veillemag

Le magazine des professionnels de l'information stratégique.







Conférences thématiques

Jérome Bondu. IAE Paris. Intelligence et Surdoués dans l'entreprise


David Commarmond


Le 23 Avril 2015, à l'IAE de Paris (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), s'est tenue la 118ème conférence du Club IES présidé par Jérôme Bondu et animée par Fabien Compère sur le thème de «l'Intelligence & Surdoués dans l'entreprise ».



Manager de formation, Fabien Compère s’est formé au coaching en 2010 après avoir développé une expérience de chef d’entreprise, de recruteur, et de développeur de projets.

Il exerce depuis lors cette profession et fait partie des coaches qui vivent en France exclusivement du coaching individuel.

Intervenant depuis plusieurs années pour l’AFEP (Association Française pour les Enfants Précoces), il y anime des groupes de travail de parents et propose des conférences sur le thème de la Douance (Haut Potentiel).

Coach spécialisé en accompagnement des personnalités intenses, il travaille au quotidien avec les "adultes surdoués". Co-fondateur du projet Revolutio, il œuvre auprès des entreprises et des collaborateurs concernés, pour accompagner la réussite du retour au travail des personnes qui ont connu une maladie grave. 

Fabien Compère  en abordant le thème de « l'Intelligence & Surdoués dans l'entreprise ». Pendant près de 2 heures a amené le public à se pencher sur un sujet qui nous touche tous. Il a étayé sa démonstration puis il répondit avec précision aux nombreuses questions.
  • Comment caractériser l’intelligence des surdoués ? 
  • Comment détecter, valoriser, intégrer en entreprise cette population ? 
  • Pourquoi un tiers des surdoués est en échec scolaire et professionnel ?
Un constat : on sait mal gérer les hauts-potentiels, autre nom des doués ou surdoués.

Les surdoués ou personnes pourvues de douance ont un petit plus qui leur permet d'acquérir, de retenir des connaissances plus rapidement que la moyenne ou plus généralement une appétence pour une discipline particulière. Ils sont souvent à lunettes, sérieux, premier de la classe, faisant l'admiration de ses parents et l'éloge de leurs enseignants. Leur vie est un tapis rouge vers la réussite. Malgré une vie sociale proche du néant, car ils sont absorbés par leurs livres et leurs études, il n'éprouve qu'un intérêt limité pour leurs congénères. Forcément traités pendant des années de « rapporteur », « fayot », « chou-chou de la maîtresse », cela laisse des traces et les rend difficilement populaire, tout au plus de faire-valoir. Voilà pour les stéréotypes.

Les choses sont cependant un peu plus complexes qu'il n'y parait. Les surdoués sont partout. Parfois au fond de la classe près du radiateur pendant les premières années. Ensuite un peu partout en fonction de leurs capacités à se fondre dans la masse et de leurs capacités de survie. Pourtant un jour ou l'autre la nature reprend le dessus et le surdoué peut éprouver le besoin de manifester sa différence d'une manière ou d'une autre dans un interstice de liberté.

Cette situation étant d'autant plus difficilement compréhensible que le cerveau est un territoire que nous connaissons encore peu. « Sans parler du cerveau du surdoué ». Depuis un siècle plusieurs thèses ont été avancées sans qu'aucune fasse l'unanimité. Enfin, la dimension humaine, sociale, est souvent ignorée. L'aspect mécanique des choses ne fait pas tout.

C'est à deux français que nous devons le premier test de développement intellectuel, le « Binet et Simon », qui date de 1905   a été mis au point par les docteurs et psychologues français Alfred Binet et Théodore Simon. Les motivations étaient surtout peu glorieuses. Il ne faut pas oublier que la France de ce siècle nouveau était violente. Les empreintes digitales venaient d'être découvertes, la phrénologie et la morphologie étaient des sciences utilisées en matière criminelle. Et un courant de pensée souhaitait identifier le plus tôt possible les traits morphologiques des futurs criminels endurcis. C'est donc dans un souci de fournir à l'industrie naissante une main d’œuvre d’ouvriers qualifiés et de contremaîtres dociles, que la France des année 1900 investi dans l'éducation, avec un souci de bonne gestion pour trier le bon grain de l'ivraie.

Les objectifs des auteurs et des institutions étaient donc loin de s'occuper des 2 à 5% supérieurs à la norme. Et les décennies suivantes, malgré quelques expériences n'ont pas apporté de changements majeurs dans les institutions et les entreprises.

Ce test présente des faiblesses et n'est pas infaillible. Il peut être influencé par des éléments extérieurs comme l'état psychologique, qui peut fortement affecter le résultat, des écarts 25 points ont été mesurés.

Chez l'enfant, faire passer des tests, peut être présenté comme un jeu. Tandis que chez l'adulte ce type d'artifice ne peut plus se faire. Celui-ci peut être stressé par l'enjeu, car passer ce type de test n'est pas anodin. C'est une démarche que l'on fait dans le cadre d'une quête de soi. L'individu est donc fragilisé, son estime de soi peut être diminuée ou il peut être dépressif.

Autre aspect qui peut amener la confusion sur « ce que l'on mesure » ?
En effet, la vitesse de pensée ne signifie pas vitesse de traitement.

Seule certitude : la douance n'est pas une garantie sociale de réussite. Elle est permanente et ne s'arrête pas à l'âge adulte.

Reprenant Kazimierz Dąbrowski, Fabien Compère a développé le concept d' hyperstimulabilité. Ce concept apparaît être très utilisé par les individus à haut potentiel (surdoué) pour comprendre leur développement intellectuel.

Les hyperstimulabilités sont au nombre de 5 :
Intellectuelle : besoin élevé de comprendre et chercher la vérité, d'acquérir des connaissances, analyser et synthétiser. Intense activité intellectuelle (curiosité, capacité pour soutenir l'effort intellectuel, avidité de lecture). Penchant pour poser des questions pertinentes et pour la résolution de problèmes.

Imaginative : elle se caractérise par de riches associations d'images et d'impressions, une certaine inventivité pour l'utilisation d'images et de métaphores dans le langage parlé ou écrit. Les rêves sont vivaces et peuvent être racontés avec beaucoup de détails.

Au quotidien, l'imaginatif a une faculté impressionnante à associer des idées qui peuvent être incongrues aux personnes extérieures. Dans son monde, il ne s'occupe pas de la cohérence de ses pensées et passe du coq à l'âne très rapidement.

Emotionnelle : l'expérience de relations émotionnelles, négatives ou positives, sont ressenties et exprimées de manière plus intense que la moyenne. Grande intensité des sentiments et conscience de la vaste gamme des émotions. Caractérisée par l'inhibition (timidité) et l'excitation (enthousiasme).
Les manifestations physiques sont très importantes à l’adolescence : avec les hormones, les émotions font les montagnes russes et vont d'un extrême à l'autre.

Dans une cellule familiale et la relation parent-enfant classique, elle peut être gênante, car mal ressentie. L'adolescent doué peut somatiser.

Psychomotrice : couramment envisagée comme un besoin d'activité physique et de mouvement, qui peut aussi se traduire par des difficultés à mettre en veille l'activité cérébrale pour s'endormir. Elle se reflète à travers une énergie physique débordante accompagnée de mouvements, de gestuelles, tics nerveux, logorrhée.

Cette typologie de personnalité a besoin de se dépenser (triathlon, courses, 200 km à vélo peuvent être un dérivatif)

Sensorielle : elle est exprimée par une exacerbation des sens au cours d'expériences de plaisir ou de déplaisir (à travers différentes modalités sensorielles, sentir, toucher, goûter, entendre). Il a une propension à se concentrer sur les éléments périphériques et ignorer l'élément central. Exercice délicat pendant un cours.

Toutes ces typologies ne sont pas uniques, elles peuvent se cumuler et se combiner et les troubles aussi. L'appétence d'exercices physiques de D.S.K traduit peut être son besoin de trouver des échappatoires au stress extrême auquel il était soumis. Les troubles alimentaires peuvent aussi être des symptômes. Car ce qui se passe à l'intérieur, se voit parfois à l’extérieur. Les hauts-potentiels amènent notre société à se poser des questions. Les hauts-potentiels sont parfois difficiles à vivre pour leur entourage. Leur rapport ambivalent au travail ne leur permet pas de s'épanouir dans une entreprise et pour certains, le statut d'indépendant leur permet d'avoir une liberté, mais pas forcément d'avoir une réussite financière.

En entreprise, ils sont parfois qualifiés « d'emmerdeurs ». Simplement contestataire ou manifestant de la curiosité, afin d'engager un dialogue, ils peuvent être perçus comme des empêcheurs de tourner en rond. Et connaissent parfois une vie professionnelle mouvementée.

Travailler avec un patron surdoué peut aussi poser problème. Placé à un haut niveau hiérarchique, sans qu'il soit patron, le surdoué peut avoir tendance à développer une confiance excessive dans son jugement voire une croyance dans son intuition et son infaillibilité.

Il devient parfois difficile pour lui de d'expliquer son cheminement intellectuel qui l'ont amené à prendre ses décisions. Au quotidien, il pourra avoir tendance à finir les phrases des autres mais rarement les siennes. Horripilant. Il aura parfois du mal à cacher son profond ennui et vous le fera savoir avec plus ou moins de diplomatie

Si il se sous-estime et si il l'a impression de ne pas être à sa place, d'être un imposteur, il risque de mettre en place des stratégies pour masquer ce qu'il pense être ses faiblesses ou ce qu'il estime être son incompétence. Ou d'être très agressif. Ce type de comportements peut parfois amener au burn-out.
Le surdoué n'ayant pas toujours eu dans son apprentissage le besoin de répéter, il n'a pas cet automatisme et cette capacité à trouver des limites. Il a un rapport difficile avec l'autorité et la hiérarchie. Il peut être en recherche de mentor, de quelqu'un qui le prendrait sous son aile. Mais même là, en cas de faille même minime, celui-ci perdrait son attrait.

Les hauts-potentiels méritent cependant l'intérêt des entreprises, ils peuvent être très doués pour détecter les signaux faibles.

D'où vient cette capacité.
L'éventuel gêne de la douance n'a pas été prouvé, s'il existe. Toutefois, il est troublant de constater de façon empirique que cette particularité est souvent le fait de cellule familiale entière et non d'individus isolés.

Peut-on faire un mode d'emploi pour les hauts-potentiels ?
Etre un haut-potentiel peut-être fatigant pour soi et pour les autres. En recherche permanente de réponse, le haut-potentiel a besoin de faire tomber la pression qu'il se met sur lui-même et sur les autres. Ses demandes sont fortes. Il doit donc avoir une stratégie. S'informer bien sûr pour continuer à comprendre son fonctionnement. Accepter, afin de faire la paix avec soi-même et faire tomber la pression. Relativiser pour remettre en perspective les éléments positifs et négatifs. Donner du sens, pour écrire une histoire, un chemin de vie. Informer, si votre interlocuteur est en demande, car pas la peine de se cacher, celui-ci comprendra vite. Si lui-même est un haut-potentiel, vous comprendrez aussi son mode de fonctionnement.
 
Pour conclure, Fabien Compère recommande 4 clés pour un accomplissement durable et dénouer les comportements
  1. Identifier les sources de plaisirs, les espoirs, les envies, besoins, valeurs que chacun d'entre nous avons.
  2. Renoncer au renoncement ! Il sera en effet probablement possible, pour autant que l'on s'autorise a en adapter la forme et le timing de vivre ou faire vivre dans sa vie l’ensemble ces éléments
  3. Répartir la charge : il est illusoire voire risqué de vouloir vivre avec une personne ou au sein d’une seule entité toutes nos attentes. Le fait de satisfaire à différents endroits différentes aspirations peut permettre de préserver les endroits (couples, amitiés, entreprises), tout en se permettant de conserver des sources d'accomplissements. Si l'une des sources se tarissait (entreprise qui ferme, ami qui déménage, partenaire de sport qui cesse de s'impliquer), les effets seraient atténués par les autres domaines perdureraient.
  4. Protéger le temps libre : la multiplication des domaines doit trouver sa limite avant qu'il n'y ait plus de temps libre. La soupape est nécessaire.
 
 
Pour en savoir plus : "Le dynamisme des concepts ou Dictionnaire de la terminologie « Dabrowskienne » publié en 1972 est un outil très utile pour comprendre l'ensemble de ses théories.