Communication & Influence

Ecoutez ! Encerclement cognitif : la maîtrise du récit devient une condition de souveraineté.

[WEBINAIRE] Les 10 PRINCIPES FONDAMENTAUX de la GUERRE de l'INFORMATION [2/2] CR 541/ Ecole de guerre économique


Jacqueline Sala
Mercredi 1 Juillet 2026


À la lumière du webinaire Les 10 principes fondamentaux de la guerre de l’information (CR 541, EGE), une certitude s’impose : l’information est un champ de bataille autonome. Les dynamiques exposées — asymétrie créative, encerclement cognitif, pression sur les décideurs — révèlent une transformation profonde des rapports de puissance. Dans ce nouvel environnement, la maîtrise du récit devient une condition de souveraineté.




L’asymétrie créative : quand le faible dicte le tempo

La première mutation tient à l’inversion des rapports de force.

Dans l’univers immatériel, le faible n’est plus condamné à subir ; il invente. ONG, collectifs ou activistes investissent des espaces informationnels fluides où l’agilité supplante la puissance. Leur force réside dans la vitesse, l’humour, le détournement et la capacité à exploiter les failles morales du Fort, englué dans ses procédures et prisonnier de ses réflexes défensifs. La créativité devient une arme stratégique, un levier de saturation qui désoriente les institutions les plus robustes.

Comme le rappelle Christian Harbulot, « le faible est plus créatif que le fort », et cette créativité structure désormais l’ensemble des confrontations informationnelles.

La géoéconomie de l’influence : l’encerclement comme doctrine

La seconde tendance relève d’une intégration totale de la guerre de l’information dans les stratégies de puissance. L’Allemagne et les États-Unis ont bâti des architectures d’influence où fondations politiques, ONG, experts et réseaux académiques forment un continuum cohérent. Leur objectif : occuper durablement le champ de la connaissance, orienter les normes, façonner les futurs décideurs.

Le budget de 697 millions d’euros alloué aux fondations politiques allemandes en 2023 illustre cette logique d’investissement massif. Face à cette machinerie, la France a parfois su opposer un bouclier normatif efficace.

L’épisode du « Paratonnerre français » en témoigne : une alliance entre industriels et services de l’État a permis de contrer une offensive normative étrangère et de préserver une technologie aujourd’hui déployée dans 120 pays. La bataille ne se joue plus dans la diplomatie classique, mais dans les arènes scientifiques, les récits experts et les réseaux de légitimation.

Le centre de gravité cognitif : viser l’entourage pour neutraliser la décision

©esprit-equipage.com
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La troisième transformation déplace la cible. L’objectif n’est plus la foule, mais le cercle rapproché du décideur. Une simple note, un tract ou un doute instillé au bon endroit peut suffire à paralyser une chaîne décisionnelle entière. L’opération Lava Jato au Brésil en offre une démonstration spectaculaire : en théâtralisant la lutte anticorruption, le pouvoir judiciaire a été érigé en héros médiatique, provoquant une reconfiguration politique totale. La guerre de l’information devient un art du sniping cognitif, où l’enjeu n’est pas de convaincre, mais d’empêcher l’autre d’agir.

C’est précisément ce point que l’intervention de Jean‑Claude Gallet est venue éclairer. Fort de son expérience du commandement en situation extrême, il a rappelé que l’information fonctionne désormais comme un milieu hostile, comparable à un environnement de crise où chaque faille narrative peut déclencher une réaction en chaîne.

Pour lui, la perception est devenue un actif stratégique : dans les moments critiques, ce n’est pas la réalité qui gouverne, mais la manière dont elle est interprétée par les acteurs clés. Il a souligné que la pression cognitive sur l’entourage immédiat du dirigeant constitue la véritable zone de fragilité. Une information orientée, un doute insinué au mauvais moment, et c’est toute la capacité de décision qui vacille. Son apport replace la guerre de l’information au coeur de la maîtrise du récit. La vitesse d’analyse et l’anticipation des effets cognitifs deviennent des compétences vitales.
 


 

Participants


Jean-Claude Gallet,  directeur de l'EGE
Christian Harbulot, directeur du CR451
Arnaud de Morgny, directeur adjoint du CR451
Nicolas Moinet, professeur à l'IAE de Poitiers et chercheur associé à l'IRSEM
Eric Alexandre, chercheur associé CR451
Aurélie Poquet, chercheure associée CR451
François Soulard, chercheur associé CR451


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