Intelligence des risques

Bloomfield, ou la reconquête africaine du pouvoir informationnel

Tribune libre Par Giuseppe Gagliano, Cestudec


Jacqueline Sala
Mercredi 28 Janvier 2026


En contestant l’hégémonie cognitive des agences occidentales, Bloomfield s’affirme comme un instrument stratégique de réappropriation du risque et de la crédibilité appliqués à l’Afrique. En redéfinissant les cadres d’évaluation qui orientent capitaux et décisions, l’entreprise participe à l’émergence d’une souveraineté informationnelle capable de rééquilibrer les rapports de force dans la mondialisation.



Bloomfield, ou la reconquête africaine du pouvoir informationnel
Bloomfield redéfinit l’évaluation du risque en Afrique et s’impose comme un acteur clé de la souveraineté informationnelle. Entre guerre économique, intelligence stratégique et reconquête cognitive, l’entreprise transforme les rapports de force dans la mondialisation.

Guerre économique, souveraineté cognitive et intelligence du capital

Bloomfield ne doit pas être lu comme une simple agence de notation ou comme un projet éditorial ambitieux. Vu à travers la grille de lecture de l'école française de guerre économique, il s'agit d'un acteur stratégique engagé dans une bataille pour le contrôle de l'information, de la perception et du risque — trois leviers centraux du pouvoir contemporain.

Dans l'économie mondialisée, la domination ne passe plus uniquement par les armes, les sanctions ou les échanges commerciaux. Elle passe par la capacité à définir ce qui est risqué, crédible, solvable, attractif. Celui qui fixe ces critères oriente les flux de capitaux, hiérarchise les États, favorise certains secteurs et en marginalise d'autres. Autrement dit, il exerce un pouvoir normatif sur la décision économique.

Bloomfield s'inscrit précisément dans ce champ de confrontation. Son ambition consiste à réapproprier la fabrique des perceptions sur l'Afrique, longtemps façonnée par des agences occidentales, des cabinets de conseil extérieurs et des institutions financières étrangères. C'est un mouvement de désymétrisation informationnelle, visant à réduire une dépendance cognitive qui a souvent prolongé la dépendance économique.
Dans le langage de la guerre économique, Bloomfield tente de bâtir une souveraineté informationnelle appliquée à la finance, condition préalable à toute souveraineté stratégique.

Stanislas Zézé, architecte d'une intelligence économique africaine

La tradition française de l'intelligence économique rappelle que le renseignement n'est pas seulement une affaire d'États ou de services secrets : il est aussi un outil de compétitivité, d'anticipation et d'influence.

Stanislas Zézé incarne cette logique. Il agit comme un entrepreneur d'intelligence économique, conscient que la vulnérabilité africaine n'est pas seulement industrielle ou financière, mais profondément cognitive. Tant que les critères d'évaluation, les standards de crédibilité et les narratifs de risque sont produits à l'extérieur du continent, l'Afrique demeure structurellement en position subalterne.

Bloomfield transforme l'information en jugement, le jugement en réputation, la réputation en conditions d'accès au capital. Ce triptyque est au cœur de la guerre économique moderne : contrôler les mécanismes de légitimation qui attribuent la valeur, la confiance et le crédit.

Il ne s'agit donc pas d'un simple projet médiatique ou financier, mais de la construction progressive d'une infrastructure africaine d'intelligence stratégique, capable d'influencer investisseurs, gouvernements, entreprises et institutions.

Bloomfield Review, ou l'arme narrative de la guerre économique

Dans ce dispositif, Bloomfield Review joue un rôle qui dépasse largement celui d'un magazine d'analyse. Il fonctionne comme un outil d'influence, une extension éditoriale de l'intelligence économique.

Dans la logique de la guerre économique, un média stratégique remplit plusieurs fonctions essentielles.

D'abord, imposer l'agenda. Choisir les thèmes — dette, ressources critiques, infrastructures, rivalités de puissances, chaînes de valeur — revient à orienter les priorités politiques et économiques.

Ensuite, structurer des représentations communes. La bataille est d'abord cognitive : il s'agit de créer une lecture partagée des menaces et des opportunités, afin de renforcer la cohésion des élites économiques et politiques. Cette cohérence produit de la résilience.

Enfin, réduire la dépendance aux narrations extérieures. Produire ses propres catégories d'analyse, ses propres indicateurs et ses propres grilles de lecture est une condition essentielle pour défendre ses intérêts dans un environnement concurrentiel.

La combinaison entre notation financière et production éditoriale est particulièrement puissante. Elle permet d'agir simultanément sur la perception et sur l'allocation du capital, c'est-à-dire sur les deux piliers centraux du pouvoir économique contemporain.

 


Reconfigurer le pouvoir : l’offensive informationnelle africaine de Bloomfield

À la lumière de la guerre économique et de l'intelligence stratégique, Bloomfield apparaît comme une tentative de bâtir une capacité africaine autonome d'influence informationnelle, capable de peser dans la compétition mondiale non par la force militaire, mais par le contrôle des récits, des critères et des instruments de décision.
Dans un monde où la puissance se mesure de plus en plus à la maîtrise de l'information, Bloomfield ne représente pas seulement un projet économique : il incarne un front avancé de la souveraineté africaine dans la guerre cognitive globale.

Références


A propos de

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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