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Innovation et Connaissances

Comment fabriquer des futurs désirables ? Pistes et perspectives par Eric Seulliet, La Fabrique du Futur.


Jacqueline Sala





Vous avez récemment donné une contribution à France Stratégie sur le thème du monde d’après qui a eu un certain écho. Pouvez-vous nous en parler ?

Cet appel est arrivé pendant le confinement, nous étions bien sûr interpellés par la situation très particulière que nous vivions et en même temps, au sein de La Fabrique du Futur, en pleine réflexion sur notre propre stratégie. Nous avons alors pris cet appel à contributions comme une opportunité de mettre noir sur blanc nos réflexions et concepts. 
  • Pour résumer ceux-ci voici le cadre général que nous avons posé : pour fonder l’avenir il nous faut changer de référentiels.
L’économie carbonée détruit le vivant. L’idée est d’aller, étapes après étapes, vers une nouvelle logique :
  1. une économie symbiotique, régénérative, productive de biens matériels et de services, mettant au centre la stabilité des équilibres naturels, humains et biologiques avec en ligne de mire les 17 ODD de l’ONU ;
  2. une économie innovante aux plans technologique et sociétal, et prenant en compte les aspirations des citoyens. Il s’agit de créer un nouveau paradigme inspirationnel qui doit permettre aux individus de déployer leur inventivité en mobilisant leurs compétences et talents. Cela induit un nouveau contrat social, économique, technologique, politique, dont nous posons des bases dans le rapport. 

Plus de 110 pages de propositions, c’est un gros travail ! Comment avez-vous élaboré votre rapport ?

Cela a été un formidable exercice d’intelligence collective.
Nous avons tout d’abord constitué des groupes de travail thématiques qui se sont réunis en virtuel régulièrement en mettant leurs productions sur une plateforme d’échanges. C’est ainsi que 6 groupes se sont formés constitués de 3 ou 4 personnes, soit une vingtaine de contributeurs au total, aux profils très diversifiés.
Ces groupes ont mené leurs travaux avec efficacité, puis, chaque vendredi matin, l’ensemble des groupes s’est réuni en visio-conférence entre 10h et 12h30, sur une durée de près de 3 mois. Lors de ces réunions plénières, nous discutions, échangions, confrontions nos idées et travaillions à une synthèse. Puis nous sommes passés à une phase de rédaction sous l’égide d’un coordinateur, Francis Massé.


Pouvez-vous nous en dire plus sur La Fabrique du Futur ?

La Fabrique du Futur est un dispositif de recherche-action à impact, à la fois Think et Do Tank.
Le Think Tank a démarré à mon initiative en 2006 sous forme d’une l’association. L’idée était alors de concevoir en commun des futurs réconciliant l’innovation technologique avec une innovation citoyenne, sociétale. Cette démarche « Tech for Good », basée sur la co-création avec les citoyens-usagers a donné lieu à plusieurs réalisations concrètes comme le lancement d’un living lab labellisé par ENoLL European Network of Living Labs (www.enoll.org ) en 2008, des livres blancs, des évènements (Innovation Ecosystems Agora, Blockchain Agora), etc. Les membres de La Fabrique du Futur ont des profils très diversifiés : experts en management, technologues, scientifiques, juristes, designers, coaches, philosophes, sociologues, des sciences humaines, artistes, etc.

  • Nous avons alors décidé en 2018 de prolonger et de concrétiser nos avancées via une structure opérationnelle : la SAS La Fabrique du Futur & Co.

Il s’agit de notre Do Tank, un collectif qui réunit près de 50 associés-partners. Notre mission est d’imaginer, de créer et de valoriser des futurs désirables, en co-élaboration étroite avec nos clients, notamment en catalysant des écosystèmes innovants. C’est en ce sens que nous sommes un dispositif de recherche appliquée. Nos prospects et clients sont des organisations avec lesquelles nous partageons les mêmes valeurs de transformation sociétale positive : grands groupes, PME, collectivités territoriales, ONG, établissements publics. En pratique, nous montons des consortiums dans un esprit d’innovation collaborative pour agir en commun. Étant labellisé « living lab », notre dispositif est très orienté sur l’innovation ascendante, en décryptant les usages émergents provenant des individus eux-mêmes.


Qu’est-ce que la Fabrique du Futur apporte de spécifique par rapport à d’autres structures de réflexion ou de conseil ?

La Fabrique du Futur n’est pas une société de conseil classique. C’est une société dédiée à la recherche-action qui travaille en co-création avec ses clients.
Elle les aide à fabriquer leurs propres futurs en commençant à énacter dans leur présent des projets concrets de transformation, et à réinventer leurs écosystèmes. Avec eux,
résolument et modestement,  nous leur proposons se préparer aux grandes mutations en cours et de se projeter dans de nouveaux modèles de développement : à la fois économiques, sociaux et environnementaux, ces modèles se fondent tant sur de nouvelles valeurs ajoutées, que de nouveaux comportements, voire de nouvelles monnaies.
La Fabrique du Futur se présente de fait comme un vecteur pour aborder ce nouveau monde en gestation. Nous proposons ainsi un accompagnement dans l’appréhension de ce que sera demain. Notre valeur c’est faire avancer les choses avec une dimension sociétale. Le passage à une structure de société a clairement pour objet de passer à l’action et d’instancier notre démarche auprès d’acteurs économiques et territoriaux pour construire le futur modèle socio-économique, endo-contributif (Voir cet article : http://www.journaldumauss.net/?La-revolution-endo-contributive-comme-solution-a-la-crise)



Dans un monde souvent régi par le court terme, y va-t-il un véritable intérêt des entreprises et organisations pour la prospective ?

Le court terme régit souvent la vie des entreprises car elles sont à la recherche de résultats immédiats. La mode du « lean startup » a fait croire, non seulement aux startups mais à tous types d’entreprises et organisations, qu’il suffisait d’être flexibles pour prospérer. Si l’adaptabilité est bien sûr nécessaire, elle ne suffit pas. Il faut savoir louvoyer mais il faut avant tout avoir un cap.
Comme dit Sénèque : « Il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». Dans la période d’incertitude actuelle, il est plus que jamais nécessaire de se projeter dans l’avenir. Les organisations le comprennent et nous constatons que la prospective connait actuellement un regain d’intérêt.


Pouvez-vous nous dévoiler votre actualité et vos principaux projets actuels ?

Nous préparons actuellement, en partenariat avec la Direction de la Prospective de l’Université Catholique de Lille un voyage dans les écosystèmes innovants les plus avancés de la planète.

Par ailleurs nous discutons activement avec des partenaires pour modéliser les concepts que nous avons développés dans le cadre de notre dossier pour France Stratégie. (Voir cet article : http://www.journaldumauss.net/?La-revolution-endo-contributive-comme-solution-a-la-crise).
 

Nous développons également une activité de création d’écosystèmes innovants ancrés dans divers territoires, autour de tiers-lieux, d’incubateurs et de living labs. Nous considérons en effet qu’une innovation transformatrice, à impact, provient avant tout de l’inventivité et de l’intelligence collective issues de tous les acteurs d’un territoire donné. 


Eric Seulliet, Merci.
Rendez-vous sur votre site www.lafabriquedufutur.co