Les Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina 2026 débutent officiellement le 6 février 2026, avec la cérémonie d’ouverture au stade San Siro de Milan. Les premières compétitions, elles, commencent dès le 4 février 2026.
Pour comprendre ce que révèlent vraiment les Jeux de 2026, il faut regarder là où les questions se font les plus sensibles : la sécurité assurée par le Qatar, les sponsors climatiquement controversés, le poids des investissements qataris à Milan et les enjeux géopolitiques qui dépassent largement le cadre sportif.
Le Qatar à Milan : accords, hommes, méthode
Pendant les Jeux, la sécurité n'est pas seulement un chapitre technique : c'est une diplomatie en uniforme. Le Qatar accompagne l'Italie dans la surveillance de Milan dans le cadre du dispositif olympique, en vertu d'un accord signé à Doha en septembre 2025 entre le ministre italien de l'Intérieur Matteo Piantedosi et son homologue qatari Khalifa bin Hamad Al Thani, portant sur la coopération entre les polices des deux pays. La présence de véhicules et d'agents qatariens dans la capitale lombarde, qui a beaucoup fait parler, s'inscrit donc dans un chemin déjà tracé : après Paris 2024, Milan devient la nouvelle vitrine européenne de la « sécurité exportée » par Doha.
Le Qatar construit ce profil à partir de l'expérience de la Coupe du monde de football 2022. Dans un pays d'environ 2,8 millions d'habitants, entre novembre et décembre 2022, 1,14 million de visiteurs étrangers affluent et les spectateurs des matches atteignent 3,4 millions. Pour absorber un événement aussi concentré sur un espace réduit, Doha s'appuie sur des partenaires internationaux : selon l'Arabian Gulf States Institute, l'opération « World Cup Shield » est mise sur pied avec les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, la Turquie et le Pakistan afin de protéger l'espace aérien et les eaux territoriales du Qatar contre des menaces terroristes et d'autres risques. En parallèle, Doha finance le projet Stadia d'Interpol, conçu pour préparer les forces de police du monde entier à la gestion des grands événements sportifs.
De là naît le « savoir-faire » que Doha met aujourd'hui à disposition de partenaires européens : gestion de grandes foules, coordination opérationnelle, contrôle et maintien de l'ordre dans des contextes à très forte exposition médiatique. Mais il existe aussi un second niveau, politique : le Qatar utilise la réussite de ces missions comme levier d'image, pour se présenter comme un pays moderne, ouvert et « responsable », exactement comme il le fait lorsqu'il se pose en médiateur diplomatique.
De là naît le « savoir-faire » que Doha met aujourd'hui à disposition de partenaires européens : gestion de grandes foules, coordination opérationnelle, contrôle et maintien de l'ordre dans des contextes à très forte exposition médiatique. Mais il existe aussi un second niveau, politique : le Qatar utilise la réussite de ces missions comme levier d'image, pour se présenter comme un pays moderne, ouvert et « responsable », exactement comme il le fait lorsqu'il se pose en médiateur diplomatique.
Pourquoi Milan : la sécurité suit les capitaux
Après Paris, Milan ! Deux villes centrales pour la projection qatarienne en Europe. À Paris, le fonds souverain Qatar Investment Authority, dirigé par Nasser Al-Khelaifi, contrôle le Paris Saint-Germain et détient des participations dans Lagardère, dans le groupe aérospatial et de défense Airbus et dans le géant de l'énergie Veolia. À Milan, le Qatar possède depuis plus d'une décennie un actif emblématique : le complexe immobilier de Porta Nuova, réalisé par Coima et acquis par la QIA en 2015 pour 2 milliards d'euros.
Et ce n'est pas tout. En 2022, une branche de Coima, Coima Res, est acquise par Evergreen, véhicule lié au fonds souverain qatari. La QIA mène également une négociation d'environ 1,3 milliard d'euros pour l'immeuble du 8 via Montenapoleone, propriété du groupe français Kering, qui détient par ailleurs 30 % de Valentino, maison contrôlée par le fonds qatari Mayhoola for Investments. L'ensemble dessine un activisme qui entraîne aussi des capitaux privés, des family offices et des investisseurs de profils variés : la finance souveraine joue le rôle de locomotive, et derrière se met en mouvement une filière d'intérêts.
Dans cette logique, contribuer à la sécurité olympique dans des villes où se concentrent actifs et relations n'est pas seulement de la coopération : c'est aussi la protection de la réputation et de la stabilité du contexte où ces actifs prennent valeur. Autrement dit, la sécurité devient une composante de l'écosystème de l'investissement.
Les sponsors italiens et le nœud « industrie » : climat, transports, défense
Le second bloc d'enjeux concerne les sponsors et, surtout, la contradiction entre l'étiquette des « Jeux les plus durables » et la présence de grands groupes liés à des filières à forte empreinte climatique ou militaire. Dans ce cadre, trois noms italiens sont cités comme sponsors à haute intensité de gaz à effet de serre ou controversés :
Eni : présenté comme l'un des principaux sponsors à forte intensité d'émissions. La critique tient à un point simple : associer les anneaux olympiques à un acteur majeur des énergies fossiles fragilise le récit de la durabilité, parce que la filière énergétique traditionnelle alimente directement le réchauffement qui menace neige et glaciers.
Stellantis : grand groupe automobile, donc rattaché à un secteur aux responsabilités climatiques importantes dans la transition énergétique et dans la question des transports.
ITA Airways : compagnie aérienne, donc liée à un secteur structurellement émetteur, central dans les flux des grands événements (déplacements des athlètes, des équipes, du public, logistique).
L'argument n'est pas la sponsorisation prise isolément, mais l'effet combiné : l'événement accroît la mobilité, la consommation énergétique, les chantiers et les infrastructures, tout en se finançant grâce à des marques appartenant à des filières qui amplifient précisément ces coûts climatiques. Dans l'approche critique évoquée, retirer les trois principaux accords de sponsoring à forte empreinte permettrait de réduire sensiblement l'impact climatique attribué à l'événement.
Il y a enfin un autre secteur italien cité, non pas climatique mais politico-symbolique :
Leonardo : groupe de défense et d'armement. Sa présence parmi les sponsors est interprétée comme une rupture avec l'idée olympique de « paix », car elle relie le récit des Jeux à une filière militaire. Ce n'est pas un détail de marketing : dans le débat public contemporain, le sponsoring par un géant de la défense déplace le centre de gravité éthique et politique de l'événement.
Une même logique : réputation, influence, filières
En réunissant Qatar et sponsors, la trame devient lisible : Milano-Cortina fonctionne comme un gigantesque dispositif de réputation. Doha l'utilise pour montrer une capacité opérationnelle et consolider des relations dans les villes où il investit. Les grandes industries l'utilisent pour associer leur marque à un événement mondial et « positif », même lorsque leur filière entre en tension avec le message de durabilité ou de paix.
Au final, la contradiction la plus moderne n'est pas seulement environnementale. Elle est aussi géoéconomique : un grand événement vit de capitaux, de sponsors, de contrôle et d'image. La montagne paie en pression sur les écosystèmes ; l'État paie en infrastructures et en gestion ; les sponsors achètent de la légitimité ; le Qatar exporte des compétences et renforce sa présence. Et les Jeux, au milieu, deviennent le point où toutes ces filières se rencontrent.
Sources
A propos de l'auteur
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
La responsabilité de la publication incombe exclusivement aux auteurs individuels.

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