Intelligence des risques

30 avril 2026. PROTÉGER POUR DÉCIDER. SÛRETÉ DES ENTREPRISES DU TERRITOIRE : ENJEUX LOCAUX ET INTERNATIONAUX.

Par Olivier Cardini


Jacqueline Sala
Mardi 24 Mars 2026


À l’occasion de la table ronde co-organisée par la délégation militaire du Morbihan, le 30 avril au 3ᵉ RIMA de Vannes, Olivier Cardini, correspondant Bretagne de l’Académie de l’intelligence économique, abordera avec les intervenants les enjeux de sûreté auxquels les entreprises du territoire sont confrontées, localement comme lors de leur déploiement à l’international. Un moment d’échange qui promet d’être concret, ancré dans la réalité locale. Il a bien voulu répondre à nos questions.



Inscription obligatoire : dmd56.cmi.fct@intradef.gouv.fr
 (Invitation téléchargeable à la fin de l’article.)
Lieu : Cercle Rossignol. 55 avenue de Verdun 56000 VANNES
30 avril 2026. PROTÉGER POUR DÉCIDER. SÛRETÉ DES ENTREPRISES DU TERRITOIRE : ENJEUX LOCAUX ET INTERNATIONAUX.

Pourquoi cette table ronde maintenant, et pourquoi à Vannes ? Le Morbihan concentre des actifs stratégiques, mais ce n’est pas toujours visible pour tous. Qu’est ce qui vous a poussé à organiser cet événement ici, et en quoi le territoire est-il particulièrement concerné par les enjeux de sûreté économique et cyber ?

Avant de parler d’actifs stratégiques, parlons du territoire et de ses spécificités.
Avec par exemple, 57 ports maritimes, le port de Lorient et le 3ème port de pêche français, 514 entreprises dans le nautisme et la construction navale. Un positionnement atlantique qui possède des routes de navigations militaires et commerciales. En Intelligence économique, la géographie n’est jamais neutre ... elle attire les actifs et les actifs attirent les convoitises.  Un grand secteur exposé, c'est évidemment le maritime, avec le secteur de la défense, d’où l’importance de la présence à la table ronde de Christian Cevaër le directeur de France cyber maritime. La valeur n'est pas seulement dans les équipements, elle est dans les savoir-faire incorporés, dans les cerveaux (le fameux facteur humain), dans les méthodes, dans les plans.

Mais le maritime, dans le Morbihan, c'est aussi la pêche, la conchyliculture, le nautisme de compétition. Les matériaux composites haute performance développés pour la course au large ont des applications directes dans les drones et les systèmes d'armement. La porosité civil-militaire dans ce domaine est réelle et on la retrouve au sein de différentes entreprises morbihannaises.

Un autre secteur stratégique est l'agroalimentaire, avec 140 entreprises agroalimentaires de plus de 20 salariés, plaçant le territoire comme la première région agroalimentaire française. Coopératives laitières, industries de transformation, semenciers, acteurs de l'agri-biotech, ce tissu représente une énorme valeur ajoutée et un patrimoine informationnel convoité.

Les rachats par des fonds aux structures opaques, les transferts technologiques déguisés en partenariats de recherche avec des modes opératoires déjà documentés à l'échelle nationale sont une réalité. La présence de la DGSI à cette table ronde sera particulièrement riche sur ses points.

Le troisième sujet, ce sont les PME, startups technologiques. Des entreprises qui travaillent sur des technologies de pointe, notamment l’IA, dans l’agroalimentaire, le maritime, parfois à double usage, dont certaines gravitent dans l'orbite des programmes de défense, dont le niveau de sensibilisation des collaborateurs est parfois variable. Une entreprise sans politique de sensibilisation de ses équipes est une entreprise ouverte, ce que rappellera la DGSI le 30 avril. Elle parlera sans doute du risque dit invisible : l'attaque par la chaîne de sous-traitance.
 

Quels risques spécifiques touchent les entreprises morbihannaises lorsqu’elles opèrent à l’international, et comment mieux préparer leurs collaborateurs exposés ?

On peut citer les entreprises morbihannaises qui opèrent à l'international, avec du personnel parfois en zone sensible. Un commercial qui négocie un contrat au Moyen-Orient, un ingénieur qui assure une mise en service en Asie du Sud-Est avec son ordinateur connecté aux réseaux locaux, ces personnes sont des vecteurs d'exposition sans le savoir. Non pas parce qu'elles sont mal intentionnées, mais parce qu'elles n’ont pas été préparées pour reconnaître une tentative d'approche. La présence du directeur général de Scutum Sécurit First William Martin sera très intéressante sur tous ses points avec des exemples concrets et d’actualité. On parlera avec lui, notamment, de la préparation indispensable et du suivi des voyageurs au travers de services physiques et numériques. On abordera le protocole avant départ en zone sensible, le contact référent que le collaborateur doit connaître etc ... ? William Martin possède une très riche expérience à l’international.

Le Morbihan n'est pas exposé malgré ses actifs. Il est exposé à cause d'eux, et en proportion de leur valeur. Un territoire qui se bat pour attirer l'investissement et rayonner à l'international doit accepter que cette ambition s'accompagne d'une discipline de protection.
 

Pouvez-vous nous faire une courte présentation des autres intervenants à cette table ronde ?

Tout d’abord interviendra le directeur général Christian Cevaër de Cyber maritime France qui est l’organisation nationale qui accompagne concrètement les acteurs du monde maritime et portuaire face aux menaces cyber, avec des réponses adaptées à leurs réalités terrain, pas des solutions génériques.  L’organisme comprend différents acteurs : publics (administrations, collectivités ...), utilisateurs (compagnies maritimes, ports, chantiers navals ...) et fournisseurs de solutions (logiciel, formation, recherche ...).

Il y aura également le Colonel (ER) William Martin, après 28 années de carrière au sein de l’armée de Terre, dont près de 20 ans passés dans les forces spéciales,  dirige aujourd’hui la société SSF (Scutum Security First), spécialisée dans l’accompagnement et la gestion du risque à l’international pour les entreprises. Il abordera lors de la table ronde les problématiques de manière concrète, l'analyse des risques stratégiques, d’intelligence d’environnement, de préparation et suivi des voyageurs au travers de services physiques et numériques. Le témoignage de William Martin le 30 avril, permettra de comprendre comment ce continuum des actions de sûreté participe à la création de valeur des entreprises confrontées à l’instabilité géopolitique et aux menaces criminelles à travers ce monde très instable.

Le 3ème intervenant, sera la Direction générale de la sécurité intérieure, plus connu sous le nom de DGSI. Le service français de renseignement intérieur, éclairera sur l’importance de se protéger contre les fuites d’informations sensibles et les menaces sur les intérêts nationaux, adaptées aux PME, ETI et acteurs de la recherche du territoire.

Quelles sont vos trois informations les plus précieuses, celles dont la divulgation ou la captation par un concurrent vous ferait le plus de mal ?

Posée à un dirigeant, cette question provoque souvent une hésitation. Beaucoup se limitent à évoquer un brevet, une formule, un secret industriel. Rares sont ceux qui citent spontanément la liste de leurs clients stratégiques, la structure de leurs marges, l’identité de leurs fournisseurs critiques ou l’agenda de leurs négociations. Cette méconnaissance de ses propres actifs sensibles illustre un angle mort majeur : la cybersécurité a capté l’essentiel de l’attention, mais la sûreté économique dépasse largement les pare-feux et les antivirus.

La plupart des compromissions significatives commencent par une faille humaine, un employé approché, une conversation imprudente, un document partagé trop vite. Une entreprise peut disposer d’une politique interne solide et être pourtant compromise par un prestataire informatique, un transporteur ou un partenaire commercial à l’étranger. L’exposition ne s’arrête jamais aux murs de l’entreprise, elle s’étend à tout son écosystème, une réalité que peu de dirigeants ont réellement intégrée.

En quoi l’activité internationale d’une entreprise accroît-elle son niveau d’exposition, parfois à son insu ?

C’est le quatrième point aveugle, et l’un des plus préoccupants. Une PME morbihannaise qui exporte dans cinq pays, travaille avec un agent en Thaïlande, un distributeur au Brésil et participe à plusieurs salons internationaux se croit souvent moins concernée que les grands groupes. C’est l’inverse : en proportion de ses moyens de protection, elle est parfois plus vulnérable.

Ce sujet sera au cœur des échanges avec William Martin, qui apportera son expérience du terrain et des exemples concrets. Il serait pourtant injuste d’y voir de la négligence. Ce déficit de culture de sûreté tient aussi à la nature même du risque : diffus, invisible, non daté. Un chef d’entreprise gère le présent, ses commandes, sa trésorerie, ses recrutements. La menace, elle, ne figure pas dans le compte de résultat… jusqu’au jour où un concurrent sort exactement le même produit six mois plus tôt. Le coût d’une compromission informationnelle est rarement connu, car souvent jamais détecté. L’absence de sinistre visible entretient une illusion de sécurité qui n’est en réalité qu’une illusion de chance.


Malgré le travail important mené en Bretagne par la gendarmerie nationale et le SISSE, la prise de conscience reste incomplète. C’est précisément l’ambition de la table ronde du 30 avril : dépasser les discours théoriques pour confronter les dirigeants à des cas réels, anonymisés, à des retours d’expérience opérationnels. Non pas une conférence descendante, mais un espace d’échanges où les dirigeants questionnent, débattent, proposent. Une table ronde ne résout pas tout, mais elle ouvre une porte. Le risque serait de croire qu’y assister équivaut à une politique de sûreté. Ce serait remplacer une illusion par une autre.

Que vont retirer les participants de cette soirée ? Vous réunissez des acteurs étatiques et privés, de la DGSI à France Cyber Maritime en passant par des experts du risque international. Qu’espérez-vous que les chefs d’entreprise retiennent de ces échanges, et comment cela peut-il les aider à « décider demain » comme vous le dites ?

Une table ronde ne rend pas une entreprise sûre. Elle ne remplace pas un audit de sécurité, une politique de gestion des accès, une formation des équipes ou un contrat avec un prestataire cybersécurité compétent. En revanche, c'est peut-être le déclic qui transforme un sceptique en acteur motivé. Et un acteur motivé qui repart avec deux ou trois actions concrètes à mettre en œuvre vaut infiniment mieux que le sceptique sans cap opérationnel du début.

Une table ronde c’est aussi l’occasion de créer des connexions. Elle permet de construire un maillage humain territorial autour de la sûreté économique. Et dans ce domaine, les réseaux de confiance sont aussi importants que les outils techniques, parce que quand une menace se matérialise, la première réaction d'un dirigeant est d'appeler quelqu'un en qui il a confiance, pas de consulter un annuaire.

Une table ronde sur la sûreté économique réussit quand elle pousse à l’action sans paralyser. Celle qui transforme une menace abstraite en risque gérable. Si les entreprises morbihannaises repartent en se disant que leur exposition était plus sérieuse qu'elles ne le pensaient, qu'elles savent maintenant quoi regarder en premier ... c'est déjà une réussite.
La sûreté économique se comprend. Et on ne la comprend vraiment que le jour où on réalise qu'on était déjà exposé avant même d'avoir posé la question.
 

A propos de...

Olivier Cardini est consultant en intelligence économique depuis 1996. Installé en Bretagne, il accompagne ses clients de manière personnalisée pour les aider à mieux comprendre et décoder leur environnement, souvent complexe, et à renforcer les coopérations en plaçant l’humain au centre.

Son travail consiste notamment à identifier les risques, en particulier ceux liés au facteur humain et aux pratiques de social engineering. Il aide ensuite les équipes à transformer ces signaux faibles en pistes d’action concrètes.

Il intervient aussi comme formateur auprès d’étudiants, de dirigeants et de leurs équipes. Par ailleurs, il organise ou co-organise régulièrement des événements professionnels, comme des tables rondes et des conférences.

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