Chroniques de la Recherche

#13. Renseignement, contre-ingérence et surveillance. Chroniques de la Recherche - Juin 2026 — Par Christophe Deschamps


Jacqueline Sala
Lundi 1 Juin 2026


En proposant ce rendez-vous, nous souhaitons vous offrir des références fiables pour éclairer l’action et renforcer la décision.



#13. Renseignement, contre-ingérence et surveillance.  Chroniques de la Recherche - Juin 2026 — Par Christophe Deschamps
« L'imagination est une arme. » C'est sur ces mots qu'Emmanuel Chiva, ancien Délégué général pour l'armement, ouvre son intervention TEDxParis consacrée à la Red Team du ministère des Armées : un dispositif qui mobilise auteurs de science-fiction, dessinateurs et scénaristes pour anticiper les ruptures que la prospective classique ne sait plus saisir. Au point que la fiction est devenue, pour les services de défense, un outil de travail à part entière. Cette livraison de neuf travaux récents prolonge ce diagnostic d'un renseignement contemporain en pleine transformation : cyberguerre Iran-Israël-USA quatre ans après le début de l'invasion russe (Stéphane Taillat), retour des « princes » et déstabilisations russes en Europe (Roger Noël), surveillance de masse en Suède via la loi FRA (Stéphane Fosse), cadre juridique de la coopération internationale entre services (Elmo Paloniemi), DGSI dans la sécurité nationale française (Céline Berthon), attachés militaires en zone grise (Georges-Henri Soutou), histoire intellectuelle de la CIA, et une réflexion éthique sur l'emploi du mensonge en HUMINT. De quoi suivre comment se redessinent, sous la pression conjointe du numérique et du droit, les frontières du secret d'État.  

L'imagination est une arme (Emmanuel Chiva, TEDxParis)

Emmanuel Chiva a créé un programme unique pour anticiper les menaces auxquelles la France pourrait être exposée dans les années à venir. Convaincu que les outils de prospective classique atteignent leurs limites face à l'imprévisibilité du monde, il a orchestré l'une des expériences les plus audacieuses de la défense nationale : la création de la « Red Team ». En réunissant auteurs de science-fiction, dessinateurs et scénaristes, il a imposé une nouvelle méthode de travail : imaginer le chaos pour mieux l'anticiper. De la manipulation biologique aux nouvelles formes de fragmentation du réel, il nous dévoile comment, au plus haut sommet de l'État, la fiction est devenue un outil stratégique vital pour anticiper les guerres de demain. Emmanuel Chiva a été Délégué général pour l'armement. Normalien, docteur en biomathématiques et entrepreneur, il conjugue une expertise scientifique de pointe avec une vision stratégique globale. Fondateur et ancien directeur de l'agence de l'Innovation de Défense, il a durablement marqué la scène nationale en décloisonnant les mondes militaire et civil, prouvant qu'en période d'incertitude radicale, la créativité est aussi précieuse que la puissance de feu.

Auteurs : (auteur non renseigné)
Type : Enregistrement vidéo | Langue : FR
Note : enregistrement vidéo TEDxParis
Lien vers la source

Contre-ingérence: La suite du retour annoncé des « princes »

Les tensions croissantes entre la Russie et l'Europe n'ont pas débuté avecl'invasion de l'Ukraine. Elles ont cependant pris une nouvelle dimension, plus inquiétante, depuis que les services russes ont entrepris en Europe, directement ou indirectement, des actions de déstabilisation, dont certaines sont violentes...

Auteurs : Roger Noël
Type : Article de revue | Langue : FR
Lien vers la source

De l'ombre au champ de bataille: Le cyber dans la guerre entre l'Iran, Israël et les États-Unis

Dans un article publié quelques mois après les débuts de linvasion russe à grande échelle de l'Ukraine, Alexis Rapin formulait des hypothèses pour expliquer l'apparent décalage entre les at tentes relatives à la cyberguerre et ses ef fets dans le conflit armé. Intervenant dans un débat en cours, il insistait sur trois possibilités expliquant son impact somme toute limité : l'invisibilité de la conflictualité numérique, l'impotence des moyens cyber et l'immaturite des organisations militaires et de renseignement dans leur emploi en temps de guerre Quatre ans plus tard, la recrudescence des opérations militaires de haute intensité et l'augmentation relative des conflits armés interétatiques permettent d'affiner et d'élargir le regard.

Auteurs : Stéphane Taillat
Type : Article de revue | Langue : FR
Lien vers la source

Internationalisation des méthodes de renseignement. Le cas des attachés militaires


Les attachés militaires font pleinement partie du système westphalien. Leur rôle, tel qu'il avait été établi à la suite du Congrès de Vienne en 1815, fut maintenu après 1919 et réaffirmé par la Convention de la Havane de 1928 et la Convention de Vienne de 1961. Leur domaine de compétence comprend les contacts officiels avec le ministère de la Défense et les militaires des pays hôtes ; ils sont les conseillers militaires de l'ambassadeur. D'autre part il est admis que les attachés militaires pratiquent le renseignement « ouvert », à partir de conversations, de la Presse, de l'observation des manœuvres, etc. En revanche le renseignement « secret » leur est interdit par les conventions internationales (avec à la clé un risque de scandale et d'expulsion). Ceci dit, le renseignement se pratique souvent sur les pays voisins et non pas dans le pays de résidence. Et il existe une zone grise, que l'on résumera par la formule « pas vu, pas pris »

Auteurs : Georges-Henri Soutou
Type : Article de revue | Langue : FR
Note : compte rendu par Georges-Henri Soutou (ouvrage dir. Bunoust-Becques, Arboit, Pöhlmann, Connaissances et Savoirs, 2024)
Lien vers la source

International Cooperation in Civilian Intelligence : Is there a Legal Framework for Intelligence Exchange ?

Cette étude examine le cadre juridique régissant les activités de renseignement, la coopération internationale et l'échange d'informations, en s'attachant tout particulièrement à déterminer s'il existe un cadre réglementaire pour la coopération internationale en matière de renseignement. Une attention particulière est accordée à la législation nationale finlandaise, à l'équilibre entre les droits fondamentaux au niveau national et à la tension permanente entre les activités de renseignement et une société démocratique libre. La recherche vise à clarifier les pouvoirs et les limites imposés par le chapitre 5a de la loi sur la police à la coopération internationale menée par le Service finlandais de renseignement de sécurité (Supo) dans le domaine du renseignement civil. En outre, l'étude compare les cadres juridiques de la Finlande et du Danemark, ainsi que les principes fondamentaux permettant la conduite d'activités de renseignement, en analysant la législation régissant les opérations de renseignement, les mécanismes de contrôle du renseignement et les principales autorités chargées du renseignement dans les deux pays.

Cette étude relève du droit public et fait référence au droit international, au droit de la police et au droit constitutionnel. Les méthodes de recherche utilisées sont la dogmatique juridique et le droit comparé. Les activités de renseignement peuvent être considérées comme une fonction essentielle d’un État moderne. Si un État ne mène pas lui-même d’opérations de renseignement, d’autres le feront certainement sur son territoire. L'objectif est de dresser un tableau actualisé de la situation concernant l'environnement opérationnel, les scénarios de menaces en évolution et les facteurs ayant une incidence significative sur la sécurité nationale, afin d'étayer la prise de décision au plus haut niveau de la direction de l'État. La coopération en matière de renseignement et le renseignement stratégique servent à partager la charge du travail de renseignement et à obtenir un avantage concurrentiel fondé sur l'information par rapport à d'autres États ou concurrents. La coopération en matière de renseignement repose sur l'échange de produits du renseignement et la réciprocité (quid pro quo).

L'étude révèle toutefois qu'une telle coopération ne peut s'établir sans une confiance mutuelle entre les parties. La recherche explore les origines historiques de la communauté internationale du renseignement moderne et le principe du « contrôle par l'autorité d'origine » — c'est-à-dire le principe de confiance régissant l'échange d'informations — qui s'est développé en interne au sein de cette communauté. Une attention particulière est accordée à la tension entre ce principe de confiance, la transparence et le contrôle. Les principales conclusions de l'étude montrent que la réglementation de la coopération internationale en matière de renseignement relève principalement de la législation propre à chaque pays, qui n'accorde généralement de compétences qu'à l'intérieur des frontières nationales.

La comparaison juridique entre la Finlande et le Danemark montre que la réglementation nationale finlandaise tient compte plus efficacement des obligations en matière de droits de l'homme et impose des restrictions plus claires à l'autorité chargée du renseignement civil, tandis que le Danemark réglemente la coopération en matière de renseignement de manière plus souple et plus indulgente. En outre, l'étude démontre que le principe du « contrôle par l'autorité d'origine » (Originator Control) fonctionne de facto comme une norme interne au sein de la communauté du renseignement, guidant l'échange d'informations et la coopération tout en affaiblissant le contrôle externe et la transparence des activités de renseignement.

Auteurs : Elmo Paloniemi
Type : Article de revue | Langue : EN
Lien vers la source


La DGSI, acteur de premier plan de la sécurité nationale

Instituée le 30 avril 2014 par le décret n° 2014-445 relatif aux missions et à l’organisation de la direction générale de la sécurité intérieure, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est l’héritière de deux services : la direction…

Auteurs : Céline Berthon
Type : Article de revue | Langue : FR
Lien vers la source

Christianisme et espionnage. De l'emploi éthique du mensonge et de la dissimulation dans la sécurité nationale

Dans un monde de plus en plus dangereux, l'importance d'un renseignement efficace est véritablement inestimable. Bien que des avancées considérables aient été réalisées dans l'efficacité de la collecte de renseignements numériques, le domaine du renseignement humain (human intelligence, connu sous l'abréviation de HUMINT, en anglais), avec toutes ses implications morales, demeure une pièce essentielle de l'appareil de renseignement de toute nation.

En effet, la nature même du renseignement humain requiert le recours délibéré au mensonge et à la dissimulation pour accomplir ses objectifs. Dans l'optique chrétienne, la Bible présente le mensonge et la dissimulation comme des interdits universels, même si certains cas justifient qu'on puisse dire des contre-vérités. Ainsi, le présent travail de recherche établit-il l'argument suivant : le recours au mensonge et à la dissimulation ne sont justifiés que pour la défense de vies humaines innocentes, de même que l'honnêteté devrait constituer le choix par défaut de tous les professionnels du renseignement national.

Auteurs : Brett Newman
Type : Article de revue | Langue : FR
Lien vers la source

The intelligence intellectuals: Social scientists and the making of the CIA


Auteurs : Paul McGarr
Type : Article de revue | Langue : EN
Note : compte rendu par Paul McGarr (ouvrage de Peter C. Grace, Georgetown University Press, 2026)
Lien vers la source

La loi FRA suédoise : quand un État neutre légalise la surveillance de masse

#13. Renseignement, contre-ingérence et surveillance.  Chroniques de la Recherche - Juin 2026 — Par Christophe Deschamps
En juin 2008, la Suède adopte la loi FRA, autorisant la Försvarets radioanstalt à intercepter tout le trafic internet câblé traversant ses frontières. Un cas d'école sur les dérives de la surveillance étatique.

Auteurs : Stéphane Fosse
Type : Page Web | Langue : FR
Lien vers la source

#4. Mars 2026. Knowledge management. Chroniques de la Recherche Veille, Intelligence économique, Renseignement — Par Christophe Deschamps
 
Christophe DeschampsIntelligence Économique Ph.D , est chercheur et docteur en sciences de l'information et de la communication au CEREGE (Université de Poitiers). Consultant-formateur spécialisé dans la veille stratégique, il explore depuis plus de vingt ans les liens entre technologies, usages et circulation de l'information, tant dans leurs dimensions personnelles que professionnelles.
Depuis 2004, il anime le blog outilsfroids.net, espace d'observation et d'expérimentation autour des technologies de l'information. Il y teste et documente des outils de veille, d'OSINT et de gestion des connaissances, en cherchant à comprendre comment leurs usages transforment nos pratiques quotidiennes. Par cette approche pragmatique et réflexive il souhaite éclairer la manière dont les innovations, depuis le web 2.0 jusqu'aux IA génératives, modifient en profondeur nos façons d'apprendre, de collaborer et de produire du sens.

Publications :
- La boîte à outils de l'intelligence économique. Dunod. 2011
- Organisez vos données personnelles. L'essentiel du Personal Knowledge Management. Eyrolles. 2011
- Le nouveau management de l'information. FYP. 2009
Auteur sur Linkedin : https://www.linkedin.com/in/chdeschamps/
Thèse : "La phase d’analyse dans le cycle de la veille stratégique : conditions d’une mise en œuvre pertinente dans le cadre d’organisations françaises "  Lien Thèses.fr
Télécharger la thèse


#CyberIntelligence #CyberWarfare #DigitalSecurity #IntelligenceInnovation #NationalSecurityTech #CyberThreats #DefenseTechnology #TechStrategy #CyberOperations #FutureOfWarfare
 


La prochaine #10 Chronique de la Recherche sera consacrée à l'Intelligence Artificielle