212.html" target="_blank">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/26/le-burkina-faso-annonce-rompre-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france_6715911_3212.html</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.lepoint.fr/afrique/la-junte-du-burkina-faso-acte-sa-rupture-diplomatique-avec-la-france-dans-un-contexte-de-basculement-6QWKREAB75GWFEHQ74NHSJMUSU/" target="_blank">https://www.lepoint.fr/afrique/la-junte-du-burkina-faso-acte-sa-rupture-diplomatique-avec-la-france-dans-un-contexte-de-basculement-6QWKREAB75GWFEHQ74NHSJMUSU/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://burkina24.com/2026/06/26/le-burkina-faso-rompt-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france/" target="_blank">https://burkina24.com/2026/06/26/le-burkina-faso-rompt-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.aa.com.tr/fr/politique/le-burkina-faso-rompt-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france-/3979371" target="_blank">https://www.aa.com.tr/fr/politique/le-burkina-faso-rompt-ses-relations-diplomatiques-avec-la-france-/3979371</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/burkina-faso/relations-bilaterales" target="_blank">https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/burkina-faso/relations-bilaterales</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/burkina-faso/dernieres-minutes-et-alertes" target="_blank">https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/burkina-faso/dernieres-minutes-et-alertes</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/05/jean-herve-jezequel-directeur-de-projet-a-l-international-crisis-group-evincee-du-sahel-la-france-continue-de-sous-estimer-la-portee-de-la-rupture-souverainiste-actuelle_6533557_3212.html" target="_blank">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/05/jean-herve-jezequel-directeur-de-projet-a-l-international-crisis-group-evincee-du-sahel-la-france-continue-de-sous-estimer-la-portee-de-la-rupture-souverainiste-actuelle_6533557_3212.html</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/01/29/sortie-du-mali-du-burkina-faso-et-du-niger-de-la-cedeao-une-reconfiguration-regionale-s-opere-en-afrique-de-l-ouest_6521317_3212.html" target="_blank">https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/01/29/sortie-du-mali-du-burkina-faso-et-du-niger-de-la-cedeao-une-reconfiguration-regionale-s-opere-en-afrique-de-l-ouest_6521317_3212.html</a> </div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <div><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/88954236-62959841.jpg?v=1748523774&amp;ibox" title="Vers un nouvel ordre numérique ? GAFAM sous pression, souveraineté européenne en question."><img alt="Vers un nouvel ordre numérique ? GAFAM sous pression, souveraineté européenne en question." src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/88954236-62959841.jpg?v=1748523774" title="Vers un nouvel ordre numérique ? GAFAM sous pression, souveraineté européenne en question." /></a></div>    <div>  <div>  <div>  <div>  <div>  <div>  <div>  <div>  <blockquote>Giuseppe Gagliano&nbsp;a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE). <br />  Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),<a class="link" href="https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/" target="_blank">https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/</a>  et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/</a>  <br />  La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.</blockquote>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  #Burkina_Faso, #France, #Sahel, #Afrique_de_l_Ouest, #Ouagadougou, #Alliance_des_Etats_du_Sahel, #Mali, #Niger, #Russie, #Geopolitique_Africaine
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/97218846-67734209.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Burkina-Faso-France-le-divorce-qui-clot-une-epoque_a7833.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>L’Éthiopie au bord d’un nouvel embrasement de la Corne de l'Afrique : Tigré, la mèche rallumée</title>
   <pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:28:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Giuseppe Gagliano</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Géopolitique]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Pris entre un accord de paix inachevé, des rivalités internes au TPLF, la méfiance d’Addis-Abeba, les calculs de l’Érythrée et l’effritement de l’État fédéral, le Tigré redevient l’épicentre d’une crise qui dépasse largement ses frontières. Dans un Corne de l’Afrique traversé par les ambitions maritimes, les luttes d’influence et les fractures ethno-politiques, la moindre étincelle pourrait rallumer une guerre que personne n’a réellement su éteindre.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96753458-67448332.jpg?v=1779974647" alt="L’Éthiopie au bord d’un nouvel embrasement de la Corne de l'Afrique : Tigré, la mèche rallumée" title="L’Éthiopie au bord d’un nouvel embrasement de la Corne de l'Afrique : Tigré, la mèche rallumée" />
     </div>
     <div>
      <blockquote> <br />  Le Tigré est une région montagneuse du nord de l’Éthiopie, berceau d’une identité politique forte et d’un mouvement central de l’histoire récente, le <span data-url="ca://s?q=Expliquer_le_TPLF" role="button" tabindex="0">TPLF</span>. Ravagé par la guerre de 2020‑2022, il reste marqué par les destructions, les déplacements massifs et une paix inachevée. Situé à la frontière de l’Érythrée et du Soudan, il occupe une position stratégique qui en fait un nœud des tensions éthiopiennes et des rivalités régionales.</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une guerre terminée seulement sur le papier</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto"><strong>Le Tigré revient au centre de la crise éthiopienne. Non parce que la guerre de 2020-2022 aurait simplement repris, mais parce qu'elle n'a jamais été réellement conclue.</strong> L'accord de Pretoria de novembre 2022 avait arrêté les armes, sans recomposer le pouvoir. Il avait imposé un cessez-le-feu, sans bâtir une réconciliation. Il avait ouvert une transition, sans créer un nouvel équilibre. Aujourd'hui, cette architecture fragile montre toutes ses fissures.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La région septentrionale de l'Éthiopie vit dans une condition ambiguë : formellement intégrée à l'État fédéral, politiquement suspendue, militairement imparfaitement pacifiée, socialement dévastée par des années de massacres, de famine, de déplacements forcés, de sièges, de vengeances et d'humiliations. Le Tigré n'est plus seulement une affaire éthiopienne. Il est devenu le point d'intersection entre la crise intérieure d'Addis-Abeba, la rivalité avec l'Érythrée, la question de l'accès à la mer Rouge, les tensions avec les milices amhara, le conflit en Oromia et la compétition entre puissances régionales dans le Corne de l'Afrique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La nouveauté la plus grave réside dans la décision du Front populaire de libération du Tigré de relancer des structures politiques antérieures à la guerre, comme s'il voulait remettre sur pied une légitimité parallèle face à l'administration transitoire née après Pretoria. C'est un passage extrêmement délicat. Pour Addis-Abeba, il peut apparaître comme un défi direct lancé à l'autorité fédérale. Pour l'aile dure tigréenne, il constitue au contraire la réponse à un accord jugé trahi, incomplet, humiliant. Entre les deux demeure une population qui a déjà payé un prix immense et qui risque de redevenir l'otage des stratégies des sommets politiques et militaires.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un TPLF divisé : une défaite qui n'a pas produit l'obéissance</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le nœud central est la fracture interne du <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_du_peuple_du_Tigr%C3%A9" target="_blank">TPLF</a>. Pendant la guerre, le mouvement tigréen avait réussi à se présenter comme une force de résistance compacte contre Addis-Abeba, Asmara et les milices amhara. Après Pretoria, cette unité s'est fissurée. D'un côté s'est placée l'aile la plus pragmatique, incarnée par Getachew Reda, favorable à une difficile coexistence avec le gouvernement fédéral, dans la conviction que le Tigré, détruit et isolé, ne pouvait se permettre un nouveau cycle militaire. De l'autre s'est renforcée l'aile liée à <a class="link" href="https://en.wikipedia.org/wiki/Debretsion_Gebremichael" target="_blank">Debretsion Gebremichael</a>, plus hostile au compromis, plus convaincue que l'accord a gelé la défaite politique du Tigré sans garantir la sécurité, le retour des déplacés, le rétablissement complet des services, la justice et une autonomie réelle.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Cette division rend tout plus dangereux. Un TPLF vaincu mais uni aurait au moins conservé une chaîne de commandement identifiable. Un TPLF divisé produit au contraire des autorités concurrentes, des messages contradictoires, des forces armées locales imparfaitement contrôlables, des canaux informels avec des acteurs extérieurs et un risque permanent de provocation. Addis-Abeba peut exploiter cette division pour affaiblir l'ancien groupe dirigeant tigréen, mais risque en même temps de ne plus disposer d'un interlocuteur capable de garantir la stabilité de la région.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>C'est le paradoxe des guerres civiles gelées : le vainqueur croit avoir neutralisé son adversaire, alors qu'il l'a transformé en une masse politique instable, blessée, armée, privée de représentation pleine et donc plus exposée à la radicalisation.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Addis-Abeba face aux limites de la force</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le premier ministre <a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Abiy_Ahmed" target="_blank">Abiy Ahmed</a>  a bâti son image internationale d'abord comme réformateur, puis comme homme de la victoire militaire, enfin comme dirigeant d'une puissance régionale appelée à peser dans la mer Rouge et sur le continent africain. Mais l'Éthiopie apparaît aujourd'hui beaucoup plus fragile que ne le suggère la rhétorique officielle.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le gouvernement fédéral doit contenir le Tigré, affronter l'<a class="link" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_l%27arm%C3%A9e_de_lib%C3%A9ration_oromo" target="_blank">insurrection oromo</a>, gérer la rébellion des milices Fano en Amhara, éviter l'effondrement économique, maintenir l'unité de l'État et soutenir en même temps une projection stratégique vers la mer Rouge. C'est trop pour un seul centre de pouvoir. La force militaire fédérale demeure considérable, surtout grâce à l'aviation, aux drones, à l'artillerie et au contrôle des institutions étatiques. Mais la supériorité technique ne suffit pas lorsque le territoire se fragmente en plusieurs fronts politiques et armés.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>Au Tigré, une nouvelle offensive fédérale ne serait pas une simple opération de police. Elle signifierait revenir dans une région qui connaît le combat de montagne, la mobilisation populaire, la guerre d'usure, la clandestinité politique et la résistance territoriale. </strong>Elle signifierait rouvrir des blessures encore vives. Elle signifierait probablement pousser une partie du TPLF à rechercher des appuis extérieurs. Et c'est là qu'entre en jeu le facteur le plus déstabilisant : l'Érythrée.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'Érythrée : l'ennemi d'hier peut devenir le partenaire tactique d'aujourd'hui</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Pendant la guerre du Tigré, l'Érythrée d'Issayas Afwerki fut l'alliée décisive d'Addis-Abeba contre le TPLF. Pour Asmara, l'ancien groupe dirigeant tigréen était l'ennemi historique, le résidu politique de la guerre entre l'Éthiopie et l'Érythrée, le sujet qui avait dominé Addis-Abeba pendant des années et conduit l'affrontement avec le régime érythréen. Pourtant, aujourd'hui, le schéma pourrait s'être inversé.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">L'Érythrée craint l'Éthiopie d'Abiy Ahmed autant, sinon plus, qu'elle ne craignait l'ancien TPLF. La raison est simple : la mer Rouge. L'Éthiopie est un géant démographique sans accès direct à la mer. Depuis 1993, après l'indépendance érythréenne, Addis-Abeba dépend des ports d'autrui, surtout de Djibouti. Cette dépendance a un coût économique immense et une signification stratégique encore plus grande. Aucune puissance régionale de plus de cent millions d'habitants n'accepte facilement de rester enfermée dans l'arrière-pays.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Lorsque Abiy parle de la nécessité historique d'un accès à la mer, Asmara y entend une menace. Le port d'Assab, perdu par l'Éthiopie avec l'indépendance érythréenne, reste dans la mémoire stratégique éthiopienne comme une blessure ouverte. Même si Addis-Abeba nie tout projet de guerre contre l'Érythrée, la rhétorique du « droit à la mer » produit inévitablement l'alarme. Dans cette logique, un Tigré instable peut devenir pour Asmara un instrument de contenement. Il n'est pas nécessaire d'aimer le TPLF. Il suffit de le considérer utile pour empêcher l'Éthiopie de concentrer ses forces contre l'Érythrée.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La politique régionale est pleine de ces renversements. Les ennemis absolus deviennent des alliés tactiques lorsque surgit une menace jugée plus grande. Et aujourd'hui, pour l'Érythrée, la menace principale n'est plus nécessairement le TPLF. C'est une Éthiopie qui revendique un rôle maritime.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La mer Rouge comme enjeu géoéconomique</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/96753458-67448345.jpg?v=1779975232" alt="L’Éthiopie au bord d’un nouvel embrasement de la Corne de l'Afrique : Tigré, la mèche rallumée" title="L’Éthiopie au bord d’un nouvel embrasement de la Corne de l'Afrique : Tigré, la mèche rallumée" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto"><strong>Le cœur de la crise n'est pas seulement identitaire ou politique. Il est géoéconomique. Le Corne de l'Afrique est désormais l'une des charnières les plus importantes du système international : mer Rouge, Bab el-Mandeb, golfe d'Aden, routes vers Suez, bases militaires étrangères, ports, couloirs logistiques, trafics énergétiques, compétition entre puissances arabes, africaines, occidentales et asiatiques.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">L'Éthiopie, privée d'accès à la mer, voit sa souveraineté économique limitée. Dépendre de Djibouti signifie dépendre de tarifs, d'infrastructures, de vulnérabilités extérieures et de choix politiques qui ne sont pas entièrement maîtrisés. C'est pourquoi Addis-Abeba cherche des alternatives : le Somaliland, le Soudan lorsque les conditions le permettent, le Kenya, l'Érythrée dans l'hypothèse la plus ambitieuse et la plus risquée. Mais chaque ouverture vers la mer modifie les équilibres régionaux.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le mémorandum éthiopien avec le Somaliland avait déjà alarmé la Somalie, l'Égypte et d'autres acteurs régionaux. L'hypothèse d'une pression sur Assab inquiète l'Érythrée. Le rapport avec Djibouti reste indispensable mais coûteux. La Turquie, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, le Qatar, l'Égypte et les puissances occidentales observent avec attention, car le contrôle des infrastructures dans le Corne de l'Afrique signifie influence sur les routes entre Méditerranée, océan Indien et Afrique orientale.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>Dans ce cadre, le Tigré devient un arrière-pays stratégique. Ce n'est pas un territoire périphérique. C'est une région charnière entre l'Éthiopie, l'Érythrée et le Soudan. Celui qui contrôle ou déstabilise le Tigré conditionne la sécurité du nord éthiopien et donc la liberté de manœuvre d'Addis-Abeba vers la mer Rouge.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Amhara et Oromia : l'État fédéral s'use de l'intérieur</b></div>
     <div>
      <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">La crise tigréenne serait déjà grave à elle seule. Elle devient plus dangereuse encore parce qu'elle s'inscrit dans un État traversé par d'autres fractures. En Amhara, les milices Fano, autrefois alliées du gouvernement fédéral contre le Tigré, se sont rebellées lorsque Addis-Abeba a tenté de limiter leur autonomie armée. Le pacte de guerre s'est brisé. Les Amhara redoutent d'être sacrifiés dans un compromis avec le Tigré, surtout sur les zones contestées du Tigré occidental, occupées pendant le conflit et encore au centre de revendications opposées.</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">En Oromia, le conflit avec l'Armée de libération oromo continue d'user le gouvernement fédéral dans le cœur politique et démographique de l'Éthiopie. C'est une blessure encore plus sensible, car Abiy lui-même provient de l'univers oromo et avait promis de dépasser l'ancienne architecture ethnique du pouvoir. Au contraire, le pays semble prisonnier d'un fédéralisme qui ne parvient ni à garantir une véritable autonomie ni à produire une véritable unité.</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">&nbsp;</div>    <div dir="auto" style="margin-left: 40px;">Le résultat est un État formellement fort mais substantiellement surchargé. Trop de périphéries armées, trop de mémoires de violence, trop d'élites régionales méfiantes, trop de milices nées comme alliées et devenues menaces. L'Éthiopie ne risque pas nécessairement une dissolution immédiate, mais plutôt une lente militarisation permanente de la politique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La dimension humanitaire : une paix sans reconstruction</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto"><strong>Le Tigré est aussi une tragédie sociale. Des millions de personnes ont été déplacées, des communautés entières ont perdu leurs maisons, leurs terres, leurs réseaux familiaux, leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs moyens de subsistance. La fin des grandes opérations militaires n'a pas coïncidé avec le retour à la normalité. De nombreuses zones restent marquées par la destruction, la faim, la pauvreté extrême et la défiance envers toute autorité.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>Une paix sans reconstruction n'est qu'une trêve administrative. Si les salaires publics n'arrivent pas, si les déplacés ne rentrent pas, si les services ne redémarrent pas, si les territoires contestés restent hors contrôle, si les responsables des violences ne sont pas poursuivis, le ressentiment devient un capital politique pour les plus durs. La population n'a pas besoin de nouveaux discours sur la réconciliation. Elle a besoin de sécurité, de pain, d'écoles, d'hôpitaux, du retour des proches, de la restitution des terres, de certitude juridique.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>Sans cela, tout discours sur la stabilisation reste vide. Et le TPLF, même affaibli, peut continuer à se présenter comme le défenseur de l'identité tigréenne face à un pouvoir fédéral perçu comme punitif ou indifférent.</strong></div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Scénarios économiques : le coût de la guerre permanente</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Sur le plan économique, l'Éthiopie ne peut pas se permettre un nouveau conflit septentrional. Le pays a besoin d'investissements, de crédit international, de stabilité monétaire, d'infrastructures, d'accès aux marchés et de soutien multilatéral. Mais aucun investisseur ne raisonne sereinement face à un État traversé par des guerres internes, des rivalités régionales et des menaces de conflit avec un voisin.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Une nouvelle guerre au Tigré aggraverait trois problèmes. D'abord, elle augmenterait le coût de la sécurité intérieure, retirant des ressources au développement, aux infrastructures et aux services. Ensuite, elle réduirait la crédibilité internationale d'Addis-Abeba au moment même où le gouvernement tente de se présenter comme un pôle économique africain. Enfin, elle rendrait encore plus urgente et plus agressive la recherche d'un débouché maritime, alimentant le cercle vicieux avec l'Érythrée et la Somalie.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><strong>La géoéconomie est ici implacable. L'Éthiopie veut devenir une puissance industrielle et logistique de l'Afrique orientale, mais elle ne contrôle pas son accès à la mer. Elle veut attirer des capitaux, mais elle reste traversée par des conflits ethniques et régionaux. Elle veut parler comme une puissance continentale, mais elle doit encore pacifier son propre territoire. Cette contradiction est la vraie limite du projet d'Abiy Ahmed.</strong></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évaluation stratégique et militaire</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Du point de vue militaire, une reprise de la guerre aurait des caractéristiques différentes de celles de 2020. À l'époque, le gouvernement fédéral avait pu compter sur une convergence large : armée éthiopienne, Érythrée, milices amhara, isolement diplomatique du TPLF, surprise initiale. Aujourd'hui, cette convergence n'existe plus sous la même forme. Les Amhara sont en tension avec Addis-Abeba. L'Érythrée se méfie d'Abiy. Le TPLF est divisé mais non anéanti. La communauté internationale regarderait avec davantage de suspicion une nouvelle aventure militaire.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">L'armée fédérale peut frapper, mais occuper et pacifier est une autre affaire. Les drones peuvent détruire des bases, des convois et des commandements, mais ils ne résolvent pas la question politique. L'aviation peut affaiblir une milice, non gouverner une région traumatisée. La supériorité militaire peut produire des victoires tactiques et des défaites stratégiques.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Pour le Tigré, le choix armé serait également désastreux. La région n'a pas la profondeur économique nécessaire pour soutenir un nouveau long conflit. La population est épuisée. Les infrastructures sont fragiles. L'isolement peut devenir mortel. Mais les guerres n'éclatent pas toujours parce que quelqu'un les juge rationnelles. Elles éclatent souvent parce que les acteurs impliqués voient dans la capitulation politique un risque pire que la guerre.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La partie géopolitique de la Corne de l'Afrique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">La Corne de l'Afrique n'est plus une périphérie. C'est un carrefour de la compétition mondiale. L'Égypte regarde l'Éthiopie à travers le prisme du barrage sur le Nil Bleu. Les Émirats arabes unis et la Turquie observent les ports, les bases, les couloirs commerciaux et l'influence militaire. L'Arabie saoudite considère la mer Rouge comme profondeur stratégique. Les États-Unis et l'Europe redoutent de nouvelles migrations, le terrorisme, l'instabilité maritime et l'influence de puissances rivales. La Chine raisonne en termes d'infrastructures, de commerce et de continuité logistique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Dans cette partie, le Tigré est une pièce trop importante pour rester une question locale. Une crise dans cette région peut affaiblir Addis-Abeba, renforcer Asmara, influencer l'est soudanais, toucher le Nil, modifier les équilibres portuaires et relancer la compétition pour le contrôle des voies terrestres vers la mer Rouge.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">C'est pourquoi parler simplement de « crise du Tigré » est réducteur. Nous sommes devant une crise de l'État éthiopien et, en même temps, devant une crise de l'ordre régional de la Corne de l'Afrique.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le vrai risque : une guerre par erreur</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le danger principal n'est pas nécessairement une décision planifiée de revenir à la guerre totale. Le danger, c'est l'incident. Un poste de contrôle, un affrontement local, une arrestation politique, une attaque de drones, une provocation le long de la frontière érythréenne, un mouvement de troupes interprété comme préparation offensive. Dans un contexte de défiance absolue, chaque geste peut devenir un casus belli.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">La diplomatie devrait travailler sur trois niveaux : recomposer la fracture interne tigréenne, garantir l'application concrète de l'accord de Pretoria, désamorcer la tension entre l'Éthiopie et l'Érythrée sur la mer Rouge. Mais la diplomatie exige du temps, de la confiance et des incitations. Aujourd'hui, les trois manquent.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Addis-Abeba veut l'autorité. Le TPLF veut des garanties. L'Érythrée veut la sécurité. Les Amhara veulent des territoires et une protection. Les Oromo veulent une représentation. Les acteurs extérieurs veulent l'accès, les ports, l'influence et une stabilité sélective. C'est une somme de demandes incompatibles dans un système politique fragile.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion : la trêve ne suffit plus</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">  <div dir="auto">Le Tigré démontre qu'une guerre peut finir sans vraiment finir. Les armes peuvent se taire, mais les causes demeurent. Le pouvoir peut changer de forme, mais non de nature. Les dirigeants peuvent signer des accords, mais les sociétés blessées demandent bien davantage : justice, sécurité, dignité, retour, mémoire.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">L'Éthiopie est aujourd'hui devant un choix décisif. Elle peut transformer Pretoria en véritable processus politique, en acceptant des compromis difficiles, la réintégration, la reconstruction et des garanties régionales. Ou bien elle peut considérer le défi du TPLF comme un problème à résoudre par la force. La première voie est lente, coûteuse, imparfaite. La seconde peut sembler plus rapide, mais elle risque d'incendier non seulement le Tigré, mais tout le nord éthiopien et peut-être le Corne de l'Afrique.</div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto">Le Tigré est une mèche parce que tous les acteurs ont de bonnes raisons de craindre les autres et de mauvaises raisons de leur faire confiance. C'est précisément ce mélange, plus encore que les armes, qui rend la crise explosive.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div><a class="link" href="https://www.reuters.com/world/africa/tigray-party-restores-pre-war-government-threat-northern-ethiopia-peace-2026-05-05/" target="_blank">https://www.reuters.com/world/africa/tigray-party-restores-pre-war-government-threat-northern-ethiopia-peace-2026-05-05/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.crisisgroup.org/qna/africa/ethiopia-eritrea/power-struggle-ethiopias-tigray-averting-return-war" target="_blank">https://www.crisisgroup.org/qna/africa/ethiopia-eritrea/power-struggle-ethiopias-tigray-averting-return-war</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.crisisgroup.org/brf/africa/ethiopia-eritrea/b210-ethiopia-eritrea-and-tigray-powder-keg-horn-africa" target="_blank">https://www.crisisgroup.org/brf/africa/ethiopia-eritrea/b210-ethiopia-eritrea-and-tigray-powder-keg-horn-africa</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.atlanticcouncil.org/blogs/africasource/ethiopia-and-eritrea-are-on-the-brink-of-war-again/" target="_blank">https://www.atlanticcouncil.org/blogs/africasource/ethiopia-and-eritrea-are-on-the-brink-of-war-again/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://apnews.com/article/142daa3702199385ab5a66478af752b1" target="_blank">https://apnews.com/article/142daa3702199385ab5a66478af752b1</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://apnews.com/article/108f32cdd0c24ed009bb623b597b7c96" target="_blank">https://apnews.com/article/108f32cdd0c24ed009bb623b597b7c96</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://reliefweb.int/report/ethiopia/peace-and-instability-tigray-pretoria-agreement" target="_blank">https://reliefweb.int/report/ethiopia/peace-and-instability-tigray-pretoria-agreement</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/conflict-ethiopia" target="_blank">https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/conflict-ethiopia</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://www.globalr2p.org/publications/ethiopia-on-the-brink-international-community-must-act-urgently-to-prevent-mass-atrocities/" target="_blank">https://www.globalr2p.org/publications/ethiopia-on-the-brink-international-community-must-act-urgently-to-prevent-mass-atrocities/</a> </div>    <div dir="auto">&nbsp;</div>    <div dir="auto"><a class="link" href="https://igad.int/wp-content/uploads/2022/11/Download-the-signed-agreement-here.pdf" target="_blank">https://igad.int/wp-content/uploads/2022/11/Download-the-signed-agreement-here.pdf</a> </div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de ...</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/giuseppe-gagliano-60785235/?originalSubdomain=it" target="_blank"><span style="font-weight: 700">Giuseppe Gagliano&nbsp;</span></a>  a fondé en 2011 le réseau international <a class="link" href="http://www.cestudec.com/missione.asp" target="_blank">Cestudec</a>  (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Christian Harbulot</a>, (EGE). <br />  Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'<a class="link" href="https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/" target="_blank">Iassp de Milan</a>. <br />  <span style="font-size: medium;"><strong>La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels</strong></span>.</div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  #RedSea #Geoeconomics #HornOfAfrica #MaritimeSecurity #GlobalTradeRoutes #EthiopiaCrisis #StrategicCorridors #BabElMandeb #RegionalStability #GeopoliticalAnalysis
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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