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Intelligence des risques

Entretien avec le Général de corps d’armée Bernard de Courrèges d’Ustou, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et parrain du Sommet IES 2015


Cynthia Glock




Le Sommet de l’intelligence économique et de la sécurité 2015 (Sommet IES) est un événement inédit, d’une part parce qu’il réunit pour la première fois les deux disciplines, d’autre part du fait de son format particulier, alliant ateliers thématiques et conférences. En tant que parrain de l’événement, qu’attendez-vous de cette première édition ?

L’IHEDN parraine volontiers le premier Sommet IES, qui plus est, initié par quelques membres très actifs d’une association régionale. J’attends que la réunion de personnalités publiques et privées du monde de l’IE et d’acteurs économiques - entreprises notamment – puisse déboucher sur des échanges fructueux et, ainsi, poursuivre le développement d’une intelligence collective. L’information ne doit plus être un instrument de pouvoir - détenue uniquement par un nombre restreint de personnes dans une organisation. Il faut pouvoir la partager, la faire circuler pour l’enrichir et mieux la valoriser et, ainsi, être finalement plus efficace.

Je prévois que lors de ce Sommet, plusieurs tendances seront à l’ordre du jour : par exemple les enjeux technologiques, industriels, économiques, sociétaux et géopolitiques, liés au cyberespace. Ce nouvel espace questionne les États et leur souveraineté, les relations entre citoyens et puissance publique. Il démontre aussi plus que jamais la dépendance que nous pouvons avoir vis-à-vis des grandes entreprises de l’Internet.

Le prochain grand défi qui se pose à nous est sans nul doute la souveraineté numérique.
Concernant l’alliance des thématiques intelligence économique (IE) et sécurité, elle n’est pas nouvelle, puisque le concept IE comporte trois volets que sont la veille, l’influence et la sécurité. En revanche, il peut être intéressant, pour les approfondir, de traiter les volets veille et influence indépendamment.

Car le sujet de la sécurité requiert à lui seul une action d’ampleur de la part de l’État, lequel, dans son rôle régalien, doit assurer la protection des actifs stratégiques de notre pays. Nous le voyons régulièrement dans l’actualité, les différents sujets soulevés par le projet de loi sur le secret des affaires et la loi sur le renseignement sont au centre des préoccupations et incitent nos sociétés à s’interroger sur les espaces de liberté qu’une démocratie doit garantir.

​L’IHEDN s’intéresse depuis longtemps à l’intelligence économique et à la sécurité, via les séminaires et cycles mis en place depuis plusieurs années. Quelles grandes évolutions ont connu ces problématiques ?

L’IHEDN, plateforme d’échanges et de débats autant que vecteur d’influence national et international, est précurseur sur la thématique IE. Nous avons développé, dès 1996, des cycles intelligence économique et stratégique (IES), dont le contenu faisait notamment écho aux problématiques soulevées par le rapport Martre (Commissariat général au Plan – paru en 1994).

Déjà la problématique du décloisonnement de l’information dans les organisations, accrue par le développement des TIC (NTIC à l’époque !), irriguait ces cycles IES. La politique publique d’IE lancée par l’État en 2004 impliquait déjà une synergie public-privé, élément primordial pour l’action de l’
"État-stratège". Après 20 années de formations à l’IHEDN, dont l’objectif n’est pas de transmettre un savoir figé, mais bien de susciter intérêt et curiosité, nous constatons aujourd’hui que l’IE conserve toute sa prégnance, tant pour sa stratégie publique que pour son mode de gouvernance et sa grille d’analyse de l’information.

Avant les derniers Livres blancs sur la défense et la sécurité nationale, nous parlions du concept de défense globale et de son volet défense économique. Désormais, nous parlons de défense et de sécurité nationale. Les actions dans ce domaine élargi ne sont plus le fait de la seule puissance publique. Les entreprises et l’ensemble de la société civile doivent pouvoir y contribuer largement… en matière de débats sur la citoyenneté, la résilience, etc. Chaque cadre, chaque dirigeant doit s’interroger sur les structures de sa société ou de son administration ou encore sur la nature de ses relations avec son environnement. 

 

Propos recueillis par Cynthia Glock