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Entretien réalisé par Michel Gandilhon, membre du conseil d’orientation scientifique de l’Observatoire des criminalités internationales (ObsCI). avec Julien Briot-Hadar, Spécialiste de la compliance, auteur de Lutter contre la fraude fiscale en entreprise (Éditions Vuibert, 2025)
Une économie souterraine dopée par la mondialisation
En quarante ans, l’explosion des flux financiers internationaux a offert un terrain de jeu inédit aux organisations criminelles. Environ 3 % des mouvements financiers mondiaux relèvent aujourd’hui de l’illicite, dont près d’un tiers directement lié au blanchiment. La France n’échappe pas à cette dynamique : le chiffre d’affaires du trafic de stupéfiants y a triplé entre 2010 et 2023 pour atteindre 7 milliards d’euros. À côté de la drogue, les trafics de migrants, d’armes ou de médicaments contrefaits, ainsi que la cybercriminalité, alimentent une économie parallèle en pleine expansion.
Cette montée en puissance s’accompagne d’une professionnalisation des méthodes. Les réseaux ont adopté les logiques de la fraude fiscale internationale : sociétés-écrans en cascade, trusts interposés, juridictions opaques et entités fictives. L’objectif est toujours le même : fragmenter, brouiller, rendre les flux indétectables.
La différence entre fraude et blanchiment tient surtout au tempo. La première s’inscrit dans la durée pour échapper à l’impôt ; le second vise la rapidité et la réversibilité pour réinjecter au plus vite l’argent sale dans le circuit légal.
Cette montée en puissance s’accompagne d’une professionnalisation des méthodes. Les réseaux ont adopté les logiques de la fraude fiscale internationale : sociétés-écrans en cascade, trusts interposés, juridictions opaques et entités fictives. L’objectif est toujours le même : fragmenter, brouiller, rendre les flux indétectables.
La différence entre fraude et blanchiment tient surtout au tempo. La première s’inscrit dans la durée pour échapper à l’impôt ; le second vise la rapidité et la réversibilité pour réinjecter au plus vite l’argent sale dans le circuit légal.
Quand archaïsme et modernité se rejoignent
La force des réseaux criminels contemporains tient à leur capacité à combiner des structures sociales anciennes et des outils financiers ultramodernes. Le système hawala, fondé sur la confiance et la compensation plutôt que sur le transfert physique d’argent, en est l’illustration la plus frappante. Certains réseaux traitent ainsi plus d’un milliard d’euros par an dans une quasi-invisibilité.
Les organisations chinoises présentes en France incarnent cette hybridation. Elles s’appuient sur des solidarités familiales et des diasporas tout en utilisant des plateformes logistiques comme Aubervilliers ou Marseille comme chambres de compensation. L’argent liquide collecté localement est converti et réinjecté sur place, tandis que des équivalents sont débloqués en Asie pour d’autres acteurs criminels.
Les organisations chinoises présentes en France incarnent cette hybridation. Elles s’appuient sur des solidarités familiales et des diasporas tout en utilisant des plateformes logistiques comme Aubervilliers ou Marseille comme chambres de compensation. L’argent liquide collecté localement est converti et réinjecté sur place, tandis que des équivalents sont débloqués en Asie pour d’autres acteurs criminels.
Une infiltration profonde de l’économie française
Le blanchiment ne se limite plus à l’exil des capitaux vers des paradis fiscaux. Il s’inscrit désormais dans l’économie réelle. Les secteurs à forte circulation d’espèces — restauration, commerce de détail, bâtiment, transport — servent de vecteurs d’injection.
L’immobilier reste le refuge privilégié pour stabiliser le capital illicite et le transformer en actif productif. Les services de monnaie électronique, le financement participatif ou les actifs numériques offrent de nouveaux canaux de transformation juridique. Face à cette menace systémique, l’État français a renforcé son arsenal. La loi de 2025 sur le narcotrafic marque un tournant stratégique, tandis que la création du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) en 2026 vise à centraliser les dossiers complexes. La confiscation des avoirs criminels devient une priorité, tout comme le renforcement des obligations de vigilance dans l’immobilier ou les locations de luxe.
Pour les experts, l’efficacité dépendra toutefois d’une approche plus intégrée. Le décloisonnement entre administrations judiciaires, fiscales et de renseignement apparaît indispensable. Le traitement massif des données, appuyé sur l’IA, doit permettre de cibler les véritables zones de transformation du capital criminel : plateformes logistiques, écosystèmes commerciaux, circuits hybrides où se mêlent argent propre et argent sale.
L’immobilier reste le refuge privilégié pour stabiliser le capital illicite et le transformer en actif productif. Les services de monnaie électronique, le financement participatif ou les actifs numériques offrent de nouveaux canaux de transformation juridique. Face à cette menace systémique, l’État français a renforcé son arsenal. La loi de 2025 sur le narcotrafic marque un tournant stratégique, tandis que la création du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) en 2026 vise à centraliser les dossiers complexes. La confiscation des avoirs criminels devient une priorité, tout comme le renforcement des obligations de vigilance dans l’immobilier ou les locations de luxe.
Pour les experts, l’efficacité dépendra toutefois d’une approche plus intégrée. Le décloisonnement entre administrations judiciaires, fiscales et de renseignement apparaît indispensable. Le traitement massif des données, appuyé sur l’IA, doit permettre de cibler les véritables zones de transformation du capital criminel : plateformes logistiques, écosystèmes commerciaux, circuits hybrides où se mêlent argent propre et argent sale.
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A propos de
Julien Briot-Hadar. Spécialiste de la compliance, auteur de Lutter contre la fraude fiscale en entreprise (Éditions Vuibert, 2025)
Spécialiste de la compliance, Julien Briot-Hadar accompagne entreprises et gouvernements sur les enjeux stratégiques de bonne gouvernance en France, en Afrique de l’Ouest et centrale ainsi qu’au Maghreb, à travers des missions de
conseil, de formation et d’audit. Conférencier et intervenant dans l’enseignement supérieur, notamment à l’ESSEC, il dirige également la chronique « Compliance » de la Revue de l’Union européenne (Dalloz), alliant expertise pratique et
reconnaissance académique.

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