Cette chronologie propose un rappel rétrospectif, fondé sur une sélection de citations tirées des ouvrages de Christian Harbulot, afin de montrer que le diagnostic des mécanismes structurants de la guerre économique est ancien, étayé et formulé de manière méthodique dès le début des années 1990. La perception actuelle de ces dynamiques ne relève donc pas d'une rupture inédite, mais d'un déplacement du seuil d'acceptabilité : elles sont aujourd'hui plus assumées, plus explicitement nommées, plus directement revendiquées et plus brutalement mises en œuvre.
Autrement dit, ce qui change tient moins à la nature des rapports de force qu'à leur visibilité, à leur exposition publique, à leur normalisation et à leur intensification opérationnelle. Dans ce contexte, la lecture rétrospective proposée ici vise à détacher l'analyse de l'actualité immédiate, à prendre du recul, à restituer des continuités, à rappeler des invariants et à stabiliser des repères conceptuels.
Il devient dès lors de plus en plus difficile de faire comme si ces logiques n'existaient pas, puisqu'elles s'imposent simultanément dans les discours, dans les pratiques, dans les normes et dans les effets.
Une conflictualité ancienne, longtemps sous-estimée
À la fin des années 1990, l’analyse se déplace vers la logique d’empire. Une puissance dominante évite de se battre durablement sur deux fronts : si l’Asie devient l’enjeu principal, l’Europe apparaît comme le front vulnérable, celui que l’on affaiblit pour mieux affronter l’autre. Derrière l’affichage du partenariat transatlantique se dessine déjà l’idée d’un allié docile, structurellement moins préparé à la conflictualité géoéconomique.
L’ambiguïté stratégique comme nouvelle norme
En 2014, l’idée se cristallise : l’allié est aussi un adversaire. La solidarité stratégique et la compétition industrielle cessent d’être contradictoires. Un partenaire peut soutenir une opération militaire tout en cherchant à affaiblir des entreprises alliées dans un secteur clé. La guerre économique devient un mode normal de puissance, plus discret que la force armée, mais souvent plus efficace car il agit sur les règles, les dépendances et le temps long.
Une prise de conscience tardive et incomplète
Les enquêtes menées en 2021‑2022 montrent que les diplômés spécialisés placent les États-Unis au premier rang des puissances perçues comme attaquant les intérêts économiques français. Ce n’est pas un jugement juridique, mais un indicateur de climat. Les services de sécurité progressent dans l’identification des menaces, mais l’autorité politique hésite encore à assumer une posture offensive, c’est‑à‑dire à accroître la puissance par l’économie.
Le diagnostic débouche sur une lecture sévère de l’Europe : affaiblie par son histoire, fragmentée par ses divisions internes, dépendante militairement des États-Unis et économiquement de la Chine. Elle conserve des atouts — poids économique, puissance de marché, excédent commercial — mais pour combien de temps si la conflictualité s’intensifie et si les règles du jeu deviennent plus coercitives ?
A propos de l'auteur
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.

Accueil