A propos de VEILLE

Droits de douane, pression juridique, concessions européennes : un nouvel équilibre transatlantique. Témoignage

Dans le cadre du Partenariat M2 Intelligence Économique IAE de Poitiers, Curebot et Veille Magazine


Jacqueline Sala
Jeudi 12 Février 2026


Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relations commerciales transatlantiques sont de nouveau sous tension. Relance de la doctrine America First, hausse brutale des droits de douane, usage offensif des instruments juridiques américains : Washington impose un rapport de force qui fragilise l’Europe et met particulièrement à l’épreuve l’économie française. Malgré une résilience portée par l’aéronautique, Paris reste exposé aux revirements d’une stratégie américaine aussi imprévisible que géopolitique.



Le témoignage présenté ici est authentique ; pour préserver la confidentialité de la personne interrogée, le prénom Marie a été modifié.

Un contexte commercial instable

Selon Marie, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, la politique commerciale américaine connaît une nouvelle phase de durcissement marquée par la relance de la doctrine America First. Cette orientation repose sur un recours accru au protectionnisme, visant à réduire le déficit commercial américain et à renforcer la souveraineté industrielle nationale.

L’instauration de droits de douane universels, assortis de surtaxes ciblées sur certains produits européens, a profondément déstabilisé les échanges transatlantiques.

Ce contexte d’incertitude tarifaire permanente constitue un facteur de risque majeur pour les économies européennes, et particulièrement pour la France, dont plusieurs secteurs stratégiques sont fortement exposés au marché américain.
 
 Droits de douane, pression juridique, concessions européennes : un nouvel équilibre transatlantique. Témoignage

Imposition de nouveaux droits de douane (les faits)

À partir d’avril 2025, l’administration américaine a mis en œuvre une première vague de droits de douane de 20 % sur les importations européennes, avant de brandir la menace d’un relèvement à 30 % durant l’été. Un compromis partiel a finalement été conclu avec la Commission européenne en août 2025, fixant les taxes à 15 %, tout en maintenant la possibilité de surtaxes en cas de mesures de rétorsion.

Dans l’interview, Marie souligne que l’objectif américain n’est pas uniquement commercial : il s’agit aussi de forcer les partenaires à négocier des exemptions sectorielles comme l’acier et l’aluminium, l’automobile, les vins et spiritueux, le luxe, les cosmétiques et l’aéronautique, utilisées comme leviers géopolitique dans la relation bilatérale.
 

Les instruments juridiques américains

Dans l’interview, Marie souligne que la politique commerciale américaine repose sur des instruments juridiques permettant une action rapide et largement discrétionnaire. La section 232, pilotée par le Department of Commerce, autorise l’ouverture d’enquêtes sur des importations jugées menaçantes pour la sécurité nationale. À l’issue d’un délai de six mois, le Président peut décider unilatéralement de nouveaux droits de douane, notamment sur des secteurs stratégiques comme l’acier, l’aluminium ou l’automobile.

La section 301, gérée par le représentant américain au commerce, constitue un autre levier majeur. Elle vise directement les pays accusés de pratiques déloyales et permet de prendre des mesures contre les politiques commerciales des pays étrangers. Marie rappelle que la l’union européenne y reste exposée. En septembre 2025, Trump annonce user de cet instrument pour annuler la condamnation et l’amende de la Commission européenne sur Google.

Selon Marie, ces outils montrent une stratégie assumée : utiliser le droit comme instrument de pression économique et géopolitique, plaçant les partenaires européens dans une position de négociation contrainte.
 

Bonne résistance de la France

Malgré ces contraintes, la France fait preuve d’une résilience relative. Le déficit commercial français, bien qu’en légère hausse ponctuelle, demeure orienté à la baisse sur douze mois. Cette résistance s’explique en grande partie par la performance du secteur aéronautique, dont les exportations ont retrouvé leur niveau d’avant-crise sanitaire. Les ventes vers les États-Unis ont progressé de 17 % sur le dernier trimestre, contribuant significativement à la croissance du PIB.

Par ailleurs, la dépréciation du dollar face à l’euro a permis d’atténuer l’impact des droits de douane en maintenant une certaine compétitivité-prix des produits français sur le marché américain.

Marie précise toutefois que cette résilience reste fragile et dépend fortement de décisions politiques américaines susceptibles d’évoluer rapidement.
 

Une efficacité pas garantie sur le long terme

Si la politique tarifaire américaine a permis une réduction ponctuelle du déficit commercial des États-Unis, ses effets structurels demeurent incertains. Le déficit américain connaît une évolution erratique, alternant phases de contraction et de rebond, ce qui complique l’évaluation de l’efficacité réelle des mesures.

De plus, cette stratégie favorise une reconfiguration des flux commerciaux mondiaux, notamment par la réorientation des exportations chinoises vers l’Europe. À long terme, cette fragmentation des chaînes de valeur risque d’affaiblir la stabilité du commerce international et de fragiliser les alliances économiques traditionnelles des États-Unis.

Marie souligne que cette fragmentation accroît les vulnérabilités européennes, en exposant davantage le marché intérieur à des flux détournés et à de nouvelles formes de concurrence.
 

Suppression par l’UE d’une partie des taxes douanières sur les importations américaines

Selon Marie, la réponse européenne s’inscrit dans une logique de désescalade assumée, fondée sur la recherche de stabilité plutôt que sur l’affrontement direct.

Face à l’approche coercitive de Washington, l’Union européenne a privilégié une stratégie de compromis. Elle a proposé la suppression de certains droits de douane sur les produits industriels américains et sur une partie des biens agricoles, dans l’objectif d’obtenir une baisse des taxes américaines sur l’automobile européenne.

Cette initiative reste toutefois asymétrique, les États-Unis conservant un rapport de force favorable. L’UE accepte ce déséquilibre afin de limiter les coûts économiques d’une escalade commerciale et de préserver une forme de stabilité des échanges.
 

A propos des auteurs...


Appoline, alternante au sein d’Enedis en tant que chargée d’intelligence économique.

Elle détient un DUT information communication, complétée par des expériences professionnelles en communication.


Vincent, alternant au sein du Groupe IMA en tant que chargé de veille et d’études.

Il détient une licence d'Economie et de Gestion et justifie d’expériences professionnelles dans le domaine de la communication.

Yann, alternant au sein du groupe Groupama Gan Vie en tant que chargé d’études et de veille stratégique.

Il détient une licence d’administration économique et sociale, avec des expériences professionnelles de  La Connaissance Client.

Partenariat. M2 Intelligence Économique IAE de Poitiers, Curebot et Veille Mag