Alors que le marché entretient la confusion entre automatisation et agentivité, Ludovic Desgranges, CEO Newscore, propose de clarifier les lignes de force qui permettent de reconnaître un véritable agent informationnel — et d’en mesurer la valeur stratégique.
Qu’est-ce qui fait réellement la différence entre un agent IA et un outil qui intègre de IA ? Comment déceler l’outil intelligent d’une suite de tâches inflexibles ?
Ludovic Desgranges : C’est la question que s’est récemment posée un grand industriel français de la BITD.
Le cas d’usage : un article parfaitement aligné avec leur priorité stratégique, qui rentre dans le cadre de leur requêtage booléen, qui croise sémantiquement et contextuellement leurs critères de recherche, mais qui, in fine, a été automatiquement écarté par leur système agentique.
Pourquoi ? Une brique « IA » aurait, elle, poussé ce contenu avec ferveur. En effet les workflows AI sont capables de résumer, interroger en langage naturel et synthétiser de larges volumes d’informations. Ce sont de très bons dispositifs d’optimisation de lecture. Et un workflow performant aurait remonté cet article conforme à l’ensemble des critères définis en amont.
Mais la particularité de cet article n’est pas son contenu. Il n’est pas non plus question de la véracité de l’information rédigée. Non, le problème est la source émettrice de cet article. Source qui a été formellement associée quelques semaines plus tard par une agence française spécialisée en lutte informationnelle à une campagne d’ingérence attribuée à un État hostile à la France.
Ce groupe industriel en question possède un véritable Agent IA. Une solution spécialisée dans la recherche sémantique et contextuelle. Mais surtout une technologie capable de prendre des décisions en autonomie, exempt d’exécution stricte de règles parfois incomplètes ou nécessitant des exceptions. Une solution qui trouve les informations pertinentes et fact-check les sources qui les produisent.
Cette distinction met en lumière une confusion croissante entre deux approches. D’un côté, des chaînes de traitement reposant sur des modèles de langage, améliorant les workflows existants sans en modifier la nature. De l’autre, des systèmes dotés d’une capacité d’arbitrage, capables de hiérarchiser, voire de contredire une requête initiale. C’est cette faculté de décision autonome qui constitue le fondement de l’agentivité. Tant qu’elle n’est pas clairement identifiée, le marché de la veille stratégique entretient une ambiguïté en assimilant des outils enrichis à de véritables agents.
Cette capacité d’arbitrage ne relève ni d’une opacité incontrôlable ni d’une prise de décision arbitraire. Elle repose sur deux conditions essentielles. D’une part, l’accès à un contexte riche et structuré, incluant l’historique des usages, les sensibilités sectorielles, les signaux faibles et les corpus de référence, sans lequel aucune décision pertinente ne peut être formulée. D’autre part, une traçabilité complète des choix opérés : sélection ou exclusion d’une source, justification, temporalité et signaux mobilisés.
Cette transparence permet de transformer une apparente désobéissance en processus collaboratif, dans lequel le veilleur conserve une visibilité totale et la capacité de validation finale.
Le cas d’usage : un article parfaitement aligné avec leur priorité stratégique, qui rentre dans le cadre de leur requêtage booléen, qui croise sémantiquement et contextuellement leurs critères de recherche, mais qui, in fine, a été automatiquement écarté par leur système agentique.
Pourquoi ? Une brique « IA » aurait, elle, poussé ce contenu avec ferveur. En effet les workflows AI sont capables de résumer, interroger en langage naturel et synthétiser de larges volumes d’informations. Ce sont de très bons dispositifs d’optimisation de lecture. Et un workflow performant aurait remonté cet article conforme à l’ensemble des critères définis en amont.
Mais la particularité de cet article n’est pas son contenu. Il n’est pas non plus question de la véracité de l’information rédigée. Non, le problème est la source émettrice de cet article. Source qui a été formellement associée quelques semaines plus tard par une agence française spécialisée en lutte informationnelle à une campagne d’ingérence attribuée à un État hostile à la France.
Ce groupe industriel en question possède un véritable Agent IA. Une solution spécialisée dans la recherche sémantique et contextuelle. Mais surtout une technologie capable de prendre des décisions en autonomie, exempt d’exécution stricte de règles parfois incomplètes ou nécessitant des exceptions. Une solution qui trouve les informations pertinentes et fact-check les sources qui les produisent.
Cette distinction met en lumière une confusion croissante entre deux approches. D’un côté, des chaînes de traitement reposant sur des modèles de langage, améliorant les workflows existants sans en modifier la nature. De l’autre, des systèmes dotés d’une capacité d’arbitrage, capables de hiérarchiser, voire de contredire une requête initiale. C’est cette faculté de décision autonome qui constitue le fondement de l’agentivité. Tant qu’elle n’est pas clairement identifiée, le marché de la veille stratégique entretient une ambiguïté en assimilant des outils enrichis à de véritables agents.
Cette capacité d’arbitrage ne relève ni d’une opacité incontrôlable ni d’une prise de décision arbitraire. Elle repose sur deux conditions essentielles. D’une part, l’accès à un contexte riche et structuré, incluant l’historique des usages, les sensibilités sectorielles, les signaux faibles et les corpus de référence, sans lequel aucune décision pertinente ne peut être formulée. D’autre part, une traçabilité complète des choix opérés : sélection ou exclusion d’une source, justification, temporalité et signaux mobilisés.
Cette transparence permet de transformer une apparente désobéissance en processus collaboratif, dans lequel le veilleur conserve une visibilité totale et la capacité de validation finale.
Comment peut-on soit même jauger un agent IA informationnel ?
Voici 4 critères combinés qui font la différence entre un agent IA et un outil intégrant l’IA.
Seuil 1. Prioriser.
Un vrai agent ne se contente pas de résumer ce qu’on lui donne. Il lit, il classe, il hiérarchise ce qui doit arriver sous les yeux d’un humain, et ce qui ne doit pas y arriver. La curation, c’est-à-dire le filtrage fin d’un corpus informationnel, est la partie chronophage du métier de veilleur. Aujourd’hui, la plupart des solutions dites « IA » se contentent d’alléger la synthèse d’articles déjà sélectionnés par l’humain, ou par une règle booléenne. C’est mettre la charrue avant les bœufs : le gain de temps est réel mais marginal, car le goulot d’étranglement se situe en amont : à la sélection.
Seuil 2. Sourcer.
La veille traditionnelle travaille sur un périmètre de sources définies à l’avance, avec un équilibre implicite entre confort, pertinence et habitude. Un véritable agent est capable d’élargir dynamiquement ce périmètre lorsque le veilleur le souhaite : découvrir des sources non listées mais structurellement pertinentes, y compris dans des langues, des formats (vidéos, réseaux sociaux, forums) ou des registres que le veilleur humain ne couvre pas, parce qu’il ne les lit pas, ou parce qu’il n’a pas le temps.
Seuil 3. Fiabiliser.
Trouver une information n’est que la moitié du travail ; la seconde moitié, toujours négligée par les briques IA, est d’évaluer la fiabilité de sa source dans le contexte de son usage. Ce scoring ne peut pas être statique (telle source = tant de points) ; il doit être dynamique, continu, nourri par des signaux évolutifs : ancienneté du domaine, expertise des ressources internes, présence dans des index de désinformation, corrélation avec des sources réputées, déclaration d’intention éditoriale.
Seuil 4. Décider dans le contexte, et rendre la décision visible.
C’est le critère qui, seul, tranche véritablement. Un agent doit être capable d’arbitrer selon la situation, et non selon une règle figée. Choisir de transmettre telle information plutôt que telle autre. Choisir d’écarter une source qui matchait pourtant la requête, parce que le contexte suggère qu’elle pollue plus qu’elle n’éclaire. Choisir d’élever une alerte, ou au contraire de se taire. Ce quatrième seuil est celui que le marché n’ose presque jamais revendiquer, parce qu’il suppose que l’agent a le droit de ne pas faire ce qu’on lui demande. La plupart des éditeurs considèrent que ce droit relève du bug. Il relève, en réalité, du cœur métier.
Encore faut-il, pour que ce droit soit légitime, qu’il soit assorti d’un devoir de transparence. Un agent qui écarte une source sans le dire ne vaut pas mieux qu’un outil qui la fait remonter sans contexte. La légitimité de la décision tient à deux choses indissociables :
1) la richesse du contexte sur lequel elle s’appuie : plus ce contexte est complet, plus la décision est défendable.
et
2) la visibilité de la décision pour l’humain qui supervise. L’agent ne remplace pas le veilleur. Il supporte une charge cognitive qu’aucun humain ne peut soutenir (traiter des milliers d’items par jour, dans plusieurs langues et formats), tout en rendant traçable ce qu’il a choisi de faire, et de ne pas faire.
Seuil 1. Prioriser.
Un vrai agent ne se contente pas de résumer ce qu’on lui donne. Il lit, il classe, il hiérarchise ce qui doit arriver sous les yeux d’un humain, et ce qui ne doit pas y arriver. La curation, c’est-à-dire le filtrage fin d’un corpus informationnel, est la partie chronophage du métier de veilleur. Aujourd’hui, la plupart des solutions dites « IA » se contentent d’alléger la synthèse d’articles déjà sélectionnés par l’humain, ou par une règle booléenne. C’est mettre la charrue avant les bœufs : le gain de temps est réel mais marginal, car le goulot d’étranglement se situe en amont : à la sélection.
Seuil 2. Sourcer.
La veille traditionnelle travaille sur un périmètre de sources définies à l’avance, avec un équilibre implicite entre confort, pertinence et habitude. Un véritable agent est capable d’élargir dynamiquement ce périmètre lorsque le veilleur le souhaite : découvrir des sources non listées mais structurellement pertinentes, y compris dans des langues, des formats (vidéos, réseaux sociaux, forums) ou des registres que le veilleur humain ne couvre pas, parce qu’il ne les lit pas, ou parce qu’il n’a pas le temps.
Seuil 3. Fiabiliser.
Trouver une information n’est que la moitié du travail ; la seconde moitié, toujours négligée par les briques IA, est d’évaluer la fiabilité de sa source dans le contexte de son usage. Ce scoring ne peut pas être statique (telle source = tant de points) ; il doit être dynamique, continu, nourri par des signaux évolutifs : ancienneté du domaine, expertise des ressources internes, présence dans des index de désinformation, corrélation avec des sources réputées, déclaration d’intention éditoriale.
Seuil 4. Décider dans le contexte, et rendre la décision visible.
C’est le critère qui, seul, tranche véritablement. Un agent doit être capable d’arbitrer selon la situation, et non selon une règle figée. Choisir de transmettre telle information plutôt que telle autre. Choisir d’écarter une source qui matchait pourtant la requête, parce que le contexte suggère qu’elle pollue plus qu’elle n’éclaire. Choisir d’élever une alerte, ou au contraire de se taire. Ce quatrième seuil est celui que le marché n’ose presque jamais revendiquer, parce qu’il suppose que l’agent a le droit de ne pas faire ce qu’on lui demande. La plupart des éditeurs considèrent que ce droit relève du bug. Il relève, en réalité, du cœur métier.
Encore faut-il, pour que ce droit soit légitime, qu’il soit assorti d’un devoir de transparence. Un agent qui écarte une source sans le dire ne vaut pas mieux qu’un outil qui la fait remonter sans contexte. La légitimité de la décision tient à deux choses indissociables :
1) la richesse du contexte sur lequel elle s’appuie : plus ce contexte est complet, plus la décision est défendable.
et
2) la visibilité de la décision pour l’humain qui supervise. L’agent ne remplace pas le veilleur. Il supporte une charge cognitive qu’aucun humain ne peut soutenir (traiter des milliers d’items par jour, dans plusieurs langues et formats), tout en rendant traçable ce qu’il a choisi de faire, et de ne pas faire.
Qu’attendre véritablement d’un agent IA informationnel ?
Le marché des éditeurs de logiciel a longtemps vendu de la manipulation d’outil : des interfaces pour cliquer, filtrer, exporter. Cette ère s’achève, non parce que l’humain sort du jeu, mais parce que la répartition des rôles change. L’agent opère. L’humain contextualise et assume la décision qui en découle.
Les directions stratégiques n’attendent pas aujourd’hui un outil pour mieux ranger. Elles attendent un livrable utile. Un filtre transparent qui n’est plus là uniquement pour synthétiser mais pour arbitrer dans un contexte donné aux côtés de son utilisateur, sans trahir son intention et sans l’aveugler.
C’est à ce test de collaboration qu’il faut juger la prochaine génération de solutions de veille stratégique.
Les directions stratégiques n’attendent pas aujourd’hui un outil pour mieux ranger. Elles attendent un livrable utile. Un filtre transparent qui n’est plus là uniquement pour synthétiser mais pour arbitrer dans un contexte donné aux côtés de son utilisateur, sans trahir son intention et sans l’aveugler.
C’est à ce test de collaboration qu’il faut juger la prochaine génération de solutions de veille stratégique.
Ludovic Desgranges, merci d'avoir répondu à nos questions.
Ludovic Desgranges est cofondateur et CEO de NewsCore.
Ancien investisseur en capital-risque, il a accompagné de nombreuses startups technologiques dans leurs phases de structuration et de croissance. Il a également travaillé sur des enjeux de stratégie et d'innovation au sein du groupe La Poste.
Il cofonde NewsCore avec Valentin Desgranges, ancien consultant en affaires publiques et spécialiste des dynamiques institutionnelles et médiatiques, et François Auger, ingénieur en intelligence artificielle, à l'origine du développement technique de la plateforme.
Ensemble, ils conçoivent un outil de cyberintelligence destiné aux grandes organisations confrontées à la surcharge informationnelle et aux risques informationnels.
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