Futur 5.0

Communication par satellite, quand les Big Tech bypassent les opérateurs télécom pour s'adresser directement aux clients


Agnès Boschet





Quand les entreprises et le grand public réclament des connexions de meilleure qualité et un meilleur débit, le marché répond présent, mais à quel prix ?

Dès lors, de très nombreuses questions se posent avec des offres technologiques aussi différentes que la 5G ou la communication par satellite.
Après la fibre optique, quand les concepts de 5G et de constellations de satellites traduisent les positions respectives de la Tech américaine, chinoise et du bloc européen ; est-ce l’annonce de la nouvelle guerre des normes entre les blocs ?
Les échanges de la smart économie ne se feront pas sans harmonisation des normes ; est-ce l’annonce d’un basculement du contrôle ? Dans ce premier quart du XXIème siècle, les États occidentaux sont en faillite et ce ne sont pas eux qui déploient les infrastructures numériques, mais les leaders de la nouvelle économie.
Sous couvert de vouloir connecter la part de l'humanité (part de marché) qui n'a toujours pas accès à l'Internet, la stratégie véhiculée par la puissance technologique pose fondamentalement les questions de la sûreté avant celle de l’efficacité.

Depuis peu, le déploiement de la 5G fait couler beaucoup d’encre

C’est en 2015 que certains milliardaires parmi les GAFAMI et NATU affirmaient  leur leadership dans la communication satellitaire au moment où l’industriel  chinois Huawei confirmait le sien via la technologie 5G et quand Facebook et  Amazon déployaient leurs réseaux de câbles sous-marins afin de réduire la  latence des communications. 
Depuis peu, le déploiement de la 5G fait couler beaucoup d’encre autour de la  sûreté, et confirme surtout que les fournisseurs d’accès télécom ne sont plus  les maitres de la chaine de valeur, mais des intermédiaires qui sous-traitent la  technologie et les infrastructures au meilleur prix.
Leur marge se fait avant tout  sur la consommation mobile grand public ; la sûreté arrive au second plan.
  • La communication satellitaire, bien que datant des années 1990, n’en est qu’à ses début et vise comme client les entreprises de l’aviation et des secteurs comme le maritime et l’automobile où la demande en connectivité est énorme. Le fret maritime est à son apogée et la demande de connectivité sur les navires est exponentielle et concomitante au concept de traçabilité des marchandises.
Jusqu’ici, le frein à son déploiement résidait dans le rapport coûts des infrastructures sur faible efficacité de la connectivité et une latence importante. La nouvelle génération parie sur l’industrialisation des processus de fabrication afin de voir les coûts de production baisser et offrir au moins un très haut débit de 30 Mbits/s.

L’innovation portée par les nouvelles constellations réside dans le choix de leur taille, du nombre et de l’orbite des satellites.

D’une centaine de kilos seulement, ils seront placés entre 550 et 1200 kilomètres d’altitude, réduisant considérablement le délai de transmission des données. À cette altitude, les satellites ne seront pas fixes au-dessus d’une région et un grand nombre d’entre eux sera nécessaire pour couvrir en permanence une même partie du globe et offrir un haut-débit.

Les pionniers en présence viennent d’horizons divers. SpaceX avec la constellation Starlink (Google sponsor), OneWeb (en partenariat avec le groupe Virgin (650 satellites à terme), qui avec la Crise du Covid-19, s’est déclaré en faillite en mars 2020, a été racheté en juillet par le gouvernement britannique et l’opérateur de télécoms indien Bharti Global Limited pour 1 milliard de dollars.), Samsung, Amazon avec le projet très haut débit Kuiper (2029).

Apple a un projet dans les tiroirs qui viserait tant à gagner en autonomie par rapport aux opérateurs télécom traditionnels qu’à offrir de nouveaux services pour, qui sait peut-être se rapprocher du modèle du néo-zélandais Rocket Lab qui, pour réduire le trafic, proposait dés 2015, un système de réservation en ligne pour les lancements.

L’opérateur européen Eutelsat tient son rang avec un satellite géostationnaire (à 36 000 kms) de dernière génération équipé d’une propulsion totalement électrique fabriquée par Thales Alenia Space. Mais surtout, il profite de son avantage différentiel pour lancer, en partenariat avec Sigfox, une constellation de 25 satellites (Elo) dédiée à l’IoT, équipé de technologies quantiques, et qui favorisera les économies d’échelles pour l’automatisation 4.0. Myriota, une startup australienne évolue aussi sur ce créneau de l’IoT.

D’après l’AFNOR, le principal défi de ces projets résidera dans le coût et la facilité d’utilisation du terminal.

Contrairement aux satellites géostationnaires, les constellations supposent que le terminal de l’utilisateur suive le déplacement des satellites (comme le GPS) et sache transférer la communication entre deux satellites sans altérer la connexion. Ces deux actions complexifient le terminal par rapport à ceux qui sont destinés aux satellites géostationnaires. 

Le cadre réglementaire, mis en place lors des Conférences mondiales des Radiocommunications (CMR) de l’Union internationale des Télécommunications (UIT) qui s’étaient tenues en 1997 et 2000, permet aux satellites non géostationnaires de réutiliser des fréquences exploitées par les satellites géostationnaires. Il est fondé sur des limites de puissance destinées à garantir la coexistence sans brouillages mutuels entre les deux types de satellites et a permis aux investisseurs de ces nouvelles constellations de bénéficier d’un environnement réglementaire stabilisé. Le nombres de satellites compris dans un groupe oblige à revoir la question des conditions réglementaires de mise en service des fréquences associées et les régulateurs internationaux n’ont pas encore trouvé la parade.

Les projections du marché des Small Satellites est passé de 2 milliards de dollars en 2015 à 75 milliards pour 2022.

Cependant, à ce stade de leur développement, la proposition de ce nouveau business model est encore incertaine et présente de lourds écueils techniques à type de latence encore inférieure à la 4/ 5G, pollution lumineuse affectant les observations astronomiques et diffusion de déchets spatiaux. Mais fort de leur avancée en dehors du giron des états, il importe d’être vigilant quant aux recommandations que feront les régulateurs afin d’anticiper les potentiels dérapages en matière de sûreté.

Auteur : Agnès Boschet

Diplômée d’HEC Paris
et d’un MBA de l’EGE, « Management du Risque, sûreté internationale et cybersécurité »
Passionnée par les stratégies de puissances pour la domination.  
CEO ABG-3D Co-auteur de l’essai : « Chine digitale, dragon hacker de puissance », VA Éditions, 11.2019

Références

https://www.journaldeleconomie.fr/Pour-un-decryptage-de-lecosysteme- digital-chinois_a8167.html

https://www.enderi.fr/L-IA-bel-exemple-de-l-integration-civilomilitaire- chinoise-pour-la-domination_a575.html

https://www.rse-magazine.com/Le-deplacement-du-champ-de-force-dans-lecyberespace-est-a-l-avantage-des-champions-chinois_a3560.html

https://www.linkedin.com/pulse/h%C3%B4pital-30-crise-sanitaire-et-risquesur- les-syst%C3%A8mes-agn%C3%A8s-boschet/

https://www.enderi.fr/Le-soft-power-chinois-sur-les-autoroutessanitaires_ a622.html

https://www.journaldeleconomie.fr/La-Chine-sera-t-elle-la-premiere-aannoncer- la-fin-du-cash%E2%80%89_a8699.html