Géopolitique

Fin 2025 : l’apaisement introuvable sur la scène internationale

La Revue géopolitique. Diploweb


Jacqueline Sala
Samedi 3 Janvier 2026


Le dernier mois de 2025 a offert un panorama contrasté d’un monde en recomposition. Entre élections décisives, diplomatie américaine offensive, instabilités persistantes au Proche‑Orient et crispations en Afrique, la scène internationale a révélé un équilibre fragile où les gestes d’apaisement masquent souvent des rapports de force exacerbés. La synthèse d’Axelle Degans pour Diploweb éclaire ces dynamiques qui redessinent les lignes de fracture de la géopolitique contemporaine



Fin 2025 : l’apaisement introuvable sur la scène internationale

Élections et recompositions politiques

Décembre 2025 a été marqué par une série d’élections qui, sans provoquer de basculements spectaculaires, ont confirmé l’ancrage d’un monde fragmenté.

Les scrutins, parfois tendus, ont illustré la montée d’un vote de défiance dans plusieurs régions, tandis que d’autres pays ont cherché à consolider leur stabilité institutionnelle. Ces consultations électorales, loin d’être de simples exercices démocratiques, ont révélé des sociétés traversées par des inquiétudes économiques, sécuritaires et identitaires. Elles ont aussi rappelé que la politique intérieure demeure un levier essentiel dans les rapports de force internationaux.

Washington entre apaisement affiché et stratégie de puissance

Aux États‑Unis, la doctrine « America First » continue de structurer l’action extérieure.

En décembre, Washington a multiplié les signaux d’ouverture, notamment au Proche‑Orient, où l’administration américaine a tenté de se poser en acteur stabilisateur. Mais derrière cette façade diplomatique, la stratégie reste celle d’une puissance cherchant à préserver ses intérêts dans un environnement de plus en plus concurrentiel.
L’apaisement proclamé masque mal une volonté de réaffirmer l’influence américaine, que ce soit dans les négociations régionales ou dans la gestion des crises sécuritaires.

Proche‑Orient : l’illusion de la détente

Malgré les efforts américains pour afficher une posture de médiation, la situation au Proche‑Orient demeure loin d’être stabilisée.

La Syrie reste un foyer d’instabilité chronique, où les recompositions territoriales et les rivalités entre puissances régionales empêchent toute perspective de normalisation durable. Les tensions persistent également autour des questions humanitaires et sécuritaires, rappelant que les équilibres locaux restent précaires. L’idée d’un apaisement régional relève davantage de la communication diplomatique que d’une réalité observable sur le terrain.


Afrique : activisme américain et fragilités politiques

Le continent africain a été le théâtre d’une présence américaine renforcée, signe d’un intérêt stratégique renouvelé.

Washington y multiplie les initiatives, cherchant à contrer l’influence croissante d’autres puissances, notamment la Chine et la Russie. Mais cette dynamique se heurte à des contextes nationaux instables. Au Bénin, un coup d’État avorté a rappelé la fragilité de certains régimes et la persistance de tensions politiques profondes. L’Afrique apparaît ainsi comme un espace où s’entremêlent ambitions extérieures et vulnérabilités internes.

Europe : une relation transatlantique sous pression

La fin de l’année 2025 a également été marquée par des interrogations croissantes en Europe face à ce qui est perçu comme une offensive américaine.

Les tensions commerciales, les divergences stratégiques et les pressions politiques alimentent un climat de méfiance. L’Union européenne, déjà confrontée à ses propres défis internes, doit composer avec un partenaire américain plus imprévisible, dont les priorités ne coïncident plus toujours avec celles du Vieux Continent.

Cette relation, longtemps considérée comme un pilier de stabilité, semble désormais entrer dans une phase de redéfinition.

ONG : l’humanitaire sous pression géopolitique

L annonce d’Israël de fermer l’accès à Gaza à 37 organisations humanitaires internationales, reprochant à ces ONG de ne pas avoir transmis la liste complète de leurs employés, a rappelé avec force à quel point l’action humanitaire est désormais prise dans des logiques politiques et sécuritaires qui la dépassent. 

Cette décision, vivement critiquée par l’ONU et l’Union européenne, menace directement l’acheminement de l’aide dans un territoire ravagé par deux ans de guerre et dépendant presque entièrement de l’assistance extérieure.

Dans ce contexte, les ONG se retrouvent au cœur d’un champ de tensions où leur neutralité est régulièrement mise à l’épreuve. Longtemps perçues comme des acteurs indépendants, elles doivent désormais composer avec des États qui cherchent à encadrer, contrôler ou instrumentaliser leur présence. Sur de nombreux terrains, l’accès humanitaire devient un enjeu stratégique, soumis à des autorisations fluctuantes, à des pressions administratives ou à des accusations politiques.

Cette politisation croissante fragilise leur capacité d’intervention et met en péril les principes fondateurs de l’humanitaire. Les ONG tentent de préserver leur espace d’action, conscientes que leur légitimité repose autant sur leur efficacité que sur leur capacité à rester en dehors des jeux d’influence. Mais dans un monde où l’aide elle-même devient un outil de pouvoir, cet équilibre est plus difficile que jamais à maintenir.


France : une année 2026 sous le signe des ajustements stratégiques

Les perspectives actuelles laissent entrevoir une année 2026 où la France devra naviguer dans un environnement international plus heurté, marqué par la pression américaine, les recompositions africaines et les incertitudes européennes. Paris aborde cette nouvelle année avec un impératif : préserver sa marge de manœuvre dans un monde où les rapports de force se durcissent.

Les tensions transatlantiques renforcent l’importance d’une Europe plus cohérente. La France devrait poursuivre en 2026 son plaidoyer pour une autonomie stratégique européenne, même si les divisions internes persistent. Les débats sur la défense, l’énergie ou la politique industrielle seront centraux. Dans un environnement mondial fragmenté, Paris voit dans l’Union européenne un levier essentiel pour peser face aux grandes puissances.

Entre instabilités au Proche‑Orient, rivalités de puissance en Afrique et tensions commerciales globales, la France entre dans 2026 avec la conscience que son influence dépendra de sa capacité à anticiper, à s’adapter et à coopérer. La diplomatie française devra conjuguer fermeté et flexibilité, tout en cherchant à préserver un rôle de médiateur dans un monde où les espaces de dialogue se réduisent. Les défis seront difficiles à surmonter

 

Une influence extérieure fragilisée par les tensions intérieures

La capacité de la France à peser sur la scène internationale en 2026 dépendra aussi de sa solidité intérieure, et c’est précisément là que les fragilités s’accumulent.

La situation politique nationale, marquée par des tensions persistantes et une fragmentation du paysage partisan, réduit la lisibilité de la parole française à l’étranger. À cela s’ajoute une dette publique très élevée, qui limite les marges de manœuvre budgétaires et affaiblit la crédibilité du pays lorsqu’il plaide pour des choix économiques ou stratégiques ambitieux au niveau européen.

L’année sera également rythmée par les élections municipales, un rendez-vous qui mobilise fortement l’attention politique et administrative. Dans ce contexte, la France risque d’apparaître davantage tournée vers ses enjeux internes que pleinement disponible pour les grands dossiers internationaux.

Cette combinaison de contraintes pourrait compliquer la capacité de Paris à défendre ses positions, à entraîner ses partenaires et à maintenir son influence dans un environnement mondial déjà très compétitif.


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Axelle Degans est docteure en géopolitique, agrégée d’histoire et professeure en classes préparatoires au lycée Faidherbe de Lille.

Membre du Conseil scientifique de Diploweb, elle publie chaque mois une synthèse de l’actualité internationale devenue une référence.

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