Source : LES CONVERGENCES CRIMINELLES : UN DÉFI POUR LA COOPÉRATIONAlors que Donald Trump justifie l’action américaine contre Nicolás Maduro au nom de la lutte antidrogue, ses déclarations replacent le Venezuela au cœur des tensions régionales autour du narcotrafic. Cette rhétorique sécuritaire éclaire l’arrière‑plan géopolitique dans lequel s’inscrit l'analyse : LES CONVERGENCES CRIMINELLES : UN DÉFI POUR LA COOPÉRATION IRIS / OBSCI
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Un crime organisé en mutation permanente.
Loin de se cantonner à un domaine unique, ces réseaux adoptent désormais des stratégies de diversification qui leur permettent de bâtir de véritables écosystèmes interdépendants. Cette transformation s’appuie sur un modèle de « crime à la demande » où des intermédiaires spécialisés – financiers, techniciens, faussaires – orchestrent une multitude d’activités illicites.
Dans le même temps, l’infiltration de l’économie légale atteint un niveau inédit, avec une majorité de réseaux européens utilisant des entreprises parfaitement constituées pour masquer leurs opérations. La criminalité environnementale, portée par un ratio risque‑profit exceptionnel, devient l’un des axes majeurs de cette diversification. Face à cette agilité, les réponses étatiques, encore trop cloisonnées par type d’infraction, peinent à suivre le rythme.
L’émergence d’un écosystème polycriminel
Les acteurs naviguent d’un marché à l’autre selon les opportunités, exploitant la connectivité croissante des flux commerciaux et financiers. L’hybridation entre activités licites et illicites devient un pilier stratégique, notamment pour les organisations mafieuses qui maîtrisent l’art de dissimuler leurs opérations derrière des façades commerciales respectables.
Les chaînes de valeur sont désormais partagées entre trafics de drogues, d’armes ou d’êtres humains, qui mobilisent les mêmes courtiers, blanchisseurs ou conseillers juridiques. Cette agilité économique transforme la convergence criminelle en dynamique naturelle, chaque réseau ajustant son modèle en fonction des marges les plus attractives.
Des plaques tournantes polycriminelles à travers le monde
Cette convergence ne s’exprime pas uniformément.
En Asie du Sud‑Est, le Triangle d’or voit se mêler drogue, jeux illégaux, cyber‑escroquerie et traite humaine dans des structures intégrées.
En Amazonie, la « narco‑déforestation » s’articule avec l’orpaillage clandestin, le trafic de bois et la pêche illégale, créant un continuum criminel qui prospère dans les zones reculées.
Le Sahel, traversé par des routes historiques, devient un corridor où circulent or, carburant, armes, stupéfiants et migrants exploités.
En Europe, les mafias italiennes dominent des pans entiers de la contrefaçon, de la drogue et de la gestion illégale des déchets.
Au Venezuela, le Tren de Aragua instrumentalise les flux migratoires pour alimenter travail forcé et exploitation sexuelle.
Chaque région développe ainsi sa propre architecture polycriminelle, adaptée à ses ressources, ses failles et ses opportunités.
Les moteurs d’une diversification sans limites
La demande mondiale en minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique attire les réseaux vers les filières minières illégales, tandis que la flambée des cours de l’or renforce l’articulation entre extraction clandestine et narcotrafic.
Les sanctions internationales créent des marchés parallèles que les organisations exploitent avec une rapidité déconcertante. Les failles juridiques, notamment dans les pays où certaines infractions ne sont pas criminalisées, offrent des zones de confort opérationnel. Enfin, la maîtrise de routes logistiques clés permet de diversifier les marchandises transportées sans coûts supplémentaires, renforçant l’efficacité des chaînes criminelles.
Pour une réponse globale encore hors de portée
Face à cette sophistication, la lutte contre la criminalité organisée doit changer d’échelle.
Les experts appellent à dépasser l’analyse par infraction pour identifier les nœuds de convergence, à renforcer le renseignement financier pour suivre les flux illicites et à cibler les facilitateurs corrompus qui rendent possible cette économie souterraine.
Une coopération internationale plus transversale apparaît indispensable pour agir sur l’ensemble des chaînes de valeur criminelles. Pourtant, les obstacles restent considérables : capacités opérationnelles limitées, systèmes de données insuffisants, coordination internationale lacunaire. Tant que ces faiblesses perdureront, les réseaux polycriminels conserveront une longueur d’avance.
A propos de
Nathalie Le Rousseau‑Martin est chercheuse associée à l’IRIS, spécialiste du crime organisé transnational et des économies illicites. Ses travaux portent sur les convergences criminelles, l’exploitation des ressources naturelles et les dynamiques polycriminelles en Amérique latine et en Afrique. Elle contribue régulièrement à des analyses stratégiques pour l’OBSCI et plusieurs institutions françaises.
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