Personnalités

Les rencontres de l'Africanité sont un nouvel espace de dialogue par Soufyane Frimousse,


David Commarmond




DC : Pouvez-vous nous parler du projet "les Rencontres de l'Africanité"

SF : Dans un contexte marqué par « la nouvelle ruée vers l’Afrique », la jeunesse africaine exprime, de plus en plus, un besoin de reconnaissance, de libertés et de satisfaction des besoins fondamentaux (éducation, nutrition, santé…). L’Europe ne doit pas s’en inquiéter bien au contraire. C’est une opportunité d’établir une réelle rupture avec le passé pour se propulser dans un futur commun.

Ce serait une erreur stratégique majeure pour l’Europe de persister à vouloir maintenir sous curatelle renforcée cette jeunesse africaine hyperactive, dont il faudrait à tout prix brider l’ambition légitime de vouloir s’ériger en puissance mondiale.

L’avenir est ouvert, mais pour cela, il faut aussi libérer la pensée et le dialogue pour créer les conditions de la co-production et de la co-construction.

Pour que l’entité afro-médi-péenne verticale vive, elle doit être portée par une africanité d’abord horizontale puis diffusée et partagée. Car l’africanité est une affirmation et non pas une revendication ni une confrontation avec le monde occidental.

L’africanité, c’est une idée, un projet. C’est penser l’Afrique avec un narratif novateur qui cherche à faire naître un désir d’Afrique sur le continent africain et dans le monde. Seule cette africanité peut amener à passer de relations basées sur des considérations rentières à des relations plus productives car coproduites.

Pour mener ce projet, l’Afrique n’est pas dénuée d’initiatives propres et l’une d’entre elle est de faire émerger l’institut de l’africanité. Cette institution de recherche et de formation réunit des dirigeants, des décideurs, des cadres de haut niveau, des chercheurs, des praticiens du monde entier. Elle est une plateforme de contributeurs du continent africain, de ses diasporas et d’ailleurs.

Tous pensent que « l'Afrique » comptera d'autant plus dans le monde qu'elle sera plus unie.

Rappelons que le continent africain est diversifié, de l’Afrique arabe à l’Afrique australe, riche de diversités culturelles ethniques, religieuses et de systèmes politiques aussi. Il faut mettre en cohérence tout cet ensemble.

Cette construction de l'Afrique et de son unité en relation et en solidarité avec les diasporas africaines peut être le fondement d'une africanité constructive dans une vision prospective. Une Afrique consciente de ses propres ressources, de ce qu'elle apporte au reste du monde sera une Afrique confiante, qui décidera elle-même de ses partenariats.

A travers cet institut de l’africanité, l’Europe et le continent africain trouveront l’un des maillons manquant à leur réel rapprochement et à leur possible intégration régionale.

Ce narratif sur l’africanité se distinguera de ceux porté par la Chine, les US et l’UE (new deal, aides…). Il est également un puissant concurrent à la version subversive du panafricanisme qui ne cesse de dénoncer l’impérialisme et l’occident.

La formation ne doit pas se réduire à rendre opérationnelle une force travail et à discipliner des citoyens et /ou imposer une idéologie ou une foi. -

Sans ce maillon : impossible de construire, d’investir, de sécuriser.
- la fixation des talents pour éviter leur fuite et leur pillage. Il s’agit de changer la nature des mouvements de population et non pas de les stopper.

Non aux mouvements de population de l’Afrique vers l’Europe causés par le réchauffement, les conflits, la pauvreté, le pillage et la fuite des talents, l’exploitation, la prédation…

Oui aux mouvements de population basés sur des échanges mutuellement bénéfiques et équilibrés. Rappelons que la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’habitants en 2050. Il y aura 2, 5 milliards d’Africains et 1,7 milliards d’Indiens. Sur les 8 pays représentant la moitié de la croissance démographique mondiale, 5 seront africains : la République démocratique du Congo, l’Égypte, l’Éthiopie, la Tanzanie et le Nigeria.

L’âge moyen en Afrique sera de 17 ans contre 42 ans en Europe. Avec l’IDA, nous allons travailler sur le temps long, dans la durée…

Nous accompagnons des solutions africaines qui nous le demandent en mobilisant différentes expertises. Il s’agit de décloisonner notre appréhension du continent africain en insistant sur les circulations transnationales des hommes et des idées et les conversations entre les savoirs. Il s’agit également de décentrer notre regard pour interroger les rapports entre la France, l’Europe et l’Afrique.

DC : Pouvez-vous parler de l'institut de l'Africanité ?

SF : L’Institut de l’Africanité repose sur des positions fortes qu’il souhaite promouvoir :
  • la production du savoir. L’Afrique a la chance de pouvoir produire des connaissances qui se dirigent dans le sens de l’inédit, du nouveau, du changement de système… La formation ne doit pas se réduire à rendre opérationnelle une force travail et à discipliner des citoyens et /ou imposer une idéologie ou une foi.
  • sans ce maillon : impossible de construire, d’investir, de sécuriser.
  • la fixation des talents pour éviter leur fuite et leur pillage. Il s’agit de changer la nature des mouvements de population et non pas de les stopper.
Non, aux mouvements de population de l’Afrique vers l’Europe causés par le réchauffement, les conflits, la pauvreté, le pillage et la fuite des talents, l’exploitation, la prédation…


Oui, aux mouvements de population basés sur des échanges mutuellement bénéfiques et équilibrés. Rappelons que la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’habitants en 2050. Il y aura 2, 5 milliards d’Africains et 1,7 milliards d’Indiens.

Sur les 8 pays représentant la moitié de la croissance démographique mondiale, 5 seront africains : la République démocratique du Congo, l’Égypte, l’Éthiopie, la Tanzanie et le Nigeria. L’âge moyen en Afrique sera de 17 ans contre 42 ans en Europe. Avec l’IDA, nous allons travailler sur le temps long, dans la durée…

Nous accompagnons des solutions africaines qui nous le demandent en mobilisant différentes expertises. Il s’agit de décloisonner notre appréhension du continent africain en insistant sur les circulations transnationales des hommes et des idées et les conversations entre les savoirs. Il s’agit également de décentrer notre regard pour interroger les rapports entre la France, l’Europe et l’Afrique.
 

DC : Pouvez-vous nous donner votre vision des enjeux ?

SF : Penser les questions planétaires depuis l'Afrique avec et pour les africains est devenu, selon moi, une urgence et une évidence, également. Le libre-échange, l’ultralibéralisme ne réduit pas les déséquilibres mais les amplifie. Il faut donc redistribuer l’appareil de production et transformer sur place en recourant à la co-production. L’Europe isolé ne peut pas parvenir à sa pleine souveraineté car il lui manque l’énergie, les matières premières…

L’Afrique, quant à elle, a besoin des technologies et du savoir-faire qu’elle peut trouver en Europe. Ce partenariat passe par le partage d’expertises et le perfectionnement des compétences. Nous préconisons la création de chaires de formation et de recherche d’un nouveau genre liant Afrique et Europe avec notamment le statut de chercheur associé pour que des experts puissent venir régulièrement enseigner, encadrer, accompagner et développer en Afrique La diaspora africaine a sûrement un rôle à jouer dans la transmission de connaissances et compétences.

Mais attention, soyons précis car je distingue deux diasporas.

Tout d’abord, il y a la diaspora effrénée d’être adoubé et sanctifié par les instances de reconnaissance extérieures.

La deuxième diaspora est celle des femmes et des hommes ponts/passerelles, véritables agents de la transformation. Ils s’opposent à l’imitation caricaturale. Ils poussent ces deux espaces à une réinvention profonde.

Biographie

Soufyane FRIMOUSSE est Maître de conférences, docteur et habilité à diriger des recherches en Sciences de Gestion. Université de Corse, Université de Montpellier 3. Chercheur associé Essec Business School Paris. Chercheur associé HEC Montréal. Chercheur Centre Jacques Berque Rabat. Chercheur GIS Moyen-Orient et mondes musulmans CNRS.

Rédacteur en chef adjoint de la revue Questions de Management. Ses domaines d’expertise sont le leadership, les modèles alternatifs de management, l’innovation et la gestion de la transformation. Il contribue à plusieurs ouvrages collectifs et à de nombreuses revues académiques et professionnelles françaises et internationales. Il est l’auteur de l’ouvrage - Innovation and agility in the digital age: Africa, the world’s laboratories of tomorrow aux éditions Wiley.

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