Géopolitique

Demain, le Monde. Les signaux faibles d’une recomposition constructive


Jacqueline Sala
Vendredi 2 Janvier 2026


Alors que l’ordre international se fragmente et que les crises s’enchaînent, les analyses publiées par l’IRIS en cette fin d’année 2025 soulignent que le monde ne sombre pas uniquement dans l’instabilité. Derrière les tensions géopolitiques, des dynamiques d’adaptation émergent, révélant des capacités de résilience souvent sous-estimées. États, entreprises et sociétés civiles réinventent leurs stratégies pour affronter un environnement devenu plus incertain.



Demain, le Monde. Les signaux faibles d’une recomposition constructive

L’autonomie stratégique, une réponse à la fragmentation

Pour les chercheurs de l’IRIS, l’un des principaux moteurs de résilience réside dans la montée en puissance des politiques d’autonomie stratégique. L’Europe, bousculée par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et par l’affaiblissement du multilatéralisme, a accéléré sa prise de conscience. Qu’il s’agisse d’énergie, de défense ou de technologies critiques, les États européens cherchent désormais à réduire leurs dépendances, non par repli mais par nécessité. Cette réorientation, encore inachevée, constitue selon l’IRIS un levier essentiel pour stabiliser un continent exposé à des chocs répétés.

Cette dynamique n’est pas propre à l’Europe. En Asie, plusieurs puissances intermédiaires renforcent leurs capacités industrielles et sécuritaires pour éviter d’être prises dans l’étau sino-américain. Cette quête d’autonomie, loin de fragmenter davantage le monde, pourrait au contraire favoriser l’émergence d’un système plus polycentrique, où la diversification des partenariats devient un outil de stabilité.


Le Sud global, un acteur qui s’affirme

Les analyses de décembre 2025 mettent également en lumière la montée en influence du Sud global.

Longtemps cantonnés à un rôle périphérique, des pays comme l’Inde, le Brésil, l’Indonésie ou l’Afrique du Sud s’imposent désormais comme des pôles diplomatiques capables de peser sur les négociations internationales. Leur capacité à dialoguer avec des blocs rivaux, à proposer des médiations ou à structurer des coalitions thématiques constituerait un facteur de résilience dans un monde où les grandes puissances peinent à coopérer.

Cette affirmation du Sud global ne se limite pas à la diplomatie. Sur les plans économique et technologique, ces États développent des stratégies d’innovation adaptées à leurs contraintes, misant sur des solutions locales, des partenariats flexibles et une diversification de leurs débouchés. Une manière de réduire leur vulnérabilité face aux chocs extérieurs.


Entreprises et sociétés civiles : l’adaptation comme réflexe

L’IRIS insiste aussi sur la capacité d’adaptation des acteurs non étatiques. Les entreprises, confrontées à une visibilité réduite et à des chaînes de valeur instables, réorganisent leurs approvisionnements, renforcent leurs stocks stratégiques et investissent dans la compréhension des risques géopolitiques. Cette intégration de la géopolitique dans la stratégie économique, encore marginale il y a quelques années, devient un réflexe de survie.

Les sociétés civiles, quant à elles, jouent un rôle croissant dans la résilience collective. Mobilisations citoyennes, innovations sociales, initiatives locales de transition énergétique ou alimentaire : autant de réponses qui contribuent à amortir les chocs et à maintenir une cohésion mise à l’épreuve.


Un monde instable, mais pas immobile

À travers ces analyses, l’instabilité actuelle ne condamne pas les acteurs internationaux à l’impuissance.

Si les tensions s’intensifient et si les repères traditionnels s’effritent, des dynamiques d’adaptation se déploient à toutes les échelles. Elles ne suffisent pas à dissiper les incertitudes, mais elles dessinent les contours d’un monde où la résilience devient une stratégie autant qu’une nécessité.


Sources