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Gouvernance

Capitalisme de prédation #2. "Souverain en sa propre maison, incertain en son pays"


Olivier Queval-Bourgeois. Aquila Advanced


“Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi” -
Si, Rudyard Kipling



Capitalisme de prédation #2. "Souverain en sa propre maison, incertain en son pays"

La gestion par actifs

Le souverainisme individuel ou collectif dépend spécifiquement de ce que l’on possède et de ce dont on a besoin, c’est à dire de ce que l’on ne peut pas clairement produire ou pas assez bien. Financièrement et technologiquement, nous parlerons ici d’actifs pour ce qui est détenu et source de revenus et de passif pour ce qui est détenu et source de dépense ou de dépendance. 

Concrètement, dirigeants et entrepreneurs possèdent certains actifs matériels ou immatériels, mais en France, plus particulièrement, ils disposent aussi d’un passif conséquent engendré par  l’administration publique et l’Etat (sinon des Etats européens). Le public et le privé suivent des logiques parfaitement indépendantes, normalement harmonisées par un contrat social d’interdépendance. Il incombe donc à chaque agents économiques et sociétaux de développer sa colonne d’actifs et de contrôler sa colonne de passifs afin d’obtenir un bilan positif.

Devenir un tacticien

En raison de cette situation, dirigeants et entrepreneurs auraient tout intérêt à développer une approche inédite dans leurs stratégies. Elle pourrait viser à générer une indépendance forte vis-à-vis de l’ingérence du public dans le privé et inversement, pour commencer.    

Il est essentiel de savoir choisir ses actifs sans suivre les tendances : comprendre où l’on va et pourquoi ! Warren Buffet a notamment dit “N’investissez que dans ce que vous comprenez bien !” et invite par là chacun à apprendre, se maintenir en éveil, sur toute chose.    

Il ne faut pas rester sur place, c’est contraire à la logique de l’investissement qui porte du fruit. Mais il est nécessaire de  piloter ces aspects avec une dose de gestion opportuniste : “Test, Learn and Go”. Le budget pour les démarches de test est essentiel. Certains qualifient cela d’innovation, terme bien dévoyé de nos jours. Nous pouvons lui préférer la notion d’opportunisme, ce sain opportunisme qui reflète l’instinct de prédation, c’est celui qui permet de développer ses actifs.   

A titre de parallèle inspirant, il est important de relever que la Chine est passée, en une quarantaine d’années à peine, d’une nation très en retard dans son développement à une nation “tech friendly” et curieuse (i.e. attentive aux opportunités, étudiant celles-ci). Sa particularité étant qu’elle ne cherche pas à rattraper ses retards mais à être à l’avant garde, donnant le ton et inspirant le monde entier grâce à ses logiques d’investissement. C’est aussi par cette approche que le Japon fut capable de rebondir après la Seconde Guerre Mondiale. Ces exemples ont une vision grandiose et à long terme. Ce sont des investisseurs qui conçoivent leur souveraineté. Cela leur réussit !

Valoriser ses informations

Comme nous le voyons, la prédation est une approche ACTIVE qui s'appuie sur la collecte d’informations, l’épreuve pour connaître toutes les nuances de ces informations et le déploiement pour transformer ces informations en source de revenus (ex : montage financiers, propositions de deals, campagne d’influence, plan marketing, etc). En d’autres termes, le pragmatisme poursuit la valorisation. Être prédateur c’est viser un Grand objectif et le traduire en actions concrètes, actives et opportunistes. 

La valorisation c’est la création de valeur, à ne pas confondre avec la comptabilisation qui consiste à constater et réaliser une photo d’un état, action PASSIVE. La comptabilisation est pourtant la première chose qui vient en tête lorsque l’on aborde la valorisation, sa passivité s’appuie sur le fait que ce constat est légal, il est le fruit d’une profession réglementée, il ne se remet pas en cause. C’est ce qui définit le comportement non-opportuniste de la proie.

Prudence et apprentissage continu

Le rôle d’un dirigeant et entreprenant de notre époque nécessite de toujours maintenir un véritable esprit critique et une froideur intellectuelle vis-à-vis de tout ce que l’on perçoit : “Test, Learn & Go”, comportement actif (valorisation) et comportement passif (comptabilisation). La proie observe pour se rassurer, le prédateur chasse pour vivre. 

Devenir un prédateur implique de connaître sa cible et son environnement. Il existe différentes techniques pour cela : Chris Voss (CEO - BlackSwan Group), formateur en négociation et ancien négociateur de la section contre-terroriste du FBI, permet d’évoluer dans la jungle humaine. Nous pouvons aussi évoquer le Leadership Vertueux de Alexandre Dianine-Havard qui offre une analyse efficiente des comportements humains. A noter que ces deux références  sont notamment employés au sein de l’armée américaine, ainsi que de plusieurs grandes sociétés russes, moyen-orientales, etc.

Cybergouvernance

Enfin, se doter d’une logistique de prédation c’est aussi être capable de développer et maintenir son règne sur l’écosystème. Les écosystèmes sont aujourd’hui hyperconnectés et rester passif dans l’usage des technologies est un comportement de proie. Le dirigeant européen, s’il n’est pas déjà à l’aise avec tous les environnements digitaux et leurs usages particuliers, devrait d’urgence s’en emparer. Tout autant qu’il devrait se doter d’interface permettant une veille, une surveillance et une analyse constante de son environnement.

Être souverain en sa propre maison c’est :

 

      Se méfier du collectif et des dettes que le collectif fait peser sur soi.

      Considérer que sa colonne d’actifs et ses sources de revenus sont la seule réalité tangible à exploiter et développer.

      Se former aux techniques de négociation et de compréhension de l’Autre.

      Adopter une démarche progressive “Test, Learn & Go” pour chaque opportunité.

      Penser continuellement à défendre ses intérêts, en développant une réelle stratégie de Cybergouvernance : Veille, Analyse, Détection d’opportunités et Menaces.

      Se méfier des administrations et agents économiques, bien comprendre le poids réel que l’on joue vis-à-vis de ceux-ci.

 


Nous vous donnons rendez-vous pour la troisième partie de ce dossier où nous allons approfondir la question du leadership, du management et évoquer l’importance de la culture du “deal” dans la prédation. C’est pourquoi nous évoquerons le “Leadership vertueux de la prédation”.

Auteur : Olivier Queval Bourgeois - Aquila Advanced