Gouvernance

20 janvier. Souveraineté numérique : l’heure du discernement a sonné à Bercy


David Commarmond
Lundi 12 Janvier 2026


Alors que plus de 80 % des technologies clés utilisées en Europe restent importées, la France entend rompre avec une dépendance devenue critique. Le Sommet de la Souveraineté Technologique, organisé le 20 janvier 2026 à Bercy, marque un tournant : celui où acteurs publics et industriels veulent transformer l’urgence politique en puissance numérique réelle.



Face au constat cinglant que plus de 80 % des technologies numériques clés utilisées dans l’Union européenne sont importées, le monde de la tech française refuse désormais la fatalité de la « vassalisation ». C'est sous cet angle radical que s’ouvre l’agenda de 2026 avec un rendez-vous pivot : la seconde édition du Sommet de la Souveraineté Technologique et de l'Autonomie Stratégique, prévue le 20 janvier 2026 au Ministère de l’Économie et des Finances.

 

La fin de l’« aveuglement numérique »

L’angle original de ce sommet, porté par l’Innovation Makers Alliance (IMA), dépasse la simple question de la localisation des serveurs. Comme le souligne Christophe Grosbost, directeur stratégique de l’IMA, la question n’est plus seulement de savoir où sont nos données, mais de répondre à cette interrogation qui dérange : « Êtes-vous d’accord pour acheter votre intelligence ailleurs ? ». À l'heure où l'IA commence à orienter les décisions humaines, la dépendance technologique devient une « délégation du discernement lui-même ».
 
Le Sommet de Bercy n'est donc pas une simple conférence technique, mais un impératif stratégique pour les 300 organisations (incluant la quasi-totalité du CAC 40) ayant co-signé le Manifeste pour la Souveraineté Technologique.

Un programme sous le signe de l'action

L’événement, animé par Frédéric Simottel, réunira la « crème » de l’écosystème souverain pour transformer l'impératif politique en réalité industrielle. 

Les temps forts du sommet s’annoncent particulièrement denses. Le député Philippe Latombe ouvrira le bal en éclairant les enjeux législatifs, tandis que Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, détaillera la stratégie de construction d’infrastructures européennes de confiance portée par Scaleway et Kyutai.
Dans un registre très opérationnel, Olivier Biton, Group CIO du Crédit Agricole S.A., présentera un plan d’achats numériques souverains qui témoigne de la volonté des grands groupes de passer enfin à l’action.
Enfin, Emmanuel Le Roux (Atos Group) reviendra sur le rachat d’Eviden par l’État en juillet 2025 et dévoilera l’ambition de structurer une filière d’excellence dans le calcul avancé et le quantique.

 

Le Manifeste : 33 leviers pour une reconquête

Au cœur de ce sommet, le Manifeste pour la Souveraineté. Ce document pragmatique ne se contente pas de pétitionner ; il propose 33 recommandations structurées pour agir à trois niveaux : européen, national et organisationnel.

À l’échelle européenne, le manifeste appelle à l’adoption d’un Small Business Act et à la création d’une véritable union des marchés de capitaux afin de donner un élan décisif aux champions technologiques émergents.
Sur le plan national, il demande une commande publique harmonisée ainsi que l’instauration d’un « bonus souveraineté » fiscal pour encourager l’achat de solutions locales.
Enfin, du côté des entreprises, l’IMA prévoit de lancer une plateforme de transparence destinée à rendre visibles les besoins technologiques privés et à ouvrir des marchés jusqu’ici opaques aux acteurs français les plus innovants.

Focus : L'Indice de Résilience Numérique (IRN)

L'une des innovations majeures présentées lors du sommet sera l'IRN (Indice de Résilience Numérique).

Lancé par le think tank Digital New Deal, cet instrument de place permet aux entreprises de mesurer, comparer et piloter leur autonomie réelle face aux menaces géopolitiques. Adossé à 8 piliers (stratégie, cybersécurité, cloud, open-source, etc.), l'IRN offre enfin un cadre objectif pour sortir des postures idéologiques et entrer dans la gouvernance de la résilience.

50 champions sur le devant de la scène

Le sommet mettra en lumière 50 entreprises françaises prêtes à briser les silos. De l'IA Agentique (Dust, Mistral, Naaia) au Low-Code (Convertigo, Simplicité, Timetonic) en passant par le Cloud souverain (Numspot, Scaleway), ces acteurs démontrent que la France dispose d’alternatives crédibles pour chaque couche de la stack technologique.

Ce rendez-vous du 20 janvier 2026 s'annonce comme le point de bascule nécessaire : celui où l'Europe choisit de ne plus être une simple consommatrice d'IA et de services cloud, mais une puissance capable de protéger son patrimoine informationnel et son génie industriel.