Gestion de crise

Interview de Patrick Neveu de Signos : La crise covid accélère la digitalisation des PME, Signos sur le pont pour passer de la réflexion à l'action.


David Commarmond




DC. Signos a 16 ans aujourd’hui, quel regard portent les entreprises sur le mind mapping / cartes heuristiques ?

Patrick Neveu : 16 ans… déjà … mais c’est jeune finalement. Le Mind Mapping est connu depuis le milieu des années 70 et reste encore considéré comme une approche innovante. Alors, certes le Mind Mapping n’est plus un gros mot. Il y a 15 ans, il fallait sans cesse expliquer le concept. Aujourd’hui, il est davantage diffusé.
 
Mais surtout, la pratique a énormément évolué avec plus de 100 logiciels de Mind Mapping sur le marché et plus de 100 millions d’utilisateurs de ces logiciels dans le monde et plusieurs centaines de milliers en France . Quant à la pratique manuelle, certains l’estiment entre 200 et 300 millions d’utilisateurs surtout avec la population étudiante. Mais nous n’avons pas de réelles données quantitatives malheureusement. Le Mind Mapping est surtout connu comme une méthode de prise de notes et de mémorisation.
 
Les entreprises ont des attentes et des besoins différents. Certains collaborateurs souhaitent mieux utiliser leurs neurones mais une plus large majorité souhaitent plus prosaïquement gagner du temps, gagner en efficacité pour communiquer et piloter leurs projets. Les employeurs sont plus enclins à financer ce type de formation. Les éditeurs de logiciels ont également pris ce parti.

DC : A l'inverse, quel regard portez-vous sur l’évolution des outils de mindmapping et leur appropriation par les différentes populations (enfants, adultes, étudiants…) ?

PN : Nous portons un regard émerveillé sur l’évolution des outils numériques : les logiciels de Mind Mapping sont devenus de véritables couteaux suisse de la pensée humaine. Vous pouvez utiliser le Mind Mapping pour réfléchir, communiquer, collaborer, animer des réunions, faire des présentations, piloter des projets, gérer votre temps… que vous soyez un enfant, un étudiant, un adulte, un entrepreneur, un manager, un collaborateur.
 
Un étudiant ne doit pas seulement organiser ses idées et apprendre, il doit aussi faire des exposés, travailler en groupe, réfléchir à son projet professionnel. Une même méthode permet de réaliser efficacement toutes ces tâches : le Mind mapping. Et maîtriser le Mind Mapping lors de ses études, c’est développer une compétence décisive en tant que futur collaborateur et manager. C’est aussi une compétence pour devenir un citoyen actif qui pourra maîtrisera une méthode pour animer des réunions de quartier et organiser des projets citoyens avec ses voisins, dans le cadre d’une association. Nous intervenons également dans le milieu de la concertation citoyenne.
 
Pour Signos, le Mind Mapping est une méthode pour mieux organiser ses idées et développer son esprit critique mais aussi collaboratif. Il trouve donc toute sa place dans les entreprises qui veulent promouvoir l’intelligence collective et les collectivités et associations locales qui veulent promouvoir l’intelligence citoyenne.
 
La plus grande évolution des logiciels de Mind Mapping réside dans les options de gestion de projet que les éditeurs améliorent chaque année et, depuis quelques années, dans les options de collaboration en temps réel ! Il n’a jamais été aussi facile de manager des projets collaboratifs, professionnels ou citoyens !

DC. Pouvez-vous nous en dire plus sur les cartographies mentales ? Sur ses bienfaits sur le cerveau ? Sur l’apprentissage ?

PN : La plupart d’entre nous connaissent ces proverbes populaires : « une image vaut mille mots » ou un « bon schéma vaut bien un long discours. » Bien avant les découvertes scientifiques, le bon sens populaire a compris que la communication visuelle pouvait rendre des services plus efficacement que de la communication orale ou textuelle. Nous connaissons mal les travaux du Docteur Ausubel qui ont inspiré ensuite les travaux du Docteur Novak qui est à l’origine de la méthode des cartes conceptuelles. Leurs conclusions sont claires : la cartographie mentale est une aide à la structuration des idées et des connaissances. Tony Buzan, qui est à l’origine d’une autre technique de cartographie, la fameuse méthode de Mind Mapping, a pour sa part insister sur l’efficacité des cartes mentales pour prendre des notes et mémoriser.
 
Dès qu’on parle de bienfaits pour le cerveau, nous risquons de tomber dans le piège de la théorie cerveau gauche / cerveau droit. Cassons ce neuromythe en évitant de retenir que nous sommes plus cerveau droit que cerveau gauche. Nous sommes les « deux » et tant mieux pour nous. Chacun de nos hémisphères va traiter plus rapidement que l’autre certains types d’informations.
 
Mais retenons que si nous avons un accident cérébral qui touche une de nos aires cérébrales, au nom de la plasticité neuronale, le cerveau est capable de « reprogrammer » le traitement des informations ailleurs dans le cerveau en reconstruisant de nouvelles connexions. L’avantage principale des cartes mentales est justement de solliciter efficacement nos différentes aires cérébrales, ce qui nous procure plus de facilité pour comprendre, analyser et mémoriser les informations !
 
Comme le dit mon fils, qui n’est pas un grand fan de Mind Mapping (sûrement en réaction avec moi ), c’est un outil de fainéant. Je ne lui ai pas donné le choix : je l’ai formé à cette méthode quand il était petit. Plus tard, dans ses études, face à des difficultés, il s’est rappelé cette méthode quand il a dû faire face à des apprentissages plus complexes. Idem pour ma fille qui l’utilise dans ses études, dans sa recherche de stage et dans l’organisation de ses missions en entreprise !

DC. Les confinements, le covid ont profondément touché le monde de l’entreprise, et bien au-delà. Le travail à distance s’est généralisé. A-t-on observé de nouvelles attentes de la part des salariés ou des entreprises vis-à-vis des nouvelles conditions de travail.

PN : Oui ! Voici les questions principales que nous avons reçues : Comment rendre ses réunions à distance plus efficace !? Comment manager ses collaborateurs en télétravail sans les voir de la semaine !? Comment piloter des projets à distance sans réunion de suivi en présentiel !? Comment rester serein et confiant quand on ne voit plus le travail de l’autre physiquement !? Il se peut que vous soyez surpris par le fait que nos clients posent ce type de question car peu de personnes imaginent que le Mind Mapping puisse être une solution pour répondre à ces problématiques du télétravail. C’est l’innovation que Signos apporte sur le plan managérial : nous avons élaboré une méthode, la méthode IDEAXION, pour aider les équipes à mieux collaborer, communiquer et décider en équipe d’une part mais aussi à passer plus facilement de l’idée en l’action. Et comme cette méthode est visuelle, elle révèle encore plus son efficacité dans le contexte du télétravail. Si les méthodes visuelles de travail enrichissent le présentiel, elles révolutionnent le travail à distance et le télétravail.
 
Manager à distance est un défi pour beaucoup de managers qui ne savent pas comment manager la performance de leurs équipes et collaborateurs à distance, comment motiver et entretenir cette motivation dans la distance. Le proverbe « Loin des yeux, loin du cœur » comme on dit, peut insinuer petit à petit de la méfiance. C’est un peu ce que certains managers ressentent. Avec le management visuel, nous pouvons « réduire » la distance mais surtout nous pouvons créer une nouvelle forme de management basé sur la transparence et la confiance. Et cela est un vrai défi !!!

DC. Le monde de l’enseignement semble plus ouvert aux méthodes visuelles, sont-elles devenues prescriptrices ? Les élèves sont-ils conquis ?

PN : Oui et non. Le plus grand problème réside dans la formation des enseignants et dans le temps que ceux-ci consacrent à former les élèves au Mind Mapping et aux autres méthodes visuelles. Ces questions sont encore « maltraitées » et « mal-traitées ». Les cartes mentales sont trop souvent réduites à un support de cours, certes innovantes par rapport à d’autres supports mais le réel bénéfice réside dans l’organisation des idées par les élèves eux-mêmes. Ce n’est pas une simple formation de 2 heures, comme on le voit trop souvent dans les grandes écoles, qui suffit. Nous avons mis en place un programme pour les élèves et les étudiants : en 14 heures, ils acquièrent les fondamentaux du Mind Mapping manuel et numérique. Ensuite, nous demandons aux enseignants d’utiliser les cartes mentales au quotidien dans leurs cours pour ancrer la pratique.

DC. De nombreux colloques internationaux sont organisés sur le mindmapping, pourtant vu de France nous avons toujours l’impression que cette pratique demeure encore confidentielle. Pourtant les principes sont simples, avec du papier et quelques crayons de couleurs on peut s’y mettre. Alors pourquoi cette impression persiste ? Notons d’ailleurs que Paris a accueilli voici quelque jours à la Sorbonne le colloque « TRANSCRIPT », « CARTES MENTALES » : ENTRE TRANSCRIPTION MEMORIELLE ET PROJECTION SYMBOLIQUE.

PN : Une raison très simple : nous restons trop sur des approches intellectuelles ! A ne pas douter, que le contenu de ce colloque international est intéressant, mais ce titre !!!
Alors, oui, du papier et quelques crayons, on peut s’y mettre mais difficile d’y croire au premier abord, si la diffusion passe uniquement par ce type de communication.
 
Et puis nous sommes au 21ᵉ siècle ! C’est aujourd’hui plus efficace et plus rapide de faire une carte au logiciel qu’à la main : facile à modifier, facile à partager à distance et surtout les logiciels de Mind Mapping sont devenus de formidables outils de centralisation des idées, des informations et de documents grâce aux liens hypertextes. Quitte à me répéter, maîtriser les fondamentaux du Mind Mapping prend entre 14h00 et 21h00 seulement ! Donc oui, c’est très simple et très facile avec des bénéfices incroyables. Alors pourquoi, la pratique se diffuse si lentement ?
 
Pourquoi cela résiste ? Une des réponses possible réside dans notre culture scolaire et universitaire qui survalorise ceux qui savent faire de longs et beaux discours. Penser autrement, traiter l’information autrement est suspect. Je me rappellerai toujours une DRH en formation Mind Mapping qui dit à tout le groupe en formation « Si on met des couleurs, c’est qu’on a du temps à perdre. ça ne sert à rien ! »
Une autre piste réside dans notre rapport à la connaissance qui valorise le fait qu’il faut en baver pour réussir. « Si c’est facile, c’est que ce n’est pas efficace ». Et « si on s’amuse, c’est qu’on a du temps à perdre ». Or le plaisir est un moteur incroyablement plus puissant et durable.