Quand la crise déborde les plans
Imaginez une cellule de crise où chaque décision — ou chaque hésitation — déclenche une série d’effets inattendus. Où la pression médiatique, les tensions institutionnelles et l’urgence opérationnelle transforment une situation déjà délicate en un véritable casse-tête humain et organisationnel. C’est le quotidien des responsables hospitaliers, des agences sanitaires ou des autorités préfectorales.
Les retours d’expérience des crises récentes — pandémie de COVID-19, cyberattaques, catastrophes naturelles — montrent une limite persistante : les plans de crise, aussi détaillés soient-ils, ne préparent pas suffisamment à la gestion des signaux faibles, aux effets dominos ou aux arbitrages sous pression. Or, c’est précisément dans ces zones grises que se joue la résilience des établissements et la sécurité des patients.
Une immersion réaliste, loin des exercices classiques
Pour combler ce fossé, le MTC du CHU de Rouen propose une formation certifiée par la Commission internationale de médecine de catastrophe, articulée autour d’iCrisis, un dispositif d’immersion inédit. Contrairement aux exercices traditionnels, les participants sont répartis en trois cellules distinctes — hôpital, ARS, préfecture, par exemple — et plongés dans un scénario évolutif piloté en temps réel.
Aux commandes, une cellule d’animation composée de professionnels aguerris : experts de santé, cadres de sécurité civile, juristes, spécialistes de gestion de crise. Ils incarnent tour à tour les médias, les secours, les autorités, les porte-parole de la société civile… et adaptent le scénario en fonction des décisions, des non-décisions et des coopérations — ou absence de coopérations — entre cellules.
Mettre à nu les biais et les tensions sous stress
L’objectif n’est pas de tester la conformité à un plan, mais de révéler les mécanismes humains et organisationnels qui émergent sous stress. Lors des retours d’expérience, les participants ne décrivent pas seulement leurs actions : ils expriment leurs émotions — doute, frustration, sentiment d’isolement — et analysent les difficultés systémiques rencontrées, qu’il s’agisse de délais de transmission, d’incompréhensions des rôles ou de pression médiatique.
En miroir, les membres de la cellule d’animation partagent leurs propres expériences de crises réelles — anciens ministres, cadres de la DGSCGC, urgentistes, avocats spécialisés — créant un dialogue fécond entre théorie et terrain.
Des données en temps réel pour objectiver les dysfonctionnements
Autre particularité d’iCrisis : la captation intégrale des échanges entre cellules. Elle permet de produire, dès le RETEX, des statistiques et visualisations — nuages de mots, cinétiques de flux d’information, diagrammes communicationnels — qui mettent en lumière les biais structurels, fonctionnels ou communicationnels. Une approche validée par des travaux universitaires, qui montrent que cette immersion provoque un aguerrissement comparable à l’exposition à une véritable crise.
Déjà intégrée dans des formations du CNAM, de Mines Nancy, de l’UPEC ou de l’Université Senghor, iCrisis sera déployée lors de la prochaine session du MTC, les 9 et 10 juin à Rouen, limitée à 30 participants.

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