Santé

Désinformation médicale : l’État passe à l’offensive

Une menace devenue centrale pour la santé publique


Jacqueline Sala
Mercredi 14 Janvier 2026


La désinformation médicale n’est plus un bruit de fond numérique. Elle s’est imposée comme un risque majeur de santé publique, au point de fragiliser la prévention, la vaccination et la confiance dans les institutions. C’est ce constat, partagé par les experts du rapport remis au Gouvernement, qui a conduit la ministre de la Santé Stéphanie Rist à dévoiler une stratégie nationale de riposte. L’objectif est clair : permettre à chacun de faire des choix éclairés dans un environnement saturé de contenus trompeurs.



Désinformation médicale : l’État passe à l’offensive
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé le 12 janvier 2026, dans le cadre d’une conférence de presse, organisée juste après la remise officielle du rapport par ses auteurs, dont le Pr Mathieu Molimard, pneumologue et pharmacologue.

Cette présentation faisait suite à la remise du document d’une cinquantaine de pages, élaboré dans le cadre d’une mission confiée par le ministère et destiné à poser les bases de la stratégie nationale.

Des infox qui prospèrent sur les réseaux sociaux

Depuis la pandémie de Covid‑19, les infox en santé se sont multipliées, portées par des récits simplifiés et séduisants qui circulent plus vite que les données scientifiques.

Les auteurs du rapport Molimard, sur lequel s’appuie la stratégie, rappellent que ces fausses informations peuvent détourner des patients des soins, affaiblir la prévention et parfois mettre en péril l’adhésion aux recommandations médicales. Le phénomène n’est plus marginal : il s’enracine dans le quotidien numérique des Français.

Une stratégie structurée autour de l’infovigilance et d’un observatoire national

Pour répondre à cette dérive, le Gouvernement mise sur une approche systémique. Un dispositif d’« infovigilance » sera opérationnel dès la fin janvier, chargé de détecter les signaux faibles de désinformation et d’y répondre rapidement grâce à un réseau d’experts mobilisés en continu. Un Observatoire national de la désinformation en santé, adossé à Santé.fr, centralisera les analyses, documentera les tendances et produira des ressources fiables à destination du public comme des professionnels.

Associer les citoyens et renforcer l’esprit critique dès le plus jeune âge

La stratégie s’appuie également sur un volet participatif : un comité citoyen de 27 membres tiendra des assises dédiées, afin d’intégrer les attentes et les inquiétudes de la population. Enfin, un effort massif d’éducation critique est annoncé, dès l’enfance, pour renforcer la capacité de chacun à identifier les mécanismes de manipulation et à distinguer une source fiable d’un contenu fallacieux.

Des exemples récents qui illustrent l’urgence d’agir

Les exemples récents illustrent l’urgence. L’idée selon laquelle les vaccins « affaibliraient le système immunitaire » a connu une diffusion virale, malgré l’absence totale de fondement scientifique. Des vidéos affirmant que certains traitements contre le cancer seraient « cachés par l’industrie » ont détourné des patients de leurs parcours de soins.
Plus récemment, des rumeurs sur des prétendus « effets toxiques » de la vitamine D ont entraîné des surdosages dangereux.

Ces infox, souvent habillées d’un vernis pseudo‑scientifique, prospèrent sur les réseaux sociaux et exploitent les zones d’incertitude inhérentes à la science.

Un impact qui reste à démontrer

Malgré son ambition, la stratégie nationale risque de n’être qu’un pansement sur une fracture plus profonde.

Les infox se propagent à une vitesse que l’infovigilance ne pourra pas suivre, et l’Observatoire, aussi structuré soit‑il, ne suffira pas à rétablir une confiance déjà largement érodée. Miser sur la pédagogie est nécessaire, mais insuffisant face à des récits émotionnels qui séduisent bien plus que des données factuelles.

Sans un changement réel dans la manière dont les institutions parlent, écoutent et interagissent avec le public, cette stratégie pourrait n’être qu’un arsenal bien conçu… mais déployé trop tard et trop loin du terrain où se joue réellement la bataille.

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