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Formation. Rencontre avec Charles Pahlawan, Directeur Adjoint de l'Ecole de Guerre Economique. EGE


Jacqueline Sala


"L’approche disruptive de l’EGE fait en sorte que nous travaillons tous sur une même dynamique : étudiants, chercheurs, alumni et réseau qui ne font qu’un."



Le MBA Stratégie et Intelligence Economique se place encore cette année en tête du classement master IE du Top1O EDUNIVERSAL. Nous avons rencontré Charles Pahlawan, Directeur Adjoint.


Pouvez-vous identifier les principaux défis que vous avez rencontrés dans l'enseignement et la recherche ?

Les défis que nous avons relevés sont nombreux, car l’EGE est née lorsque l’Intelligence Economique n’était encore qu’une goutte d’eau comme secteur d’activités sur le marché français. D’une école à 20 étudiants en 1999, nous sommes passés à plus de 400 aujourd’hui inscrits dans des programmes diplômants.
 
 Le premier défi fut de construire un projet pédagogique innovant, pour mettre en lumière les travaux du rapport Martre. Ce défi fut rapidement relevé par le Christian Harbulot et le Général Pichot-Duclos en donnant comme nom à l’Établissement : Ecole de Guerre Economique. L’Ecole a pu alors bénéficier de tous les travaux issus d’Intelco, 1er groupe de réflexion en IE sous la tutelle de DCI (Défense Conseil International). Cet environnement a aidé à constituer le corps professoral des premières promotions.
Est né un programme : « Stratégie et Intelligence Economique » qui reste la formation « grande Ecole » de l’EGE avec des matières uniques en France comme la guerre de l’information, l’analyse par grilles de lecture et des matrices sociodynamiques.

Le 2e défi fut de faire publier de la connaissance, par les experts en IE comme par les travaux d’étudiants. Sont nés Infoguerre en 1999, par David Hornus, alors étudiant puis le Portail de l’IE en 2010 par l’AEGE. Les 2 sites sont aujourd’hui une vitrine pour promouvoir l’intelligence économique et mettre en avant les capacités d’analyse des auteurs. La connaissance publiée est aujourd’hui multipliée par de nombreux ouvrages, revues, à des fins d’analyse, préconisations, ou encore de contre-ingérence comme par exemple « J’attaque » qui dénonce l’ingérence d’ONG financées par le pouvoir allemand contre l’industrie nucléaire français.
Autour de l’EGE, sous la dynamique de Christian Harbulot, sont nés l’EPGE puis le CR451, centres de recherche ou les experts de l’IE peuvent s’exprimer. Comme la discipline ne rentre pas dans une section du Conseil National des Universités, les centres de recherche se veulent plus opérationnels et donc être directement utilisés dans les enseignements.  
 
Le dernier défi fut d’avoir une dynamique d’Ecole en lien avec le réseau. Ce fut chose faite quand nous avons créé une synergie forte entre l’Ecole et les anciens par l’AEGE avec la création de Clubs, le Portail de l’I E. Cette dynamique commune pousse à valoriser et communiquer sur l’intelligence économique, comme savoir-faire ou encore comme politique publique.
 

Comment gérez-vous la diversité des besoins et des niveaux de préparation des étudiants en Master au sein de vos cours ?

L’EGE a la chance aujourd’hui, avec sa production de connaissance et son réseau, de faire partie de la dynamique de l’IE en France. Elle est au fait du marché, de ses besoins aujourd’hui et demain. Si l’IE était il y a encore une double compétence après un master validé, elle permet désormais un vrai parcours professionnel comme le démontre nos 3500 anciens.

C’est la raison pour laquelle nous avons créé 2 programmes M1 en appui des 3 MBA 2e année pour permettre de rentrer en profondeur dans certaines matières. En 2024, nous lançons un Bachelor, programme encore unique en France, dédié au management, aux sciences politiques et intelligence économique. Il sera au carrefour d’une Ecole de Commerce, d’un IEP comme d’une Ecole d’Ingénieur.

Existe-t-il des domaines de recherche spécifiques auxquels vous vous intéressez particulièrement en ce moment ?

L’Intelligence économique évolue constamment, et à l’EGE, nous avons créé récemment une branche solide autour de l’OSInt avec notre Club « Osint et Veille » du réseau AEGE. Il fait partie du paysage de l’Osint français, comme la communauté du discord Osint.fr créée par un ancien Hugo Benoist. Tous nos programmes ont désormais un module de formation solide à l’Open-Source Intelligence.
 
Aujourd’hui, nous menons de nombreux travaux sur la data et l’Intelligence artificielle, avec un partenariat avec Faraday ou d’autres acteurs comme Cap Digital, OnePoint… Les étudiants, avec une solide formation en python, sont aguerris à l’utilisation des outils d’IA comme des enjeux ou des limites de cette discipline.
La grille de lecture juridique de l’intelligence économique, dont parlait récemment dans votre revue Olivier de Maisonrouge, est aussi un domaine stratégique. normes juridiques sont désormais des armes de guerre économique comme nous le rappelle le cas d’Ecole autour de l’affaire Alstom et l’extraterritorialité du droit.
 
L’influence comme la guerre de l’information ou plutôt la guerre de la connaissance représentent une grande partie des travaux menés au sein de l’Ecole comme des centres de recherche EPGE ou CR451. Des ouvrages, récents ou à venir, vont continuer à enrichir la connaissance sur la matière (« La guerre économique au XXI siècle » vient de sortir en avril 2024).
 

Comment maintenez-vous votre expertise à jour dans votre domaine et comment cela bénéficie-t-il à vos étudiants ?

L’approche disruptive de l’EGE fait en sorte que nous travaillons tous sur une même dynamique : étudiants, chercheurs, alumni et réseau qui ne font qu’un. Les partages sont nombreux et notre plus belle richesse réside dans la capacité à nos étudiants de devenir eux-mêmes des « producteurs de connaissances ».
Nos 2 nouveaux programmes, à la fois l’exe MBA en Intelligence Stratégique ou le Bachelor « Sciences Politiques et Intelligence Economique » bénéficient de tous ces innovations.
 

Pouvez-vous partager une expérience ou un projet pédagogique particulièrement réussi que vous avez mené en Master ?

Le dernier projet en date est l’organisation par le réseau du colloque « L’intelligence économique dans un monde toujours plus conflictuel » avec la DGA. Il fallait monter un événement pour les 30 ans du rapport Martre et les 20 ans du rapport Carayon et surtout éclairer le public sur l’avenir de la discipline.

Nous avons non seulement rempli sur une journée complète l’amphithéâtre Foch de l’Ecole Militaire et en direct sur YouTube plus de 500 internautes qui n’ont pu s’inscrire faute de places. L’événement a connu un réel succès, car il a non seulement permis une relecture des rapports initiaux (Martre et Carayon), mais aussi de projeter l’IE vers les années à venir. En effet, les nouveaux territoires, comme mettre en avant la réussite du marché privé de l’information ainsi que l’effervescence au niveau étatique : la proposition de loi des sénateurs Lienemann et Lemoyne et la nouvelle dimension donnée à l’intelligence économique au sein de la DGA.
Toute l’organisation est réalisée par les étudiants et ainsi ils œuvrent au continuel déploiement de l’IE français et, comme écrit dans les gènes de l’EGE, à la défense de notre souveraineté.
 

Quelles sont vos recommandations pour améliorer l'expérience d'apprentissage des étudiants en Master au sein de votre institution ?

Un étudiant qui choisit de se former en intelligence économique doit avoir dans ses gènes la curiosité et l’esprit d’analyse et synthèse. A l’EGE, avec une forte dose de professionnalisation, on développe l’esprit d’équipe, le travail de groupe et la bienveillance. Savoir, savoir-faire et savoir-être sont des composants que nous faisons évoluer régulièrement pour former les étudiants au monde de demain.

Si vous aviez une préconisation à faire pour améliorer les conditions de travail des Maîtres de conférences de Master ou pour l'évolution du système éducatif, quelle serait-elle ?

L’axe majeur à développer dans le système français est la création de modules de management de l’information au profit de tous les étudiants. Des expériences ont été menées dans diverses écoles comme l’EM Normandie pour créer des mineures IE dans des programmes universitaires. Chaque étudiant, toutes spécialités confondues, devrait avoir les fondamentaux de la collecte d’informations et de la veille, de l’analyse, de la maîtrise d’outils comme le prompt. Il faut évidemment former les formateurs, mais les experts sont de plus en plus nombreux pour s’atteler à la tâche.

Autres remarques ? Une recommandation quant a l’insertion professionnelle de vos diplômés ?

Si la question se posait il y a encore 10 ans, le marché de l’IE est désormais visible sur l’échiquier de l’emploi et les jeunes arrivent donc sans grande difficulté à se placer. Notons également la grande diversité des secteurs d’activités qui embauchent nos savoir-faire, et je vous invite à vous référer à la cartographie des secteurs d’activités (avec une mise à jour en cours de réalisation). Nous avons sur notre site des photographies complètes de parcours des promotions récentes qui démontrent un secteur d’activité en plein emploi.
L’enjeu pour toute formation en IE est de créer et valoriser son réseau, car il est la matrice de recrutement la plus efficace. Aujourd’hui, si l’EGE a fait du réseau un axe stratégique majeur, l’IAE de Poitiers avec Cell-IE, ou encore EEIE Alumni fédèrent leurs anciens.
 

Charles Pahlawan, merci.

Saint-Cyrien et ancien officier des troupes de Marine, Charles Pahlawan est diplômé de l’Ecole de Guerre Economique en 1999.

Après une carrière militaire, il obtient successivement les postes de chef de projet « Nouvelles Technologies » au sein de la société Kompass, puis de Directeur Général de Cibox Assistance, société de maintenance informatique. Il passe ensuite par les fonctions de directeur général adjoint du groupe Cibox (société informatique cotée en bourse au second marché) au sein duquel il crée puis dirige Epsilon, filiale d’assistance clients en Tunisie. Après le rachat du groupe par des Taïwanais en 2004 il décide de quitter le groupe.

Depuis 1999, il fédère les étudiants et anciens de l’Ecole de Guerre Economique et crée alors l’Association des Anciens de l’Ecole de Guerre Economique qui se prénomme aujourd’hui l’AEGE (réseau des experts en IE) - plus important réseau d’intelligence économique français.

En 2004, il prend la fonction de directeur adjoint de l’EGE et crée de nombreux programmes de formation (MSIE, Macyb, RIE, RensIE, RSIC…). Il anime en 2008 au sein du réseau un groupe de travail pour lancer le site internet « Portail de l’IE » qu’il dirige encore aujourd’hui. Il réorganise le réseau des anciens en 2018 en créant les différents Clubs AEGE.

Avec Bernard Carayon, il a organisé en 2004 le colloque « France Europe Puissance » à la Mutualité Française et en 2024 le colloque avec la DGA « L’intelligence économique dans un monde toujours plus conflictuel »