Intelligence Collective & Management

Fest’IC : quand l’intelligence collective devient une expérience vivante. Entretien avec Marie-Aude Hémard par Olivier Cardini


Jacqueline Sala
Mardi 26 Mai 2026


Aux 19 et 20 juin prochains, le CIAM (Centre International des Arts en Mouvement) d’Aix-en-provence acceuille un évènement singulier : le premier festival international de l’intelligence collective. Marie-Aude Hémard, coordinatrice de Visions Collectives et du Fest'IC, parle d’intelligence collective et du Fest’IC, lors d’une rencontre pour comprendre comment elle a pensé avec d’autres à ce festival, quels choix ont guidé son architecture et surtout ... qu’est-ce qu’elle espère vraiment qu’il se passe sous le chapiteau du CIAM.



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Olivier Cardini : D'où vient votre engagement personnel pour l’intelligence collective ? Y a-t-il eu un moment, une rencontre qui vous a vraiment mis sur cette route ?

Marie-Aude Hémard : Je suis tombée dedans petite, comme Astérix dans sa marmite. Quatorze ans aux Scouts et Guides de France, où la coopération était vraiment au cœur de tout. Mais le moment qui m'a vraiment marquée, c'est à 17 ans. On m'a impliquée dans la rénovation pédagogique de la branche aînée. Pas pour me consulter en tant que jeune, non. Pour co-construire, vraiment. Réécrire la pédagogie avec ceux qui la vivaient.

C'était révolutionnaire pour moi. On n'appelait pas ça intelligence collective. C'était juste une façon de coopérer, de vivre ensemble. Puis j'ai animé des communautés d'entrepreneurs, des collectifs territoriaux. Et j'ai compris : mon rôle, c'est de créer le cadre, de mettre les outils à disposition. Les gens apportent l'expertise, la vision. C'est ça, la beauté du collectif : chacun se s’améliorant.  
 

O.C : Quand vous dites intelligence collective, comment on la définirait à quelqu'un qui ne connaît vraiment pas du tout le concept ?

M.-A.H. : Il y a cette formule : 1 + 1 = 3. Quand on travaille ensemble, la somme est plus grande que les parties. Ce que j'aime bien raconter, c'est ce moment après une vraie réunion créative. On sort avec ce sentiment étrange : on a créé quelque chose qui n'appartient à personne vraiment. Cette idée, elle n'est pas le fruit d'une personne.

C'est vraiment le fruit du collectif. Ça n'arrive pas souvent parce qu'une telle intelligence collective, ça nécessite des ingrédients bien dosés : de la confiance, un cadre clair et cette volonté de laisser émerger ce qui veut advenir. Mais quand ça se produit, c'est assez spectaculaire. On ressent ce côté un peu « waouh ». C'est ça qu'on cherche.

O. C.: Revenons à la jeunesse du projet. Comment l'idée du Fest'IC a-t-elle vraiment germé ? Lors d'une discussion entre deux personnes, ou c'était quelque chose de plus collectif dès le départ ?

Fest’IC : quand l’intelligence collective devient une expérience vivante. Entretien avec Marie-Aude Hémard par Olivier Cardini
M.-A.H : Le Fest'IC est vraiment le fruit de sept congrès professionnels. En 2022, à Lyon, on a senti quelque chose avait changé. Post-Covid, tout était différent. Et surtout, ce sentiment qu'on était arrivés au bout d'un modèle. Il fallait revisiter le concept profondément. Donc en septembre 2023, on a organisé un hackathon lors d'une université d'été. On a utilisé le « design thinking » pour vraiment interroger ce congrès.

Et voilà, en 48 heures, on avait le nom, la cible, tout. Deux jours, grand public, dans un lieu verdoyant, ouvert sur la nature. On voulait arrêter de s'adresser uniquement aux professionnels. Ouvrir vraiment à tous les domaines. Et c'est drôle, le festival a lui-même été un projet d'intelligence collective. On l'a rêvé en collectif, sous le chapiteau.

O.C : C'est vraiment le fruit de l'intelligence collective, justement. Et ce qui m'intéresse, c'est ce mélange original d'ateliers. Pourquoi ces conférences participatives, ces rencontres immersives, ces animations transversales ? Qu'est-ce que ce format rend possible que d'autres ne permettraient pas ?

M.-A.H : C'est d'abord le lieu. On est dans une pinède, sous un chapiteau. Ça décloisonne. On peut penser l'Intelligence Artificielle rigoureusement, et juste à côté on pense le développement personnel. On croise les univers. C'est disruptif. Et puis il y a cette agora. C'est un symbole fort d'intelligence collective. Au lieu de speakers qui pitchent derrière un pupitre, les intervenants vont vraiment rencontrer les gens en face.

Chez Visions Collectives, on a aussi ce lien très fort avec le prendre soin du vivant. Les ateliers dans la pinède, au pied des pins, c'est vraiment aligné avec ça. Ce croisement du public aussi. Du professionnel qui intègre l'Intelligence Artificielle aux parents qui cherchent comment pratiquer l'intelligence collective en famille. C'est ça notre ambition : essaimer ces pratiques de manière concrète et simple.

O.C : En regardant le programme, il y a une logique de progression. Du technique au relationnel, du travail ensemble au vivre ensemble. Comment avez-vous pensé cette architecture ?

M.-A.H : On a lancé un appel à manifestation d'intérêt très large en octobre. On a reçu plus de 120 propositions sur vraiment tous les domaines. L'art, le sport, la santé, la gouvernance. On en a retenu 60.

O.C : C’est de l’intelligence économique. On collecte, on analyse avec comme objectif : la prise de décision.

M.-A.H : C’est vrai, on collecte, on analyse, on fait un tri collaboratif. Plus de vingt personnes, membres ou pas de l'association, ont analysé ces propositions ensemble. Et naturellement, certains sujets se sont positionnés mieux le vendredi, ça prenait une teinte plus professionnelle, gouvernance d'entreprises.

Le samedi, on ouvrait plutôt autour de la parentalité, de la communication non-violente, quelque chose de plus citoyen. Mais on a aussi mis des sujets transverses les deux jours, parce qu'on est pluriels en tant qu'êtres humains

O.C : Je remarque aussi ces animations transversales, les chants, les dessins collectifs. Ce ne sont pas des divertissements ?

M.-A.H : Non, absolument pas. Beaucoup nous ont été proposées par les intervenants eux-mêmes. Il y en a qu'on est allés chercher, mais on a aussi été surprise par la créativité qu'on a reçue. Elles étaient tellement alignées avec cet espace ouvert de culture vivante. On est sous un chapiteau avec l'âme du cirque. C'est un art en mouvement, de la coopération pure. Construire un numéro, c'est de la co-construction totale. On cherchait ces liens naturels, et ils étaient là. Des traits d'union évidents.

O.C : Comment allez-vous savoir si le Fest'IC a réussi son but ? Qu'est-ce que vous regarderez en premier, au-delà des chiffres ?

M.-A.H : Déjà, pour nous, il a déjà réussi. On a voulu créer une communauté autour du festival. On travaille avec les intervenants depuis un mois et demi, on se retrouve régulièrement. Il y a déjà ce sentiment de faire partie de quelque chose plus grand. L'idée n'est pas de faire retomber le soufflet. On veut être l'association de maillage autour de l'intelligence collective.

Il y aura une suite, certainement un Fest'IC 2, des rencontres intermédiaires à imaginer. On va se laisser surprendre par la créativité de ces deux journées.

O.C : On va imaginer le 20 juin au soir. On ferme les lumières du chapiteau. Qu'est-ce que vous auriez aimé qui se passe, et ce qui s'est passé ?

M.-A.H : Ce qu'on veut, ce sont des sourires. Ce qu'on cherche, ce sont des connexions vraies. Des gens qui auront vécu quelque chose qui n'est vraiment pas ordinaire. Ce moment suspendu où on rencontre les gens vraiment, pas en surface. Et surtout, que chacun reparte avec de la confiance. Il va en falloir. Les transitions qu'on traverse vont être impactantes.

Mais si les gens repartent convaincus, vraiment convaincus qu'ensemble on peut traverser tout ça, parce qu'on a entendu des choses inspirantes, ancrées, audacieuses... ce serait incroyable.

O.C : Et si on se projette dans deux ans, cinq ans ? Comment voyez-vous la suite du Fest'IC ?

M.-A.H : Oui, j'ai envie de dire oui à tout. On documente ce qu'on a construit  le processus, les difficultés qu'on a vécues, pour que l'équipe prochaine puisse continuer confortablement. On est une toute petite équipe nommée en mars, mais il y a cette intention claire : que ce qu'on porte va au-delà du Fest'IC. Pourquoi pas un Fest'IC dans le nord, un dans le Sud-Ouest ? Connectés en visio pour vraiment échanger ensemble. Toujours avec cette même énergie : ensemble, on va plus loin.

O.C : Une citation inspirante pour finir ?

M.-A.H : Sans hésiter, Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu'un petit groupe d'individus conscients et engagés puisse changer le monde. En fait, cela se passe toujours ainsi. » Et c’est exactement ce qu’on est en train de faire.


A propos de

Fest’IC : quand l’intelligence collective devient une expérience vivante. Entretien avec Marie-Aude Hémard par Olivier Cardini
Marie‑Aude Hémard est coordinatrice de Visions Collectives et du Fest’IC, premier festival international dédié à l’intelligence collective. Tombée très jeune dans la coopération grâce aux Scouts et Guides de France, elle se forme ensuite à l’animation de communautés, à la gouvernance partagée et aux dynamiques de groupe.

Son fil rouge : créer des cadres où les idées émergent du collectif. Engagée pour des pratiques qui relient, transforment et donnent confiance, elle œuvre aujourd’hui à essaimer une intelligence collective accessible, vivante et ancrée dans le réel.

A propos de ...

"Oser être soi". Entretien avec Olivier Cardini
Olivier Cardini est consultant en intelligence économique depuis 1996. Installé en Bretagne, il accompagne ses clients de manière personnalisée pour les aider à mieux comprendre et décoder leur environnement, souvent complexe, et à renforcer les coopérations en plaçant l’humain au centre.

Son travail consiste notamment à identifier les risques, en particulier ceux liés au facteur humain et aux pratiques de social engineering. Il aide ensuite les équipes à transformer ces signaux faibles en pistes d’action concrètes.

Il intervient aussi comme formateur auprès d’étudiants, de dirigeants et de leurs équipes. Par ailleurs, il organise ou co-organise régulièrement des événements professionnels, comme des tables rondes et des conférences.


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