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COUP DE PROJECTEUR sur le colloque IES for 2025


Par Jean-Philippe Mousnier, sociologue Vice président de la CCI France Belgique Wallonie Coordinateur de ce colloque




Le colloque de Liège « IES for 2025 » est le point de départ d’un ensemble de travaux et manifestations ayant pour objet de remettre l’intelligence économique et stratégique (IES) au cœur des solutions utiles aux territoires et aux entreprises.

Avec 4 interventions plénières et 4 tables rondes très ciblées, ce colloque qui a réuni une centaine de personnes permet de mieux comprendre les enjeux d’une refondation pour reprendre le titre de Philippe Clerc d’une intelligence économique et stratégique du futur :
  • passer de l’anticipation à la prospective,
  • abandonner la rationalité limitée
  • et porter au profit de la complexité et des organisations apprenantes,
  • engager des modes de coopération à côté des vieux principes toujours utiles de la guerre économique !
COUP DE PROJECTEUR sur le colloque IES for 2025

On change de dimension, de rationalité, de périmètre d’influence et les bonnes vieilles recettes ne suffisent plus, voire deviennent dangereuses.

Le simple fait de poser côte à côte l’IES et les ruptures de valeurs et de logiques de la société  dans laquelle nous vivons donne tout son sens à la démarche.
On change de dimension, de rationalité, de périmètre d’influence et les bonnes vieilles recettes ne suffisent plus, voire deviennent dangereuses.

Un moment important de ce colloque a été l’intervention de Jean-Michel Abrassart, Docteur en psychologie et animateur du podcast audio SC2 sur la pensée critique « L’enseignement de la pensée critique est un sujet brulant à l’heure du Net. Comment déterminer si une source d’information est fiable : l’alphabétisme scientifique (méthode scientifique) et philosophique (épistémologie et logique), l’explosion des fakes news, des rumeurs et des légendes urbaines.

L’urgence du développement d’une véritable pensée du scepticisme scientifique :  l’IES de demain nous aide à prendre le recul nécessaire pour repenser non le contenu mais la méthode même de raisonnement stratégique.
 

on ne peut pas négocier avec des pays dont on a peur.

Alain Juillet, absent du colloque mais qui a tenu a nous envoyer deux textes forts insiste aussi sur cette importance de changer de rationalité dans les négociations avec des cultures orientales et asiatiques. On ne traite pas une négociation avec la Chine (la plate forme européenne d ‘Ali BABA  arrive à Liège) de la même façon qu’une même négociation avec un pays latin. Les écrits n’ont pas le même sens, pas la même valeur, n’engagent pas les signataires de la même façon.
Ce que confirment plusieurs autres intervenants.
« on ne peut pas négocier avec des pays dont on a peur. Si on ne cherche pas à comprendre, à entrer dans une autre rationalité, une autre logique, voire une nouvelle forme de sensibilité sensorielle et artistique, on ne peut pas conclure équitablement une négociation, on souffre, on pleure ou on écrase. Il ne faut pas imaginer qu’on pourra isoler la Chine quand on voit ce qu’elle représente."

L’IES est confrontée à une Europe en pleine mutation sociétale dans un économie mondiale qui réinvente ses règles, qui crée des incertitudes majeures pour l’entreprise qui doit redéfinir son avenir, ses marchés, sa réputation

La montée des valeurs d’éco-consommation anti-gaspi dans une économie circulaire et « mauve » change la nature même de ce que l’entreprise peut mettre sur le marché, fabriquer, concevoir.
Nouveaux fournisseurs, nouveaux sous-traitant plus proches et mieux intégrés, mais aussi nouvelles gammes de produits à imaginer, à fabriquer ici plutôt que d’importer de ces pays lointains, c’est une rupture industrielle et commerciale mais aussi une révolution culturelle.
Le profit reste attaché à des valeurs éthiques ou sociétales que  l'on avait tendance à perdre de vue dans notre ancien monde , le travail des enfants, l’économie locale,  le tourisme sexuel, la rémunération équitable de tous les intervenants d’une même filière.
L’entreprise européenne manque de modèles stratégiques face à cette explosion des pratiques.

C’est ce que met en valeur l’intervention très remarquée de Bruno Salgues Directeur d’études Mines Telecom et auteur du livre SOCIETE 5.0  
« Ce Nouveau Monde impacte donc les modes de travail, mais aussi la manière dont on vit en remettant en cause tous les modes de propriété. L’achat de biens est remplacé par la servicisation et l’usage de plateformes pour accéder à ces services, dont font partie aujourd’hui Blablacar, Uber ou Airbnb. Dans ce nouveau monde, les acteurs des trottinettes électriques ne sont que les précurseurs. »
Le débat change de dimension, l’IES n’est pas seulement une méthode de raisonnement stratégique, une culture de la prospective et de l’innovation partagée, l’IES devient un nouveau modèle de société qui a compris les mutations profondes de la société dans laquelle l’entreprise, le territoire et le citoyen-consommateur-riverain cohabitent et échangent.  
 

Et justement l’IES est bien l’école de management la mieux adaptée à cette mutation de société et de logique

Dès le départ l’intelligence économique, issue de la systémique, de l’interaction et de l’école socio-technique a posé comme base de réflexion les relations entre acteurs, entre territoires, entre disciplines. Les liens étroits qu’elle a tissé dès les années 70 entre la performance économique et l’acceptabilité sociale, entre l’investissement financier et l’éthique sociétale ont permis aux stratégies d’entreprises de prendre une vraie dimension territoriale. L’introduction des champs culturels comme vecteurs d’image, de réputation et de relations internationales répond déjà aux défis de notre temps ; l’autre, lointain et différent, s’ajoute beaucoup plus simplement à  la table de négociation.
 

L’université de Liège a mis en place depuis 15 ans un laboratoire merveilleux « l’atelier des rencontres improbables » pour valoriser les travaux transdisciplinaires entre laboratoires et équipes de tout le campus !

Ce colloque a été l’occasion de rendre un vibrant hommage à Michel Crozier, Père fondateur de l’école française de sociologie des organisations (la « socio des orga ») qui ne parle que de réseaux, d’influence, d’acteurs, d’alliances et d’oppositions. Il met le projecteur sur les foyers d’innovation qui ne sont pas au centre des organisations, dans les labos, les pôles de compétitivité ou les cellules de R&D, mais dans la rencontre de deux réseaux qui n’auraient jamais dû se rencontrer, à la marge des systèmes établis « bien pensants », ce fameux « marginal sécant ».
L’université de Liège a mis en place depuis 15 ans un laboratoire merveilleux « l’atelier des rencontres improbables » pour valoriser les travaux transdisciplinaires entre laboratoires et équipes de tout le campus ! Des observatoires des « congruences » émergent ici ou là, principalement dans les pays nordiques et représentent vite 20 à 30% des projets à innovation de rupture, les vraies visions de demain. L’innovation d’usage vient d’ailleurs !!!

l’influence ne peut s’organiser correctement sans une connaissance préalable de l’environnement dans lequel il faut opérer, qui s’obtient par la mise en place d’un système de veille

Ce colloque a aussi été l’occasion de traiter des questions très concrètes que se posent les entreprises aujourd’hui en particulier anticiper les effets du BREXIT sur notre entreprise, résister à une cyberattaque venue d’ailleurs, réagir à des attaques répétées sur les  réseaux sociaux ou combattre les faux avis d’utilisateurs.
Claire Gruslin, chargé de cours HEC LIEGE et SOLVAY et membre fondateur du GRIS (groupe de recherceh en intelligence stratégique) insiste sur les interactions entre veille, influence, données et softpower : « l’influence ne peut s’organiser correctement sans une connaissance préalable de l’environnement dans lequel il faut opérer, qui s’obtient par la mise en place d’un système de veille. Des stratégies d’influence, tour à tour positives (changer un paradigme de pensée grâce à la force d’attraction des valeurs, asseoir une identité puissante grâce à la marque, conquérir des positions dominantes dans des "niches" de marché grâce au « made in », développer des communautés stratégiques de connaissance,…) et négatives (cybercriminalité, opérations offensives de démantèlement, manipulations d’information technique ou financière, miner l’image ou la réputation,…) peuvent modifier les rapports de force.   Il devient donc impératif aujourd’hui de se prémunir contre ces opérations offensives d’influence » 
 

L’enjeu n’est plus la donnée ni même son analyse mais son usage !

L’IES des années 70 était à la recherche des informations, à la prise de contrôle des sources, à la maîtrise des flux. L’IES de 2025 a accès a des millions de sources blanches, grises ou noires.

L’enjeu n’est plus la donnée ni même son analyse mais son usage !
Dégager les « fake » et les rumeurs pour croiser les faits et retrouver le sens d’une tendance ou d’un événement à anticiper.  Les algorithmes de traitement deviennent les véritables guerres stratégiques de demain et les leviers  d’un nouveau mode de raisonnement, une nouvelle logique itérative et retro-discursive qui saura seule interpréter les produits d’une Intelligence artificielle open source.  
  • Cette société 5.0 se veut à la fois performante, agile, généreuse et éco-responsable. Mais nos entreprise sont-elles prêtes ?
La prise de conscience de cette rupture sociétale et commerciale est lente et douloureuse. Le passage du « jeu d‘échec au jeu de Go » n’est pas un simple artifice managérial, c’est une façon d’être où le salarié est aussi consommateur et électeur ! L’intelligence économique de 2025 devient un savoir faire stratégique unique qui essaie de poser les bonnes questions et imaginer des réponses adaptées. En intégrant depuis 10 ans la culture et la société dans son regard sur le marketing stratégique et la logique compétitive, l’IES a anticipé ce que nos entreprises affrontent aujourd’hui.
 

C’est la grande réussite de ce colloque IES FOR 2025 : redonner du sens et avoir mis l’IES au cœur d’une nouvelle société en pleine mutation culturelle, économique et stratégique.

Les CCI de France et de Belgique l’ont clairement compris et ce n’est pas par hasard qu’elles se sont fortement engagées dans la préparation et l’animation de ce colloque.
Un groupe de réflexion étudie les suites à donner. Si vous voulez y être associé, ou recevoir les présentations, vous pouvez vous mettre en relation avec nous  jpm@ccifbw.be
 

BIOGRAPHIE Jean-Philippe Mousnier

Philosophe et sociologue (Paris-Sorbonne IV), conseiller expert en intelligence stratégique ; membre fondateur de l’Association Française de développement de l’Intelligence Economique (AFDIE) avec Jean-Louis Levet, Philippe Clerc et Bernard Besson, et fondateur coordinateur du premier Master d’Intelligence Culturelle à l’Institut Catholique de Paris.
Après 15 ans passés dans les services d’innovation sociale et technologique du Ministère de la Défense (France) a fondé plusieurs cabinets de conseil en organisation et analyse stratégique. Expert pendant 9 ans à la Haute Autorité de Santé (HAS France) membre de la commission de certification des établissements de santé (CCES) puis de l’homologation des nouveaux dispositifs de santé connectée pour le maintien à domicile. Il a fondé le premier Living Lab « santé connectée et fragilité » à Laval (53000 Mayenne) et « Seniorlab (Liège) ». Très engagé dans l’implication des usagers, utilisateurs finaux et patients traceurs dans le développement des dispositifs innovants. Il est administrateur puis Vice-Président de la CCI France Belgique Wallonie depuis 2018.
Il porte maintenant l’initiative SECOND LIFE 50+, une nouvelle génération de salons appuyés sur les usagers et les associations de consommateur pour n’exposer que des innovations utiles et fiables…
 













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