Réunion organisée par Jérôme Bondu dans le cadre du réseau des anciens auditeurs de l'IHEMI (ANA-IHEMI).
* En tribune : Jérôme BONDU - la table ronde. Adjoint du chef de département intelligence et sécurité économiques Centre de formation IHEMI
Arthur des GARETS - diplomate au Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
Chloé DEBIÈVE - consultante dédiée aux enjeux informationnels.
Général (2S) Bruno COURTOIS - conseiller Défense chez Sopra Steria
Une salle attentive pour un sujet qui n’a plus rien de marginal
C’était la deuxième fois que j’entrais dans cette salle de conférence de l’École militaire.
La première, c’était en avril 2022, lors d’une soutenance collective du 135e cycle jeunes de l’IHEDN. Cette fois, le décor avait changé, mais pas l’impression de sérieux du lieu.
La salle était pleine, entre soixante et soixante-dix personnes, de tous âges.
Personne ne consultait son téléphone. Personne ne bavardait. A 19h30 précise et pendant cinquante-cinq minutes, tout le monde est resté suspendu à un sujet qui, manifestement, n’est plus perçu comme périphérique.
Animée par Jérôme Bondu, adjoint au chef du département intelligence et sécurité économiques du Centre de formation IHEMI, la table ronde réunissait Chloé Debiève, consultante spécialisée sur les enjeux informationnels, le général Bruno Courtois, aujourd’hui conseiller Défense chez Sopra Steria, et Arthur des Garets, diplomate au ministère de l’Europe et des A]aires étrangères.
Trois profils difféérents, mais un même constat : la conflictualité informationnelle n’est plus une abstraction doctrinale. Elle fait désormais partie du quotidien stratégique des États, des entreprises et des opinions publiques.
La première, c’était en avril 2022, lors d’une soutenance collective du 135e cycle jeunes de l’IHEDN. Cette fois, le décor avait changé, mais pas l’impression de sérieux du lieu.
La salle était pleine, entre soixante et soixante-dix personnes, de tous âges.
Personne ne consultait son téléphone. Personne ne bavardait. A 19h30 précise et pendant cinquante-cinq minutes, tout le monde est resté suspendu à un sujet qui, manifestement, n’est plus perçu comme périphérique.
Animée par Jérôme Bondu, adjoint au chef du département intelligence et sécurité économiques du Centre de formation IHEMI, la table ronde réunissait Chloé Debiève, consultante spécialisée sur les enjeux informationnels, le général Bruno Courtois, aujourd’hui conseiller Défense chez Sopra Steria, et Arthur des Garets, diplomate au ministère de l’Europe et des A]aires étrangères.
Trois profils difféérents, mais un même constat : la conflictualité informationnelle n’est plus une abstraction doctrinale. Elle fait désormais partie du quotidien stratégique des États, des entreprises et des opinions publiques.
Internet a changé l’échelle, pas la logique
Chloé Debiève a eu raison de rappeler que le besoin de tromper, de brouiller et d’influencer n’a rien de nouveau. Elle citait le cheval de Troie pour rappeler que la manipulation précède largement le numérique. Mais quelque chose s’est rompu avec Internet, puis avec les réseaux sociaux, puis avec l’IA générative : la vitesse, la portée et la massification.
Ce n’est plus seulement la fausse information qui compte. C’est sa capacité à saturer l’espace mental. À toucher tout le monde, en même temps, partout. À empêcher de hiérarchiser. À fatiguer l’attention. Le général Bruno Courtois a, lui, insisté sur un autre point : cette guerre a désormais un coût économique direct. Selon une étude publiée en 2026 par Sopra Steria, l’impact mondial de la désinformation a été estimé à 417 milliards de dollars pour la seule année 2024, dont 11 milliards liés aux deepfakes et aux fraudes facilitées par l’IA.
Autrement dit, nous ne parlons plus seulement d’un problème démocratique ou moral.
Nous parlons aussi d’un risque économique systémique, avec des e]ets sur la confiance, les marchés, les entreprises et la stabilité sociale
Ce n’est plus seulement la fausse information qui compte. C’est sa capacité à saturer l’espace mental. À toucher tout le monde, en même temps, partout. À empêcher de hiérarchiser. À fatiguer l’attention. Le général Bruno Courtois a, lui, insisté sur un autre point : cette guerre a désormais un coût économique direct. Selon une étude publiée en 2026 par Sopra Steria, l’impact mondial de la désinformation a été estimé à 417 milliards de dollars pour la seule année 2024, dont 11 milliards liés aux deepfakes et aux fraudes facilitées par l’IA.
Autrement dit, nous ne parlons plus seulement d’un problème démocratique ou moral.
Nous parlons aussi d’un risque économique systémique, avec des e]ets sur la confiance, les marchés, les entreprises et la stabilité sociale
Quand l’IA industrialise le doute
Le mot employé par Chloé Debiève résume bien l’époque : slopaganda. La fusion de l’AI slop et de la propagande. Une bouillie générée à bas coût, produite en masse, diffusée pour occuper le champ informationnel, détourner l’attention et amplifier la viralité. Ce n’est pas toujours sophistiqué. Ce n’est pas toujours crédible au premier regard. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’occupation du temps de cerveau, la répétition, l’usure des repères.
L’exemple évoqué durant la table ronde est révélateur : cette fausse vidéo annonçant un coup d’État en France, générée par IA, diffusée depuis le Burkina Faso, puis dénoncée par Emmanuel Macron. Le Monde a depuis montré qu’elle avait été publiée début décembre 2025 par un adolescent burkinabé cherchant avant tout à se faire connaître, et que le président l’avait dénoncée publiquement le 16 décembre comme un exemple de désinformation et de défaillance de modération.
L’intérêt de cet exemple est double. D’abord, il montre qu’un contenu faux peut produire de vrais effets sans relever d’une chaîne d’influence étatique classique. Ensuite, il rappelle que l’IA ne change pas seulement la fabrication du faux. Elle change l’échelle de sa circulation.
L’exemple évoqué durant la table ronde est révélateur : cette fausse vidéo annonçant un coup d’État en France, générée par IA, diffusée depuis le Burkina Faso, puis dénoncée par Emmanuel Macron. Le Monde a depuis montré qu’elle avait été publiée début décembre 2025 par un adolescent burkinabé cherchant avant tout à se faire connaître, et que le président l’avait dénoncée publiquement le 16 décembre comme un exemple de désinformation et de défaillance de modération.
L’intérêt de cet exemple est double. D’abord, il montre qu’un contenu faux peut produire de vrais effets sans relever d’une chaîne d’influence étatique classique. Ensuite, il rappelle que l’IA ne change pas seulement la fabrication du faux. Elle change l’échelle de sa circulation.
La France est visée, donc la France doit répondre
Un point de convergence très net est apparu entre les intervenants : la France est attaquée. Il faut entendre cette phrase correctement. Elle ne signifie pas seulement que la France est exposée. Elle signifie qu’elle est ciblée parce qu’elle incarne encore une certaine idée du débat démocratique et de la souveraineté. Le ministère de l’Europe et des A]aires étrangères rappelle d’ailleurs que la France était, en 2024, le deuxième pays européen le plus ciblé après l’Ukraine par les manipulations et ingérences numériques étrangères.
Dans ce contexte, Arthur des Garets a présenté les réponses actuellement portées par le Quai d’Orsay, notamment à travers la logique de French Response, pensée pour mieux riposter dans le champ informationnel. Il a relié cette montée en puissance à une idée plus large, celle d’un « réarmement moral », mots présentés par Emmanuel Macron, avec en toile de fond la nécessité de redonner des repères dans un espace informationnel saturé, instable et souvent toxique.
Il a aussi souligné qu’à l’occasion du prochain G7, la France entend pousser le sujet de la labellisation des contenus générés par l’IA, avec un objectif clair : mieux protéger les citoyens face aux manipulations, aux contenus trompeurs et à la confusion entretenue entre vrai, faux et plausible. Dans cette perspective, « French Response » apparaît comme l’un des outils de cette nouvelle doctrine de riposte, que le ministère présente comme plus directe, plus o]ensive et mieux adaptée aux codes contemporains de la conflictualité informationnelle.
Ce qui m’a frappé, c’est que la résilience évoquée ce soir-là n’était pas pensée comme une simple affaire technique. Il a été question de santé mentale, de découragement, de démoralisation, de perte de repères. Le général Courtois a insisté sur ce point : il existe un impact psychologique, encore trop peu documenté, de cette conflictualité. En d’autres termes, la désinformation ne cherche pas seulement à convaincre. Elle cherche aussi à lasser, à isoler, à désorienter
Dans ce contexte, Arthur des Garets a présenté les réponses actuellement portées par le Quai d’Orsay, notamment à travers la logique de French Response, pensée pour mieux riposter dans le champ informationnel. Il a relié cette montée en puissance à une idée plus large, celle d’un « réarmement moral », mots présentés par Emmanuel Macron, avec en toile de fond la nécessité de redonner des repères dans un espace informationnel saturé, instable et souvent toxique.
Il a aussi souligné qu’à l’occasion du prochain G7, la France entend pousser le sujet de la labellisation des contenus générés par l’IA, avec un objectif clair : mieux protéger les citoyens face aux manipulations, aux contenus trompeurs et à la confusion entretenue entre vrai, faux et plausible. Dans cette perspective, « French Response » apparaît comme l’un des outils de cette nouvelle doctrine de riposte, que le ministère présente comme plus directe, plus o]ensive et mieux adaptée aux codes contemporains de la conflictualité informationnelle.
Ce qui m’a frappé, c’est que la résilience évoquée ce soir-là n’était pas pensée comme une simple affaire technique. Il a été question de santé mentale, de découragement, de démoralisation, de perte de repères. Le général Courtois a insisté sur ce point : il existe un impact psychologique, encore trop peu documenté, de cette conflictualité. En d’autres termes, la désinformation ne cherche pas seulement à convaincre. Elle cherche aussi à lasser, à isoler, à désorienter
La résilience informationnelle sera aussi une a?aire de méthode
La dernière partie de la soirée portait sur les leviers de résilience. Chloé Debiève en a proposé trois : le temps, la nuance et la confiance. C’est probablement l’un des apports les plus utiles de la table ronde.
Car face à la massification, notre réflexe est souvent de réclamer plus de vitesse. Or la vitesse seule ne su]it pas. Il faut aussi des points d’appui, des médiations, des routines de vérification, des figures de confiance, et une capacité à recouper sans sombrer dans la paralysie.
C’est aussi ce que j’ai retenu, plus personnellement, de cette soirée. Nous parlons souvent de la désinformation comme d’un problème de contenus. Mais c’est aussi un problème d’architecture de confiance. De qui parle. De qui vérifie. De qui alerte. De qui tient dans la durée. Le ministère dit vouloir « protéger, riposter, raconter » face aux manipulations, tout en mobilisant journalistes, citoyens et institutions. La logique de « French Response » et la réserve diplomatique citoyenne, lancée en juin 2025, s’inscrivent dans cette montée en gamme.
Les mots de clôture allaient dans ce sens : garder confiance et ne pas se décourager. C’était une bonne manière de refermer une conférence très maîtrisée sur le fond comme sur la forme.
« Qu’est-ce qu’on peut faire de bien dans notre périmètre ? »
Car face à la massification, notre réflexe est souvent de réclamer plus de vitesse. Or la vitesse seule ne su]it pas. Il faut aussi des points d’appui, des médiations, des routines de vérification, des figures de confiance, et une capacité à recouper sans sombrer dans la paralysie.
C’est aussi ce que j’ai retenu, plus personnellement, de cette soirée. Nous parlons souvent de la désinformation comme d’un problème de contenus. Mais c’est aussi un problème d’architecture de confiance. De qui parle. De qui vérifie. De qui alerte. De qui tient dans la durée. Le ministère dit vouloir « protéger, riposter, raconter » face aux manipulations, tout en mobilisant journalistes, citoyens et institutions. La logique de « French Response » et la réserve diplomatique citoyenne, lancée en juin 2025, s’inscrivent dans cette montée en gamme.
Les mots de clôture allaient dans ce sens : garder confiance et ne pas se décourager. C’était une bonne manière de refermer une conférence très maîtrisée sur le fond comme sur la forme.
« Qu’est-ce qu’on peut faire de bien dans notre périmètre ? »
A propos de ...
Alexandre Lambert est analyste en intelligence économique, spécialiste du renseignement terrain, de l’OSINT et de la veille stratégique. Ancien journaliste d’investigation de terrain, il travaille sur les liens entre collecte humaine, structuration de l’information et souveraineté. Il est le fondateur de Humint, une solution dédiée à la centralisation et à l’exploitation du renseignement terrain. Cet article a été réalisé grâce à Humint, en collectant, structurant et exploitant les informations directement depuis l’application.

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