Télécharger l'étude en fin d'article
avec focalisation sur les mafias criminelles
Jean Rivelois
Normes, transgression et zones grises du pouvoir
La transgression peut être tolérée, négociée ou même devenir source de légitimité lorsqu’elle répond à des besoins que l’État ne satisfait plus. Cette dynamique, déjà analysée par Michel Foucault, révèle une fracture profonde entre illégalismes des élites — souvent traités avec indulgence — et illégalismes populaires, réprimés plus sévèrement.
Des bandes aux mafias : le pouvoir criminel, palier par palier
Les bandes délinquantes, fruits de la marginalisation, assurent protection interne et nuisance externe, avec des formes variables selon les pays.
Le grand banditisme fonctionne comme une entreprise du crime, hiérarchisée, territorialisée et parfois sous‑traitante de mafias plus puissantes. Au sommet, les mafias criminelles : des organisations politico‑économiques capables de coordonner des clans, d’infiltrer les institutions et de peser sur l’économie légale.
Les sept piliers du pouvoir mafieux
Cette combinaison leur permet de s’enraciner durablement dans les failles de l’État.
Des architectures organisationnelles sophistiquées
Quatre modèles dominent : la pyramide centralisée, à la fois disciplinée et fragile ; la franchise libérale, caractérisée par sa souplesse et sa décentralisation ; la fédération, qui réunit de manière pragmatique des groupes autonomes ; et enfin l’État mafieux, où l’organisation criminelle en vient à remplacer totalement les institutions officielles. L’ensemble de ces structures s’appuie sur une logistique militaire, pratique, financière et juridique qui garantit leur capacité de survie.
Violence, corruption et redistribution : les outils d’un pouvoir parallèle
La violence mafieuse suit cinq registres, du racket ciblé au terrorisme aveugle destiné à délégitimer l’État. La corruption, elle, irrigue les sphères politiques, institutionnelles et économiques, créant des zones de collusion où la frontière entre légal et illégal s’efface.
Les mafias justifient leur domination par une redistribution alternative : solidarité clanique, corruption négociée, prédation institutionnelle ou socio‑économique. Cette économie parallèle transforme le capitalisme en capitalisme sauvage, où la force devient un avantage compétitif.
Un risque systémique pour les États
A propos de l'auteur
Jean Rivelois est sociologue et chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Membre du CESSMA, il étudie les liens entre criminalité organisée, informalité politique et transformations des systèmes étatiques, notamment en Amérique latine. Enseignant à Paris‑1 et Paris‑3, il est reconnu pour ses travaux sur les mafias, les illégalismes et les dynamiques de pouvoir.

Accueil