1. À l’IAE de Poitiers, vous formez la nouvelle génération de professionnels de l’IE. Quelles compétences vos étudiants doivent-ils aujourd’hui maîtriser pour répondre aux besoins et attentes des dirigeants publics et privés ?
Depuis 30 ans, le Master Intelligence économique de Poitiers forme des jeunes professionnels (parcours en apprentissage) et des professionnels en activité (parcours en formation à distance). Identifier, analyser et comprendre des situations complexes impliquant des décisions de nature économique sont les premières compétences clés. Les situations d’urgence qui se multiplient impliquent de gérer des contextes professionnels ou d’études complexes, imprévisibles et qui nécessitent des approches stratégiques nouvelles.
Ensuite, il est essentiel de passer à l’opératif, c’est-à-dire de problématiser puis mettre en œuvre un dispositif hybride de veille et de collecte d'information en identifiant les méthodes, les sources et les informations pertinentes (issues de personnes ou de documents numériques) ; Maîtriser l’utilisation de logiciels de veille stratégique, d'agrégateurs de contenu et d'outils de surveillance des réseaux sociaux. Sans oublier l’IA générative dont il faut faire un assistant et non un maître.
L’humain et la stratégie réseau ont par ailleurs toujours été au cœur de notre Master. Il est essentiel de savoir manager des réseaux d'acteurs afin de disposer de capteurs humains d’information. Ce qui appelle des qualités particulières qui peuvent faire l’objet d’apprentissages mais dans la limite des aptitudes personnelles décelées lors du recrutement : curiosité et ouverture d’esprit, capacité d’écoute, autonomie, diplomatie, aisance relationnelle.
L’analyse est pour nous centrale et c’est là toute la force de la culture universitaire et de l’initiation à la recherche. En termes de compétences clés, il s’agit de maîtriser des outils d'analyse de données massives pour détecter les tendances émergentes, cartographier les enjeux et controverses géopolitiques et socio-économiques, articuler l'analyse de données hybrides qualitatives et quantitatives, issues de sources professionnelles et scientifiques et savoir synthétiser un grand volume de données pour en extraire des informations stratégiques en se préservant des biais cognitifs.
Enfin, nous insistons sur l’importance de savoir convaincre les dirigeants de l'importance des recommandations stratégiques. Sans oublier pour l’ensemble les impératifs de sécurité. Auditer les risques associés au patrimoine immatériel d'une organisation et mettre en œuvre un dispositif de protection des informations sensibles sera donc une compétence essentielle.
Ensuite, il est essentiel de passer à l’opératif, c’est-à-dire de problématiser puis mettre en œuvre un dispositif hybride de veille et de collecte d'information en identifiant les méthodes, les sources et les informations pertinentes (issues de personnes ou de documents numériques) ; Maîtriser l’utilisation de logiciels de veille stratégique, d'agrégateurs de contenu et d'outils de surveillance des réseaux sociaux. Sans oublier l’IA générative dont il faut faire un assistant et non un maître.
L’humain et la stratégie réseau ont par ailleurs toujours été au cœur de notre Master. Il est essentiel de savoir manager des réseaux d'acteurs afin de disposer de capteurs humains d’information. Ce qui appelle des qualités particulières qui peuvent faire l’objet d’apprentissages mais dans la limite des aptitudes personnelles décelées lors du recrutement : curiosité et ouverture d’esprit, capacité d’écoute, autonomie, diplomatie, aisance relationnelle.
L’analyse est pour nous centrale et c’est là toute la force de la culture universitaire et de l’initiation à la recherche. En termes de compétences clés, il s’agit de maîtriser des outils d'analyse de données massives pour détecter les tendances émergentes, cartographier les enjeux et controverses géopolitiques et socio-économiques, articuler l'analyse de données hybrides qualitatives et quantitatives, issues de sources professionnelles et scientifiques et savoir synthétiser un grand volume de données pour en extraire des informations stratégiques en se préservant des biais cognitifs.
Enfin, nous insistons sur l’importance de savoir convaincre les dirigeants de l'importance des recommandations stratégiques. Sans oublier pour l’ensemble les impératifs de sécurité. Auditer les risques associés au patrimoine immatériel d'une organisation et mettre en œuvre un dispositif de protection des informations sensibles sera donc une compétence essentielle.
2025 a été une année de « bruit stratégique » permanent. Selon vous, quelles tendances ont vraiment compté ? Entre tensions géopolitiques, fragmentation des chaînes de valeur et montée des risques informationnels, quels signaux faibles identifiez vous aujourd’hui comme structurants pour 2026 ?
Les signaux ne sont jamais faibles, seule l’intelligence l’est !
2025 et 2026 sont des années de bascule qui ne font qu’amplifier des tendances déjà à l’œuvre depuis quinze ans : le centre de gravité mondial est dans la zone Asie Pacifique. C’est la rivalité sino-américaine qui dicte la marche du monde. L’Europe est désormais reléguée à la périphérie. Obama l’avait enclenché, Trump l’a définitivement entériné. L’Union européenne a joué pendant 70 ans un rôle de vassal et le réveil est douloureux. Nous ne maîtrisons plus nos chaines logistiques et sommes attaqués de toute part sur nos valeurs. Tout ceci est le fruit de décennies de refus de voir la réalité en face.
Avec Christian Harbulot, Ali Laïdi, Éric Delbecque, Olivier de Maison Rouge et Arnaud de Morgny, l’École de Pensée sur la Guerre Économique, nous en savons quelque chose. Mais il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. Nous proposons des analyses cliniques mais également des solutions. Ainsi, le dernier ouvrage collectif du CR 451 - Guerre économique, comment gagner ? – montre la voie en s’appuyant sur des batailles gagnées.
Aujourd’hui, je vois beaucoup de commentateurs mais entend peu de propositions pour sortir de l’impasse stratégique dans laquelle nous sommes. Les rapports se suivent et se ressemblent mais ne débouchent sur rien de concret, à l’instar du rapport du Sénat sur l’intelligence économique qui a accouché d’une proposition de loi désormais tombé dans les oubliettes parlementaires. Nous sommes dans un état de sidération dont il est urgent de sortir.
2025 et 2026 sont des années de bascule qui ne font qu’amplifier des tendances déjà à l’œuvre depuis quinze ans : le centre de gravité mondial est dans la zone Asie Pacifique. C’est la rivalité sino-américaine qui dicte la marche du monde. L’Europe est désormais reléguée à la périphérie. Obama l’avait enclenché, Trump l’a définitivement entériné. L’Union européenne a joué pendant 70 ans un rôle de vassal et le réveil est douloureux. Nous ne maîtrisons plus nos chaines logistiques et sommes attaqués de toute part sur nos valeurs. Tout ceci est le fruit de décennies de refus de voir la réalité en face.
Avec Christian Harbulot, Ali Laïdi, Éric Delbecque, Olivier de Maison Rouge et Arnaud de Morgny, l’École de Pensée sur la Guerre Économique, nous en savons quelque chose. Mais il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. Nous proposons des analyses cliniques mais également des solutions. Ainsi, le dernier ouvrage collectif du CR 451 - Guerre économique, comment gagner ? – montre la voie en s’appuyant sur des batailles gagnées.
Aujourd’hui, je vois beaucoup de commentateurs mais entend peu de propositions pour sortir de l’impasse stratégique dans laquelle nous sommes. Les rapports se suivent et se ressemblent mais ne débouchent sur rien de concret, à l’instar du rapport du Sénat sur l’intelligence économique qui a accouché d’une proposition de loi désormais tombé dans les oubliettes parlementaires. Nous sommes dans un état de sidération dont il est urgent de sortir.
2. On parle beaucoup d’IA générative, d’influence et de souveraineté. Mais si l’on regarde objectivement les faits, quels sont selon vous, les domaines où les entreprises françaises ont réellement progressé en 2025 ?
Il y a eu clairement une prise de conscience de l’impératif de souveraineté et de la réalité des rapports de force dans ce qu’on n’a plus peur désormais d’appeler guerre économique.
C’est une première étape. L’État n’est d’ailleurs pas en reste et, là aussi, j’ai pu observer une prise de conscience de changer de braquet. D’ailleurs, nous ne manquons pas de bonnes volontés et de compétences. Mais c’est la mise en musique qui fait encore défaut. Dans la sécurité économique par exemple, le MEDEF s’est réellement emparé du sujet et sur le terrain, les entreprises sont à l’écoute. Le CISSE apporte également sa pierre à l’édifice. Mais des combattants et quelques forces spéciales ne suffisent pas.
En haut, il nous faut un état-major et en bas des forces morales mobilisées qui travaillent en réseau.
C’est une première étape. L’État n’est d’ailleurs pas en reste et, là aussi, j’ai pu observer une prise de conscience de changer de braquet. D’ailleurs, nous ne manquons pas de bonnes volontés et de compétences. Mais c’est la mise en musique qui fait encore défaut. Dans la sécurité économique par exemple, le MEDEF s’est réellement emparé du sujet et sur le terrain, les entreprises sont à l’écoute. Le CISSE apporte également sa pierre à l’édifice. Mais des combattants et quelques forces spéciales ne suffisent pas.
En haut, il nous faut un état-major et en bas des forces morales mobilisées qui travaillent en réseau.
Vous dénoncez depuis toujours la culture du réflexe plutôt que celle de l’anticipation. Qu’est ce qui, en 2025, a démontré que la France reste une puissance vulnérable sur le plan informationnel ? Et d’ailleurs, pensez-vous que la France soit encore une puissance ?
Pour moi, la France reste une puissance notamment en raison de sa force de frappe nucléaire, de son siège au conseil de sécurité de l’ONU, de son soft power, de son espace maritime, etc.
Mais c’est une puissance en perte de vitesse faute de stratégie claire et en raison d’une situation politique intérieure calamiteuse marquée par une faiblesse budgétaire préoccupante qui a considérablement affaibli notre position au sein de l’UE. Nous avons délaissé l’industrie, les sciences et l’ingénierie. Ce sont toutes ces faiblesses internes qui nous rendent vulnérables aux ingérences extérieures et limitent notre agilité stratégique.
Mais c’est une puissance en perte de vitesse faute de stratégie claire et en raison d’une situation politique intérieure calamiteuse marquée par une faiblesse budgétaire préoccupante qui a considérablement affaibli notre position au sein de l’UE. Nous avons délaissé l’industrie, les sciences et l’ingénierie. Ce sont toutes ces faiblesses internes qui nous rendent vulnérables aux ingérences extérieures et limitent notre agilité stratégique.
En matière de souveraineté européenne, qu’est ce qui vous a le plus surpris en 2025 : une prise de conscience réelle, ou au contraire l’incapacité persistante de l’Europe à transformer ses discours en puissance stratégique ?
Je ne crois pas au concept de souveraineté européenne et préfère parler d’autonomie stratégique.
La souveraineté est l’affaire des États. De même, parler de puissance européenne est un leurre car il n’y a pas d’unité stratégique européenne. La non mise-en-œuvre du rapport Draghi en est la preuve. L’UE devrait être avant tout un bouclier quand les glaives restent du ressort de ses états membres. Mais les divergences sur l’agriculture ou l’énergie montrent bien que ce n’est pas le cas. On parle beaucoup, et à juste titre, de la vassalité de la plupart des pays européens à l’armement américain via notamment le F35. Mais on pourrait aussi observer les prises de participation des capitaux chinois dans tous les grands ports européens…
L’Europe est un marché sous influences mais elle n’est sûrement pas une puissance. Croire le contraire c’est partir au combat avec des munitions chargées à blanc. Aura-t-elle un jour des munitions ? Trump va peut-être nous y contraindre… ou définitivement nous reléguer en deuxième division.
La souveraineté est l’affaire des États. De même, parler de puissance européenne est un leurre car il n’y a pas d’unité stratégique européenne. La non mise-en-œuvre du rapport Draghi en est la preuve. L’UE devrait être avant tout un bouclier quand les glaives restent du ressort de ses états membres. Mais les divergences sur l’agriculture ou l’énergie montrent bien que ce n’est pas le cas. On parle beaucoup, et à juste titre, de la vassalité de la plupart des pays européens à l’armement américain via notamment le F35. Mais on pourrait aussi observer les prises de participation des capitaux chinois dans tous les grands ports européens…
L’Europe est un marché sous influences mais elle n’est sûrement pas une puissance. Croire le contraire c’est partir au combat avec des munitions chargées à blanc. Aura-t-elle un jour des munitions ? Trump va peut-être nous y contraindre… ou définitivement nous reléguer en deuxième division.
Peut-être une recommandation, un rendez-vous, la publication d’un ouvrage…
Je viens de terminer la nouvelle édition du deuxième volet de la trilogie Les sentiers de la guerre économique sur les batailles des soft powers (sortie le 19 février aux éditions Valeurs ajoutées). J’espère que ces récits où « Je est un autre » inciteront les nouvelles générations à s’engager et à se battre pour l’avenir de la France et pour ces valeurs auxquelles je crois plus que jamais : Liberté, égalité, fraternité.
Nicolas Moinet, Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
A propos de...
Professeur des universités en Sciences de l’Information et de la Communication à l’IAE de Poitiers, Nicolas Moinet dirige le parcours formation à distance du Master 2 Intelligence économique. Praticien-chercheur en intelligence économique depuis 1993, il a un Doctorat sur les dispositifs intelligents et les stratégies d’innovation. Chercheur au CEREGE et chercheur associé au CR 451, il est l’auteur d’une centaine d’articles et d’une vingtaine d’ouvrages sur l’intelligence économique, le renseignement, la sécurité économique et l’influence. Il intervient régulièrement auprès d’institutions et d’entreprises. Il a été auditeur de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ devenu IHEMI) et de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale. Il est l'un des fondateurs de l’École de Pensée sur la Guerre Économique.
Vers plus d'informations
Trilogie Les sentiers de la guerre économique (Valeurs Ajoutées Éditions)

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