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Jean-Claude Gallet et la succession à École de Guerre Économique (EGE)

De la caserne à la guerre économique. Tribune libre Par Giuseppe Gagliano, Cestudec


Jacqueline Sala
Dimanche 8 Février 2026


Alors que Christian Harbulot s’apprête à quitter la direction de l’École de Guerre Économique, l’arrivée pressentie du général Jean‑Claude Gallet marque un possible tournant pour l’institution. Figure de commandement en situation de crise, passé par le renseignement, la diplomatie et la protection industrielle, Gallet incarne le glissement d’une guerre économique de plus en plus opérationnelle, où sécurité, influence et résilience deviennent des compétences stratégiques.



Jean-Claude Gallet et la succession à École de Guerre Économique (EGE)
L’École de Guerre Économique s’apprête à vivre un tournant stratégique avec l’arrivée annoncée du général Jean‑Claude Gallet. Entre renseignement, gestion de crise et protection industrielle, son profil marque un virage opérationnel dans la formation à la guerre économique.

Une succession qui reflète l’évolution de la guerre économique

La guerre économique d’aujourd’hui se joue dans les chaînes d’approvisionnement, la contrainte technologique et la vulnérabilité informationnelle. Dans ce contexte, Paris se prépare à une transition qui dépasse la simple passation de relais. Christian Harbulot devrait quitter la direction de l’EGE d’ici mi-2026.

Le profil pressenti pour lui succéder, le général Jean-Claude Gallet, illustre précisément l’endroit où se déplace la ligne de front : à l’intersection de la culture du renseignement, du commandement en crise et de la protection des actifs industriels.

Un chef forgé par les crises

Formé à École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion 1988) et officier d’artillerie, Jean-Claude Gallet a ensuite construit une trajectoire très opérationnelle au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, où il a alterné commandement et planification pendant de longues années. Ce parcours compte parce qu’il transforme la “sécurité” en méthode : anticiper, décider, coordonner, communiquer, sous contrainte de temps et sous regard public.

Il a également effectué des missions extérieures, dont un passage en Afghanistan, et commandé des unités d’intervention. À la tête de la Brigade (2015-2019), il traverse la séquence des attentats et des crises majeures, jusqu’à l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019. Dans ce type d’événement, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre un feu : il s’agit de protéger un symbole national, de limiter l’onde de choc, et d’aligner expertise technique, autorité politique et perception publique.
 

Renseignement, diplomatie, réflexes d’État

En 1996, il rejoint l’univers du renseignement extérieur français, DGSE, avec des affectations qui auraient inclus l’Afrique. Il occupe ensuite une fonction diplomatique au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères comme premier secrétaire en Ouganda.

Cette double grammaire est centrale : pas seulement l’opérationnel, mais la lecture politique du risque, les codes institutionnels, et l’usage de l’information comme levier.

Michelin, ou la protection d’un champion industriel

Son rôle actuel chez Michelin est révélateur : anticipation, prévention et protection à l’échelle du groupe, pour les personnes, les sites, l’information et, de plus en plus, les chaînes logistiques. Économiquement, cela signifie continuité de production, protection de la marque, réduction de l’exposition aux sabotages, aux pressions et aux ruptures d’approvisionnement.
Stratégiquement, c’est considérer l’entreprise comme une infrastructure critique : ce qui vise un État passe souvent d’abord par ses industries.

Ce que changerait son arrivée à l’EGE

Si la nomination se confirme, l’EGE pourrait accentuer une empreinte plus opérationnelle: moins de théorie, davantage de gestion de la menace, de résilience et d’influence. Pour les entreprises, l’idée est claire : former des cadres capables de décider sous pression, de protéger des actifs et de négocier dans un environnement de compétition dure. Pour l’État, c’est un pari : faire entrer la culture de la sécurité dans l’économie réelle, là où se jouent désormais des rapports de force.

L’avantage est évident : élever le niveau de préparation. Le risque l’est tout autant : normaliser l’idée que le conflit est déjà installé dans les contrats, les flux de capitaux et les choix industriels. Mais c’est peut-être moins un basculement qu’une reconnaissance d’une réalité dont l’EGE, depuis sa création, observe l’expansion.

A propos de...

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE).
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ et avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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