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Ecoutez ! Aux origines stratégiques du progressisme : un siècle de guerre cognitive. Entretien Christian Harbulot avec Nicolas Moinet

#39. 50 ans de guerre de l'information


Jacqueline Sala
Mardi 2 Juin 2026


Derrière le mot rassurant de « progrès », une mécanique autrement plus redoutable s’est mise en place. Une stratégie patiemment construite, pensée pour fissurer les certitudes, retourner les forces adverses et remodeler les imaginaires. Une guerre sans uniforme, mais avec un terrain d’opération clair : l’esprit humain.




Une matrice née dans les failles de l’Empire

Dans son entretien avec Nicolas Moinet, Christian Harbulot présente l’analyse du Centre de Recherche 451 à propos du "progressisme" vu comme une manœuvre offensive, pas comme une famille d’idées. Petit retour en arrière.
Tout commence dans la Russie tsariste, où les nihilistes comprennent qu’un récit peut frapper plus fort qu’un attentat. Le roman Que faire ? de Tchernychevski devient un catalyseur : il fabrique un imaginaire, un horizon, une mythologie. Lénine en reprendra le titre, signe que la bataille culturelle est déjà engagée.


Le Bund, après 1905, pousse la logique plus loin. Privé d’espace politique, il investit le culturel : chorales, cercles littéraires, écoles. Une infiltration douce, horizontale, indétectable. Le Comintern transformera cette intuition en méthode, disséminant salles de lecture et structures d’entraide dans les ports américains. La société civile devient un terrain d’opération.

Une offensive qui retourne les forces de l’adversaire

Le progressisme exploite les failles du système qu’il vise. Aux États‑Unis, la Progressive Era transforme les succès industriels en preuves d’injustice. La Cour suprême, en bloquant les réformes sociales, offre malgré elle un argument parfait : le système serait incapable de se corriger. La propagande n’a plus qu’à amplifier.

Autre levier : les « compagnons de route ». Intellectuels, chrétiens, pacifistes… Ils ne sont pas membres du Parti, mais reprennent ses mots, ses indignations, ses cadres d’analyse. Ils deviennent les relais les plus efficaces, précisément parce qu’ils se croient indépendants.

Dernier axe : la paix. En associant capitalisme et guerre, progressisme et pacifisme, la manœuvre parvient à peser sur les décisions stratégiques. Le Vietnam en est l’exemple le plus spectaculaire : l’opinion devient un instrument de pression, jusqu’à contraindre Nixon au retrait.

Une victoire culturelle assumée

Trois phrases résument l’ampleur de la conquête.
Henry Minczeles : « Le culturel se substitua au politique. »
André Fontaine : le Parti communiste a « pris la tête du courant progressiste ».
Annie Kriegel : les libéraux américains ont « basculé du côté des radicaux ». Le cœur du système adverse a fini par adopter les thèses de ceux qui voulaient le déstabiliser.
 

Un héritage qui dépasse les polémiques du moment

Face aux débats actuels sur le « wokisme », Christian Harbulot relativise : une « petite tasse de café » comparée à la machine idéologique du XXᵉ siècle. Le progressisme, tel qu’il est analysé ici, relève d’une architecture autrement plus profonde, dont les effets irriguent encore les rapports de force contemporains.


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A propos de ...

Christian Harbulot est une figure centrale de l’étude contemporaine de l’intelligence économique et des stratégies d’influence. Directeur de l’École de Guerre Économique, il a contribué à structurer en France l’analyse des rapports de force immatériels. Il supervise également les travaux du Centre de Recherche 451 (CR451) , laboratoire dédié à la compréhension des manœuvres informationnelles et des dynamiques de subversion dans le temps long.

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