La mort du Guide suprême, révélateur d’un régime à bout de souffle
L'Iran a confirmé la mort d'Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique, tué dans l'attaque américano-israélienne qui a ouvert une nouvelle guerre au Moyen-Orient.
Avec sa disparition, ce n'est pas seulement un homme qui tombe, mais la colonne vertébrale d'un ordre politique construit autour d'une autorité unique, religieuse, militaire et institutionnelle. Depuis des décennies, Khamenei incarnait bien davantage qu'un chef d'État au sens classique. Il concentrait la direction des forces armées, la supervision du programme balistique, le contrôle des Gardiens de la Révolution, l'arbitrage des grandes nominations publiques et, surtout, la capacité de fixer les limites du champ politique. Il décidait, en dernière instance, qui pouvait gouverner, jusqu'où, et sous quelles conditions.
Avec sa disparition, ce n'est pas seulement un homme qui tombe, mais la colonne vertébrale d'un ordre politique construit autour d'une autorité unique, religieuse, militaire et institutionnelle. Depuis des décennies, Khamenei incarnait bien davantage qu'un chef d'État au sens classique. Il concentrait la direction des forces armées, la supervision du programme balistique, le contrôle des Gardiens de la Révolution, l'arbitrage des grandes nominations publiques et, surtout, la capacité de fixer les limites du champ politique. Il décidait, en dernière instance, qui pouvait gouverner, jusqu'où, et sous quelles conditions.
Sa mort équivaut donc à une décapitation du régime. Le traumatisme est d'autant plus profond qu'il intervient dès les premières heures d'une guerre majeure. Comme pour Hassan Nasrallah, autre pilier de l'axe chiite éliminé en pleine confrontation, le message est clair : frapper le sommet pour désorganiser la structure. Mais dans le cas iranien, la portée est encore plus vaste, car Khamenei n'était pas seulement un allié stratégique, il était le centre de gravité du système.
Une disparition qui ouvre brutalement la succession
Depuis longtemps, en Iran, la question du post-Khamenei existait à voix basse. Elle circulait dans les cercles du pouvoir, dans le clergé, chez les Pasdaran, dans les institutions chargées de préparer l'après. La crise économique, les protestations internes, la répression, l'usure idéologique du régime avaient déjà montré qu'un cycle touchait à sa limite. Mais tant que Khamenei restait vivant, cette question demeurait contenue. Sa disparition, en pleine guerre, transforme ce débat latent en urgence absolue.
L'homme qui avait traversé la guerre contre Saddam Hussein et accompagné la consolidation de la République islamique depuis 1989 disparaît au moment même où le système qu'il a contribué à durcir et à verrouiller est pris pour cible. D'où la gravité du moment : la République islamique doit désormais prouver qu'elle peut survivre à son principal architecte, et qu'elle est autre chose qu'un régime suspendu à un seul homme.
La transition : unité affichée, incertitudes réelles
Officiellement, le mot d'ordre est l'unité. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement, a affirmé que tous les scénarios avaient été envisagés. C'est la réponse classique d'un État qui veut montrer qu'il ne vacille pas. Mais derrière cette posture se dessine une réalité plus complexe : une transition de cette nature, en pleine guerre, ne peut être qu'instable.
La figure centrale de cette séquence semble être Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, qui a posé les premiers jalons du mécanisme institutionnel. Selon lui, un conseil directeur intérimaire doit être formé rapidement. Il regroupera le président Masoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i, ainsi qu'un juriste issu du Conseil des gardiens. Ce trio assumera la conduite du pays jusqu'à l'élection d'un nouveau Guide.
Cette formule n'est pas anodine. Elle vise à maintenir ensemble les trois piliers essentiels du régime : l'exécutif, l'appareil judiciaire et la légitimité religieuse-juridique. En d'autres termes, le système tente de se protéger contre le vide en organisant une continuité collective. Mais une transition collégiale n'efface pas les rivalités : elle les suspend, provisoirement.
Le rôle des Pasdaran et la question du vrai pouvoir
La grande inconnue reste celle des Pasdaran. Depuis des années, ils sont considérés comme le bloc le plus susceptible de peser sur l'après-Khamenei, voire d'en devenir le véritable centre de gravité. Leur puissance militaire, économique et politique leur donne un poids incomparable. Mais ils ont eux aussi encaissé des coups majeurs, et nul ne sait encore quelle figure, ou quel clan, pourrait imposer sa ligne dans un moment aussi critique.
C'est là le cœur du problème. La bataille de succession ne portera pas seulement sur le nom du futur Guide suprême. Elle portera sur la nature même du régime qui émergera de cette guerre. Une République islamique toujours dominée par le clergé institutionnel ? Un système plus ouvertement militarisé ? Un compromis instable entre factions religieuses, sécuritaires et technocratiques ? Pour l'instant, chacun observe, calcule, attend.
L'heure de vérité pour la République islamique
La mort de Khamenei ouvre donc une phase qui dépasse de loin la simple succession. Elle met à nu la question fondamentale que le régime repoussait depuis des années : peut-il survivre à la fin de l'homme qui l'a incarné pendant près d'un demi-siècle ? Le court terme impose la cohésion. Le moyen terme fera remonter toutes les fractures. Et le long terme dira si la République islamique possède encore une capacité d'adaptation ou si elle entre dans une séquence de durcissement, de fragmentation, voire d'épuisement.
La vraie question n'est peut-être même pas de savoir qui deviendra le prochain Guide. La vraie question est plus brutale : après Khamenei, la République islamique a-t-elle encore un avenir, ou seulement un sursis ?
Sources
https://www.reuters.com/world/middle-east/more-strikes-aimed-iran-after-us-israeli-assault-kills-supreme-leader-2026-03-01/
https://www.reuters.com/business/media-telecom/alireza-arafi-appointed-irans-leadership-council-isna-reports-2026-03-01/
https://www.reuters.com/world/middle-east/khameneis-absence-pragmatist-larijani-emerges-power-broker-iran-2026-03-01/
https://apnews.com/article/c1d1505581d36ffc84d3ededcb10a7d5
https://apnews.com/article/5b13b69b708c4ed38e8f95f5fb41a597
A propos de ...
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis). Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, (EGE).
Il collabore avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan.
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