Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire être entré au capital du club avec des fonds collectés auprès de milliers de supporters. Avoir un siège au Conseil d'Administration. Participer aux décisions stratégiques. Interpeller les élus, les actionnaires, la direction. Dire : attendez, ce club ne doit pas disparaître comme ça. C'est l'esprit qui anime Charles Merle et les membres des Girondins socios. Pas de rentes, pas de pouvoir personnel. L'exigence simple de protéger le club, génération après génération. Une force de proposition. Une garantie de transparence. Un rempart contre les erreurs du passé.
Juste le besoin de dire : ce club est à nous, et nous agissons.
Olivier Cardini s'entretient avec Charles Merle, président des Girondins socios. Rencontre.
Charles Merle, comment des supporters passe-t-il du constat de situation de crise à la décision d'agir ensemble ?
Simplement parce qu'on ne pouvait plus rester les bras croisés. Après M6, GACP, King Street, et maintenant Gérard Lopez, chaque transition apportait ses failles. Le club avait déjà du mal, mais c'est l'accumulation qui a tout cassé.
Première année Lopez, sixième budget de Ligue 1, dernier de classement, record historique de buts encaissés. Puis Ligue 2, puis N2. Pour un club historique, c'est inacceptable.
Les repreneurs ne venaient pas. Les discours restaient des discours. À un moment, tu regardes autour et tu vois : qui reste ? Ceux qu’on voit tous les week-ends dans les tribunes. Les supporters. Personne d'autre. Donc tu te dis : si c’est nous ou rien, c’est nous. Pas pour diriger. Pour soutenir. Pour être là, structurés, organisés. Et tu ne restes pas les bras croisés.
Première année Lopez, sixième budget de Ligue 1, dernier de classement, record historique de buts encaissés. Puis Ligue 2, puis N2. Pour un club historique, c'est inacceptable.
Les repreneurs ne venaient pas. Les discours restaient des discours. À un moment, tu regardes autour et tu vois : qui reste ? Ceux qu’on voit tous les week-ends dans les tribunes. Les supporters. Personne d'autre. Donc tu te dis : si c’est nous ou rien, c’est nous. Pas pour diriger. Pour soutenir. Pour être là, structurés, organisés. Et tu ne restes pas les bras croisés.
Ce modèle, il existe ailleurs. Qu'est-ce que la France ignore sur ce sujet ?
Tout simplement, que ça marche depuis longtemps. Une finale de Ligue des champions sur deux, vous avez des clubs socios. Real Madrid, Benfica, par exemple. En Allemagne, le Bayern Munich ou en Angleterre, Manchester United. En Amérique du Sud, c'est la norme. C'est une culture que la France n'a pas encore.
Les droites télés fluctuent, c'est vrai. Neymar et Messi arrivent au PSG, tout change. Ils partent, ça s'inverse. Mais le problème structurel en France, c'est que personne n'a la stabilité pour résister. Lyon a failli tomber comme nous, avec un énorme budget. Donc pourquoi ne pas reconnaître que les supporters peuvent apporter quelque chose ? De l'argent, oui. Mais surtout de la continuité. Une présence qui ne part jamais.
Les droites télés fluctuent, c'est vrai. Neymar et Messi arrivent au PSG, tout change. Ils partent, ça s'inverse. Mais le problème structurel en France, c'est que personne n'a la stabilité pour résister. Lyon a failli tomber comme nous, avec un énorme budget. Donc pourquoi ne pas reconnaître que les supporters peuvent apporter quelque chose ? De l'argent, oui. Mais surtout de la continuité. Une présence qui ne part jamais.
Vous parlez de soutien, pas de remplacement. C'est important, cette nuance ?
Fondamental. On ne prétend pas mieux gérer que les professionnels. On veut être un garde-fou. Un gardien du temple. Quelqu'un qui dit : attention, ce club ne doit pas être bradé ou détruit. Légalement, c'est simple. Un club reste une SAS. Rien n'empêche d'intégrer le capital via une association ou une coopérative. Ça permet d'avoir des actionnaires de natures différentes, sociétaires, privés, publics. Bastia et Sochaux le font en France. C'est possible. C'est même normal.
Quand avez-vous compris que vous ne pouviez plus seulement regarder ?
J'étais chroniqueur sur la plus grosse chaîne YouTube de supporters des Girondins. Et un jour, ce ras-le-bol terrible. Partagé par beaucoup. On critique, on râle, on constate, mais on ne fait rien.
Dans la vie, quand tu subis les choses, le seul moyen de les changer, c'est de prendre tes responsabilités. De le faire toi-même. C'était une accumulation de résultats déplorables, de décisions incompréhensibles. À un moment, ce n'était plus tenable. Et puis il y a cette phrase qui me guide : les présidents passent, les joueurs passent, mais les supporters restent. Donc c'est à nous d'agir. Pas en rêvant. En travaillant. En mettant de l’argent. En siégeant au Conseil d’Administration. En posant les vraies questions.
Dans la vie, quand tu subis les choses, le seul moyen de les changer, c'est de prendre tes responsabilités. De le faire toi-même. C'était une accumulation de résultats déplorables, de décisions incompréhensibles. À un moment, ce n'était plus tenable. Et puis il y a cette phrase qui me guide : les présidents passent, les joueurs passent, mais les supporters restent. Donc c'est à nous d'agir. Pas en rêvant. En travaillant. En mettant de l’argent. En siégeant au Conseil d’Administration. En posant les vraies questions.
Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous et vos membres, humainement de passer à l'action ?
Ça crée une responsabilité. Une vraie. On travaille de manière engagée pour le club pas pour l'association, pour le club. Quand on a écrit les statuts, on s'est imposé des limites strictes. Aucune rémunération. On est tous bénévoles à cent pour cent. Et interdiction d'avoir une fonction au club, pas de double casquette. Ces règles-là disent quelque chose : le supporter a une responsabilité envers son club. Ça existe partout en Europe. En France, c'est un peu nouveau. Ce n'est pas encore naturel ici.
On s'inscrit dans une longue durée. Pas dans l'immédiateté du week-end, concernant les résultats sportifs. Les actionnaires pensent court terme. Les joueurs changent. Nous, on pense générations. C'est un peu philosophique, en fait.
On s'inscrit dans une longue durée. Pas dans l'immédiateté du week-end, concernant les résultats sportifs. Les actionnaires pensent court terme. Les joueurs changent. Nous, on pense générations. C'est un peu philosophique, en fait.
Bordeaux, c'est plus qu'un club pour la ville. Chaque génération a grandi avec lui.
C'est ça exactement. Vous ne supportez pas pour vous. Vous supportez pour ceux qui viennent après et ceux qui était là avant.
elle a été la difficulté la plus inattendue ?
Il y en a eu beaucoup. On en écrira. Mais une vérité passe toujours par trois étapes : la moquerie, le combat, l'acceptation. Toujours pareil.
D'abord, les médias. Ils ne connaissaient pas trop le concept. Pour eux, c'était étrange, alors qu'il existe depuis plus d'un siècle partout. Ensuite, le club lui-même. L'actionnaire en place a ses résultats, son bilan, c'est factuel, les faits sont têtus. Au début, on a refusé de dialoguer avec Gérard Lopez. Mais nos adhérents ont voté et nous sommes en relation avec ce dernier et son équipe. C'est ce qu'on fait maintenant. Pour le bien du club. Qu’on peut être responsables, lucides, constructifs.
D'abord, les médias. Ils ne connaissaient pas trop le concept. Pour eux, c'était étrange, alors qu'il existe depuis plus d'un siècle partout. Ensuite, le club lui-même. L'actionnaire en place a ses résultats, son bilan, c'est factuel, les faits sont têtus. Au début, on a refusé de dialoguer avec Gérard Lopez. Mais nos adhérents ont voté et nous sommes en relation avec ce dernier et son équipe. C'est ce qu'on fait maintenant. Pour le bien du club. Qu’on peut être responsables, lucides, constructifs.
Votre vision dans cinq ou dix ans ?
Consolider notre base. Multiplier nos adhésions. Devenir une force capable de peser réellement, sans diriger, mais en influençant les grandes décisions. Dans dix ans, idéalement, d'autres clubs en France auraient compris qu'il n'y a pas de honte à donner une vraie place aux supporters.
A laisser des voix indépendantes autour de la table. On n'est pas spectaculaires. On est patients. On accumule. Les vrais changements, ça prend du temps. Mais on y croit, pas en rêvant, en travaillant. Avec toujours la passion, en gardant Bordeaux debout.
A laisser des voix indépendantes autour de la table. On n'est pas spectaculaires. On est patients. On accumule. Les vrais changements, ça prend du temps. Mais on y croit, pas en rêvant, en travaillant. Avec toujours la passion, en gardant Bordeaux debout.
Pour aller plus loin...
Les Girondins Socios sont un collectif de supporters des Girondins de Bordeaux engagé pour la défense du club et la participation des fans à sa gouvernance. Ils promeuvent un modèle inspiré des clubs à socios, fondé sur la transparence, l’implication populaire et la protection de l’identité bordelaise, afin de garantir un avenir durable au club.
www.girondins-socios.com
contact@girondins-socios.com
On retrouve les girondins socios sur facebook et sur instagram
A propos de ...
Olivier Cardini est consultant en intelligence économique depuis 1996. Installé en Bretagne, il accompagne ses clients de manière personnalisée pour les aider à mieux comprendre et décoder leur environnement, souvent complexe, et à renforcer les coopérations en plaçant l’humain au centre.
Son travail consiste notamment à identifier les risques, en particulier ceux liés au facteur humain et aux pratiques de social engineering. Il aide ensuite les équipes à transformer ces signaux faibles en pistes d’action concrètes.
Il intervient aussi comme formateur auprès d’étudiants, de dirigeants et de leurs équipes. Par ailleurs, il organise ou co-organise régulièrement des événements professionnels, comme des tables rondes et des conférences.

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