J.S : Guillaume Chillet, vous revenez tout juste des Rencontres de l’Esprit Critique à Toulouse. Dans votre intervention, vous avez commencé par annoncer… un cours de natation. Pourquoi cette entrée en matière inattendue ?
G.C. : Parce que c’est exactement le problème. Nous sommes dans l’eau, et personne ne nous a appris à nager.
L’image m’est venue en observant la façon dont les institutions, les chercheurs, les plateformes abordent la question de la désinformation. Il y a grosso modo trois types de postures. Les océanographes, d’abord : des gens très compétents qui, depuis la rive, décrivent les courants de propagation, cartographient les réseaux, publient des rapports. Leur travail est indispensable.
Ensuite, ceux qui lancent des bouées : les fact-checkers, les dispositifs de signalement, les petits drapeaux « information contestée » sur les plateformes, les outils de détection de contenus trafiqués. Et enfin, ceux qui plantent des panneaux sur la berge : « Baignade dangereuse », campagnes de sensibilisation, programmes d’éducation aux médias.
Tout cela est utile. Mais pendant ce temps, le citoyen, lui, est dans l’eau. Et il boit la tasse.
Le Petit Traité de Souveraineté Cognitive se présente comme un cours de natation, pas un traité d’océanographie parce que quand quelqu’un se noie, on ne lui explique pas la chimie du sel. On lui apprend à battre des pieds et des bras.
Ce qui m’intéressait aussi, c’est de revenir sur notre capacité d’adaptation en rappelant que cet océan n’a pas toujours été un océan. Pendant longtemps, l’information circulait comme un ruisseau. Le bouche-à-oreille de la rumeur qui se propage entre voisins. La presse à grand tirage en a fait un lac : le Petit Journal tire à un million d’exemplaires dans les années 1890, du papier qu’il faut vendre, et l’affaire Dreyfus fracture le pays en deux camps alimentés par des presses antagonistes. La radio transforme ce lac en mer : quand Orson Welles diffuse sa Guerre des Mondes en 1938, certains auditeurs ne savent pas distinguer la fiction du bulletin d’information. La télévision élargit encore le bassin. Et à chaque révolution technologique, les sociétés ont fini par apprendre à nager dans ces eaux nouvelles.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux, l’IA générative et la viralité algorithmique ont transformé cette mer en un océan sans précédent. Et cette fois, la mutation a été si rapide que personne n’a eu le temps d’apprendre. C’est pour ça que je commence par annoncer un cours de natation.
L’image m’est venue en observant la façon dont les institutions, les chercheurs, les plateformes abordent la question de la désinformation. Il y a grosso modo trois types de postures. Les océanographes, d’abord : des gens très compétents qui, depuis la rive, décrivent les courants de propagation, cartographient les réseaux, publient des rapports. Leur travail est indispensable.
Ensuite, ceux qui lancent des bouées : les fact-checkers, les dispositifs de signalement, les petits drapeaux « information contestée » sur les plateformes, les outils de détection de contenus trafiqués. Et enfin, ceux qui plantent des panneaux sur la berge : « Baignade dangereuse », campagnes de sensibilisation, programmes d’éducation aux médias.
Tout cela est utile. Mais pendant ce temps, le citoyen, lui, est dans l’eau. Et il boit la tasse.
Le Petit Traité de Souveraineté Cognitive se présente comme un cours de natation, pas un traité d’océanographie parce que quand quelqu’un se noie, on ne lui explique pas la chimie du sel. On lui apprend à battre des pieds et des bras.
Ce qui m’intéressait aussi, c’est de revenir sur notre capacité d’adaptation en rappelant que cet océan n’a pas toujours été un océan. Pendant longtemps, l’information circulait comme un ruisseau. Le bouche-à-oreille de la rumeur qui se propage entre voisins. La presse à grand tirage en a fait un lac : le Petit Journal tire à un million d’exemplaires dans les années 1890, du papier qu’il faut vendre, et l’affaire Dreyfus fracture le pays en deux camps alimentés par des presses antagonistes. La radio transforme ce lac en mer : quand Orson Welles diffuse sa Guerre des Mondes en 1938, certains auditeurs ne savent pas distinguer la fiction du bulletin d’information. La télévision élargit encore le bassin. Et à chaque révolution technologique, les sociétés ont fini par apprendre à nager dans ces eaux nouvelles.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux, l’IA générative et la viralité algorithmique ont transformé cette mer en un océan sans précédent. Et cette fois, la mutation a été si rapide que personne n’a eu le temps d’apprendre. C’est pour ça que je commence par annoncer un cours de natation.
J.S. : Vous avez ensuite invité le public à « visiter son propre territoire mental ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Vous avez même parlé, je crois, de « couches géologiques »…
G.C. : Quand on est au milieu de l’eau, la première chose qu’on cherche, c’est une terre. Un endroit solide où poser les pieds. Cette terre, c’est votre territoire cognitif. Et l’idée de la conférence, c’est de vous le faire visiter. Et comme tout territoire, il a un sous-sol.
Je distingue trois couches. Le socle rocheux sur lequel tout repose : vos valeurs fondamentales, ce que vous transmettriez à vos enfants si vous n’aviez que trois phrases à leur dire. C’est la partie la plus difficile à attaquer, et ce n’est d’ailleurs pas celle qu’un manipulateur compétent visera en priorité. C’est trop long et trop coûteux.
Au-dessus il y a les strates sédimentaires : vos croyances. Certaines sont solides, vérifiées par l’expérience. D’autres se sont déposées là sans contrôle qualité, héritées de l’école, de la famille, du milieu professionnel, de conversations répétées. Leur caractéristique redoutable, c’est qu’elles se font passer pour la réalité. On ne dit pas « je crois que c’est ainsi », on dit « c’est comme ça ». Et la différence entre les deux n’est pas anodine.
Et tout en dessous, les nappes phréatiques : les biais cognitifs. Le biais de confirmation, l’effet de halo, l’ancrage. Des raccourcis hérités de l’évolution, qui étaient indispensables dans la savane pour identifier une menace sans avoir besoin d’y réfléchir mais qui se révèlent catastrophiques face à un fil d’actualité. Et le point que je martèle dans le livre comme dans la conférence c’est que les connaître ne protège pas. Je suis psychologue et je travaille depuis 25 ans sur les processus mentaux, je connais la liste par cœur et je tombe dedans comme tout le monde ! C’est la raison pour laquelle la sensibilisation ne suffit pas. Savoir que les biais existent, c’est de la connaissance déclarative. Ce qui manque, c’est la compétence procédurale : la capacité à suspendre la réponse automatique avant d’évaluer l’information. C’est ce que le professeur Olivier Houdé, dont j’ai eu la chance de suivre les enseignements pendant mes études, appelle le contrôle inhibiteur.
Concrètement, dans le livre, je propose deux outils. Le protocole STOP, 4 lettres pour Suspendre, Tracer, Observer, Prendre du recul. C’est un geste barrière cognitif, l’équivalent du lavage de mains face à la pandémie informationnelle. Et ensuite le tabouret et ses trois pieds qui lui apportent sa stabilité : la diversification des sources, la compétence méthodologique pour distinguer un fait d’une opinion d’une rumeur, et le réseau de confiance composé de personnes capables de vous contredire. Le tabouret, c’est la stabilité. Ce qu’il y a au-dessus, c’est la souveraineté : la position depuis laquelle vous décidez ce qui entre dans votre territoire, ce qui y reste, et ce qui en sort.
Je distingue trois couches. Le socle rocheux sur lequel tout repose : vos valeurs fondamentales, ce que vous transmettriez à vos enfants si vous n’aviez que trois phrases à leur dire. C’est la partie la plus difficile à attaquer, et ce n’est d’ailleurs pas celle qu’un manipulateur compétent visera en priorité. C’est trop long et trop coûteux.
Au-dessus il y a les strates sédimentaires : vos croyances. Certaines sont solides, vérifiées par l’expérience. D’autres se sont déposées là sans contrôle qualité, héritées de l’école, de la famille, du milieu professionnel, de conversations répétées. Leur caractéristique redoutable, c’est qu’elles se font passer pour la réalité. On ne dit pas « je crois que c’est ainsi », on dit « c’est comme ça ». Et la différence entre les deux n’est pas anodine.
Et tout en dessous, les nappes phréatiques : les biais cognitifs. Le biais de confirmation, l’effet de halo, l’ancrage. Des raccourcis hérités de l’évolution, qui étaient indispensables dans la savane pour identifier une menace sans avoir besoin d’y réfléchir mais qui se révèlent catastrophiques face à un fil d’actualité. Et le point que je martèle dans le livre comme dans la conférence c’est que les connaître ne protège pas. Je suis psychologue et je travaille depuis 25 ans sur les processus mentaux, je connais la liste par cœur et je tombe dedans comme tout le monde ! C’est la raison pour laquelle la sensibilisation ne suffit pas. Savoir que les biais existent, c’est de la connaissance déclarative. Ce qui manque, c’est la compétence procédurale : la capacité à suspendre la réponse automatique avant d’évaluer l’information. C’est ce que le professeur Olivier Houdé, dont j’ai eu la chance de suivre les enseignements pendant mes études, appelle le contrôle inhibiteur.
Concrètement, dans le livre, je propose deux outils. Le protocole STOP, 4 lettres pour Suspendre, Tracer, Observer, Prendre du recul. C’est un geste barrière cognitif, l’équivalent du lavage de mains face à la pandémie informationnelle. Et ensuite le tabouret et ses trois pieds qui lui apportent sa stabilité : la diversification des sources, la compétence méthodologique pour distinguer un fait d’une opinion d’une rumeur, et le réseau de confiance composé de personnes capables de vous contredire. Le tabouret, c’est la stabilité. Ce qu’il y a au-dessus, c’est la souveraineté : la position depuis laquelle vous décidez ce qui entre dans votre territoire, ce qui y reste, et ce qui en sort.
J.S. : Le moment fort de votre intervention semble avoir été la fin, lorsque vous avez demandé au public de se remercier mutuellement. Pourquoi ce geste ?
G.C. : C’est le point d’arrivée logique de tout le raisonnement. Si on a suivi le fil, on comprend que la souveraineté cognitive est un effort désagréable. Tout ce que je propose, le STOP, la vigilance, le doute méthodique, va à contre-courant du monde dans lequel nous vivons. Chaque notification est une dose de gratification. Chaque like valide ce que vous pensez. Chaque partage vous donne le sentiment d’exister. L’algorithme a compris une chose que les philosophes savaient depuis longtemps : nous avons besoin d’être vus !
Et moi, je débarque et je dis : « suspendez, attendez, doutez, ne partagez pas ». Mais qui va vous féliciter pour l’article que vous n’avez pas partagé ? Qui va liker votre silence ? Personne.
La souveraineté cognitive s’exerce seul, dans le silence de sa propre tête. Il faut trouver soi-même la motivation de l’exercer et trouver en soi la récompense de l’avoir fait. Il n’y a pas d’applaudissements pour nous récompenser, pas de compteur qui monte pour nous encourager.
Et pourtant, cet effort invisible a un effet collectif considérable. Quand vous ne relayez pas une fausse information, vous brisez une chaîne de transmission. C’est exactement comme les gestes barrières pendant le COVID : se laver les mains, ce n’était pas pour soi, c’était pour la personne âgée dans le bus, pour le tissu social tout entier.
Alors j’ai voulu faire une chose que personne ne fait jamais. J’ai remercié le public, sincèrement. Parce que ces personnes étaient là, un samedi, à une conférence dans un festival sur l’esprit critique, sans qu’aucun algorithme ne les y ait poussées. Elles avaient fait un choix, et ce choix ne serait jamais reconnu nulle part ailleurs.
Et puis je leur ai demandé de se tourner vers leur voisin ou leur voisine, de le regarder, et de le remercier aussi. Parce que cette personne avait fait le même choix, pleinement conscient. Le moment a duré une vingtaine de secondes sensation de flottement dans la salle, des sourires, des mots échangés, quelques rires gênés. C’est exactement ce que les réseaux sociaux ne peuvent pas produire : une connexion réelle, entre des individus réels, autour d’un projet commun. Pas un like, un regard.
C’était voulu comme un moment d’incarnation physique de ce que je venais de théoriser pendant 45 minutes. La souveraineté cognitive n’est pas un concept de colloque. C’est quelque chose qui se vit, qui se pratique, et qui se partage.
Et moi, je débarque et je dis : « suspendez, attendez, doutez, ne partagez pas ». Mais qui va vous féliciter pour l’article que vous n’avez pas partagé ? Qui va liker votre silence ? Personne.
La souveraineté cognitive s’exerce seul, dans le silence de sa propre tête. Il faut trouver soi-même la motivation de l’exercer et trouver en soi la récompense de l’avoir fait. Il n’y a pas d’applaudissements pour nous récompenser, pas de compteur qui monte pour nous encourager.
Et pourtant, cet effort invisible a un effet collectif considérable. Quand vous ne relayez pas une fausse information, vous brisez une chaîne de transmission. C’est exactement comme les gestes barrières pendant le COVID : se laver les mains, ce n’était pas pour soi, c’était pour la personne âgée dans le bus, pour le tissu social tout entier.
Alors j’ai voulu faire une chose que personne ne fait jamais. J’ai remercié le public, sincèrement. Parce que ces personnes étaient là, un samedi, à une conférence dans un festival sur l’esprit critique, sans qu’aucun algorithme ne les y ait poussées. Elles avaient fait un choix, et ce choix ne serait jamais reconnu nulle part ailleurs.
Et puis je leur ai demandé de se tourner vers leur voisin ou leur voisine, de le regarder, et de le remercier aussi. Parce que cette personne avait fait le même choix, pleinement conscient. Le moment a duré une vingtaine de secondes sensation de flottement dans la salle, des sourires, des mots échangés, quelques rires gênés. C’est exactement ce que les réseaux sociaux ne peuvent pas produire : une connexion réelle, entre des individus réels, autour d’un projet commun. Pas un like, un regard.
C’était voulu comme un moment d’incarnation physique de ce que je venais de théoriser pendant 45 minutes. La souveraineté cognitive n’est pas un concept de colloque. C’est quelque chose qui se vit, qui se pratique, et qui se partage.
J.S. : Après votre conférence, une table ronde a abordé les réponses concrètes aux manipulations de l’information. Qu’en retenez-vous ?
G.C. : La table ronde réunissait Clara Labbé, consultante en communication de crise, et Iris Boyer, directrice de l’Observatoire international sur l’information et la démocratie, avec Thibaut Renard à l’animation. J’ai été frappé par la complémentarité de nos angles.
Clara Labbé a posé un constat que le grand public connaît mal : la manipulation de l’information est devenue un déclencheur de crise à part entière. Une fausse information sur un hôpital, une entreprise ou une collectivité peut produire des dégâts aussi concrets qu’une crise « réelle ». Elle a détaillé les bonnes pratiques de réponse, et notamment un paradoxe délicat : une réponse mal calibrée peut amplifier la fausse information qu’elle cherche à corriger. D’où l’importance du travail en amont, de la veille, du prébunking, de la construction de relais de confiance.
Iris Boyer a élargi le cadre en insistant sur un point que je trouve capital : la réponse à la désinformation ne peut pas rester un dialogue entre experts et institutions. Il faut traduire ces enjeux en outils concrets pour les citoyennes et les citoyens. Elle a aussi rappelé que la technologie a industrialisé la manipulation : ce qui nécessitait autrefois des moyens étatiques est aujourd’hui accessible à quiconque dispose d’un ordinateur et de quelques dizaines d’euros.
De mon côté, j’ai apporté l’angle complémentaire de l’équation. Les réponses techniques supposent que l’utilisateur cherche à vérifier. Les réponses réglementaires supposent que les plateformes coopèrent. Les réponses stratégiques supposent des moyens institutionnels. Ce qui manque, c’est l’outillage cognitif individuel. La capacité de chaque personne à résister aux automatismes de sa propre pensée avant même que le fact-checking n’intervienne. J’ai insisté sur le fait que la recherche en sciences humaines et sociales est aujourd’hui mobilisée sur ces sujets.
La réponse à la désinformation ne sera pas uniquement technique. Elle passera aussi par la compréhension de nos vulnérabilités cognitives et par le développement de compétences de résistance chez les individus.
Si je devais résumer en une phrase ce qui a traversé cette table ronde, ce serait celle-ci : la réponse ne sera ni uniquement technologique, ni uniquement réglementaire, ni uniquement éducative. Elle suppose une combinaison d’approches, et chaque intervenante apportait une pièce que les autres n’avaient pas.
Clara Labbé a posé un constat que le grand public connaît mal : la manipulation de l’information est devenue un déclencheur de crise à part entière. Une fausse information sur un hôpital, une entreprise ou une collectivité peut produire des dégâts aussi concrets qu’une crise « réelle ». Elle a détaillé les bonnes pratiques de réponse, et notamment un paradoxe délicat : une réponse mal calibrée peut amplifier la fausse information qu’elle cherche à corriger. D’où l’importance du travail en amont, de la veille, du prébunking, de la construction de relais de confiance.
Iris Boyer a élargi le cadre en insistant sur un point que je trouve capital : la réponse à la désinformation ne peut pas rester un dialogue entre experts et institutions. Il faut traduire ces enjeux en outils concrets pour les citoyennes et les citoyens. Elle a aussi rappelé que la technologie a industrialisé la manipulation : ce qui nécessitait autrefois des moyens étatiques est aujourd’hui accessible à quiconque dispose d’un ordinateur et de quelques dizaines d’euros.
De mon côté, j’ai apporté l’angle complémentaire de l’équation. Les réponses techniques supposent que l’utilisateur cherche à vérifier. Les réponses réglementaires supposent que les plateformes coopèrent. Les réponses stratégiques supposent des moyens institutionnels. Ce qui manque, c’est l’outillage cognitif individuel. La capacité de chaque personne à résister aux automatismes de sa propre pensée avant même que le fact-checking n’intervienne. J’ai insisté sur le fait que la recherche en sciences humaines et sociales est aujourd’hui mobilisée sur ces sujets.
La réponse à la désinformation ne sera pas uniquement technique. Elle passera aussi par la compréhension de nos vulnérabilités cognitives et par le développement de compétences de résistance chez les individus.
Si je devais résumer en une phrase ce qui a traversé cette table ronde, ce serait celle-ci : la réponse ne sera ni uniquement technologique, ni uniquement réglementaire, ni uniquement éducative. Elle suppose une combinaison d’approches, et chaque intervenante apportait une pièce que les autres n’avaient pas.
J.S. : Au-delà de votre propre intervention, qu’est-ce que vous retenez des Rencontres de l’Esprit Critique cette année ? Quels enseignements majeurs se dégagent, selon vous, des différentes prises de parole et des échanges qui ont eu lieu à Toulouse ?
G.C. : Ce qui fait la force des REC, c’est le mélange. En une journée, vous passez d’une conférence de Thibaut Renard et Flora Brochier sur trente ans de captologie et de « technologies persuasives », où l’on comprend comment les plateformes ont été conçues pour capter notre attention et modeler nos comportements, à une intervention d’Agnès Buzyn dans une table ronde interrogeant la réponse des élus à la désinformation, pertinent à l’approche d’élections présidentielles dont on sait d’avance qu’elles vont être mouvementées sur le plan de la bataille informationnelle. Virginie Bagneux parlait de la défiance vaccinale dans le pays de Pasteur. Séverine Falkowicz et Alexander Samuel abordaient les dérives sectaires au-delà de la figure médiatisée du gourou.
Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est que ces interventions, qui portent sur des sujets très différents, convergent toutes vers le même point : les mécanismes cognitifs qui nous rendent vulnérables. Que ce soit face à des dark pattern, face à une campagne anti-vaccin, face à un gourou ou face à une opération d’influence étatique, ce sont souvent les mêmes biais, les mêmes raccourcis, les mêmes failles qui sont exploitées.
Et puis il y avait les stands. C’est un aspect des REC qu’on mentionne moins mais qui m’a beaucoup marqué. L’association Altruisme Efficace France, par exemple, qui interroge l’efficacité réelle de nos dons : où va votre argent, quel impact mesurable produit-il, comment peut-on maximiser le bien que l’on fait avec des ressources limitées ? C’est de l’esprit critique appliqué à la générosité, et c’est loin d’être anodin. Il y avait aussi un stand sur la sentience animale, qui pose la question de notre considération morale envers les autres espèces en s’appuyant sur des données scientifiques, pas sur du militantisme émotionnel. Et un stand d’information sur les dérives sectaires, en écho à la conférence de Falkowicz.
Ce mélange ne relève pas de l’accident, j’y vos plutôt une méthode. L’esprit critique ne se développe pas dans un silo disciplinaire ou thématique. Il se construit au contact de problématiques variées, avec des outils transversaux. Ce que j’ai vu à Toulouse, c’est un public qui ne venait pas consommer du contenu mais s’outiller. Des personnes qui posaient des questions précises, qui prenaient des notes, qui restaient après les conférences pour discuter, challenger les propos.
Je vais vous confier quelque chose : ce public m’a donné des idées. En voyant les familles, les enfants, les adolescents et adolescentes qui circulaient entre les stands et les salles, je me suis dit que les outils que je propose dans le Petit Traité devraient aussi exister dans une version adaptée aux plus jeunes. Aussi j’ai commencé à réfléchir à une version illustrée du livre, pensée pour les enfants à partir de 8 ans. Les monstres informationnels, les déguisements, les frontières, ce sont des images qui parlent naturellement aux enfants. Et plus on commence tôt à construire ces réflexes, plus ils deviennent solides.
Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est que ces interventions, qui portent sur des sujets très différents, convergent toutes vers le même point : les mécanismes cognitifs qui nous rendent vulnérables. Que ce soit face à des dark pattern, face à une campagne anti-vaccin, face à un gourou ou face à une opération d’influence étatique, ce sont souvent les mêmes biais, les mêmes raccourcis, les mêmes failles qui sont exploitées.
Et puis il y avait les stands. C’est un aspect des REC qu’on mentionne moins mais qui m’a beaucoup marqué. L’association Altruisme Efficace France, par exemple, qui interroge l’efficacité réelle de nos dons : où va votre argent, quel impact mesurable produit-il, comment peut-on maximiser le bien que l’on fait avec des ressources limitées ? C’est de l’esprit critique appliqué à la générosité, et c’est loin d’être anodin. Il y avait aussi un stand sur la sentience animale, qui pose la question de notre considération morale envers les autres espèces en s’appuyant sur des données scientifiques, pas sur du militantisme émotionnel. Et un stand d’information sur les dérives sectaires, en écho à la conférence de Falkowicz.
Ce mélange ne relève pas de l’accident, j’y vos plutôt une méthode. L’esprit critique ne se développe pas dans un silo disciplinaire ou thématique. Il se construit au contact de problématiques variées, avec des outils transversaux. Ce que j’ai vu à Toulouse, c’est un public qui ne venait pas consommer du contenu mais s’outiller. Des personnes qui posaient des questions précises, qui prenaient des notes, qui restaient après les conférences pour discuter, challenger les propos.
Je vais vous confier quelque chose : ce public m’a donné des idées. En voyant les familles, les enfants, les adolescents et adolescentes qui circulaient entre les stands et les salles, je me suis dit que les outils que je propose dans le Petit Traité devraient aussi exister dans une version adaptée aux plus jeunes. Aussi j’ai commencé à réfléchir à une version illustrée du livre, pensée pour les enfants à partir de 8 ans. Les monstres informationnels, les déguisements, les frontières, ce sont des images qui parlent naturellement aux enfants. Et plus on commence tôt à construire ces réflexes, plus ils deviennent solides.
Les REC sont un espace rare. Gratuit, ouvert, exigeant sans être élitiste. Dans un paysage médiatique où l’attention est une marchandise, un festival qui vous demande de ralentir, de douter, de réfléchir avant de réagir, c’est presque un acte de résistance. Et le fait qu’il soit porté par une équipe bénévole pilotée par Willy Lafran, financé par des collectivités et du crowdfunding, sans sponsors privés intrusifs, rend la chose encore plus remarquable.
A propos de...
Guillaume Chillet est psychologue avec 25 ans de pratique dans les sciences cognitives. Il consacre ses travaux à la souveraineté cognitive et à la résistance aux manipulations informationnelles.
Il est l’auteur du Petit Traité de Souveraineté Cognitive (2026), disponible sur Amazon et défend une approche fondée sur l’autonomie individuelle : donner à chacun les outils pour penser par soi-même plutôt que de dépendre uniquement d’outils technologiques ou de dispositifs institutionnels.
Pour « apprendre à nager », Découvrez son ouvrage !

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