<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"  xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:photo="http://www.pheed.com/pheed/">
 <channel>
  <title>www.veillemag.com</title>
  <description><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></description>
  <link>https://www.veillemag.com/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-07-16T03:39:08+02:00</dc:date>
  <atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/xml/atom.xml" type="text/xml" />
  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.veillemag.com,2026:rss-93456411</guid>
   <title>Mot de l'année 2025 : "Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège</title>
   <pubDate>Wed, 31 Dec 2025 11:15:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Intelligence des risques]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les travaux de Christel Bertrand sur le « rage bait » éclairent la manière dont la colère est devenue un véritable produit algorithmique, utilisé pour manipuler l’attention et déclencher des crises artificielles. Elle montre comment ces contenus exploitent la réaction impulsive pour amplifier les polémiques et détourner les débats publics. Son analyse propose une méthodologie rigoureuse pour reprendre le contrôle du narratif, fondée sur la maîtrise émotionnelle, la vérification des faits et l’usage de canaux de communication stabilisés.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93456411-65319629.jpg?v=1767178552" alt="Mot de l'année 2025 : "Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège" title="Mot de l'année 2025 : "Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège" />
     </div>
     <div>
      <blockquote><strong style="white-space: normal;">« Rage bait »</strong>&nbsp;a été consacré mot de l’année 2025 choisi par le&nbsp;<a class="link" href="https://corp.oup.com/word-of-the-year/?utm_source=copilot.com" target="_blank">Oxford University Press</a>.&nbsp; <br />  Devenu un ressort central des interactions numériques, le « rage bait » transforme l’indignation en moteur d’audience et expose organisations et individus à de véritables crises de communication. En analysant ce phénomène, <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christel-bertrand-consultantecommunicationdecrise/" target="_blank">Christel Bertrand</a>  montre comment la colère est désormais instrumentalisée comme un levier marketing et pourquoi il devient urgent d’apprendre à ne plus nourrir ces provocations.</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Quand l’émotion devient un outil de performance</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le rage bait s’impose aujourd’hui comme l’un des mécanismes les plus toxiques de l’écosystème numérique. <br />   <br />  Derrière ce terme, <a class="link" href="https://corp.oup.com/word-of-the-year/?utm_source=copilot.com" target="_blank">élu mot de l’année 2025 par l’Université d’Oxford</a>, se cache une stratégie de contenu pensée pour déclencher colère et indignation, non pas pour nourrir un débat, mais pour maximiser artificiellement le trafic et l’engagement. <br />  Christel Bertrand rappelle que l’émotion forte n’est plus un simple effet collatéral : elle est devenue un produit, calibré pour piéger les utilisateurs dans des cycles de réactions impulsives qui alimentent la visibilité des publications. <br />  Sur des plateformes numériques, ces interactions reposent souvent sur des informations non vérifiées ou sur un cadrage volontairement toxique, capable de détourner la conversation publique au profit d’agendas opaques.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un piège en trois temps qui exploite la réaction à chaud</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le fonctionnement du rage bait repose sur une mécanique simple mais redoutablement efficace. <br />   <br />  Tout commence par une provocation initiale, souvent formulée sous forme d’accusation ou d’humiliation, destinée à déstabiliser la cible. Vient ensuite la réaction impulsive, cette réponse à chaud qui surgit avant toute analyse et qui, parce qu’elle est émotionnelle, devient immédiatement exploitable. La dernière étape consiste à instrumentaliser cette réaction : captures d’écran, commentaires, détournements et partages transforment la réponse de la cible en carburant de la polémique. <br />  <strong>Ce renversement est au cœur du piège : celui qui réagit croit se défendre, mais offre en réalité la matière première de la crise.</strong></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Comment une crise réelle peut être détournée</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le document illustre ce mécanisme à travers un scénario sanitaire lié à la dermatose nodulaire. <br />   <br />  Une crise réelle, des décisions contestées et une forte charge émotionnelle suffisent à créer un terrain fertile pour le rage bait. Dans un tel contexte, les réseaux sociaux deviennent une caisse de résonance où la colère est amplifiée, instrumentalisée et parfois totalement dissociée du sujet initial. La conversation peut alors être détournée, "hijackée", parasitée, au profit d’acteurs qui exploitent l’émotion collective plutôt que la réalité des faits.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Reprendre le contrôle : cadrer plutôt que nourrir</b></div>
     <div>
      <p style="white-space: normal; margin-left: 40px;"><span style="white-space: pre-wrap;">Face à ce piège, la réponse ne peut être improvisée. <br />   <br />  Christel Bertrand insiste sur la nécessité d’un protocole stratégique fondé sur la maîtrise et la rationalité. Avant toute réaction, il faut évaluer la nature de l’attaque, vérifier les informations et identifier qui, au sein de l’organisation, détient le pouvoir d’arrêter une escalade. <br />  Si une réponse s’avère indispensable, elle doit être unique, factuelle et diffusée sur un canal maîtrisé, loin du fil de commentaires où prospère la polémique. <br />  La règle d’or tient en une formule : on ne nourrit pas, on cadre. L’objectif n’est pas de gagner un débat en ligne, mais de rétablir les faits et de reprendre la main sur le narratif. <br />   <br />  <strong>Dans un environnement où la colère est devenue un produit, la lucidité et la retenue sont désormais des compétences stratégiques.</strong></span> <br />  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pour aller plus loin</b></div>
     <div>
      -&nbsp;<a class="link" href="https://www.bestonlinetherapyservices.com/" target="_blank">Best Online Therapy Services for December 2025 Speak with an online therapist today</a>  <br />   <br />  <a class="link" href="https://arxiv.org/abs/2305.16941?" target="_blank">- Engagement, User Satisfaction, and the Amplification of Divisive Content on Social Media </a>  <br />  Smitha Milli, Micah Carroll, Yike Wang, Sashrika Pandey, Sebastian Zhao, Anca D. Dragan
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de l'auteur</b></div>
     <div>
      <blockquote><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christel-bertrand-consultantecommunicationdecrise/" target="_blank">Christel Bertrand</a>  est spécialiste de la communication de crise et des dynamiques numériques, où elle analyse les mécanismes de manipulation émotionnelle et les stratégies de réponse adaptées. Ses travaux éclairent la manière dont les plateformes amplifient l’indignation et proposent des méthodes rigoureuses pour reprendre le contrôle du narratif face aux provocations en ligne.</blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Télécharger l'étude</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/93456411-65320480.jpg?v=1767180546" alt="Mot de l'année 2025 : "Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège" title="Mot de l'année 2025 : "Rage bait". Quand la colère devient un produit et un piège" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Qu’est‑ce que le “mot de l’année” ?</b></div>
     <div>
      <blockquote>Le <em style="white-space: normal;">mot de l’année</em> est une tradition linguistique menée par plusieurs institutions — dont l’Oxford University Press — qui consiste à sélectionner le terme ayant marqué l’année écoulée par son usage, son évolution ou son impact culturel. L’objectif est de saisir un phénomène social, technologique ou culturel à travers un mot qui cristallise l’esprit du temps.  <p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;">Pour Oxford, le processus repose sur deux piliers :</span> <br />    <ul style="white-space: normal;">  	<li style="white-space: normal;">  	<p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;"><strong style="white-space: pre-wrap;">L’analyse des données linguistiques</strong> : fréquence d’usage, progression dans les corpus, présence dans les médias et les réseaux sociaux.</span>   	</li>  	<li style="white-space: normal;">  	<p style="white-space: normal;"><span style="white-space: pre-wrap;"><strong style="white-space: pre-wrap;">Un vote public</strong> : plus de 30 000 personnes ont participé en 2025.</span> <br />  	 <br />  	Entre 2023 et 2025, les mots de l’année d’Oxford tracent une évolution nette de notre rapport au numérique. En 2023 « Rizz » incarne d’abord l’ère de la performance sociale et du charme codifié par les plateformes. En 2024 « Brain rot » révèle ensuite l’inquiétude face à la saturation cognitive provoquée par la consommation compulsive de contenus. Avec « rage bait », l’année 2025 met en lumière un web où l’indignation devient un levier stratégique, signe d’un environnement désormais structuré par la manipulation émotionnelle.   	</li>  </ul>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A savoir. Shortlist</b></div>
     <div>
      Sont apparus dans la shortist 2025, après le Rage Bait&nbsp; <br />  &nbsp;  <div style="margin-left: 40px;"><a class="link" href="https://www.india.com/viral/after-2024s-brain-rot-rage-bait-gen-z-word-becomes-oxford-word-of-year-2025-with-over-30000-votes-shortlisted-words-were-aura-farming-and-biohack-8245223/?utm_source=copilot.com" target="_blank"><strong style="white-space: normal;">aura farming</strong> — construction d’une image charismatique ou mystérieuse pour renforcer son attractivité en ligne</a>  <br />   <br />  <a class="link" href="https://www.india.com/viral/after-2024s-brain-rot-rage-bait-gen-z-word-becomes-oxford-word-of-year-2025-with-over-30000-votes-shortlisted-words-were-aura-farming-and-biohack-8245223/?utm_source=copilot.com" target="_blank"><strong style="white-space: normal;">biohack</strong></a>  — pratiques visant à optimiser ses performances physiques ou mentales via des ajustements de mode de vie ou des technologies</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/93456411-65319629.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Mot-de-l-annee-2025-Rage-bait-Quand-la-colere-devient-un-produit-et-un-piege_a6802.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.veillemag.com,2026:rss-89735270</guid>
   <title>PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451</title>
   <pubDate>Sat, 05 Jul 2025 10:16:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Communication &amp; Influence]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   L'affrontement autour des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), connues sous le terme médiatique de « polluants éternels », constitue un cas d'école dans l'évolution contemporaine des conflits informationnels contemporains. Ces composés chimiques, utilisés pour leurs propriétés techniques dans de nombreuses industries, ont récemment fait l’objet d’une intense controverse publique culminant avec l’adoption de la loi française n°2025-188.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89735270-63404016.jpg?v=1751704647" alt="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" title="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>Ce débat dépasse les seules considérations sanitaires ou scientifiques pour s’inscrire dans une dynamique de guerre cognitive structurée, mobilisant des outils d’influence, de manipulation et de captation narrative. Le présent article s’appuie sur les travaux du CR451 pour analyser cette confrontation selon une grille d’intelligence stratégique, en croisant les dimensions de désinformation, d’encerclement cognitif, de capture institutionnelle et de régulation normative</strong></div>  <!--cke_bookmark_419S--><!--cke_bookmark_419E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le cadrage militant et la conquête de l'opinion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Le succès du camp anti-PFAS repose sur une stratégie d’influence particulièrement cohérente, structurée autour d’un triptyque : simplification, dramatisation et amplification. Le terme « polluants éternels » a permis une reconfiguration sémantique puissante : alors que les PFAS désignent une famille de plus de 10 000 molécules, dont seules certaines présentent des risques avérés, le discours militant les a réunies sous une même dénomination anxiogène. Cette opération de cadrage (framing) a été déterminante pour imposer un récit commun dans l’espace public. <br />   <br />  La dramatisation s’est traduite par des analogies historiques et sanitaires (amiante, cancers, empoisonnement), générant un effet d’urgence émotionnelle. <br />   <br />  Le troisième pilier, l’amplification, s’est opéré via une boucle médiatique pernicieuse : contenus militants et journalistes → relais médiatiques → reprise politique → intégration législative. Des figures comme Camille Etienne, des ONG comme Générations Futures ou des consortiums comme le Forever Pollution Project ont occupé une place centrale dans la «&nbsp;viralisation&nbsp;» des contenus, grâce à une hybridation efficace entre militantisme, journalisme d’enquête et influence numérique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une communication industrielle en décalage</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">En réaction, les industriels visés – Arkema, Téfal, Veolia – ont opté pour une stratégie de communication classique, essentiellement technique et défensive. Celle-ci s’est révélée inadaptée au niveau de conflictualité informationnelle atteint. La mobilisation de données scientifiques, de distinctions moléculaires ou d’arguments techniques n’a pas résisté à la puissance émotionnelle du cadrage adverse. La communication « corporate » a également souffert d’un défaut d’incarnation : pas de figures identifiables, pas de récit cohérent, et peu de réponse directe aux attaques subies. <br />   <br />  En outre, certains angles d’attaque ont été négligés : la question du financement des ONG, les effets de l’écoanxiété, l’instrumentalisation du principe de précaution ou encore la non-prise en compte des usages industriels essentiels des PFAS. Cette absence de contre-offensive narrative a contribué à installer durablement la perception d’un « lobby industriel toxique », dans un scénario proche du mythe de David contre Goliath inversé.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Capture institutionnelle et victoire normative</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Un des constats majeurs du rapport du CR451 est l’occurrence d’une capture institutionnelle. Ce phénomène désigne l’adoption par des institutions publiques d’un cadrage discursif issu du militantisme. Dans le cas des PFAS, l’expression « polluants éternels » a été utilisée officiellement par les ARS, certaines DREAL, et par la ministre de la Transition écologique alors que l’ agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) utilise l’expression «&nbsp;produits chimiques persistants&nbsp;». Ce lexique, non scientifique, a donc pénétré le langage réglementaire. L’alignement des institutions sur un vocabulaire émotionnel marque une rupture avec la neutralité attendue du discours public. <br />   <br />  La loi de février 2025, votée à la suite de cette séquence informationnelle, confirme cette dynamique. Elle consacre non seulement l’interdiction progressive des PFAS, mais aussi la légitimation d’un récit militant devenu hégémonique. En cela, la victoire du camp anti-PFAS n’est pas seulement juridique ou environnementale : elle est avant tout narrative et cognitive. Les industriels, relégués dans une position défensive, ont été dépossédés de leur capacité à structurer l’agenda symbolique du débat.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vers un deuxième acte à l’échelle européenne</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L’européanisation du conflit constitue la prochaine étape de cette guerre informationnelle. À travers des mécanismes de coordination transnationale (notamment le Forever Pollution Project), les ONG entendent répliquer leur stratégie dans d’autres États membres et influencer les processus de normalisation communautaire. L’objectif affiché : une interdiction totale des PFAS dans l’Union européenne, incluant les produits aujourd’hui exemptés (comme les ustensiles de cuisine). <br />   <br />  Ce déplacement du champ de bataille vers Bruxelles s’accompagne d’un repositionnement des relais d’influence : pétitions transnationales, mobilisation des eurodéputés, interpellation de la Commission. Le modèle français, perçu comme une victoire, devient la base d’un effet de cliquet stratégique. Le narratif militant y est mobilisé comme levier d’influence sur des régulateurs parfois distants du terrain scientifique mais sensibles à la pression symbolique et médiatique. Alors qu’un processus d’évaluation des risques et effets est en cours au sein de l’agence européenne des produits chimiques depuis 2021.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le cas PFAS constitue un exemple paradigmatique de guerre informationnelle appliquée à un sujet environnemental et technico-réglementaire. La confrontation n’a pas eu lieu sur le terrain de la science, mais sur celui de la représentation collective. Les ONG ont su imposer une grille d’interprétation émotionnelle, structurée et efficace, face à des industriels désarmés dans un combat où l’information est l’arme principale. L’encerclement cognitif, la capture institutionnelle et l’amplification médiatique ont permis une reconfiguration des rapports de force, consacrant la prééminence du récit sur la donnée brute. <br />   <br />  Ce cas impose aux entreprises comme aux décideurs publics une remise en question de leurs stratégies informationnelles. Dans un monde où les normes sont de plus en plus forgées dans l’opinion avant de l’être dans les lois, maîtriser les outils de l’influence cognitive devient une compétence stratégique centrale.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Lien vers le rapport</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89735270-63404107.jpg?v=1751704788" alt="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" title="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://cr451.fr/rapport-polluants-eternels-guerre-informationnelle-autour-des-pfas/" target="_blank">Rapport « polluants éternels »: guerre informationnelle autour des PFAS <br />  Sous la direction de Christian Harbulot. et Arnaud de Morgny</a>  <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/ericalexandre/?locale=fr_FR" target="_blank">Rédacteur :&nbsp; Eric Alexandre</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div class="intertitre before_left resize" id="intertitre_7" style="margin-bottom:10px">  <h2 class="access">&nbsp;</h2>  </div>    <div class="para_62802449 resize" id="para_7" style="">  <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/88723744-62802449.jpg?v=1747922416&amp;ibox" title="Contact"> <img alt="Contact" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/88723744-62802449.jpg?v=1747922417" title="Contact" /></a>    <div class="legende legende_62802449">Contact</div>  </div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote>Le <a class="link" href="https://www.ege.fr/la-recherche-en-intelligence-economique" target="_blank">CR451</a>  est le Centre de Recherche Appliquée de l’École de Guerre Économique (EGE), fondé en janvier 2022. <br />  Dirigé par Christian Harbulot, expert en intelligence économique, le CR451 se concentre sur l’étude des conflits informationnels, de la guerre économique et des rapports de force géopolitiques. Il vise à développer des grilles de lecture innovantes pour comprendre les dynamiques de puissance modernes, notamment face à l’influence des GAFAM et aux nouvelles formes de confrontation économique. <br />  Le centre mène des recherches appliquées, organise des séminaires, produit des podcasts et publie des études de cas.</blockquote>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/89735270-63404016.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/PFAS-et-guerre-de-l-information-analyse-d-une-confrontation-cognitive-et-normative-Par-Arnaud-de-Morgny-CR451_a6125.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.veillemag.com,2026:rss-89747823</guid>
   <title>PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451</title>
   <pubDate>Sat, 05 Jul 2025 10:16:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Communication &amp; Influence]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   L'affrontement autour des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), connues sous le terme médiatique de « polluants éternels », constitue un cas d'école dans l'évolution contemporaine des conflits informationnels contemporains. Ces composés chimiques, utilisés pour leurs propriétés techniques dans de nombreuses industries, ont récemment fait l’objet d’une intense controverse publique culminant avec l’adoption de la loi française n°2025-188.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89747823-63409214.jpg?v=1751704647" alt="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" title="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><strong>Ce débat dépasse les seules considérations sanitaires ou scientifiques pour s’inscrire dans une dynamique de guerre cognitive structurée, mobilisant des outils d’influence, de manipulation et de captation narrative. Le présent article s’appuie sur les travaux du CR451 pour analyser cette confrontation selon une grille d’intelligence stratégique, en croisant les dimensions de désinformation, d’encerclement cognitif, de capture institutionnelle et de régulation normative</strong></div>  <!--cke_bookmark_419S--><!--cke_bookmark_419E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le cadrage militant et la conquête de l'opinion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Le succès du camp anti-PFAS repose sur une stratégie d’influence particulièrement cohérente, structurée autour d’un triptyque : simplification, dramatisation et amplification. Le terme « polluants éternels » a permis une reconfiguration sémantique puissante : alors que les PFAS désignent une famille de plus de 10 000 molécules, dont seules certaines présentent des risques avérés, le discours militant les a réunies sous une même dénomination anxiogène. Cette opération de cadrage (framing) a été déterminante pour imposer un récit commun dans l’espace public. <br />   <br />  La dramatisation s’est traduite par des analogies historiques et sanitaires (amiante, cancers, empoisonnement), générant un effet d’urgence émotionnelle. <br />   <br />  Le troisième pilier, l’amplification, s’est opéré via une boucle médiatique pernicieuse : contenus militants et journalistes → relais médiatiques → reprise politique → intégration législative. Des figures comme Camille Etienne, des ONG comme Générations Futures ou des consortiums comme le Forever Pollution Project ont occupé une place centrale dans la «&nbsp;viralisation&nbsp;» des contenus, grâce à une hybridation efficace entre militantisme, journalisme d’enquête et influence numérique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une communication industrielle en décalage</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">En réaction, les industriels visés – Arkema, Téfal, Veolia – ont opté pour une stratégie de communication classique, essentiellement technique et défensive. Celle-ci s’est révélée inadaptée au niveau de conflictualité informationnelle atteint. La mobilisation de données scientifiques, de distinctions moléculaires ou d’arguments techniques n’a pas résisté à la puissance émotionnelle du cadrage adverse. La communication « corporate » a également souffert d’un défaut d’incarnation : pas de figures identifiables, pas de récit cohérent, et peu de réponse directe aux attaques subies. <br />   <br />  En outre, certains angles d’attaque ont été négligés : la question du financement des ONG, les effets de l’écoanxiété, l’instrumentalisation du principe de précaution ou encore la non-prise en compte des usages industriels essentiels des PFAS. Cette absence de contre-offensive narrative a contribué à installer durablement la perception d’un « lobby industriel toxique », dans un scénario proche du mythe de David contre Goliath inversé.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Capture institutionnelle et victoire normative</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Un des constats majeurs du rapport du CR451 est l’occurrence d’une capture institutionnelle. Ce phénomène désigne l’adoption par des institutions publiques d’un cadrage discursif issu du militantisme. Dans le cas des PFAS, l’expression « polluants éternels » a été utilisée officiellement par les ARS, certaines DREAL, et par la ministre de la Transition écologique alors que l’ agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) utilise l’expression «&nbsp;produits chimiques persistants&nbsp;». Ce lexique, non scientifique, a donc pénétré le langage réglementaire. L’alignement des institutions sur un vocabulaire émotionnel marque une rupture avec la neutralité attendue du discours public. <br />   <br />  La loi de février 2025, votée à la suite de cette séquence informationnelle, confirme cette dynamique. Elle consacre non seulement l’interdiction progressive des PFAS, mais aussi la légitimation d’un récit militant devenu hégémonique. En cela, la victoire du camp anti-PFAS n’est pas seulement juridique ou environnementale : elle est avant tout narrative et cognitive. Les industriels, relégués dans une position défensive, ont été dépossédés de leur capacité à structurer l’agenda symbolique du débat.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Vers un deuxième acte à l’échelle européenne</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L’européanisation du conflit constitue la prochaine étape de cette guerre informationnelle. À travers des mécanismes de coordination transnationale (notamment le Forever Pollution Project), les ONG entendent répliquer leur stratégie dans d’autres États membres et influencer les processus de normalisation communautaire. L’objectif affiché : une interdiction totale des PFAS dans l’Union européenne, incluant les produits aujourd’hui exemptés (comme les ustensiles de cuisine). <br />   <br />  Ce déplacement du champ de bataille vers Bruxelles s’accompagne d’un repositionnement des relais d’influence : pétitions transnationales, mobilisation des eurodéputés, interpellation de la Commission. Le modèle français, perçu comme une victoire, devient la base d’un effet de cliquet stratégique. Le narratif militant y est mobilisé comme levier d’influence sur des régulateurs parfois distants du terrain scientifique mais sensibles à la pression symbolique et médiatique. Alors qu’un processus d’évaluation des risques et effets est en cours au sein de l’agence européenne des produits chimiques depuis 2021.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Le cas PFAS constitue un exemple paradigmatique de guerre informationnelle appliquée à un sujet environnemental et technico-réglementaire. La confrontation n’a pas eu lieu sur le terrain de la science, mais sur celui de la représentation collective. Les ONG ont su imposer une grille d’interprétation émotionnelle, structurée et efficace, face à des industriels désarmés dans un combat où l’information est l’arme principale. L’encerclement cognitif, la capture institutionnelle et l’amplification médiatique ont permis une reconfiguration des rapports de force, consacrant la prééminence du récit sur la donnée brute. <br />   <br />  Ce cas impose aux entreprises comme aux décideurs publics une remise en question de leurs stratégies informationnelles. Dans un monde où les normes sont de plus en plus forgées dans l’opinion avant de l’être dans les lois, maîtriser les outils de l’influence cognitive devient une compétence stratégique centrale.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Lien vers le rapport</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/89747823-63409220.jpg?v=1751704788" alt="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" title="PFAS et guerre de l'information : analyse d'une confrontation cognitive et normative. Par Arnaud de Morgny, CR451" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><a class="link" href="https://cr451.fr/rapport-polluants-eternels-guerre-informationnelle-autour-des-pfas/" target="_blank">Rapport « polluants éternels »: guerre informationnelle autour des PFAS <br />  Sous la direction de Christian Harbulot. et Arnaud de Morgny</a>  <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/ericalexandre/?locale=fr_FR" target="_blank">Rédacteur :&nbsp; Eric Alexandre</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div class="intertitre before_left resize" id="intertitre_7" style="margin-bottom:10px">  <h2 class="access">&nbsp;</h2>  </div>    <div class="para_62802449 resize" id="para_7" style="">  <div class="photo shadow left"><a rel="https://www.veillemag.com/photo/art/grande/88723744-62802449.jpg?v=1747922416&amp;ibox" title="Contact"> <img alt="Contact" class="not-responsive" src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/88723744-62802449.jpg?v=1747922417" title="Contact" /></a>    <div class="legende legende_62802449">Contact</div>  </div>    <div class="texte">  <div class="access firstletter">  <blockquote>Le <a class="link" href="https://www.ege.fr/la-recherche-en-intelligence-economique" target="_blank">CR451</a>  est le Centre de Recherche Appliquée de l’École de Guerre Économique (EGE), fondé en janvier 2022. <br />  Dirigé par Christian Harbulot, expert en intelligence économique, le CR451 se concentre sur l’étude des conflits informationnels, de la guerre économique et des rapports de force géopolitiques. Il vise à développer des grilles de lecture innovantes pour comprendre les dynamiques de puissance modernes, notamment face à l’influence des GAFAM et aux nouvelles formes de confrontation économique. <br />  Le centre mène des recherches appliquées, organise des séminaires, produit des podcasts et publie des études de cas.</blockquote>  </div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/89747823-63409214.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/PFAS-et-guerre-de-l-information-analyse-d-une-confrontation-cognitive-et-normative-Par-Arnaud-de-Morgny-CR451_a6129.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.veillemag.com,2026:rss-84114449</guid>
   <title>Prenez vos distances avec la crise. Le spatial et le temporel dans la perception des crises. Par Thierry Fusalba</title>
   <pubDate>Fri, 08 Nov 2024 14:26:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Gestion et Communication de crise]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Après avoir observé la communication de crise au travers des proverbes, puis l’évolution du narratif dans le temps, il faut désormais étudier comment les messages sont perçus par les audiences.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/84114449-60090588.jpg?v=1731080002" alt="Prenez vos distances avec la crise. Le spatial et le temporel dans la perception des crises. Par Thierry Fusalba" title="Prenez vos distances avec la crise. Le spatial et le temporel dans la perception des crises. Par Thierry Fusalba" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une alchimie complexe</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">L’entreprise n’est pas aisée. En effet, les deux premiers traitent d’aspects de la crise dont la maitrise dépend quasi exclusivement du communicant. C’est lui qui s’approprie certaines formules du folklore populaire pour en tirer des enseignements.&nbsp; <br />  Avec d’autres éléments, ces enseignements lui permettent de construire un axe autour duquel les éléments de langage doivent s’articuler. Cette partie du processus reste donc entre ses mains. Mais dès qu’ils sont diffusés, les messages lui échappent même s’ils touchent directement ses audiences, sans intermédiaire. <br />  Pire, la perception qu’en auront les destinataires relève d’une alchimie complexe car l’effet obtenu est souvent imprévu, pour ne pas dire surprenant. &nbsp;Il se trouve pourtant là, le cœur du métier de communicant, bien plus que l’élaboration d’un plan de COM ou la prise de parole devant les médias. Pour éviter ces désagréments, l’étude des mécanismes de perceptions doit se faire au travers de nombreux domaines, allant de la sociologie à l’ethnologie, en passant par la psychologie, la théologie ou la géopolitique. <br />   <br />  Résidant à quelques kilomètres de Descartes, en Touraine, une inclination me porte à débuter cette étude par la philosophie. &nbsp;Cela pourrait surprendre, mais l’apport de la philosophie dans la gestion et la communication de crise est remarquable. <br />  Parce qu’elle pousse à remettre en question toutes les évidences, parce que, par bien des aspects, elle privilégie la théorie sans négliger l’expérience. Parce qu’enfin, confronté à une crise qui est souvent la conséquence d’une perception biaisée ou orientée des faits plutôt qu’à leur réalité, le communicant doit savoir prendre les événements avec une certaine «&nbsp;philosophie.&nbsp;» <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La place du sensible dans la perception des faits : de René Descartes à Jules Lagneau</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Toute situation critique génère du sensible parce qu’elle commence inévitablement par solliciter notre perception. Lors de ma formation militaire, un instructeur m’expliquait qu’en entendant un coup de feu, il faut d’abord se coucher et seulement après, estimer la position du tireur adverse et riposter. En faisant l’inverse, affirmait-il, on risque de sérieux ennuis... <br />   <br />  Il en est de même pour une personne confrontée à des événements graves et/ou inédits. Elle réagit en adoptant d’abord une posture instinctive avant de se forger une intime conviction qui sous-tendra un positionnement futur réfléchi. <br />  Au niveau d’une entreprise, cette posture initiale s’appuie sur des directives fixées dans le cadre de la prévention. Les fiches réflexes des plans de gestion de crise encadrent, en quelque sorte, la réaction instinctive collective de la cellule de crise. <br />  Loin d’une approche rationnelle des événements, les audiences sont donc influencées d’abord parce qu’elles ressentent, puis parce qu’elles pressentent, ces deux premières étapes débouchant sur une troisième : ce qu’elles consentent. <br />  Or, le rôle de nos sens sur la construction d’une idée a fait l’objet d’un débat philosophique depuis toujours. <br />   <br />  Héraclite -*1- a ainsi soutenu qu’étant en perpétuel mouvement, ils ne peuvent nous donner accès à la vérité puisque celle-ci est, par définition, permanente. Mais c’est surtout l’héritage platonicien et sa théorie des formes -*2-&nbsp; qui ont forgé en nous l’idée que seul l’intelligible permet d’avoir accès à la connaissance. Bien sûr, on pourrait objecter qu’en phase de pilotage de crise, l’intuition est présente dans le processus décisionnel. Elle fait même la différence entre une cellule de crise qui applique scrupuleusement les fiches réflexes du plan et celle qui se les approprie, pour en tirer «&nbsp;la substantifique moëlle&nbsp;» chère à François Rabelais. <br />   <br />  Finalement, cette intuition collective ne serait-elle le nom philosophiquement correct donné à la plus-value que les sens produisent lors d’un processus décisionnel -*3- ? Dès lors, faut-il les considérer comme un atout ou un handicap&nbsp;? La querelle philosophique ne s’est jamais arrêtée depuis. Aristote[ -4*- a critiqué la pensée platonicienne en considérant qu’on ne peut pas penser des formes intelligibles séparées du sensible. Et plus tard, Descartes refusera définitivement à nos sens le rôle prédominant attribué par les épicuriens, grâce à l’expérience du doute hyperbolique -*5- . <br />  Mais c’est surtout Kant qui, en étudiant le cas particulier de la sensation esthétique, mettra en lumière une confusion faite entre l’agréable, qui est un jugement esthétique personnel, et le beau qui est universel. En établissant une relation entre faculté sensible et intellectuelle, Kant élèvera le jugement à hauteur d’universalité. Autrement dit, le jugement personnel devient universel. Cette concrétion intellectuelle est au cœur de la communication de crise puisque son objet est précisément de faire de la thèse individuelle soutenue par l’organisation, non plus l’expression d’une subjectivité s’appuyant sur un ressenti personnel mais celle d’une objectivité adossée sur un jugement collectif.&nbsp; L’intime conviction devient alors conviction publique. <br />   <br />  On peut cependant objecter que la notion d’élévation désintéressée («&nbsp;Mon Dieu comme c’est beau&nbsp;») trouve peu d’applications dans le cadre d’une crise où c’est souvent la laideur qui prédomine. Et, sauf à penser comme Victor Hugo dans Cromwell que «&nbsp;le laid, c’est le beau&nbsp;», il faut bien admettre qu’il est plus aisé de faire adhérer des audiences à une représentation positive de la réalité (les avantages) que négative&nbsp;(les inconvénients). C’est pourquoi le communicant s’attachera à mettre en avant les aspects positifs d’une situation critique, en minimisant l’ampleur des autres - 6*-.&nbsp; Ce prisme vise à forger parmi les audiences une intime conviction favorable à l’organisation mise en cause, mais aussi à dégrader tout processus identique adverse. L’effet final recherché est de convaincre un maximum d’audiences jugées prioritaires que l’entreprise a tout fait pour éviter que la crise survienne, qu’elle fait tout pour régler rapidement le problème et qu’elle fera tout pour éviter qu’il ne se reproduise. À ce stade déjà, le processus intellectuel combine l’espace et le temps.&nbsp; Il puise d’ailleurs sa source là-aussi dans les proverbes populaires&nbsp;: «&nbsp;à toute chose, malheur est bon&nbsp;!&nbsp;» La boucle est ainsi bouclée. <br />   <br />  Il faudra attendre des travaux plus récents portant sur la philosophie de l’éducation pour que soit reconnue non pas le rôle des sens mais l’importance du sujet sensible. C’est en dépassant le périmètre de la réflexion philosophique que la notion du sensible évoluera. Ainsi, l’apport de la sociologie - 7*- sera déterminant dans la compréhension des perceptions et il faudra, pour reprendre les propos de René Barbier, le faire dans un esprit de transdisciplinarité qui impose «&nbsp;d’ouvrir l’espace-temps.- 8*- <br />   <br />  Mais c’est probablement Jules Lagneau (1851 – 1894), professeur et auteur encore méconnu aujourd’hui, qui a défini le véritable lien entre les sens et la réalité, en définissant les premiers et la seconde dans un cadre espace – temps. Pour lui en effet, toute réflexion est emprisonnée dans l’évidence, que celle-ci soit d’ordre sensible, moral ou métaphysique. Elle doit donc refuser tout substantialisme qui fige l’activité de la pensée. La philosophie n’échappe pas à cette règle et Lagneau la conçoit comme une recherche perpétuelle des conditions par lesquelles le «&nbsp;vrai&nbsp;» peut être affirmé et donc comme un «&nbsp;éternel effort&nbsp;». Il aura cette formule extraordinaire qui résume bien la complexité de la gestion des crises&nbsp;: «&nbsp;<strong>l’étendue est la marque de ma puissance. Le temps est la marque de mon impuissance</strong>. -9*- <br />   <br />  Aujourd’hui encore, la perception du sensible évolue notamment parce que les outils de création et de diffusion de contenus sont devenus si performants, que la frontière entre virtuel et réel semble s’effacer peu à peu. Il ne s’agit plus seulement pour le communicant de rechercher la fiabilité d’une source mais aussi de s’assurer de son origine humaine ou non. Pour cela, il devra sortir lui-aussi de sa sphère traditionnelle de compétence pour embrasser de multiples disciplines. Apprendre à connaître ses audiences lui imposera donc par commencer à se connaître lui-même. Socrate n’est jamais loin. <br />   <br />  Est-ce que demain, l’intelligence artificielle renverra le «&nbsp;bon sens&nbsp;» à une illusion collective, comme le pense Mark Whiting -1O*- ? <br />  Pour tenter de répondre à cette question, il nous faudra quitter le domaine réservé de la philosophie pour entrer dans celui où s’exercent les mécanismes de perception&nbsp;: la praxéologie -11* . Afin de définir en quoi, la gestion de crise relève de mécanismes complexes de combinaison entre le spatial et le temporel. C’est ce que nous verrons la prochaine fois.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sources</b></div>
     <div>
      <blockquote>  <div id="ftn1" style="margin-left: 40px;">*1 «&nbsp;Héraclite et la philosophie. La première saisie de l’être en devenir de la totalité&nbsp;» de Kostas Axelos, Editions de Minuit, 1962. <br />  *2 #_ftnref2</div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 40px;">*3 Lire à ce sujet, la thèse de Marius Bertolucci «&nbsp;Le rôle de l’intuition dans les processus décisionnels : une étude comparée entre les services de secours et les forces armées&nbsp;». Aix Marseille, université, 2023.</div>    <div id="ftn4" style="margin-left: 40px;">*4 <em>Métaphysique</em>, Livres A, M et N.</div>    <div id="ftn5" style="margin-left: 40px;">*5 Descartes, <em>Méditations métaphysiques</em>.</div>    <div id="ftn6" style="margin-left: 40px;">*6 «&nbsp;Nos équipes ont fait preuve de professionnalisme et de sang-froid, permettant d’éviter que cela ne soit plus grave. Nous tirerons les enseignements pour devenir encore meilleurs dans la prévention de ce genre de risque.&nbsp;»</div>    <div id="ftn7" style="margin-left: 40px;">*7Comme Merleau-Ponty explorant le lien entre le corps et le monde qui l’entoure (1995, «&nbsp;le visible et l’invisible&nbsp;»).</div>    <div id="ftn8" style="margin-left: 40px;">*8 René Barbier, la transdisciplinarité entr’aperçue. CIRET.</div>    <div id="ftn9" style="margin-left: 40px;">*9 «&nbsp;Cours sur la perception&nbsp;» de Jules Lagneau. Célèbres leçons, PUF, pp 175,176.</div>    <div id="ftn10" style="margin-left: 40px;">*1O&nbsp; Chercheur au laboratoire de sciences sociales computationnelles de l’université d’État de Pennsylvanie.</div>    <div id="ftn11" style="margin-left: 40px;">*11 Terme né en 1890 sur la théorie de l’action humaine d’Alfred Victor Espinas, que Ludwig von Mises définit comme la science de l’action humaine.</div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Merci Thierry Fusalba pour cette analyse</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/84114449-60090592.jpg?v=1731077154" alt="Prenez vos distances avec la crise. Le spatial et le temporel dans la perception des crises. Par Thierry Fusalba" title="Prenez vos distances avec la crise. Le spatial et le temporel dans la perception des crises. Par Thierry Fusalba" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Il est l’auteur de différents ouvrages sur la gestion des crises dont Planification et gestion de crise (L’Harmattan, 2009), et l’Art de la crise (L’Harmattan, 2013). <br />  Né à Lyon, Thierry FUSALBA est passionné de théâtre et d’écriture. Il a publié chez l’Harmattan en 2016 un roman Les vies multiples, un carnet de route Les hommes du bord de terre, un essai politique en 2018 Moi, électeur de la République, ainsi qu’un recueil de nouvelles, Mémoires d’outre espace et un recueil de poésies, Poésies incomplètes, en 2023. Marié à Lysiane, il est le papa d’un Nikolas de six ans et vit dans le sud de la Touraine. <br />  <a class="liens" href="https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&amp;obj=artiste&amp;no=16332" target="_blank">Plus d'informations.</a></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/84114449-60090588.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Prenez-vos-distances-avec-la-crise-Le-spatial-et-le-temporel-dans-la-perception-des-crises-Par-Thierry-Fusalba_a5420.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.veillemag.com,2026:rss-83772059</guid>
   <title>Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba</title>
   <pubDate>Thu, 24 Oct 2024 14:08:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jacqueline Sala</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Gestion et Communication de crise]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   « Toute stratégie d'influence s'appuie avant tout sur un narratif, que l'on peut considérer comme le critère discriminant d'une organisation ou d'un individu. Chargé de graver dans le temps et l'espace, une perception propre de l'environnement et de véhiculer les messages correspondants, le narratif protège en outre le centre de gravité (ou talon d'Achille) de celui qui le construit. Dans un monde en perpétuelle évolution où l'affrontement semble être devenu la norme, la bataille des histoires prend tout son sens. Preuve en est la polémique récente sur le nom de la brigade ukrainienne (Anne de Kiev ou Kviv) formée actuellement par l'armée française sur le camp de Mourmelon. »     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/83772059-59905227.jpg?v=1729777915" alt="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" title="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" />
     </div>
     <div>
       <br />  <!--cke_bookmark_471S--><!--cke_bookmark_471E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Voilà bien longtemps que je voulais écrire sur le narratif, élément constitutif de l’influence. Mais je repoussais sans cesse la tâche, persuadé que ni mon agenda ni mon expertise ne me permettraient de produire quelque chose de censé. Je me faisais un monde de ce que nous faisons tous les jours : raconter une histoire. <br />   <br />  Pourtant, la construction d’un narratif n’est pas chose récente dans l’évolution de notre espèce. Depuis toujours, l’Homme a voulu écrire son histoire, même dans ses débuts les plus primitifs. On sait depuis peu d’ailleurs qu’Homo sapiens n’a pas été le premier à raconter des histoires. Ainsi, pour laisser une trace de son passage terrestre et construire les premières règles de vie en groupe, Néandertal a dessiné les animaux qui partageaient son quotidien, sur les parois de la grotte de Pasiega près de Bilbao -*1 il y a déjà plus de 64000 années. <br />  En faisant cela, nos lointains ancêtres ont voulu bâtir une histoire commune avec leurs semblables et, au-delà de leur existence, laisser leur compréhension des aventures vécues, des émotions ressenties et des interactions avec l’environnement. En influence, on n’est jamais si bien écrit que par soi-même ! <br />   <br />  &nbsp;*1 - <a class="link" href="https://www.hominides.com/datation-grotte-espagne/">https://www.hominides.com/datation-grotte-espagne/</a> </div>    <div>  <hr align="left" size="1" width="33%" /></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De l’Egypte ancienne à la Résistance </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Plus tard, d’autres meneurs d’Hommes laisseront une interprétation personnelle de ce qu’ils ont vécu, de ce qu’ils ont réalisé. De Ramsès II qui fait de son échec lors de la bataille de Qadesh (1225 AC) un succès -*1 , jusqu’à Charles de Gaulle et son appel du 18 juin enregistré quelques jours plus tard, en passant par César qui se met en scène dans la Guerre des Gaules, les exemples sont légion (romaine). <br />   <br />  L’histoire se répète donc bien, en ce que le narratif est utilisé depuis toujours comme un outil d’influence, au service des intérêts de gouvernants ou de puissances politiques. Les nouveaux moyens de communication comme la radio ou la télévision ne sont venus que faciliter la diffusion des récits, en démultipliant le nombre d’audiences potentielles et en s’affranchissant des barrières terrestres. <br />   <br />  En effet, rien n’arrête les histoires qui se diffusent désormais au-delà du temps, dans les champs immatériels. Les premiers à avoir perçu tout l’intérêt de propager un discours normé ont été les représentants officiels de la foi qui, pour des raisons plus ou moins philanthropiques, ont érigé le narratif en dogme. Il s’agissait d’abord de dépasser les limites d’une espèce humaine dont le volume d’écriture devenait de plus en plus succinct, au regard de son histoire millénaire. <br />  Il s’agissait ensuite de rassurer des audiences, conscientes d’être confrontées à une mort inéluctable, qui plus est mise en scène. Il s’agissait enfin, au mieux de contrôler, au moins de canaliser, la soif inextinguible de pouvoir et la violence comme outil de domination qui s’y rattachait. Il fallait donc le récit d’un enfer post-mortem pour envisager un paradis terrestre -*2 .&nbsp; <br />  Qu’est-ce d’autre que cela sinon de l’influence ?</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;"><em>*1 -&nbsp; La bataille de Qadesh est la première bataille documentée par des sources antiques, des textes et des images gravés sur les murs de temples égyptiens</em> <br />  &nbsp;</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;"><em>*2 «&nbsp;La catéchèse valorise tous les langages qui l’aident à mener à bien ses tâches ; en particulier, elle prête attention au langage narratif et autobiographique.&nbsp;» Père François Campagnac, «&nbsp;La narrativité en catéchèse : du récit à la rencontre&nbsp;». Consultable sur&nbsp;: <a class="link" href="https://catechese.catholique.fr/outils/conference-contribution/321107-la-narrativite-en-catechese-du-recit-a-la-rencontre/">https://catechese.catholique.fr/outils/conference-contribution/321107-la-narrativite-en-catechese-du-recit-a-la-rencontre/</a>  </em> <br />  &nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Évolution technologique vs. évolution du narratif </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">En ces temps bénis, les sociétés, pourtant en conflit perpétuel, se développaient de façon relativement harmonieuse. Le monde inconnu était encore vaste et les empires succédaient les uns aux autres, avec leur propre narratif, souvent inspiré du prédécesseur. Les rois succédaient aux rois et les conquérants étaient conquis à leur tour. Un premier événement vint rompre cet équilibre précaire et chasser une partie de l’Humanité de son jardin privé d’Eden : l’imprimerie. <br />   <br />  Désormais, les groupes possédant cette «&nbsp;technologie révolutionnaire&nbsp;» allaient pouvoir diffuser leur narratif au plus grand nombre et s’assurer ainsi une prééminence sur la construction de l’Histoire -*1 . Qui tient les mots tient les bras&nbsp;! C’est la raison pour laquelle, la maitrise des techniques d’imprimerie fut jalousement défendue, comme l’avaient été les routes commerciales, du phénomène des alizés au détroit de Magellan. C’est également la raison pour laquelle, les groupes ne maîtrisant pas cette nouvelle technique, la dénoncèrent, au nom de préceptes idéologiques et adaptèrent leur narratif pour en refuser l’apport -*2 . <br />   <br />  L’Humanité évoluait malgré tout et, dans la sphère de l’irrationnel et du mystique, l’influence allait pouvoir donner le meilleur (et le pire) d’elle-même. Elle édicterait des règles dogmatiques aux principes immuables, afin de s’assurer un contrôle sur le temps et dénoncerait dans le même temps les comportements jugés non conformes au récit officiel : hérésies et persécutions allaient s’abattre sur les contradicteurs afin, pour les détenteurs de la Vérité, de s’assurer un contrôle sur l’espace. <br />  Il aura fallu que les Lumières soient, en Europe, pour qu’une autre approche de l’histoire, rationaliste et scientifique, voie enfin le jour. Certains précurseurs avaient bien essayé de battre en brèche un narratif basé sur «&nbsp;l’homocentrisme&nbsp;», comme Galilée ou Descarte -*3 . Ils avaient dû composer avec ou s’étaient heurtés à une doxa religieuse qui avait intelligemment fait son lit au sein des sphères du pouvoir royal. <br />  Darwin porta un second coup à cette construction intellectuelle qui avait fait de l’Homme une créature finie dès l’origine et façonnée par un être supérieur à la fois omnipotent et miséricordieux. L’image brutale d’un singe, possiblement notre ancêtre, venait rebattre les cartes d’un paradis perdu, pas si exotique que cela. <br />  Dès lors, loin de disparaître, le narratif officiel s’adaptait, se diversifiait, parfois même, se radicalisait. Plus fort encore, il s’institutionnalisait et devenait le marqueur d’un État, d’une communauté ou d’une entreprise, aidé en cela par un long et chaotique processus de désacralisation, de démocratisation et de décolonisation. <br />   <br />  L’Histoire s’écrivait dans la douleur, au creux d’un ensemble géopolitique certes universel, mais fractionné où rien ne semblait devoir remettre en question le récit officiel. Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà. Cette herméticité permettait surtout de stabiliser les États naissants, de pérenniser les règnes et, accessoirement, d’aller guerroyer contre un voisin qui avait un narratif dissonant. <strong>Tout semblait devoir aller pour le pire dans le meilleur des mondes.</strong> <br />   <br />  Mais au début du 19<sup>e</sup> siècle, une révolution technologique vint bouleverser l’ordre écrit en Europe et aux États-Unis&nbsp;: l’électricité. Il est amusant de noter que même pour établir la paternité de cette invention, les narratifs opposent encore Nicolas Tesla à Thomas Edison, en passant par l’anglais Michael Faraday ou Benjamin Franklin. Cette révolution fut perceptible non seulement dans le quotidien des citoyens, par l’apport d’un confort supplémentaire, mais également et surtout dans l’émergence de nouveaux modes de communication, à côté d’une presse écrite jusque-là toute puissante. La radio dispersait largement le son du narratif ambiant et la télévision y ajoutait des images. On peut même dire que les deux phénomènes sont indissociables dans leur développement. Libéré d’un grand nombre de tâches chronophages grâce à des appareils électriques de plus en plus performants, l’esprit humain pouvait consacrer ce nouveau temps libre à absorber des informations de plus en plus nombreuses. Dès le début du 20<sup>e</sup> siècle, les médias cherchèrent donc à acquérir du «&nbsp;temps de cerveau disponible&nbsp;» pour reprendre les propos de l’ancien PDG de TF1 Patrick LE LAY. -*4 <br />  &nbsp;</div>    <div>  <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;"><em>* 1 &nbsp;&nbsp; «&nbsp;L’imprimerie, une révolution pour l’Europe&nbsp;» par Mélisande Bizoirre. <br />  À consulter sur&nbsp;: <a class="link" href="https://essentiels.bnf.fr/fr/enseignants/f0804068-1913-4494-996d-3049f5b9a60b-imprimerie-une-revolution-pour-europe">https://essentiels.bnf.fr/fr/enseignants/f0804068-1913-4494-996d-3049f5b9a60b-imprimerie-une-revolution-pour-europe</a>  </em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;"><em>* 2 «&nbsp;Pourquoi l'Empire ottoman a-t-il négligé l'imprimerie?&nbsp;» par François CHEVALLIER. À consulter sur&nbsp;: <a class="link" href="https://fr.quora.com/Pourquoi-lEmpire-ottoman-a-t-il-n%C3%A9glig%C3%A9-limprimerie">https://fr.quora.com/Pourquoi-lEmpire-ottoman-a-t-il-n%C3%A9glig%C3%A9-limprimerie</a>  </em></div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 80px;"><em>* 3 Lire à ce sujet&nbsp;: « Dieu chez Descartes et Kant&nbsp;: idée pure ou attitude intellectuelle cohérente&nbsp;?&nbsp;» par Euloge Franck AKODJETIN et Roland TECHOU. Revue Internationale de Linguistique Appliquée, de Littérature et d’Education. Volume 1 Numéro 1. Décembre 2018. <br />  *4 « A la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca -Cola, par exemple, à vendre son produit. Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » P. LE LAY cité par C. POUGET, journaliste à l’AFP</em>.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le récit à l’heure du digital </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L’apparition puis la généralisation des réseaux sociaux vinrent à nouveau modifier le narratif institutionnalisé, sous l’effet combiné de la parole rendue au plus grand nombre et de la fin des frontières virtuelles après celle des frontières administratives avec le phénomène de mondialisation *1. <br />   <br />  Jusque-là, les leaders d’opinion *2 avaient pris soin de s’assurer le contrôle du narratif, soit en contrôlant les canaux de diffusion, soit en les limitant. Mais l’arrivée des réseaux sociaux, d’abord saluée comme une avancée dans la promotion des libertés individuelles, s’est rapidement heurtée à la réalité de leur emploi. Manipulation, distorsion ou exploitation tronquée des narratifs officiels ont brouillé la belle image initiale, faisant de la toile un brouillard incertain, royaume de tous les excès avec une impunité garantie par l’anonymat, des théories complotistes les plus folles et des fake news. <br />   <br />  Il convient de préciser que si les réseaux sociaux sont parfois accusés de tous les maux, ils ne sont qu’un outil de diffusion du narratif et non un certificat d’authenticité. Ici, comme ailleurs, c’est l’expertise de l’ouvrier qui conditionne la qualité du produit et non les capacités technologiques. En deuxième lieu, il faut bien reconnaître que les errements constatés sur les réseaux sociaux ont été favorisés par un terrain propice&nbsp;? <br />  En effet, les utilisateurs ont vu leurs capacités de jugement soigneusement rognées par les gouvernants depuis un siècle, souvent involontairement. Pourquoi&nbsp;? Parce qu’il est plus facile de faire adhérer des ignorants que des savants à une histoire commune, par nature subjective et parcellaire. Les médias, quant à eux, ont souvent été considérés comme les assistants – pour ne pas dire les complices - de cette stratégie de façonnage de l’opinion publique. Ils s’en défendent et affirment être un contre-pouvoir, garant des libertés individuelles. On peut même lire en première page d’un journal français que «&nbsp;L’ignorance est la forteresse des tyrans&nbsp;». <br />   <br />  Mais qui a construit cette forteresse si ce n’est ceux qui subissent désormais le joug des tyrans, aidés par ceux qui ont relayé les ordres&nbsp;? Il y a donc bien une interaction d’influence entre les leaders d’opinion et les médias, mais elle est plus compliquée qu’une simple fonction de relais. <br />   <br />  C’est sans doute la théorie de l'agenda-setting de Maxwell McCombs et Donald Lewis Shaw développée dans une étude sur l'élection présidentielle de 1968 appelée « l'étude de Chapel Hill» qui définit le mieux le lien intime entre les deux. Selon cette théorie qui se définit comme la hiérarchisation des priorités, les médias ne peuvent pas vous persuader qu’une table verte est de couleur rouge. En revanche, ils peuvent vous «&nbsp;contraindre&nbsp;»&nbsp;à vous faire une opinion sur la couleur de cette table, quand bien même cela ne vous intéresserait pas. Le pouvoir des médias traditionnels et sociaux dans l’élaboration et la diffusion d’un narratif n’est donc pas à négliger. <br />  Le choix dans la couverture médiatique de tel ou tel événement nous le confirme quotidiennement. Cette faculté à choisir – selon quels critères&nbsp;et avec quelle légitimité ? – l’actualité susceptible d’être portée à la connaissance des audiences est d’ailleurs un sujet, au regard de l’organisation actuelle de la presse en France, devenue une industrie de l’information écartelée entre des contraintes modernes de rentabilité et sa mission historique d’éveiller les consciences. <br />  &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;"><em>*1 - L mondialisation : Vers la fin des frontières ? de Philippe MOREAU DEFARGES, éditions DUNOD, 1993</em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;"><em><sup>*2 -</sup>Selon la terminologie utilisée par Lazarsfeld dans les années 1940 dont les études ont montré que les messages émis par les médias ne se diffusent pas de façon directe vers les récepteurs, mais qu’ils transitent par les leaders d’opinion&nbsp;selon le principe de two-step-flow of communication.</em></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Influence et narratif : deux rêves pour un seul lit </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">La même volonté de faire coller le narratif à des ambitions de souveraineté et de puissance se retrouve partout où s’exercent les mécanismes d’influence. Dans le sport, devenu une des composantes du soft Power pour des États qui utilisent ses propriétés de cohésion sociale, mais aussi d’affirmation d’une supériorité (au moins physique). <br />   <br />  Depuis l’origine des Jeux olympiques, il y a 3000 ans dans le Péloponnèse jusqu’à aujourd’hui, en passant bien sûr par les JO de Berlin en 1936, les leaders d’opinion se sont toujours adossés sur cet événement devenu mondial pour étayer leur narratif. Les sportifs modernes, comme ceux des premiers Jeux, sont devenus des héros populaires, avec leur narratif propre et toutes les conséquences qui s’y rattachent. Mais on pourrait également citer l’invention du cinéma parlant<sup> *1 </sup>dont les États-Unis ont su tirer profit dès les années 30. Après la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie et le Japon, les productions américaines s’enchaînèrent, vantant le rôle quasi exclusif des USA dans la victoire en Europe et reléguant celui de l’URSS, devenue l’ennemi communiste, au rang de figurant. Le débarquement des alliés en Normandie est célébré en France, alors qu’aucune des troupes du Général de Gaulle n’y a participé.&nbsp; Celui de Provence est néglig *2. <br />   <br />  <strong>À partir ce moment, on passe brutalement de l’histoire des guerres à la guerre des histoires</strong> *3. Le narratif devient un instrument de géopolitique permettant tout à la fois de consolider un récit national, mais aussi de disposer d’une arme de dissuasion visuelle. <br />  Les guerres jadis coloniales deviennent des guerres de libération, dont l’objectif officiel est de libérer des peuples opprimés pour leur offrir les standards démocratiques (de la puissance dominante). Les crimes de guerre deviennent, dans le narratif des vainqueurs, des dommages collatéraux. Tous les mouvements d’opposition, quels que soient leurs modes d’action, des terroristes à abattre. La France avait connu cela en 1940 – 1944, lorsque nos résistants étaient accusés de terrorisme par les nazis.</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;"><sup>*1 - </sup>6 octobre 1927, Jazz singer (Le chanteur de jazz), réalisé par Alan Crosland est le premier film parlant, chantant et musical, avec en vedette le comédien Al Jolson. <br />  *2 - De Gaule, octobre 1963. « La France a été traitée comme un paillasson. […] Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! » Extrait de C’était De Gaulle - édition Fallois Fayard-1997. <br />  *3 - Lire à ce sujet&nbsp;: «&nbsp;Frank Capra et le cinéma de propagande&nbsp;» par Samuel Petit – Cinémathèque - 17 janvier 2017. Consultable sur&nbsp;: <a class="link" href="https://www.cinematheque.fr/article/980.html">https://www.cinematheque.fr/article/980.html</a>  &nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un narratif français qui se cherche ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Et pourtant, malgré les expériences douloureuses qu’elle a vécues sur son sol ou à l’étranger, on ne peut être que surpris par la pauvreté du narratif national. <br />   <br />  La France peine à vendre son histoire, pour plusieurs raisons. <br />  La première est sans doute liée à son passé qui fut, pendant plusieurs siècles, glorieux. Mais aujourd’hui, confrontée à la réalité d’un monde globalisé et menaçant, où les mots ne pèsent plus guère, la France, patrie des libertés, ne signifie plus grand-chose. Est-ce comme le pense Kishore Mahbubani, le signe de la fin de l’empire américain et occidental *3. <br />  Est-ce la fin du modèle universel basé sur la démocratie et libre-échange&nbsp;? Ou bien est-ce l’avènement d’une communauté mondiale s’appuyant sur un narratif universel&nbsp;? Dans le maelstrom qui se dessine, la France devra sans doute se construire un nouveau narratif, car les changements ont été profonds non seulement dans sa population, mais aussi dans ses relations avec le reste du monde. Pour cela, elle ne devra pas comme le préconisent certains «&nbsp;solder son passé&nbsp;», mais l’assumer. Elle devra surtout cesser de tituber en regardant en permanence au-dessus de son épaule. <br />   <br />  Le poète américain Dos Passos le résume bien&nbsp;: «&nbsp;celui qui vit dans le passé, perd son présent et risque son avenir.&nbsp;» Cela lui imposera enfin de redéfinir un narratif qui concilie à la fois la vision romantique que de nombreux citoyens ont encore de ce que fut notre pays, et une vision pragmatique de ce qu’il est devenu. Pour pouvoir bâtir une communauté de destin et non assurer le destin de communautés. Mais ça, c’est une autre histoire… <br />   <br />  <em>*1 - Le jour où la Chine va gagner - La fin de la suprématie américaine&nbsp;» - Kishore Mahbubani (Auteur), Hubert Védrine (Préface) – Editions Saint-Simon, 18 mars 2021.</em></div>    <div>  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de Thierry Fusalba</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/83772059-59905234.jpg?v=1729776530" alt="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" title="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Il est l’auteur de différents ouvrages sur la gestion des crises dont Planification et gestion de crise (L’Harmattan, 2009), et l’Art de la crise (L’Harmattan, 2013). <br />  Né à Lyon, Thierry FUSALBA est passionné de théâtre et d’écriture. Il a publié chez l’Harmattan en 2016 un roman Les vies multiples, un carnet de route Les hommes du bord de terre, un essai politique en 2018 Moi, électeur de la République, ainsi qu’un recueil de nouvelles, Mémoires d’outre espace et un recueil de poésies, Poésies incomplètes, en 2023. Marié à Lysiane, il est le papa d’un Nikolas de six ans et vit dans le sud de la Touraine. <br />  <a class="liens" href="https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&amp;obj=artiste&amp;no=16332" target="_blank">Plus d'informations.</a></div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/83772059-59905235.jpg?v=1729928077" alt="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" title="Ne nous racontons pas d’histoires, bâtissons-la ! Le rôle du narratif dans l’influence. Par Thierry Fusalba" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/83772059-59905227.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.veillemag.com/Ne-nous-racontons-pas-d-histoires-batissons-la--Le-role-du-narratif-dans-l-influence-Par-Thierry-Fusalba_a5377.html</link>
  </item>

 </channel>
</rss>
