Un basculement géopolitique où Paris devient indispensable
Le sommet UE–Japon du 23 juillet 2025 a marqué la fin d’une coopération de façade. Face à la fusion des crises — de l’Ukraine au détroit de Taïwan — Européens et Japonais reconnaissent désormais l’indivisibilité des théâtres de sécurité. Dans cette nouvelle architecture, la France occupe une place singulière : seule puissance européenne présente militairement dans l’Indopacifique, elle sert de passerelle stratégique entre les deux rives de l’Eurasie. La présence de troupes nord-coréennes en soutien à Moscou a renforcé cette interdépendance : sécuriser l’Europe, c’est aussi stabiliser l’Asie.
Le retour du transactionnalisme américain a accéléré ce rapprochement. Ni Tokyo ni Bruxelles ne peuvent plus considérer Washington comme un garant automatique. La France, moteur de l’autonomie stratégique européenne, devient alors un partenaire naturel pour un Japon en quête de diversification sécuritaire.
L’alliance normative : Paris au cœur de la contre-offensive européenne
La montée en puissance institutionnelle du partenariat UE–Japon doit beaucoup à l’impulsion française.
Dans le domaine industriel, Paris encourage des dialogues réguliers pour sécuriser les chaînes de valeur, notamment dans les secteurs critiques. L’extension du Partenariat pour la Connectivité, pensée comme une alternative transparente aux Nouvelles Routes de la Soie, s’appuie largement sur l’expertise française en infrastructures et sur sa présence en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Cette dynamique renforce la capacité de l’UE et du Japon à imposer des standards globaux — un enjeu où la France, forte de son influence diplomatique et réglementaire, joue un rôle d’architecte.
Technologies critiques : un triangle Paris–Bruxelles–Tokyo en construction
La France, engagée dans la souveraineté numérique européenne, pousse à une articulation plus étroite entre les programmes Horizon Europe et les initiatives japonaises comme Moonshot. Si le partenariat Rapidus–Imec illustre la montée en puissance du couple UE–Japon, Paris milite pour que ces avancées irriguent l’ensemble du continent et renforcent la résilience technologique européenne.
Indopacifique, énergie, défense : la France comme pivot opérationnel
Dans l’Indo-Pacifique, la coopération navale UE–Japon repose largement sur les capacités françaises. Les exercices conjoints, la surveillance maritime et la protection des routes commerciales s’appuient sur la présence permanente de la Marine nationale. Sur le plan énergétique, Paris soutient l’harmonisation des normes sur l’hydrogène et le développement de projets bas carbone, notamment dans l’éolien offshore, où les synergies franco-japonaises se multiplient.
En matière de défense, malgré l’absence de structures permanentes, la France apparaît comme l’interlocuteur européen le plus crédible pour Tokyo, tant sur les technologies duales que sur la modernisation des capacités ISR.
Un partenariat prometteur
Pourtant, la dynamique est lancée. Si l’UE et le Japon parviennent à transformer leurs engagements en projets structurants, la France restera l’un des piliers de cette convergence stratégique, contribuant à faire émerger un pôle de stabilité entre Atlantique et Pacifique.

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