<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom"  xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:photo="http://www.pheed.com/pheed/">
 <title>www.veillemag.com</title>
 <subtitle><![CDATA[Depuis 1996, le magazine Veille s'est imposé comme le 1er titre de presse entièrement consacré à la  maîtrise stratégique de l'information et des connaissances.]]></subtitle>
 <link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.veillemag.com" />
 <link rel="self" type="text/xml" href="https://www.veillemag.com/xml/atom.xml" />
 <id>https://www.veillemag.com/</id>
 <updated>2026-03-08T08:55:15+01:00</updated>
 <generator uri="http://www.wmaker.net">Webzine Maker</generator>
  <icon>https://www.veillemag.com/favicon.ico</icon>
  <entry>
   <title>Regardez ! Claude Revel : La doctrine et la liberté de parole au cœur de l'intelligence économique. Invitée d'Echiquiers 21.</title>
   <updated>2025-09-30T16:54:00+02:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Regardez--Claude-Revel-La-doctrine-et-la-liberte-de-parole-au-coeur-de-l-intelligence-economique-Invitee-d-Echiquiers_a6394.html</id>
   <category term="VIDEOS &amp; PODCASTS" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/91369672-64242970.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-09-30T16:51:00+02:00</published>
   <author><name>David Commarmond</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Echiquiers 21 - Le magazine de l’intelligence économique présenté par Sandrine Sebbane. Avec Eric Delbecque et Philippe Clerc, ils reçoivent Claude Revel. Figure de référence de l’intelligence économique, Claude Revel a incarné la stratégie française au plus haut niveau de l’État avant de marquer durablement la discipline par ses analyses et ses ouvrages fondateurs.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/91369672-64242970.jpg?v=1759243742" alt="Regardez ! Claude Revel : La doctrine et la liberté de parole au cœur de l'intelligence économique. Invitée d'Echiquiers 21." title="Regardez ! Claude Revel : La doctrine et la liberté de parole au cœur de l'intelligence économique. Invitée d'Echiquiers 21." />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;"><a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/claude-revel-051b3938/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Claude Revel</a>  est une personnalité structurante du milieu de l’intelligence économique (IE) en France, reconnue pour son double parcours opérationnel et intellectuel, à la fois public et privé. Ancienne déléguée interministérielle à l’intelligence économique de 2013 à 2015 (une fonction rattachée directement au Premier ministre), elle est également consultante, fondatrice de l'observatoire de l'intelligence économique, et auteure de plusieurs ouvrages fondateurs. <br />  &nbsp; <br />  Son parcours académique (Sciences Po et ENA) et son engagement précoce dans la matière confèrent à ses prises de parole une réelle profondeur. Elle est « tombée dans la marmite » de l'IE vers 1984, alors qu'elle s'occupait du commerce international et de la valorisation des savoir-faire français à l’étranger. C’est ainsi qu’elle a découvert très en amont l’influence, puis la collecte d’informations pour le ministère des Affaires étrangères. Elle a commencé par l’opérationnel avant de théoriser ses connaissances dans ses livres.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b> L'impératif de la coordination interministérielle et de l'anticipation</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Durant ses fonctions officielles, <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/claude-revel-051b3938/?originalSubdomain=fr" rel="nofollow" target="_blank">Claude Revel</a> a souligné que l'intelligence économique concerne <strong>tous les ministères</strong>. L’enjeu majeur de la Délégation interministérielle était de « coordonner, d'orienter plus que coordonner, la politique d'intelligence économique ». <br />  &nbsp; <br />  Ses travaux sont reconnus pour avoir été précurseurs. Elle a notamment co-écrit <em>L’autre guerre des États-Unis</em> en 2005, décrivant la machine de guerre économique américaine. Un autre livre majeur, <em>La gouvernance mondiale a commencé</em>, paru en 2006, traitait déjà de thèmes que d'autres présentent aujourd'hui comme des « découvertes ». <br />  &nbsp; <br />  Dans ses prises de position, Claude Revel a toujours fait preuve d'une « parole très libre et une action également », y compris face à des ministères. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La doctrine de l'influence : ne pas subir les règles du jeu</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Claude Revel a été l’une des premières à expliquer clairement la distinction entre l'influence et la simple politique d'image ou de rayonnement. Selon elle, la stratégie d'influence est fondamentalement l'idée de <strong>ne pas subir</strong> les règles, les normes, mais plutôt d'essayer de formater autant que possible notre environnement extérieur. L'influence, c'est la question de la «structuration du façonnement des règles du jeu ». Elle commence avant même de se positionner sur l'échiquier, en essayant de construire, co-construire, ou d’être un « point origine de la construction, de l'aménagement ou de l'évolution des règles du jeu ». Elle regrette que les acteurs français confondent encore souvent les stratégies d'influence avec la communication, les relations publiques ou le « narcissisme ». <br />   <br />  Face à ceux qui demandent des outils, Claude Revel insiste sur l'importance de la méthode : « avant d'avoir les outils vous vous demandez d'abord quel est votre objectif. Qu'est-ce que vous voulez prouver ? ». Une fois l'objectif cadré, on procède au profilage, à la détection des cibles, puis à la création d’« éléments de langage » basés sur du fond. Elle est catégorique : ce travail est « très professionnel » et n'a « rien à voir non plus avec… de la corruption ». <br />   <br />  Concernant l'articulation entre influence et entrisme, Claude Revel, tout comme ses interlocuteurs, les conçoit comme des «compartiments qui vont s'emboîter s'articuler ». L'entrisme est la politique qui consiste à placer des personnes aux postes de décision et à s’assurer que ces personnes tiennent le discours souhaité. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La norme : un outil de guerre économique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 40px;">Claude Revel a rédigé un rapport gouvernemental marquant sur la <strong>normalisation</strong>. <br />  Ses propos insistent sur le fait que celui qui maîtrise les normes détient un « avantage stratégique sur le marché ». Elle dénonce la tendance française à lier « norme » et « bureaucratie » ou à multiplier les « normes inutiles » — celles qui sont «superfétatoires » et ajoutent des obligations. La <strong>norme utile</strong>, en revanche, est « celle qui permet de faire passer un savoir-faire qu'on a et qui est supérieur à celui de ses concurrents». <br />  &nbsp; <br />  En 2016, Claude Revel a dirigé un numéro spécial de la revue <em>Hors les murs</em> de l'ENA sur le <em>soft power</em>, interviewant Joseph Nye, l'inventeur du concept. Elle rappelle son exceptionnelle modestie. Contrairement à certaines analyses, elle ne croit pas que le <em>soft power</em> soit « mort », mais qu'il prendra d'« autres formes ». <br />   <br />  Face à la « guerre des narratifs » (guerre de l’information), ses conseils méthodologiques sont importants :</div>    <ol>  	<li class="list" style="margin-left: 40px;"><strong>Cartographier</strong> : Savoir d’où viennent les récits adverses/hostiles.</li>  	<li class="list" style="margin-left: 40px;"><strong>Discréditer (si possible)</strong> : S'il s'agit de règles générales, tenter de « déconsidérer » les acteurs adverses de manière précise.</li>  	<li class="list" style="margin-left: 40px;"><strong>Éviter le contre-récit</strong> des gens qui, « apparemment, n'ont rien à voir avec vous » (citant l'exemple de partenariats avec des ONG). Cela donne l'air d'une position plus neutre et a beaucoup plus d’impact. La cohérence et la coordination au sein d'un même camp sont un prérequis essentiel avant d'aller au combat.&nbsp;</li>  </ol>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Ecouter</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/-aExicKwhKY?si=8L0z5kT1iq2VJC0_" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>     </div>
     <div>
      <div style="text-align: center;"><strong>Pour en savoir plus</strong> <a class="link" href="https://radiorcj.info/diffusions/eric-delbecque-philippe-clerc-et-claude-revel/" target="_blank">: https://radiorcj.info/diffusions/eric-delbecque-philippe-clerc-et-claude-revel/</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Regardez--Claude-Revel-La-doctrine-et-la-liberte-de-parole-au-coeur-de-l-intelligence-economique-Invitee-d-Echiquiers_a6394.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Hommage de Philippe Clerc à Rémy Pautrat, décédé le 6 avril 2O25</title>
   <updated>2025-04-18T08:39:00+02:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Hommage-de-Philippe-Clerc-a-Remy-Pautrat-decede-le-6-avril-2O25_a5868.html</id>
   <category term="Personnalités" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/87988703-62340012.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2025-04-18T07:54:00+02:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le préfet Rémy Pautrat n’est plus. il s’est éteint le 6 avril dernier. Je veux dire ici ma profonde tristesse. Le temps est au recueillement pour penser à lui et à ses proches, à sa chère épouse Jacqueline. Penseur de la sécurité économique au temps où nous parlions de défense économique, dès les années 90 , il appelait à la nécessité de construire une doctrine de sécurité nationale donc offensive.     <div>
      <blockquote>  <div><span class="break-words            tvm-parent-container"><span dir="ltr">Mais bien vite revient la sincère image de l’homme et de l’ami au sourire éclairé par la bonté. <br />  Profondément altruiste Rémy Pautrat avait la simplicité des&nbsp;grands&nbsp;cœurs. C’est avec ces valeurs que ce grand serviteur de l’Etat, ce grand préfet, &nbsp;a bâti sa carrière et contribué, novateur, à l’intérêt général de notre pays et de nos territoires.&nbsp;Je veux ici lui rendre un premier hommage et écrire&nbsp;ma reconnaissance au préfet, à l’homme devenu un véritable ami.<span class="white-space-pre"> </span> <br />   <br />  Visionnaire, habité par l’urgence, il avait une foi inébranlable et obstinée dans le rôle majeur de la&nbsp;connaissance et du savoir dans toute pensée stratégique.&nbsp;Grande figure de la réforme du renseignement, il a contribué activement à penser et assembler les toutes premières pierre de&nbsp;de la démarche d’intelligence économique&nbsp;comme politique publique novatrice. Penseur de la sécurité économique au temps où nous parlions de défense économique, dès les années 90&nbsp;,&nbsp;il appelait&nbsp;à la nécessité de construire une doctrine de sécurité nationale donc offensive.<span class="white-space-pre"> </span></span></span></div>  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Merci Philippe Clerc pour ce témoignage. Nous le connaissions et nous savons à quel point votre hommage est juste et sincère. Reste le chagrin.</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/87988703-62340012.jpg?v=1744957736" alt="Hommage de Philippe Clerc à Rémy Pautrat, décédé le 6 avril 2O25" title="Hommage de Philippe Clerc à Rémy Pautrat, décédé le 6 avril 2O25" />
     </div>
     <div>
       <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <a class="link" href="https://www.portail-ie.fr/univers/2025/remy-pautrat/" target="_blank">Crédit photo</a> 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Hommage-de-Philippe-Clerc-a-Remy-Pautrat-decede-le-6-avril-2O25_a5868.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique</title>
   <updated>2024-12-23T11:48:00+01:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Geopolitique-de-l-innovation-Les-technologies-au-coeur-des-strategies-de-domination-Philippe-Clerc-Academie-de-l_a5565.html</id>
   <category term="Innovation et Connaissance" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/85093325-60707915.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-12-22T10:01:00+01:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Cette communication a été présentée le 20 novembre 2024 à l’occasion du Forum européen de l’intelligence économique et stratégique organisé par la Commission intelligence stratégique et prospective de l’Association aéronautique et astronautique de France, 3AF. Le Forum européen IES était dédié au thème : « L’intelligence stratégique au service de la souveraineté et de la compétitivité. Nouvelles approches pour la résilience face aux défis géopolitiques, environnementaux et technologiques».     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60707915.jpg?v=1734872170" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>  <p style="margin-left: 40px;"><em>…] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors&nbsp;; […]</em> <br />  <em>&nbsp;Alfred de Musset, Confession d’un enfant du siècle.</em> <br />  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Préambule.</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Cette communication se situe dans le prolongement des travaux engagés par l’Académie de I’intelligence Economique sur la nécessité de revisiter, enrichir, repenser nombre d’approches (méthodes, grilles de lecture) de la démarche d’intelligence économique et stratégique. Ce sont les constats issus de l’expérience, mais aussi les réflexions essentielles des prospectivistes[[1]] et celles d’analystes tels que Philippe Baumard[[2]] qui nous y incite comme une urgence. <br />  Je les partage avec Patrick Cappe de Baillon (voir Ph. Clerc, P. Cappe de Baillon, Révolutions technologiques et pouvoir d'industrie. DIPLOMATIE no 129, sept. Oct. 2024..</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Voir la Société française de prospective, Printemps de la prospective 2023,2024.</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Le vide stratégique, CNRS Edition 2012.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Introduction. </b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60707948.jpg?v=1734860247" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Nous poserons - et tenterons de traiter ici&nbsp; la question de la dynamique d’accroissement de puissance des entreprises et des nations par la science et la technologique. <br />  Les technologies critiques et l’innovation se trouvent aujourd’hui au cœur des stratégies souveraineté et de domination des marchés et plus largement des dispositifs de la gouvernance mondiale. La course aux technologies critiques, au premier rang desquelles figurent l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et les biotechnologies, représente désormais un enjeu prioritaire pour notre Nation et nos économies en raison de leurs capacités duales et «&nbsp;des promesses&nbsp;» de suprématie qu’elles portent sur le plan économique et militaire. &nbsp; <br />  Notre hypothèse repose sur le constat que les affrontements géopolitiques, économiques et sociaux sont dirigés par le &nbsp;«&nbsp;pouvoir de l’innovation [[1]]&nbsp; », formalisé en 2023 par &nbsp;Eric Schmid [[2]] , ancien dirigeant de Google et théoricien de la compétition technologique au XXI<sup>e</sup> siècle. <br />   <br />  L’innovation comme «&nbsp; capacité d’inventer, d’adopter et d’adapter de nouvelles technologies&nbsp;» devient&nbsp; une nouvelle force déterminante des relations internationales qu’ il dénomme&nbsp; désormais «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;». &nbsp; Il le définit comme cette force d’influence qui «&nbsp;contribue à la fois au hard et au soft power des nations&nbsp;». Elles &nbsp;en font le socle de leurs stratégies-monde. Le pouvoir d’innovation est donc un levier central dans les rapports de force et la compétition géopolitique et géoéconomique. <br />   <br />  Nous tenterons de décrypter les dynamiques à l’œuvre dans la grande confrontation entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe. Nous nous interrogerons. &nbsp;Comment l’accroissement de puissance s’opère selon un «but de guerre scientifique et technologique&nbsp;», croisant stratégie et technologie, à la recherche de la domination, de la suprématie&nbsp;? Cela pour faire vivre notre modèle social et démocratique au cœur de la rupture industrielle contemporaine. L’enjeu pour l’Europe et plus précisément la France, est très clairement de lutter contre le déclassement, voire le déclin par la définition de stratégie de puissance adaptés à ce nouveau défi. <br />  Et toujours tenter la reconquête de marge d’autonomie stratégique et de souveraineté. <br />  &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] «&nbsp;<em>Innovation Power&nbsp;», Foreign Affairs, février 2023.</em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] <em>Fondateur, en 2021, du laboratoire d’idées «&nbsp;The Special Competitive Studies Project&nbsp;».</em></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Décrypter: « retrouver la soif »  d’analyser et de définir </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Le contexte&nbsp; «&nbsp;d’interrègne&nbsp;» entre un vieux monde et son modèle économique qui disparaît et le nouveau qui surgit, chaotique requiert «&nbsp;une analyse en profondeur&nbsp;» telle que définie par <a class="link" href="https://www.abebooks.com/9789916424971/Lanthropologie-prospective-French-Edition-Berger-9916424977/plp" target="_blank">Gaston Berger</a>, c’est-à-dire «&nbsp;une recherche pluridisciplinaire des facteurs vraiment déterminants et des tendances qui poussent les hommes dans certaines directions[[1]] …&nbsp;». Il convient dès lors de définir les nouvelles réalités, chocs et ruptures, à l’œuvre dans l’environnement géopolitique et géoéconomique.</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Gaston berger. In L’anthropologie prospective. Commenté par Philippe Durance, Cnam&nbsp;. Aravis 2024.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Puissance technologique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60708013.jpg?v=1734861874" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Analyser «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;» et ses conséquences en termes de rapports de force nous conduit vers «&nbsp;le terreau conceptuel&nbsp;» récent de la notion de « puissance technologique ». «&nbsp;Une généalogie courte&nbsp;» nous permet d’identifier Philippe Baumard, qui, en visionnaire, &nbsp;l’a défini dès &nbsp;2003 comme &nbsp;«&nbsp;la capacité de&nbsp;dériver&nbsp; une suprématie économique et sociale durablement défendable d’une puissance d’invention et de transformation technique&nbsp;» et ce, en dépassant «&nbsp;l’excellence en termes de dépôts de brevets, d’avancées techniques [[1]]». &nbsp; <br />   <br />  Il pose les bases &nbsp;de l’organisation nationale d’une stratégie de puissance technologique. Construire une puissance technologique consiste «&nbsp;à s’appuyer sur les pouvoirs coercitifs – celui de l’imposition des standards – et les pouvoirs d’intégration – celui du contrôle des chaînes de valeur et des zones d’influence systémiques autour des technologiques.&nbsp;» Concernant les zones d’influence, Graham Allison vient en 2020&nbsp; utilement rappeler que nos élites occidentales redécouvrent les&nbsp; sphères d’influence en géopolitique. Il définit de telles sphères comme des organisations d’influence&nbsp;&nbsp; et plus précisément&nbsp; «&nbsp;la capacité de puissances d’exiger la déférence d'autres États dans leurs propres régions ou à y exercer un contrôle prédominant [[2]] ».&nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Baumard. La France est-elle encore une puissance technologique ? Colloque États de la <br />  Puissance, en collaboration avec l’École de Guerre Economique, May 2003, Paris, France. hal-03230258</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] <em>Graham Allison, «&nbsp;Les nouvelles sphères d'influence. Partager le globe avec d'autres grandes puissances&nbsp;», Foreign Affairs, mars / avril 2020</em></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence : une grille de lecture et une matrice  utile ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Arrêtons-nous un instant sur l’intérêt de l’approche pour la préoccupation qui est la&nbsp; nôtre de tenter d’innover en termes de grilles de lecture et de matrices pour nos actions et stratégies en univers chaotique. <br />  Philippe Baumard nous incite à «&nbsp;sortir de la cage d’acier&nbsp;» et penser autrement. En ce sens, il relit et intègre dans son analyse les grilles stratégiques de Richard D’Aveni que nous avions invité à Paris, au Sénat, en 2003 [[1]] , à l’occasion d’un séminaire qui lui était dédié sur le thème,&nbsp;«&nbsp;Stratégie, suprématie, sphères d’influence&nbsp;». <br />  Comme nous venons de le mentionner avec Graham Allison, les grilles et matrices de D’Aveni demeurent structurantes &nbsp;tant l’influence envahit le champ de la guerre technologique que se livre les puissances [[2]] . Il convient cependant de les relire à l’aune des nouvelles formes de conflictualité et de confrontations géoéconomiques. &nbsp;Quelles sont-elles&nbsp;?  <div>&nbsp;  <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1">[[1]] Organisé avec le sénateur Serge Vinçon et l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie.</div>    <div id="ftn2">[[2]] «&nbsp;Volet aujourd’hui essentiel à l’expression de puissance, cette nouvelle fonction [l’influence] constitue un élément clé de notre capacité à promouvoir les intérêts de la France et à contrer les actions de nos compétiteurs sur tout le spectre de l’hybridité.&nbsp;» Extrait de la revue stratégique nationale, SGDSN, 2022.</div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conflictualité </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L’influence &nbsp;&nbsp;s’inscrit en effet dans&nbsp; une nouvelle forme de conflictualité que les stratégistes chinois avait défini comme «&nbsp;la guerre de l’intelligence «&nbsp; dans leur livre blanc de la défense (2019). <br />  Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des Armées,&nbsp; décrit cette dynamique selon&nbsp; trois états&nbsp;: la &nbsp;compétition qui consiste &nbsp;à modeler à son avantage les dynamiques relationnelles et cognitives&nbsp;; la contestation qui se traduit par la déstabilisation et la disruption pour &nbsp;«&nbsp;atteindre les moyens de recherche et de production de l’adversaire, créer des dépendances et accentuer celles existantes»&nbsp;; l’affrontement qui vise à détruire par tous les moyens et anéantir. &nbsp; <br />   <br />  Enfin,&nbsp; il convient de noter que «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;» se déploie au cœur de la nouvelle mondialisation «&nbsp;régionalisée&nbsp;» et «&nbsp;fragmentée&nbsp;». La contestation du pouvoir-monde occidental notamment par les «&nbsp;BRICS&nbsp;» et le «&nbsp;Sud global&nbsp;» s’exprime et se construit &nbsp;à travers de nouvelles sphères d’influence, celles des puissances faibles et moyennes. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Confrontation géoéconomique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60708139.jpg?v=1734862238" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Cet accroissement de la conflictualité [[1]] caractérisé par une dynamique de confrontation géoéconomique est basée sur une «&nbsp;arsenalisation&nbsp;» des politiques commerciales. En appui &nbsp;du «&nbsp;pouvoir d’innovation&nbsp;», les puissances mondiales ou régionales déploient des leviers économiques (mesures monétaires, le contrôle des investissements étrangers, les sanctions, les aides d'État et les subventions, les contrôles commerciaux sur l'énergie, les minerais et la technologie, droits de douanes, contrôle des exportations), mais aussi scientifiques (publications, stratégies de brevets, normalisations…)[[2]] . <br />  Pour illustration des stratagème de confrontation, citons l’instrumentalisation du droit à travers des stratégies juridiques (lois extraterritoriales, sanctions, guerre des droits, guerre des normes, guerre des brevets…), économiques (redéploiement des chaîne de production et de valeur). <br />  C’est dans ce spectre que nous situons l’instrumentalisation de la compétition scientifique dans les stratégies de puissance technologiques contemporaines. <br />   <br />  « La projection de la recherche française à l’international est essentielle pour la visibilité et la diplomatie scientifique du pays[[3]]». &nbsp;Le rapport de Paula Forteza sur la France et le quantique[[4]] contenait en 2020 une proposition sur la diplomatie économique à la recherche de coopération &nbsp;que les auteurs auraient tout aussi bien pu nommer «&nbsp;diplomatie scientifique et technologique&nbsp;». <br />  L’objectif des stratégies de confrontation est de découpler les relations&nbsp; économiques entre les nations, à travers des actions d’endiguement, en limitant les biens, les connaissances, les services ou les technologies dans le but d'obtenir un avantage géopolitique et de consolider les sphères d'influence. <br />  &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] <em>Rapport 2023 du Forum économique mondial sur les risques globaux&nbsp;</em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Pour une analyse éclairante de l’histoire longue de ces logiques d’affrontement jusqu’à nos jour nous renvoyons &nbsp;aux travaux que conduits Ali Laïdi depuis des années sur la guerre économique. Plus récemment&nbsp;: Le droit, nouvel arme de guerre économique, Actes Sud, 2019. Les batailles du commerce mondial, Eyrolles, 2021. Histoire mondiale du commerce mondial, Passés composés&nbsp;; 2022. La Chine ou le réveil du guerrier économique, Actes Sud, 2022.</div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 80px;">[[3]] Philippe Gillet. Rapport de la mission sur l’écosystème de la recherche et de l’innovation. Juin 2023.</div>    <div id="ftn4" style="margin-left: 80px;">[[4]] Paula Forteza et al. Quantique&nbsp;: le virage technologique que la France ne ratera pas</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Confrontation et sécurité nationale</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Au-delà de ce que nous pourrions dénommer «&nbsp;tactiques&nbsp;» et stratagèmes, &nbsp;se déploient &nbsp;des stratégies définies dans le cadre de doctrines de sécurité nationale. Elles incluent des démarches de sécurité économique, &nbsp;la stratégie d’innovation et la sécurité scientifique. Selon l’enquête annuelle du World economic forum[[1]]url:#_ftn1 sur les risques-monde<strong>,&nbsp; </strong>28 «&nbsp;économies&nbsp;» ont classé l’objectif «&nbsp;Assurer la sécurité nationale&nbsp;» en priorité dans l’orientation de &nbsp;leurs politiques. 17 «&nbsp;économies&nbsp;» classent «&nbsp;Assurer la sécurité nationale&nbsp;» en premier défi à maitriser&nbsp; pour orienter les politiques . Seules 9 «&nbsp;économies&nbsp;» spécifient l’innovation et l’industrie (États-Unis, Hong Kong, Émirats et Pakistan) dans cet objectif. <br />   <br />  Dans la revue nationale stratégique 2022 de la France qui esquisse des éléments de doctrine de sécurité nationale, &nbsp;le défi est enfin clairement explicité&nbsp;: « L’agressivité dont font preuve nos compétiteurs nous rappelle en effet que rien n’est acquis… Outre nos intérêts diplomatiques, économiques et stratégiques, les nouvelles batailles de l’influence mettent en jeu notre capacité à faire vivre le modèle français et européen.&nbsp;». <br />  Les sphères d’influence émergent comme &nbsp;des acteurs structurants de ces «&nbsp;nouvelles batailles&nbsp;».</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Global Risks report 2024</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La dynamique des sphères d’influence ont pour objectif explicite la suprématie stratégique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Richard D’Aveni&nbsp; les définit dans un ordre de stratégie comme des &nbsp;organisations de combat économique dont l’objectif est la suprématie.&nbsp; S’il conceptualise sa grille pour les entreprises en 2001, il la redéfinit en 2012 pour&nbsp; l’appliquer à la compétition entre les Nations, puis en 2018 [[1]] à la compétition à venir entre «&nbsp;les titan-industriels&nbsp;»pilotés à partir de plateformes fédérant des milliers d’entreprises. &nbsp;&nbsp;Cet élargissement conceptuel&nbsp; intéresse notre analyse. En effet, le pouvoir d’innovation marque selon nous le retour du capitalisme politique tel que défini par Max Weber - liens étroits entre pouvoir politique et intérêts économiques. <br />  &nbsp; <br />  Sa forme moderne repose sur&nbsp; des politiques de recherche et d’innovation au cœur des confrontations géoéconomiques&nbsp;: planification et R&amp;D sur le long terme, soutien aux jeunes pousses industrielles, création de champions nationaux et soutiens aux industries stratégiques et&nbsp; critiques pour la sécurité économique et militaire [[2]] .</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Richard A.D’Aveni, Strategic supremacy. A new conceptualization of market power and strategy, NY: <br />  Free Press, 2001. Richard A.D’Aveni, Strategic capitalism, McGraw Hill, NY, 2012. Richard A.D’Aveni, The Pan-industrial revolution, Houghton, Mifflin, Harcourt, NY. 2018</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Philippe Clerc et Patrick Cappe de Baillon, «&nbsp;Révolutions technologiques et pouvoir d’industrie&nbsp;:le nouveau visage des confrontations mondiales&nbsp;». <a class="link" href="https://www.areion24.news/produit/diplomatie-n-129/" target="_blank">Diplomatie, 129, septembre/octobre 2024.</a> </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence et géoéconomie</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60708793.jpg?v=1734866588" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Chine et Etats-Unis s’affrontent actuellement sur cette base et leur sphère d’influence respective comportent les principaux objectifs &nbsp;suivants&nbsp;: le pouvoir&nbsp; d'établir un ensemble de règles de base du capitalisme auxquelles l’ensemble des parties prenantes &nbsp;se conforme&nbsp;(pouvoir de modifier les perception); le pouvoir&nbsp; de convaincre et d’aider les parties prenantes &nbsp;à modifier leur version du capitalisme pour la rendre compatible avec le système du leader ( pouvoir de séduction)&nbsp;; le pouvoir de modeler la sphère économique des rivaux qui souhaitent jouer selon d'autres règles du capitalisme&nbsp;; le pouvoir&nbsp; d'influencer les systèmes économiques mondiaux les modèles commerciaux, la monnaie internationale, les systèmes financiers, les écosystèmes industriels, les normes et les règles de propriété intellectuelle&nbsp; (pouvoir de formatage). <br />  &nbsp;</div>  <!--cke_bookmark_575S--><!--cke_bookmark_575E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence et entreprises</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L’organisation de la &nbsp;sphère d’influence d’une entreprise illustre plus précisément la construction d’une stratégie de conquête de la suprématie (marché-technologie). La sphère est organisée à partir du cœur/noyau, zone que l’entreprise doit absolument préserver, pour ses revenus et sa survie. Il s’agit de l’espace d’influence géoéconomique qui détermine la suprématie. <br />  La bataille des semi-conducteurs Etats-Unis, Chine, Europe l’illustre. La sphère intègre une zone dite d’intérêts vitaux. Ce sont des marchés interconnectés qui constituent des compléments essentiels (position marché et rentabilité) pour alimenter le cœur/noyau&nbsp;: image de marque, usages nouveaux, maîtrise technologique. <br />  La zone dite «&nbsp;air-bag&nbsp;» d’une sphère d’influence permet de protéger le cœur de la sphère des attaques concurrentes. Il s’agit de marchés et d’écosystèmes technologie/innovation&nbsp; qui rendent difficile pour un concurrent l’attaque du noyau. L’entreprise crée des barrières à l’entrée (innovations disruptives, brevets, marques, normes, standards propriétaires). Intéressant également de distinguer &nbsp;les positions avancées de la sphère, zone de projection vers la sphère des concurrents, de détection de leurs avancées vers un futur avantage critique. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence. « Entrer en stratégie »</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Les différentes zones de la sphère sont amenées à jouer un rôle dans la stratégie de confrontation non destructrice. Les zones air-bag permettent de détecter les attaques concurrentielles sur les marchés ou dans les écosystèmes technologiques intéressant l’entreprise ou une économie. <br />   <br />  Les positions avancées ont pour objet&nbsp; de «&nbsp;harceler de&nbsp; nouveaux entrants&nbsp;» mais aussi de créer des alliances technologiques y compris avec des concurrents (équilibre des forces). L’ensemble de ces actions constitue ce que d’Aveni nomme stratégie de « compression concurrentielle », consistant&nbsp; à réduire la sphère d ’influence d ’un rival&nbsp; (pour le retrancher dans son marché cœur historique) en faisant successivement pression sur ses zones air-bag ou &nbsp;ses zones d ’intérêts vitaux. <br />  A titre d’exemple, l’endiguement contrôlé (managed containment)&nbsp; consiste à bloquer les mécanismes de découverte du concurrent, par la préemption des innovations et des standards. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Europe, France : quelle stratégies de puissance scientifique et technologique ? </b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60709355.jpg?v=1734870950" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Au cœur de cette &nbsp;confrontation, véritable géopolitique de l’innovation, &nbsp;l’Europe et la France [[1]] disposent-elles des ingrédients de la puissance scientifiques et technologique&nbsp;? Ou disparaissent-elles progressivement du monde pour se vassaliser&nbsp;? <br />   <br />  Avant d’aborder les rapports Draghi [[2]]et le rapport Gillet[[ 3]] , respectivement sur les failles du «&nbsp; pouvoir d’innovation&nbsp;» de l’Europe et sur les faiblesses de l’écosystème français de la recherche, un détour par le dernier rapport du Critical Technology Tracker [[1-1]]de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) nous éclairera sur les écarts. <br />  &nbsp; <br />  L’observatoire australien&nbsp; suit l'évolution de 64 technologies identifiées comme critiques par le gouvernement australien dans des domaines tels que la défense, l’espace, l’énergie, l’IA&nbsp;, le quantique ou les biotechnologies. Ses analyses considèrent le volume global mais aussi les 10% publications scientifiques les plus citées dans chaque domaine pour établir leur classement. <br />  Si la précédente édition avait choisi une temporalité de &nbsp;5 ans, l’ édition 2024 analyse les &nbsp;21 dernières années (2003-2023). En résulte &nbsp;la révélation de changements majeurs dans la domination de la recherche. La Chine maîtrise désormais &nbsp;57 des 64 technologies identifiées (Elle n’en maîtrisait que &nbsp;3 il y a 20 ans ).&nbsp; Les États-Unis ont vu leur domination s'éroder avec une&nbsp; maîtrise passant de 60 à 7 technologies critiques sur la période. L'Inde émerge comme un acteur majeur. Elle apparaît &nbsp;dans le top 5 pour 45 technologies. &nbsp;Retenons enfin que 24 technologies sont désormais considérées à "haut risque" de monopole chinois, notamment dans le domaine de la défense.</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1-1]] ASPI’s two-decade Critical Technology Tracker: The rewards of long-term research investment</div>  </div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Baumard. La France est-elle encore une puissance technologique ?, cité.</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Mario Draghi, The future of European competitiveness – A competitiveness strategy for Europe, July 2024</div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 80px;">[[3]] Cité préc.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les chiffres relatifs au déclassement Europe et France : la perte du « pouvoir d’innovation ». </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">La situation de l’Union européenne dans la guerre&nbsp; de l’innovation relève selon Draghi «&nbsp;d’une lente agonie&nbsp;».&nbsp; Jean Tirole, notre Prix Nobel n’hésite pas à écrire que l’Europe est inexistante dans la grande bataille de l’innovation. <br />  En 2022,&nbsp; l’investissement en R&amp;D aux Etats-Unis affichait&nbsp;&nbsp; 3,5% du PIB pour 2,3% en Europe.&nbsp; Concernant les indicateurs de production scientifique, l ’Amérique déposait 174 brevets par habitant lorsque l’Europe en annonçait 104. Le handicap se creuse formidablement lorsque l’ancien patron de BCE, Mario Draghi, affiche les chiffres de l’investissement privé des entreprises européenne rapporté au PIB. Les cinq plus gros investisseurs américains ont dépensé 120 milliards de dollars en 2022. Leurs homologues européens n’ont dépensé que 48 milliards de dollars. <br />   <br />  Le diagnostic approfondi du rapport Draghi&nbsp; relève l’effort important des entreprises allemandes dans le domaine de l’innovation, mais il est&nbsp; freiné par «&nbsp;le piège&nbsp;» des technologies intermédiaires et datée (automobile, chimie) dans lequel l’économie s’est enfermée. Plus loin, le rapport met en avant une priorité liée aux représentations collectives qui distinguent Amérique et Europe vis-à-vis de l’innovation. La culture du risque en Europe affiche une frilosité qui handicape l’investissement dans les technologies de rupture et bride les avancées technologiques décisives. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>France</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">En France, le récent &nbsp;rapport Gillet sur l’écosystème de la recherche et de l’innovation [[1]] avance des constats justes. «&nbsp;Un État se définit aujourd’hui par sa souveraineté en termes de recherche, au même titre qu’en termes de défense nationale ou de justice. Un nouvel enjeu, fondamental. <br />   <br />  Du côté de l’innovation, le grand défi concerne le lien avec la dynamique économique et industrielle[[2]]. Aussi &nbsp;« la projection de la recherche française à l’international est essentielle pour la visibilité et la diplomatie scientifique du pays&nbsp;». <br />  Il «&nbsp;remet sur le devant de la scène des points maintes fois répétés et souvent ignorés&nbsp;…&nbsp;» concernant la recherche &nbsp;: absence de vision de long terme, défaut de réelle stratégie, pas de planification, aucune cohérence financière, absence de coordination des chercheurs. Le rapporteur mentionne le décalage entre le rang très moyen de la France en matière de recherche et son rang de puissance économique. <br />   <br />  « &nbsp;La recherche publique reste sous-financée à l’échelle d’une puissance économique comme la France&nbsp;». Puissance économique&nbsp;? Le&nbsp; «&nbsp;pouvoir d’innovation&nbsp;«&nbsp; repose aussi sur les fondamentaux économiques. Ceux de la France sont mauvais&nbsp;: baisse de la productivité (- 6% depuis 2019), chômage structurel de masse ( 7,3% de la population active), déficit budgétaire (6,2%) du PIB, déficit commercial (3,6% du PIB). <br />  &nbsp;Ces deux constats, experts et solides, sans concession sur le risque avéré de déclassement international exprimé dans le rapport Draghi, ne sortent pas &nbsp;selon nous&nbsp; du &nbsp;paradigme de la puissance fondée sur l’établissement des normes d’excellence sur une large palette d’applications à travers les publications et les dépôts de brevet. <br />  Retenant l’état de «&nbsp;vide stratégique&nbsp;» dans lequel se trouve la France à cet égard, «&nbsp;vide stratégique&nbsp;», au sens de répétition des grilles du passé devenue inopérantes et nous rendant incapables de comprendre la situation et ses risques , au sens aussi «&nbsp;de la scène rendue libre pour de nouvelles réversibilité&nbsp;[[1]]url:#_ftn1 », &nbsp;il convient de replacer au centre de la réflexion pour l’action, «&nbsp;la capacité de «&nbsp;dériver&nbsp;» d’une puissance d’invention (recherche et innovation) et de transformation technique vers une suprématie économique et sociale durablement défendable&nbsp;».</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Gillet, 9 janvier 2024. «&nbsp;Ecosystème de la recherche et de l’innovation&nbsp;». Conférence à l’Académie des technologies <br />  [[2]]&nbsp; Cité préc.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les débats nationaux et collectifs  sur la stratégie à conduire.</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Aux Etats-Unis, la présidence&nbsp; vient de publier un mémorandum [[1]] relatif à la sécurité nationale et l’exploitation de la puissance de l’intelligence artificielle, notamment au sein de l’armée et des services de renseignement.&nbsp; Les Américains s’inquiètent des risques pour la sécurité nationale américaine et celles des alliés des Etats-Unis&nbsp; à propos de l’écosystème technologique que développe les Chinois. <br />  Celui-ci s’inscrit dans une&nbsp; infrastructure numérique ne protégeant pas les données sensibles, permettant une censure de masse, diffusant des informations erronées.&nbsp; Un tel dispositif représente un levier majeur de coercition sur ses rivaux pour la sphère d’influence chinoise. La stratégie de «&nbsp;containment&nbsp;» lancé depuis des années se poursuit afin d’empêcher la Chine d’accéder aux puces&nbsp; avancées essentielles pour l’IA.&nbsp; &nbsp; <br />   <br />  Le Trésor américain a prévu d’ores et déjà pour 2025&nbsp; l’interdiction d’investissements menaçant la sécurité nationale dans les domaine du quantique et de l’IA, ainsi que la sécurisation des chaînes d’approvisionnement pour les puces et les minerais nécessaires à leur fabrication. Pourtant, en mai dernier,&nbsp; Américains et chinois avaient lancé un dialogue sur les risques liés à l’IA.&nbsp; Cette embryon de coopétition s’intègre dans le débat qui s’est amplifié à l’occasion de l’actuelle campagne électorale aux Etats-Unis. <br />   <br />  Le point est important et s’organise &nbsp;selon deux orientations&nbsp;: celle d’abord du protectionnisme (création d’un «&nbsp;enclos haut et étroit&nbsp;» autour des technologies critiques et du développement prioritaires des intérêts de la société américaine choisissant le découplage avec l’économie chinoise, jugé à la fois par la gauche des Démocrates, par des économistes et des&nbsp; partenaires étrangers comme un &nbsp;«&nbsp;jeu à somme nulle&nbsp;». L’IRA et le Chips and science Act sont jugés&nbsp; avant tout comme des armes antichinoises et non &nbsp;dédiées au bien-être national. <br />  Celle, ensuite, de repositionnement de la stratégie américaine&nbsp; vers un renforcement de la coopération mondiale pour le développement et replaçant&nbsp; la stratégie américaine dans un jeu à somme positive. Quoiqu’il en soit la critique de fond demeure du choix du «&nbsp;techno-mondialisme&nbsp;» durant des décennies, basé sur une dichotomie entre&nbsp; l’ouverture large aux marché au détriment&nbsp; la sécurité. D’aucuns appellent à un réarmement en matière d’intelligence stratégique nécessaire au diagnostic des nouveaux risques. &nbsp; <br />   <br />  En Europe, le débat sur la sécurité nationale ne peut se concrétiser, l’Union étant une entité composée de plusieurs nations, mais le débat sur l’autonomie stratégique et la souveraineté peut construire ce que la France a proposé&nbsp;: une Europe-puissance. Des politiques ont été élaborées dans ce sens&nbsp;: la nouvelle politique industrielles et la politique de sécurité économique inédite de la Commission incluant la sécurité scientifique relative au programme de recherche Horizon Europe. A l’instigation des Etats-Unis, la Commission européenne , en 2024, a annoncé qu’elle étudiait les moyens de protéger les semi-conducteurs&nbsp; avancés, l’IA, les&nbsp; technologies quantique et les biotechnologies.&nbsp; Les choix irriguant les stratégies de l’Union vis-à-vis des hégémons chinois et américains semblent clarifiés&nbsp;: «&nbsp;dérisquer&nbsp;» plutôt que «&nbsp;découpler&nbsp;» et quête d’une autonomie stratégique (chaîne de valeur mondiales, dépendances, terres rares, énergie). Le bât blesse cependant sur le choix essentiel d’une Europe-puissance. L’Allemagne même affaiblie économiquement&nbsp; impose une «&nbsp;Europe objet&nbsp;» plus favorable à ses propres intérêts industriels et commerciaux et la France en perte de vitesse n’est plus audible pour contrecarrer ce choix par des alliances de rééquilibrage. &nbsp; <br />   <br />  Concernant la France, regagner progressivement des marges de puissance est possible.&nbsp;&nbsp; Les composants d’une sphère d’influence sont disponibles dans une doctrine d’emploi et d’application de l’intelligence stratégique que constitue la Revue nationale stratégique de 2022, ainsi que dans le dispositif de sécurité économique élaboré et appliqué par le Service de l’information stratégique et de la sécurité économique (SISSE). Encore faut-il décider de passer à l’offensif, entrer en stratégie et sortir de nos cloisonnements qui rendent «&nbsp;nos intelligence aveugles&nbsp;».&nbsp; <br />   <br />  Le chemin d’une telle résilience et d’une telle construction sera long. Compte tenu de la dette publique française, il passera nécessairement par l’Europe et son potentiel de financement. &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Memorandum on Advancing the United&nbsp;States’ Leadership in Artificial Intelligence. <br />  &nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Face «&nbsp;à la lente agonie&nbsp;» et pour ne pas «&nbsp;disparaître du monde&nbsp;», il convient de retrouver le chemin de la mobilisation collective pour construire d’urgence face à la Chine et aux Etats-Unis des sphères d’influence comme équilibre de puissance non destructive, car déjà une menace prévisible se dessine sur le front de l’innovation et de la révolution industrielle. Il s’agit de l’émergence de puissances industrielles que D’Aveni définit comme des titan industriels portés par le capitalisme de plateforme et qui livreront les batailles économiques et technologiques à travers la dynamique des sphères d’influence. Nous pouvons déjà distinguer ces affrontements car nous basculons &nbsp;dans une compétition &nbsp;qui se livrera dans une économie sans frontière lisible, &nbsp;aux activités qui convergent, &nbsp;reliées par des méthodes et des outils &nbsp;de production partagés. <br />   <br />  En effet, ces futurs titans industriels opèreront&nbsp; dans de multiples secteurs d’activités et fabriqueront&nbsp; des produits qui couvrent plusieurs secteurs comme par exemple le marché des équipements agricoles&nbsp;: machines agricoles traditionnelles croisées avec une série d’outils de haute technologie (conduite autonome, télécom et GPS) plus &nbsp;capacité à analyser et répondre aux conditions naturelles (temps, sol, chimie, parasites…) et analyses des tendances des marchés. Il s’appuieront sur l’impression 3D pour la majorité de sa&nbsp; production (économie de gamme et d’échelle) et surtout utiliseront une plateforme digitale&nbsp; pour connecter et optimiser les usines multi-activités qu'ils exploiteront. <br />  La suprématie sur les technologies et les marches s’acquierera grâce&nbsp; &nbsp;à la construction de puissantes sphères d’influence. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de Philippe Clerc</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60709497.jpg?v=1734872336" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Ancien rapporteur général du rapport Martre Intelligence économique et stratégie des entreprises et ancien chef de la mission compétitivité et sécurité économique au SGDN,&nbsp;<a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/philippe-clerc-26638219b/?original_referer=https%3A%2F%2Ffr%2Esearch%2Eyahoo%2Ecom%2F&amp;originalSubdomain=fr" target="_blank">Philippe Clerc</a> est également ancien conseiller expert pour les études et la prospective au sein de CCI France, président de l’Académie de l’intelligence économique et président de l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Économique. <br />   <br />  L’Académie de l’intelligence économique est née en 1993 de la volonté d’un homme, Robert Guillaumot, à un moment important de l’histoire courte de l’intelligence économique en France&nbsp;: la tenue des travaux de la commission présidée par Henri Martre au Commissariat général du Plan. À travers le parcours de son fondateur, l’Académie est née d’un processus d’incubation porté par ce que j’appelle « le creuset international de l’intelligence économique », éclos aux États-Unis. <br />   <br />  <a class="link" href="https://www.cairn.info/revue-internationale-d-intelligence-economique-2020-2-page-107.htm">Source</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85093325-60709503.jpg?v=1734885417" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Geopolitique-de-l-innovation-Les-technologies-au-coeur-des-strategies-de-domination-Philippe-Clerc-Academie-de-l_a5565.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique</title>
   <updated>2024-12-23T13:08:00+01:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Geopolitique-de-l-innovation-Les-technologies-au-coeur-des-strategies-de-domination-Philippe-Clerc-Academie-de-l_a5570.html</id>
   <category term="Innovation et Connaissance" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/85114877-60720646.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-12-22T10:01:00+01:00</published>
   <author><name>Jacqueline Sala</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Cette communication a été présentée le 20 novembre 2024 à l’occasion du Forum européen de l’intelligence économique et stratégique organisé par la Commission intelligence stratégique et prospective de l’Association aéronautique et astronautique de France, 3AF. Le Forum européen IES était dédié au thème : « L’intelligence stratégique au service de la souveraineté et de la compétitivité. Nouvelles approches pour la résilience face aux défis géopolitiques, environnementaux et technologiques».     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720646.jpg?v=1734872170" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <blockquote>  <p style="margin-left: 40px;"><em>…] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors&nbsp;; […]</em> <br />  <em>&nbsp;Alfred de Musset, Confession d’un enfant du siècle.</em> <br />  </blockquote>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Préambule.</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Cette communication se situe dans le prolongement des travaux engagés par l’Académie de I’intelligence Economique sur la nécessité de revisiter, enrichir, repenser nombre d’approches (méthodes, grilles de lecture) de la démarche d’intelligence économique et stratégique. Ce sont les constats issus de l’expérience, mais aussi les réflexions essentielles des prospectivistes[[1]] et celles d’analystes tels que Philippe Baumard[[2]] qui nous y incite comme une urgence. <br />  Je les partage avec Patrick Cappe de Baillon (voir Ph. Clerc, P. Cappe de Baillon, Révolutions technologiques et pouvoir d'industrie. DIPLOMATIE no 129, sept. Oct. 2024..</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Voir la Société française de prospective, Printemps de la prospective 2023,2024.</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Le vide stratégique, CNRS Edition 2012.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Introduction. </b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720648.jpg?v=1734860247" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Nous poserons - et tenterons de traiter ici&nbsp; la question de la dynamique d’accroissement de puissance des entreprises et des nations par la science et la technologique. <br />  Les technologies critiques et l’innovation se trouvent aujourd’hui au cœur des stratégies souveraineté et de domination des marchés et plus largement des dispositifs de la gouvernance mondiale. La course aux technologies critiques, au premier rang desquelles figurent l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et les biotechnologies, représente désormais un enjeu prioritaire pour notre Nation et nos économies en raison de leurs capacités duales et «&nbsp;des promesses&nbsp;» de suprématie qu’elles portent sur le plan économique et militaire. &nbsp; <br />  Notre hypothèse repose sur le constat que les affrontements géopolitiques, économiques et sociaux sont dirigés par le &nbsp;«&nbsp;pouvoir de l’innovation [[1]]&nbsp; », formalisé en 2023 par &nbsp;Eric Schmid [[2]] , ancien dirigeant de Google et théoricien de la compétition technologique au XXI<sup>e</sup> siècle. <br />   <br />  L’innovation comme «&nbsp; capacité d’inventer, d’adopter et d’adapter de nouvelles technologies&nbsp;» devient&nbsp; une nouvelle force déterminante des relations internationales qu’ il dénomme&nbsp; désormais «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;». &nbsp; Il le définit comme cette force d’influence qui «&nbsp;contribue à la fois au hard et au soft power des nations&nbsp;». Elles &nbsp;en font le socle de leurs stratégies-monde. Le pouvoir d’innovation est donc un levier central dans les rapports de force et la compétition géopolitique et géoéconomique. <br />   <br />  Nous tenterons de décrypter les dynamiques à l’œuvre dans la grande confrontation entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe. Nous nous interrogerons. &nbsp;Comment l’accroissement de puissance s’opère selon un «but de guerre scientifique et technologique&nbsp;», croisant stratégie et technologie, à la recherche de la domination, de la suprématie&nbsp;? Cela pour faire vivre notre modèle social et démocratique au cœur de la rupture industrielle contemporaine. L’enjeu pour l’Europe et plus précisément la France, est très clairement de lutter contre le déclassement, voire le déclin par la définition de stratégie de puissance adaptés à ce nouveau défi. <br />  Et toujours tenter la reconquête de marge d’autonomie stratégique et de souveraineté. <br />  &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] «&nbsp;<em>Innovation Power&nbsp;», Foreign Affairs, février 2023.</em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] <em>Fondateur, en 2021, du laboratoire d’idées «&nbsp;The Special Competitive Studies Project&nbsp;».</em></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Décrypter: « retrouver la soif »  d’analyser et de définir </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Le contexte&nbsp; «&nbsp;d’interrègne&nbsp;» entre un vieux monde et son modèle économique qui disparaît et le nouveau qui surgit, chaotique requiert «&nbsp;une analyse en profondeur&nbsp;» telle que définie par <a class="link" href="https://www.abebooks.com/9789916424971/Lanthropologie-prospective-French-Edition-Berger-9916424977/plp" target="_blank">Gaston Berger</a>, c’est-à-dire «&nbsp;une recherche pluridisciplinaire des facteurs vraiment déterminants et des tendances qui poussent les hommes dans certaines directions[[1]] …&nbsp;». Il convient dès lors de définir les nouvelles réalités, chocs et ruptures, à l’œuvre dans l’environnement géopolitique et géoéconomique.</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Gaston berger. In L’anthropologie prospective. Commenté par Philippe Durance, Cnam&nbsp;. Aravis 2024.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Puissance technologique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720650.jpg?v=1734861874" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Analyser «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;» et ses conséquences en termes de rapports de force nous conduit vers «&nbsp;le terreau conceptuel&nbsp;» récent de la notion de « puissance technologique ». «&nbsp;Une généalogie courte&nbsp;» nous permet d’identifier Philippe Baumard, qui, en visionnaire, &nbsp;l’a défini dès &nbsp;2003 comme &nbsp;«&nbsp;la capacité de&nbsp;dériver&nbsp; une suprématie économique et sociale durablement défendable d’une puissance d’invention et de transformation technique&nbsp;» et ce, en dépassant «&nbsp;l’excellence en termes de dépôts de brevets, d’avancées techniques [[1]]». &nbsp; <br />   <br />  Il pose les bases &nbsp;de l’organisation nationale d’une stratégie de puissance technologique. Construire une puissance technologique consiste «&nbsp;à s’appuyer sur les pouvoirs coercitifs – celui de l’imposition des standards – et les pouvoirs d’intégration – celui du contrôle des chaînes de valeur et des zones d’influence systémiques autour des technologiques.&nbsp;» Concernant les zones d’influence, Graham Allison vient en 2020&nbsp; utilement rappeler que nos élites occidentales redécouvrent les&nbsp; sphères d’influence en géopolitique. Il définit de telles sphères comme des organisations d’influence&nbsp;&nbsp; et plus précisément&nbsp; «&nbsp;la capacité de puissances d’exiger la déférence d'autres États dans leurs propres régions ou à y exercer un contrôle prédominant [[2]] ».&nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Baumard. La France est-elle encore une puissance technologique ? Colloque États de la <br />  Puissance, en collaboration avec l’École de Guerre Economique, May 2003, Paris, France. hal-03230258</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] <em>Graham Allison, «&nbsp;Les nouvelles sphères d'influence. Partager le globe avec d'autres grandes puissances&nbsp;», Foreign Affairs, mars / avril 2020</em></div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence : une grille de lecture et une matrice  utile ?</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Arrêtons-nous un instant sur l’intérêt de l’approche pour la préoccupation qui est la&nbsp; nôtre de tenter d’innover en termes de grilles de lecture et de matrices pour nos actions et stratégies en univers chaotique. <br />  Philippe Baumard nous incite à «&nbsp;sortir de la cage d’acier&nbsp;» et penser autrement. En ce sens, il relit et intègre dans son analyse les grilles stratégiques de Richard D’Aveni que nous avions invité à Paris, au Sénat, en 2003 [[1]] , à l’occasion d’un séminaire qui lui était dédié sur le thème,&nbsp;«&nbsp;Stratégie, suprématie, sphères d’influence&nbsp;». <br />  Comme nous venons de le mentionner avec Graham Allison, les grilles et matrices de D’Aveni demeurent structurantes &nbsp;tant l’influence envahit le champ de la guerre technologique que se livre les puissances [[2]] . Il convient cependant de les relire à l’aune des nouvelles formes de conflictualité et de confrontations géoéconomiques. &nbsp;Quelles sont-elles&nbsp;?  <div>&nbsp;  <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1">[[1]] Organisé avec le sénateur Serge Vinçon et l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie.</div>    <div id="ftn2">[[2]] «&nbsp;Volet aujourd’hui essentiel à l’expression de puissance, cette nouvelle fonction [l’influence] constitue un élément clé de notre capacité à promouvoir les intérêts de la France et à contrer les actions de nos compétiteurs sur tout le spectre de l’hybridité.&nbsp;» Extrait de la revue stratégique nationale, SGDSN, 2022.</div>  </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conflictualité </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L’influence &nbsp;&nbsp;s’inscrit en effet dans&nbsp; une nouvelle forme de conflictualité que les stratégistes chinois avait défini comme «&nbsp;la guerre de l’intelligence «&nbsp; dans leur livre blanc de la défense (2019). <br />  Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des Armées,&nbsp; décrit cette dynamique selon&nbsp; trois états&nbsp;: la &nbsp;compétition qui consiste &nbsp;à modeler à son avantage les dynamiques relationnelles et cognitives&nbsp;; la contestation qui se traduit par la déstabilisation et la disruption pour &nbsp;«&nbsp;atteindre les moyens de recherche et de production de l’adversaire, créer des dépendances et accentuer celles existantes»&nbsp;; l’affrontement qui vise à détruire par tous les moyens et anéantir. &nbsp; <br />   <br />  Enfin,&nbsp; il convient de noter que «&nbsp;le pouvoir d’innovation&nbsp;» se déploie au cœur de la nouvelle mondialisation «&nbsp;régionalisée&nbsp;» et «&nbsp;fragmentée&nbsp;». La contestation du pouvoir-monde occidental notamment par les «&nbsp;BRICS&nbsp;» et le «&nbsp;Sud global&nbsp;» s’exprime et se construit &nbsp;à travers de nouvelles sphères d’influence, celles des puissances faibles et moyennes. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Confrontation géoéconomique</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720653.jpg?v=1734862238" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Cet accroissement de la conflictualité [[1]] caractérisé par une dynamique de confrontation géoéconomique est basée sur une «&nbsp;arsenalisation&nbsp;» des politiques commerciales. En appui &nbsp;du «&nbsp;pouvoir d’innovation&nbsp;», les puissances mondiales ou régionales déploient des leviers économiques (mesures monétaires, le contrôle des investissements étrangers, les sanctions, les aides d'État et les subventions, les contrôles commerciaux sur l'énergie, les minerais et la technologie, droits de douanes, contrôle des exportations), mais aussi scientifiques (publications, stratégies de brevets, normalisations…)[[2]] . <br />  Pour illustration des stratagème de confrontation, citons l’instrumentalisation du droit à travers des stratégies juridiques (lois extraterritoriales, sanctions, guerre des droits, guerre des normes, guerre des brevets…), économiques (redéploiement des chaîne de production et de valeur). <br />  C’est dans ce spectre que nous situons l’instrumentalisation de la compétition scientifique dans les stratégies de puissance technologiques contemporaines. <br />   <br />  « La projection de la recherche française à l’international est essentielle pour la visibilité et la diplomatie scientifique du pays[[3]]». &nbsp;Le rapport de Paula Forteza sur la France et le quantique[[4]] contenait en 2020 une proposition sur la diplomatie économique à la recherche de coopération &nbsp;que les auteurs auraient tout aussi bien pu nommer «&nbsp;diplomatie scientifique et technologique&nbsp;». <br />  L’objectif des stratégies de confrontation est de découpler les relations&nbsp; économiques entre les nations, à travers des actions d’endiguement, en limitant les biens, les connaissances, les services ou les technologies dans le but d'obtenir un avantage géopolitique et de consolider les sphères d'influence. <br />  &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] <em>Rapport 2023 du Forum économique mondial sur les risques globaux&nbsp;</em></div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Pour une analyse éclairante de l’histoire longue de ces logiques d’affrontement jusqu’à nos jour nous renvoyons &nbsp;aux travaux que conduits Ali Laïdi depuis des années sur la guerre économique. Plus récemment&nbsp;: Le droit, nouvel arme de guerre économique, Actes Sud, 2019. Les batailles du commerce mondial, Eyrolles, 2021. Histoire mondiale du commerce mondial, Passés composés&nbsp;; 2022. La Chine ou le réveil du guerrier économique, Actes Sud, 2022.</div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 80px;">[[3]] Philippe Gillet. Rapport de la mission sur l’écosystème de la recherche et de l’innovation. Juin 2023.</div>    <div id="ftn4" style="margin-left: 80px;">[[4]] Paula Forteza et al. Quantique&nbsp;: le virage technologique que la France ne ratera pas</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Confrontation et sécurité nationale</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Au-delà de ce que nous pourrions dénommer «&nbsp;tactiques&nbsp;» et stratagèmes, &nbsp;se déploient &nbsp;des stratégies définies dans le cadre de doctrines de sécurité nationale. Elles incluent des démarches de sécurité économique, &nbsp;la stratégie d’innovation et la sécurité scientifique. Selon l’enquête annuelle du World economic forum[[1]]url:#_ftn1 sur les risques-monde<strong>,&nbsp; </strong>28 «&nbsp;économies&nbsp;» ont classé l’objectif «&nbsp;Assurer la sécurité nationale&nbsp;» en priorité dans l’orientation de &nbsp;leurs politiques. 17 «&nbsp;économies&nbsp;» classent «&nbsp;Assurer la sécurité nationale&nbsp;» en premier défi à maitriser&nbsp; pour orienter les politiques . Seules 9 «&nbsp;économies&nbsp;» spécifient l’innovation et l’industrie (États-Unis, Hong Kong, Émirats et Pakistan) dans cet objectif. <br />   <br />  Dans la revue nationale stratégique 2022 de la France qui esquisse des éléments de doctrine de sécurité nationale, &nbsp;le défi est enfin clairement explicité&nbsp;: « L’agressivité dont font preuve nos compétiteurs nous rappelle en effet que rien n’est acquis… Outre nos intérêts diplomatiques, économiques et stratégiques, les nouvelles batailles de l’influence mettent en jeu notre capacité à faire vivre le modèle français et européen.&nbsp;». <br />  Les sphères d’influence émergent comme &nbsp;des acteurs structurants de ces «&nbsp;nouvelles batailles&nbsp;».</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Global Risks report 2024</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La dynamique des sphères d’influence ont pour objectif explicite la suprématie stratégique</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Richard D’Aveni&nbsp; les définit dans un ordre de stratégie comme des &nbsp;organisations de combat économique dont l’objectif est la suprématie.&nbsp; S’il conceptualise sa grille pour les entreprises en 2001, il la redéfinit en 2012 pour&nbsp; l’appliquer à la compétition entre les Nations, puis en 2018 [[1]] à la compétition à venir entre «&nbsp;les titan-industriels&nbsp;»pilotés à partir de plateformes fédérant des milliers d’entreprises. &nbsp;&nbsp;Cet élargissement conceptuel&nbsp; intéresse notre analyse. En effet, le pouvoir d’innovation marque selon nous le retour du capitalisme politique tel que défini par Max Weber - liens étroits entre pouvoir politique et intérêts économiques. <br />  &nbsp; <br />  Sa forme moderne repose sur&nbsp; des politiques de recherche et d’innovation au cœur des confrontations géoéconomiques&nbsp;: planification et R&amp;D sur le long terme, soutien aux jeunes pousses industrielles, création de champions nationaux et soutiens aux industries stratégiques et&nbsp; critiques pour la sécurité économique et militaire [[2]] .</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Richard A.D’Aveni, Strategic supremacy. A new conceptualization of market power and strategy, NY: <br />  Free Press, 2001. Richard A.D’Aveni, Strategic capitalism, McGraw Hill, NY, 2012. Richard A.D’Aveni, The Pan-industrial revolution, Houghton, Mifflin, Harcourt, NY. 2018</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Philippe Clerc et Patrick Cappe de Baillon, «&nbsp;Révolutions technologiques et pouvoir d’industrie&nbsp;:le nouveau visage des confrontations mondiales&nbsp;». <a class="link" href="https://www.areion24.news/produit/diplomatie-n-129/" target="_blank">Diplomatie, 129, septembre/octobre 2024.</a> </div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence et géoéconomie</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720656.jpg?v=1734866588" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Chine et Etats-Unis s’affrontent actuellement sur cette base et leur sphère d’influence respective comportent les principaux objectifs &nbsp;suivants&nbsp;: le pouvoir&nbsp; d'établir un ensemble de règles de base du capitalisme auxquelles l’ensemble des parties prenantes &nbsp;se conforme&nbsp;(pouvoir de modifier les perception); le pouvoir&nbsp; de convaincre et d’aider les parties prenantes &nbsp;à modifier leur version du capitalisme pour la rendre compatible avec le système du leader ( pouvoir de séduction)&nbsp;; le pouvoir de modeler la sphère économique des rivaux qui souhaitent jouer selon d'autres règles du capitalisme&nbsp;; le pouvoir&nbsp; d'influencer les systèmes économiques mondiaux les modèles commerciaux, la monnaie internationale, les systèmes financiers, les écosystèmes industriels, les normes et les règles de propriété intellectuelle&nbsp; (pouvoir de formatage). <br />  &nbsp;</div>  <!--cke_bookmark_575S--><!--cke_bookmark_575E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence et entreprises</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">L’organisation de la &nbsp;sphère d’influence d’une entreprise illustre plus précisément la construction d’une stratégie de conquête de la suprématie (marché-technologie). La sphère est organisée à partir du cœur/noyau, zone que l’entreprise doit absolument préserver, pour ses revenus et sa survie. Il s’agit de l’espace d’influence géoéconomique qui détermine la suprématie. <br />  La bataille des semi-conducteurs Etats-Unis, Chine, Europe l’illustre. La sphère intègre une zone dite d’intérêts vitaux. Ce sont des marchés interconnectés qui constituent des compléments essentiels (position marché et rentabilité) pour alimenter le cœur/noyau&nbsp;: image de marque, usages nouveaux, maîtrise technologique. <br />  La zone dite «&nbsp;air-bag&nbsp;» d’une sphère d’influence permet de protéger le cœur de la sphère des attaques concurrentes. Il s’agit de marchés et d’écosystèmes technologie/innovation&nbsp; qui rendent difficile pour un concurrent l’attaque du noyau. L’entreprise crée des barrières à l’entrée (innovations disruptives, brevets, marques, normes, standards propriétaires). Intéressant également de distinguer &nbsp;les positions avancées de la sphère, zone de projection vers la sphère des concurrents, de détection de leurs avancées vers un futur avantage critique. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Sphère d’influence. « Entrer en stratégie »</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Les différentes zones de la sphère sont amenées à jouer un rôle dans la stratégie de confrontation non destructrice. Les zones air-bag permettent de détecter les attaques concurrentielles sur les marchés ou dans les écosystèmes technologiques intéressant l’entreprise ou une économie. <br />   <br />  Les positions avancées ont pour objet&nbsp; de «&nbsp;harceler de&nbsp; nouveaux entrants&nbsp;» mais aussi de créer des alliances technologiques y compris avec des concurrents (équilibre des forces). L’ensemble de ces actions constitue ce que d’Aveni nomme stratégie de « compression concurrentielle », consistant&nbsp; à réduire la sphère d ’influence d ’un rival&nbsp; (pour le retrancher dans son marché cœur historique) en faisant successivement pression sur ses zones air-bag ou &nbsp;ses zones d ’intérêts vitaux. <br />  A titre d’exemple, l’endiguement contrôlé (managed containment)&nbsp; consiste à bloquer les mécanismes de découverte du concurrent, par la préemption des innovations et des standards. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Europe, France : quelle stratégies de puissance scientifique et technologique ? </b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720659.jpg?v=1734870950" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Au cœur de cette &nbsp;confrontation, véritable géopolitique de l’innovation, &nbsp;l’Europe et la France [[1]] disposent-elles des ingrédients de la puissance scientifiques et technologique&nbsp;? Ou disparaissent-elles progressivement du monde pour se vassaliser&nbsp;? <br />   <br />  Avant d’aborder les rapports Draghi [[2]]et le rapport Gillet[[ 3]] , respectivement sur les failles du «&nbsp; pouvoir d’innovation&nbsp;» de l’Europe et sur les faiblesses de l’écosystème français de la recherche, un détour par le dernier rapport du Critical Technology Tracker [[1-1]]de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) nous éclairera sur les écarts. <br />  &nbsp; <br />  L’observatoire australien&nbsp; suit l'évolution de 64 technologies identifiées comme critiques par le gouvernement australien dans des domaines tels que la défense, l’espace, l’énergie, l’IA&nbsp;, le quantique ou les biotechnologies. Ses analyses considèrent le volume global mais aussi les 10% publications scientifiques les plus citées dans chaque domaine pour établir leur classement. <br />  Si la précédente édition avait choisi une temporalité de &nbsp;5 ans, l’ édition 2024 analyse les &nbsp;21 dernières années (2003-2023). En résulte &nbsp;la révélation de changements majeurs dans la domination de la recherche. La Chine maîtrise désormais &nbsp;57 des 64 technologies identifiées (Elle n’en maîtrisait que &nbsp;3 il y a 20 ans ).&nbsp; Les États-Unis ont vu leur domination s'éroder avec une&nbsp; maîtrise passant de 60 à 7 technologies critiques sur la période. L'Inde émerge comme un acteur majeur. Elle apparaît &nbsp;dans le top 5 pour 45 technologies. &nbsp;Retenons enfin que 24 technologies sont désormais considérées à "haut risque" de monopole chinois, notamment dans le domaine de la défense.</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1-1]] ASPI’s two-decade Critical Technology Tracker: The rewards of long-term research investment</div>  </div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Baumard. La France est-elle encore une puissance technologique ?, cité.</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[2]] Mario Draghi, The future of European competitiveness – A competitiveness strategy for Europe, July 2024</div>    <div id="ftn3" style="margin-left: 80px;">[[3]] Cité préc.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les chiffres relatifs au déclassement Europe et France : la perte du « pouvoir d’innovation ». </b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">La situation de l’Union européenne dans la guerre&nbsp; de l’innovation relève selon Draghi «&nbsp;d’une lente agonie&nbsp;».&nbsp; Jean Tirole, notre Prix Nobel n’hésite pas à écrire que l’Europe est inexistante dans la grande bataille de l’innovation. <br />  En 2022,&nbsp; l’investissement en R&amp;D aux Etats-Unis affichait&nbsp;&nbsp; 3,5% du PIB pour 2,3% en Europe.&nbsp; Concernant les indicateurs de production scientifique, l ’Amérique déposait 174 brevets par habitant lorsque l’Europe en annonçait 104. Le handicap se creuse formidablement lorsque l’ancien patron de BCE, Mario Draghi, affiche les chiffres de l’investissement privé des entreprises européenne rapporté au PIB. Les cinq plus gros investisseurs américains ont dépensé 120 milliards de dollars en 2022. Leurs homologues européens n’ont dépensé que 48 milliards de dollars. <br />   <br />  Le diagnostic approfondi du rapport Draghi&nbsp; relève l’effort important des entreprises allemandes dans le domaine de l’innovation, mais il est&nbsp; freiné par «&nbsp;le piège&nbsp;» des technologies intermédiaires et datée (automobile, chimie) dans lequel l’économie s’est enfermée. Plus loin, le rapport met en avant une priorité liée aux représentations collectives qui distinguent Amérique et Europe vis-à-vis de l’innovation. La culture du risque en Europe affiche une frilosité qui handicape l’investissement dans les technologies de rupture et bride les avancées technologiques décisives. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>France</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">En France, le récent &nbsp;rapport Gillet sur l’écosystème de la recherche et de l’innovation [[1]] avance des constats justes. «&nbsp;Un État se définit aujourd’hui par sa souveraineté en termes de recherche, au même titre qu’en termes de défense nationale ou de justice. Un nouvel enjeu, fondamental. <br />   <br />  Du côté de l’innovation, le grand défi concerne le lien avec la dynamique économique et industrielle[[2]]. Aussi &nbsp;« la projection de la recherche française à l’international est essentielle pour la visibilité et la diplomatie scientifique du pays&nbsp;». <br />  Il «&nbsp;remet sur le devant de la scène des points maintes fois répétés et souvent ignorés&nbsp;…&nbsp;» concernant la recherche &nbsp;: absence de vision de long terme, défaut de réelle stratégie, pas de planification, aucune cohérence financière, absence de coordination des chercheurs. Le rapporteur mentionne le décalage entre le rang très moyen de la France en matière de recherche et son rang de puissance économique. <br />   <br />  « &nbsp;La recherche publique reste sous-financée à l’échelle d’une puissance économique comme la France&nbsp;». Puissance économique&nbsp;? Le&nbsp; «&nbsp;pouvoir d’innovation&nbsp;«&nbsp; repose aussi sur les fondamentaux économiques. Ceux de la France sont mauvais&nbsp;: baisse de la productivité (- 6% depuis 2019), chômage structurel de masse ( 7,3% de la population active), déficit budgétaire (6,2%) du PIB, déficit commercial (3,6% du PIB). <br />  &nbsp;Ces deux constats, experts et solides, sans concession sur le risque avéré de déclassement international exprimé dans le rapport Draghi, ne sortent pas &nbsp;selon nous&nbsp; du &nbsp;paradigme de la puissance fondée sur l’établissement des normes d’excellence sur une large palette d’applications à travers les publications et les dépôts de brevet. <br />  Retenant l’état de «&nbsp;vide stratégique&nbsp;» dans lequel se trouve la France à cet égard, «&nbsp;vide stratégique&nbsp;», au sens de répétition des grilles du passé devenue inopérantes et nous rendant incapables de comprendre la situation et ses risques , au sens aussi «&nbsp;de la scène rendue libre pour de nouvelles réversibilité&nbsp;[[1]]url:#_ftn1 », &nbsp;il convient de replacer au centre de la réflexion pour l’action, «&nbsp;la capacité de «&nbsp;dériver&nbsp;» d’une puissance d’invention (recherche et innovation) et de transformation technique vers une suprématie économique et sociale durablement défendable&nbsp;».</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <div id="ftn2" style="margin-left: 80px;">[[1]] Philippe Gillet, 9 janvier 2024. «&nbsp;Ecosystème de la recherche et de l’innovation&nbsp;». Conférence à l’Académie des technologies <br />  [[2]]&nbsp; Cité préc.</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les débats nationaux et collectifs  sur la stratégie à conduire.</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Aux Etats-Unis, la présidence&nbsp; vient de publier un mémorandum [[1]] relatif à la sécurité nationale et l’exploitation de la puissance de l’intelligence artificielle, notamment au sein de l’armée et des services de renseignement.&nbsp; Les Américains s’inquiètent des risques pour la sécurité nationale américaine et celles des alliés des Etats-Unis&nbsp; à propos de l’écosystème technologique que développe les Chinois. <br />  Celui-ci s’inscrit dans une&nbsp; infrastructure numérique ne protégeant pas les données sensibles, permettant une censure de masse, diffusant des informations erronées.&nbsp; Un tel dispositif représente un levier majeur de coercition sur ses rivaux pour la sphère d’influence chinoise. La stratégie de «&nbsp;containment&nbsp;» lancé depuis des années se poursuit afin d’empêcher la Chine d’accéder aux puces&nbsp; avancées essentielles pour l’IA.&nbsp; &nbsp; <br />   <br />  Le Trésor américain a prévu d’ores et déjà pour 2025&nbsp; l’interdiction d’investissements menaçant la sécurité nationale dans les domaine du quantique et de l’IA, ainsi que la sécurisation des chaînes d’approvisionnement pour les puces et les minerais nécessaires à leur fabrication. Pourtant, en mai dernier,&nbsp; Américains et chinois avaient lancé un dialogue sur les risques liés à l’IA.&nbsp; Cette embryon de coopétition s’intègre dans le débat qui s’est amplifié à l’occasion de l’actuelle campagne électorale aux Etats-Unis. <br />   <br />  Le point est important et s’organise &nbsp;selon deux orientations&nbsp;: celle d’abord du protectionnisme (création d’un «&nbsp;enclos haut et étroit&nbsp;» autour des technologies critiques et du développement prioritaires des intérêts de la société américaine choisissant le découplage avec l’économie chinoise, jugé à la fois par la gauche des Démocrates, par des économistes et des&nbsp; partenaires étrangers comme un &nbsp;«&nbsp;jeu à somme nulle&nbsp;». L’IRA et le Chips and science Act sont jugés&nbsp; avant tout comme des armes antichinoises et non &nbsp;dédiées au bien-être national. <br />  Celle, ensuite, de repositionnement de la stratégie américaine&nbsp; vers un renforcement de la coopération mondiale pour le développement et replaçant&nbsp; la stratégie américaine dans un jeu à somme positive. Quoiqu’il en soit la critique de fond demeure du choix du «&nbsp;techno-mondialisme&nbsp;» durant des décennies, basé sur une dichotomie entre&nbsp; l’ouverture large aux marché au détriment&nbsp; la sécurité. D’aucuns appellent à un réarmement en matière d’intelligence stratégique nécessaire au diagnostic des nouveaux risques. &nbsp; <br />   <br />  En Europe, le débat sur la sécurité nationale ne peut se concrétiser, l’Union étant une entité composée de plusieurs nations, mais le débat sur l’autonomie stratégique et la souveraineté peut construire ce que la France a proposé&nbsp;: une Europe-puissance. Des politiques ont été élaborées dans ce sens&nbsp;: la nouvelle politique industrielles et la politique de sécurité économique inédite de la Commission incluant la sécurité scientifique relative au programme de recherche Horizon Europe. A l’instigation des Etats-Unis, la Commission européenne , en 2024, a annoncé qu’elle étudiait les moyens de protéger les semi-conducteurs&nbsp; avancés, l’IA, les&nbsp; technologies quantique et les biotechnologies.&nbsp; Les choix irriguant les stratégies de l’Union vis-à-vis des hégémons chinois et américains semblent clarifiés&nbsp;: «&nbsp;dérisquer&nbsp;» plutôt que «&nbsp;découpler&nbsp;» et quête d’une autonomie stratégique (chaîne de valeur mondiales, dépendances, terres rares, énergie). Le bât blesse cependant sur le choix essentiel d’une Europe-puissance. L’Allemagne même affaiblie économiquement&nbsp; impose une «&nbsp;Europe objet&nbsp;» plus favorable à ses propres intérêts industriels et commerciaux et la France en perte de vitesse n’est plus audible pour contrecarrer ce choix par des alliances de rééquilibrage. &nbsp; <br />   <br />  Concernant la France, regagner progressivement des marges de puissance est possible.&nbsp;&nbsp; Les composants d’une sphère d’influence sont disponibles dans une doctrine d’emploi et d’application de l’intelligence stratégique que constitue la Revue nationale stratégique de 2022, ainsi que dans le dispositif de sécurité économique élaboré et appliqué par le Service de l’information stratégique et de la sécurité économique (SISSE). Encore faut-il décider de passer à l’offensif, entrer en stratégie et sortir de nos cloisonnements qui rendent «&nbsp;nos intelligence aveugles&nbsp;».&nbsp; <br />   <br />  Le chemin d’une telle résilience et d’une telle construction sera long. Compte tenu de la dette publique française, il passera nécessairement par l’Europe et son potentiel de financement. &nbsp;</div>    <div>  <div style="margin-left: 80px;">&nbsp;</div>    <hr align="left" size="1" width="33%" />  <div id="ftn1" style="margin-left: 80px;">[[1]] Memorandum on Advancing the United&nbsp;States’ Leadership in Artificial Intelligence. <br />  &nbsp;</div>  </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Conclusion</b></div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Face «&nbsp;à la lente agonie&nbsp;» et pour ne pas «&nbsp;disparaître du monde&nbsp;», il convient de retrouver le chemin de la mobilisation collective pour construire d’urgence face à la Chine et aux Etats-Unis des sphères d’influence comme équilibre de puissance non destructive, car déjà une menace prévisible se dessine sur le front de l’innovation et de la révolution industrielle. Il s’agit de l’émergence de puissances industrielles que D’Aveni définit comme des titan industriels portés par le capitalisme de plateforme et qui livreront les batailles économiques et technologiques à travers la dynamique des sphères d’influence. Nous pouvons déjà distinguer ces affrontements car nous basculons &nbsp;dans une compétition &nbsp;qui se livrera dans une économie sans frontière lisible, &nbsp;aux activités qui convergent, &nbsp;reliées par des méthodes et des outils &nbsp;de production partagés. <br />   <br />  En effet, ces futurs titans industriels opèreront&nbsp; dans de multiples secteurs d’activités et fabriqueront&nbsp; des produits qui couvrent plusieurs secteurs comme par exemple le marché des équipements agricoles&nbsp;: machines agricoles traditionnelles croisées avec une série d’outils de haute technologie (conduite autonome, télécom et GPS) plus &nbsp;capacité à analyser et répondre aux conditions naturelles (temps, sol, chimie, parasites…) et analyses des tendances des marchés. Il s’appuieront sur l’impression 3D pour la majorité de sa&nbsp; production (économie de gamme et d’échelle) et surtout utiliseront une plateforme digitale&nbsp; pour connecter et optimiser les usines multi-activités qu'ils exploiteront. <br />  La suprématie sur les technologies et les marches s’acquierera grâce&nbsp; &nbsp;à la construction de puissantes sphères d’influence. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A propos de Philippe Clerc</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720664.jpg?v=1734872336" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      <div style="margin-left: 80px;">Ancien rapporteur général du rapport Martre Intelligence économique et stratégie des entreprises et ancien chef de la mission compétitivité et sécurité économique au SGDN,&nbsp;<a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/philippe-clerc-26638219b/?original_referer=https%3A%2F%2Ffr%2Esearch%2Eyahoo%2Ecom%2F&amp;originalSubdomain=fr" target="_blank">Philippe Clerc</a> est également ancien conseiller expert pour les études et la prospective au sein de CCI France, président de l’Académie de l’intelligence économique et président de l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Économique. <br />   <br />  L’Académie de l’intelligence économique est née en 1993 de la volonté d’un homme, Robert Guillaumot, à un moment important de l’histoire courte de l’intelligence économique en France&nbsp;: la tenue des travaux de la commission présidée par Henri Martre au Commissariat général du Plan. À travers le parcours de son fondateur, l’Académie est née d’un processus d’incubation porté par ce que j’appelle « le creuset international de l’intelligence économique », éclos aux États-Unis. <br />   <br />  <a class="link" href="https://www.cairn.info/revue-internationale-d-intelligence-economique-2020-2-page-107.htm">Source</a> </div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/85114877-60720665.jpg?v=1734885417" alt="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" title="Géopolitique de l’innovation - Les technologies au cœur des stratégies de domination. Philippe Clerc, Académie de l’intelligence économique" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Geopolitique-de-l-innovation-Les-technologies-au-coeur-des-strategies-de-domination-Philippe-Clerc-Academie-de-l_a5570.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Le rapport Martre fête ses 30 ans. Nicolas Moinet rencontre Philippe Clerc et Christian Harbulot.</title>
   <updated>2024-03-04T16:25:00+01:00</updated>
   <id>https://www.veillemag.com/Le-rapport-Martre-fete-ses-30-ans-Nicolas-Moinet-rencontre-Philippe-Clerc-et-Christian-Harbulot_a4741.html</id>
   <category term="Personnalités" />
   <photo:imgsrc>https://www.veillemag.com/photo/art/imagette/78648686-57065371.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2024-02-29T09:20:00+01:00</published>
   <author><name>Nicolas Moinet. IAE Poitiers</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien avec deux pionniers de l’IE : Christian Harbulot alors conseiller d’Henri Martre pour le rapport (actuellement Directeur de l’École de Guerre Économique et de son centre de recherche, le CR 451) et Philippe Clerc, à l’époque Rapporteur général (et actuellement Président de l’Académie de l’IE).     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.veillemag.com/photo/art/default/78648686-57065371.jpg?v=1709201780" alt="Le rapport Martre fête ses 30 ans. Nicolas Moinet rencontre Philippe Clerc et Christian Harbulot." title="Le rapport Martre fête ses 30 ans. Nicolas Moinet rencontre Philippe Clerc et Christian Harbulot." />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Veillemag : Pourquoi « intelligence économique » comme choix du titre du rapport Martre ?</b></div>
     <div>
      <ul>  	<li class="list"><strong>Philippe Clerc&nbsp;:</strong> Je vous corrige&nbsp;: intelligence économique et stratégie&nbsp;!…&nbsp;». &nbsp;La Commission Martre a écrit la motivation de ce choix terminologique dans la définition qu’elle en donne et dans l’analyse qu’elle a produite dans le Rapport. Pour entrer dans l’intelligence de situation des ruptures géopolitiques et géoéconomiques de l’époque, il s’est agi de «&nbsp;dépasser&nbsp;» les pratiques informationnelles existantes, à savoir&nbsp;«&nbsp;les actions partielles de documentation, de veille (scientifique et technologique, commerciale, financière, juridique et règlementaire), de protection du patrimoine concurrentiel, d’influence...». <br />  	Très clairement, il s’agissait d’innover en sortant de «&nbsp;la cage de fer&nbsp;» de Max Weber et de concevoir une démarche globale. Il s’agissait aussi d’échapper à ce que Philippe Baumard a appelé en 2012 le «&nbsp;vide stratégique&nbsp;». Échapper à «&nbsp;l’interminable répétition&nbsp;» en « des schémas hérités du passé&nbsp;». Le choix nous fut inspiré par Philippe Baumard et Christian Harbulot. Philippe, jeune rapporteur du groupe de travail présidé par Jean-Jacques Bonnaud (Gan assurance) nous éclairait à travers son ouvrage de 1991 «&nbsp;Stratégie et surveillance des environnement concurrentiels&nbsp;» dans lequel il définissait «&nbsp;le système d’intelligence&nbsp;» de l’entreprise.&nbsp; Il écrivait&nbsp;: «&nbsp;L’intelligence&nbsp;: un investissement stratégique&nbsp;» en rappelant le cadre opératoire de l’intelligence organisationnelle de Wilensky. Et Christian Harbulot avait d’ores et déjà définit clairement&nbsp;&nbsp; la démarche dans son ouvrage de 1992&nbsp;» La machines de guerre économique&nbsp;».</li>  </ul>    <div class="list">&nbsp;</div>    <ul>  	<li class="list"><strong>Christian Harbulot&nbsp;:</strong> Les premières démarches auprès du Commissariat Général du Plan (CGP) datent de 1991. Une page soulignant l’importance de l’information, avait été rajoutée in extremis dans le rapport du XIème Plan sur la compétitivité. Mais l’idée suggérée au contact du CGP était de travailler sur la question du renseignement économique. Des discussions menées en amont avec le général de Marolles soulignaient l’importance d’une orientation stratégique du pouvoir politique sur une telle question. <br />  	Dans les années 70, Marolles avait d’ailleurs soumis un projet allant dans ce sens à Jacques Chirac lorsqu’il était Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Mais il n’avait pas eu de suite. Les représentants du CGP ont refusé d’aborder ce type de sujet trop sensible. Ils ne voulaient pas qu’on aborde la question des sources fermées. C’est la raison pour laquelle, on s’est rabattu sur l’expression «&nbsp;intelligence économique&nbsp;» qui ne portait que sur la problématique des sources ouvertes. Le terme «&nbsp;intelligence&nbsp;» dans son acception anglo-saxonne était une manière de laisser une porte entrouverte à un approche globale intégrant à la fois le traitement des sources ouvertes sans pour autant négliger l’apport des sources fermées.</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Veillemag : Quels souvenirs gardez-vous du groupe de travail ?</b></div>
     <div>
      <ul>  	<li class="list"><strong>Christian Harbulot&nbsp;:</strong> Nous avons eu la chance d’être présidé par Henri Martre, l’ancien Président de l’Aérospatiale. Il était un des rares grands chefs d’entreprise à avoir compris la nécessité de faire émerger une culture écrite sur le sujet. Il nous laissa une très grande liberté dans la conduite des travaux des différents sous-groupes qui constituaient le groupe de travail. <br />  	Jean-Louis Levet joua un rôle essentiel en tant que chef de service au CGP. C’était un ancien chargé de mission d’Edith Cresson lorsqu’elle était Premier Ministre. Une véritable complicité intellectuelle s’est nouée entre Jean-Louis Levet, Philippe Clerc et moi-même. Elle est incontestablement une des clés de la réussite de la démarche menée au sein du CGP. Tous les sous-groupes de travail n’ont pas eu la même qualité de productivité. Le sous-groupes «&nbsp;entreprises&nbsp;» a été assez décevant car il était trop centré sur la question de la sécurité. Or la création du concept d’intelligence économique devait justement permettre une approche plus globale et centrée sur la rentabilité de l’usage de l’information au service de la stratégie de l’entreprise et pas seulement de sa protection. <br />  	&nbsp;</li>  	<li class="list"><strong>Philippe Clerc&nbsp;:</strong> La présence tutélaire d’Henri Martre, à la fois autorité éclairante, humble par rapport à ce nouveau champ de connaissance et visionnaire exigeante rappelant l’urgence de l’appropriation de la démarche tant le retard de nos dirigeants et de nos organisations en la matière lui paraissait un handicap majeur à l’international.&nbsp; <br />  	L’engagement passionné de la majorité des membres qui ne comptaient pas les heures de leur solidarité et de leur contribution.&nbsp; J’ai en mémoire aussi les tensions, voire les pressions que le rapporteur général eut à subir de la part du SGDN et du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche qui refusaient «&nbsp;le dépassement&nbsp;» que représentait les analyses et propositions de la Commission. Ces dernières en effet tout en décrivant son intérêt se situaient dans une posture d’action stratégique par rapport à la récente création d'un haut conseil de l'information scientifique et technique et d'un comité de coordination de l'information scientifique et technique. Le jour de la mise sous presse, il fallut retirer de la liste officielle des membres de la commission le nom du représentant du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche - à sa demande expresse.</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Veillemag : Quels sont les grands apports du rapport Martre ?</b></div>
     <div>
      <ul>  	<li class="list"><strong>Philippe Clerc&nbsp;: </strong>La volonté de doter la France d’une démarche d’intelligence économique originale, adaptée à notre culture et nos organisations. Premier apport&nbsp;:&nbsp; les définitions (cf. Annexe 1 du rapport – Terminologie)&nbsp;:&nbsp; bien sûr celle de l’intelligence économique qui comporte tout «&nbsp;un procédé explicatif&nbsp;» que Christian Marcon a qualifié en 2014 de remarquable. Autre grand apport&nbsp;: l’inédite analyse comparée des systèmes d’intelligence économique dans le monde. Cela demeure un champ d’analyse et de recherche essentiel, incontournable, qui nous permet de renforcer notre système d’IE et d'innover face aux ruptures, aux chocs, aux bifurcations. Ce détour, «&nbsp;à la François Jullien&nbsp;», par les cultures informationnelles des autres et leurs arsenaux offensifs et défensifs, a marqué les esprits et reste central pour comprendre aujourd’hui les nouvelles formes de conflictualité.&nbsp; Peu l’enseignent aujourd’hui. <br />  	Enfin, le rapport a constitué une véritable feuille de route stratégique, a engendré des vocations, a donné naissance à un métier et à des communautés de pratique remarquables. Mais surtout, il a donné naissance à la première politique publique d’intelligence économique imaginée par le préfet Rémy Pautrat. Il a permis d’enclencher une «&nbsp;arsenalisation&nbsp;» (outils, méthodes, organisations) progressive du pilotage de nos stratégies, y compris dans sa dimension territoriale. Le chemin a été long, je le concède. Avec tant d’avatars&nbsp;!&nbsp;&nbsp; Je pense aussi aux CCI qui, très tôt, ont rédigé un livre blanc «&nbsp;Intelligence économique&nbsp;» et constitué un réseau d’intervention avec ses programmes d’appui aux PME, vivace pendant de nombreuses années.&nbsp; Je pense enfin à la communauté de l’enseignement, aux Universités (Poitiers, Marne-la-Vallée…) et&nbsp;aux écoles (l’EGE pionnière, le CERAM à Nice, l’École européenne d’IE...). Le corpus présenté dans le rapport fut suffisamment solide pour inspirer les premières thèses (celle d’Hélène Masson) et entrainer une dynamique de recherche. <br />  	&nbsp;</li>  	<li class="list"><strong>Christian Harbulot&nbsp;:</strong> Le rapport Martre a permis de sortir du cadre limitatif de la protection du patrimoine. La première partie du rapport soulignait les différences de pratiques entre les économies les plus performantes et surtout le fait que l’accroissement de puissance par l’économie (concept que j’ai développé plus tard au sein d’Intelco/DCI puis de l’EGE) était un aspect fondamental de la grille de lecture des rapports de force économique. Cette dimension n’a pas pu être complètement exposée et exploitée comme l’auraient souhaité les rédacteurs du rapport car les «&nbsp;gardiens du temple&nbsp;» qui verrouillaient les axes de réflexion du CGP ne voulaient pas qu’on aborde la question de la puissance. Un autre apport fondamental du rapport qui a malheureusement été mis de côté était la démonstration exemplaire réalisée à la fois par des représentants de groupes industriels et de l’administration sur les dysfonctionnements informationnels dans l’échec d’un appel d’offres&nbsp;: le cas de la vente du Mirage 2000-5 à la Finlande. &nbsp;Lors de la séance plénière, il nous a été présenté une centaine de transparents traitant de ce retour d’expérience inédit sur les erreurs commises en termes de gestion de l’information.</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Veillemag : Quelles sont les lacunes du rapport ? Qu’est-ce qui n’aurait pas été pris en compte à l’époque ? </b></div>
     <div>
      <ul>  	<li class="list"><strong>Christian Harbulot&nbsp;:</strong> La plus importante fut notre méconnaissance de ce qui avait été fait sous la Présidence du Général de Gaulle, notamment par le biais du CGP. C’est Jean Michel Treille qui avait été chargé de mission durant cette période clé qui me parla des rapports d’étonnement réalisés à la suite de voyages d’étude aux Etats-Unis et au Japon. Rencontré au cours des années 90 grâce à Marolles, cet expert du développement industriel m’a retracé l’historique de ces initiatives très encourageantes, tel que ce système d’échanges d’informations technologiques entre des grands groupes et des moyennes entreprises. Il me donna aussi l’explication de cette rupture de connaissances qui a affecté les rédacteurs du rapport Martre. L’arrivée de Raymond Barre à Matignon a, sur ce point précis, créé une sorte de trou noir. L’apologie d’une vision centrée sur la matrice libérale a eu un effet très négatif sur la pérennisation des initiatives lancées au cours des années 60, notamment sous l’égide du CGP. L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir ne freina pas cette perdition de savoir-faire car le Programme Commun avait d’autres objectifs plus sociaux. La nationalisation des entreprises ne remit pas au centre du jeu la nécessité de définir des axes stratégiques de développement industriel dans un environnement de plus en plus compétitif. <br />  	&nbsp;</li>  	<li class="list"><strong>Philippe Clerc&nbsp;:</strong> Tant de choses. Il faut demeurer humble.&nbsp; Début 1990, notre intelligence sortait progressivement de l’aveuglement.&nbsp; Je retiens deux lacunes. Dans la référence aux expériences nationales emblématiques qui furent mises en place avant la publication du rapport concernant la gestion de l’information dans le pilotage stratégique d’actions publiques et privées, la commission Martre n’a pas traité l’importance de la mutation informatique de la société et donc de l’entreprise. Henri Martre conscient de «&nbsp;la révolution de l’intelligence&nbsp;» à l’œuvre avait décidé, en cours de travaux, de créer un 4<sup>ème</sup> Groupe de travail «&nbsp;Banques de données et intelligence économique&nbsp;»&nbsp;. Les recommandations, certes intéressantes, ne traitent pas de la révolution informatique émergente et à venir. A cet égard, je note que nous n’avons pas adopté de posture prospective dans la conduite de nos travaux. Une seconde lacune concerne l’analyse des processus d’accroissement de puissance par l’économie. Alors qu’au sein du Service du développement technologique et industriel du Commissariat général du plan qui portait la commission Martre, nous conduisions des travaux sur «&nbsp;l’impératif de conquête industrielle&nbsp;» (Commission Descarpentries), nous n’avons pas clairement formalisé dans le rapport la nécessité de concevoir la démarche d’intelligence économique au service de l’accroissement de puissance industrielle et d’un «&nbsp;pouvoir d’innovation&nbsp;» et d’industrie.&nbsp; Car déjà à cette époque entre l’Europe, les Etats-Unis et le Japon, la guerre économique pour la suprématie technologique se livrait à travers les politiques et stratégies industrielles rendues offensives par des stratégies d’IE offensives. <br />  	&nbsp;</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Veillemag : Que faire prioritairement 30 ans après le rapport Martre ?</b></div>
     <div>
      <ul>  	<li class="list"><strong>Philippe Clerc&nbsp;:</strong> Le mettre en œuvre et démultiplier les forces pédagogiques sur le territoires. Nous disposons de plusieurs référentiels très opérationnels (Alain Juillet, Claude Revel). La priorité est désormais «&nbsp;la formation des formateurs&nbsp;». A l’heure où les professionnels américains viennent de populariser leur démarche d’intelligence compétitive prospective en déclarant qu’elle était élevée au rang de science, il est urgent de placer la recherche en IE au rang de priorité. A cette fin, il convient de démultiplier les laboratoires tels que celui de l’EGE (Centre de recherche 451). Écrire une Revue Nationale Stratégique dédiée à l’IE intégrant un indispensable exercice de prospective. &nbsp; <br />  	&nbsp;</li>  	<li class="list"><strong>Christian Harbulot&nbsp;:</strong> Il est urgent de définir des grilles de lecture appropriées au contexte très dangereux dans lequel nous sommes. La pensée politique doit se pencher sur trois chantiers majeurs&nbsp;: la formulation d’un cadre de pensée des affrontements de nature géoéconomique, l’articulation de la prise en compte des besoins vitaux de la population avec les dynamiques de marché ainsi que les logiques financières, la construction d’une résilience territoriale fondée sur une démarche collective qui ne se limite pas à l’appareil d’État. Ce sont en tout cas les pistes de réflexion que se donne le CR451 de l’École de Guerre Économique pour les années à venir. <br />  	&nbsp;</li>  </ul>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Propos recueillis par Nicolas Moinet</b></div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Liens Linkedin</b></div>
     <div>
      <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/philippe-clerc-26638219b/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Philippe Clerc</a>  <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/christian-harbulot-a56b2912/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Christian Harbulot</a>  <br />  <a class="link" href="https://www.linkedin.com/in/nicolas-moinet-4a69ba36/?originalSubdomain=fr" target="_blank">Nicolas Moinet</a>  <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.veillemag.com/Le-rapport-Martre-fete-ses-30-ans-Nicolas-Moinet-rencontre-Philippe-Clerc-et-Christian-Harbulot_a4741.html" />
  </entry>
</feed>
