C’est sur base de cette situation inédite et des besoins qu’elle suscite, que le 28 mars 2026, à Paris, le 5éme Débat Africain de l’Intelligence Économique, organisé par l’Institut Africain de la Réflexion Stratégique (IARS) et le cabinet UNOO’K, a réuni une quinzaine d’experts pour alimenter les réflexions et dégager des pistes d’action pour les États concernés.
* Alliance des États du Sahel (AES)
Dépasser les invariants de l’intelligence économique pour une approche africaine enracinée
Si l'intelligence économique repose sur des piliers universels — la veille (recherche et traitement de l’information), la sécurité économique (protection du patrimoine) et l'influence (exploitation stratégique) — sa déclinaison africaine doit impérativement intégrer des spécificités locales.
Elle doit être enracinée, « humano-centrée », collaborative et inclusive, visant la protection d'un patrimoine qui dépasse les seules infrastructures pour englober les ressources humaines, culturelles et historiques. L'objectif est clair : faire du continent et des États africains des acteurs de la guerre économique mondiale plutôt qu'un agrégat de champs de bataille pour les grandes puissances. Tel est la colonne vertébrale du Débat Africain de l’Intelligence Économique.
Elle doit être enracinée, « humano-centrée », collaborative et inclusive, visant la protection d'un patrimoine qui dépasse les seules infrastructures pour englober les ressources humaines, culturelles et historiques. L'objectif est clair : faire du continent et des États africains des acteurs de la guerre économique mondiale plutôt qu'un agrégat de champs de bataille pour les grandes puissances. Tel est la colonne vertébrale du Débat Africain de l’Intelligence Économique.
De la rente extractive à la souveraineté territoriale
L’un des défis majeurs pour les pays de l’Alliance des États du Sahel réside dans la transition d'un modèle extractif vers une valorisation locale des ressources. L'intelligence économique doit ici servir à identifier comment capter plus de valeur localement.
Premièrement par la structuration de pôles territoriaux autour des villes secondaires (Bobo-Dioulasso, Sikasso, Maradi) pour désengorger les capitales et créer des écosystèmes productifs. En effet, trop souvent, les États africains concentrent leur économie autour des capitales, au détriment du développement territorial de zones pourtant à fort potentiel. C’est la raison pour la quelle le développement de corridors économiques intégrés, transformant les axes de transport en véritables chaînes de valeur régionales est une nécessité absolue. Également, développer de tels corridors et zones franches avec les pays voisins (sur le modèle de la zone franche de Tindouf entre l’Algérie et la Mauritanie) pourrait ouvrir les économies des États de l’AES vers l’extérieur dans des conditions négociées.
Enfin, par la maîtrise de la rente naturelle (or, uranium, pétrole) par une fiscalité optimisée, voir harmonisée (d’ores et déjà formalisée en partie), et un contrôle effectif des richesses pour réduire les dépendances extérieures. A ce titre, la renégociation des contrats miniers et pétroliers, avec une attention particulière sur les clauses d’arbitrage (clauses compromissoires), constitue à la fois une expression de souveraineté et de puissance : passer de l’imposition à la négociation dans une objectif gagnant-gagnant.
Premièrement par la structuration de pôles territoriaux autour des villes secondaires (Bobo-Dioulasso, Sikasso, Maradi) pour désengorger les capitales et créer des écosystèmes productifs. En effet, trop souvent, les États africains concentrent leur économie autour des capitales, au détriment du développement territorial de zones pourtant à fort potentiel. C’est la raison pour la quelle le développement de corridors économiques intégrés, transformant les axes de transport en véritables chaînes de valeur régionales est une nécessité absolue. Également, développer de tels corridors et zones franches avec les pays voisins (sur le modèle de la zone franche de Tindouf entre l’Algérie et la Mauritanie) pourrait ouvrir les économies des États de l’AES vers l’extérieur dans des conditions négociées.
Enfin, par la maîtrise de la rente naturelle (or, uranium, pétrole) par une fiscalité optimisée, voir harmonisée (d’ores et déjà formalisée en partie), et un contrôle effectif des richesses pour réduire les dépendances extérieures. A ce titre, la renégociation des contrats miniers et pétroliers, avec une attention particulière sur les clauses d’arbitrage (clauses compromissoires), constitue à la fois une expression de souveraineté et de puissance : passer de l’imposition à la négociation dans une objectif gagnant-gagnant.
La coopération mutuelle contre la compétition frontalière
Face aux menaces transfrontalières, la réponse ne peut être uniquement militaire. Elle exige une « souveraineté économique collective ». Cela se manifeste concrètement par une coopération alimentaire et énergétique solidaire et non compétitive.
En matière agricole, la création de réserves céréalières communes et le partage d'infrastructures logistiques pour stabiliser les marchés face aux chocs climatiques est une nécessité. Ainsi, disposer de hubs régionaux sur les corridors logistiques pourrait contribuer à la compétitivité agricole des pays concernés. La spécialisation de l’agriculture en fonction des terroirs et des climats des trois pays constituerait également, à condition d’être encadrée, un avantage compétitif.
Quant à l’énergie, sur le modèle du programme « Lumumba Energy » relatif à l’exploitation coordonnée de l’hydroélectricité en République Démocratique du Congo, l'exploitation coordonnée de l'uranium nigérien, autour d’une politique énergétique commune, dessine les contours d'une autonomie énergétique régionale ; il en va de même concernant les ressources aurifères et pétrolières. De plus, une coopération renforcée avec d’autres États africains en la matière (benchmark, retour d’expérience, partage de compétence,…) créerait des synergies régionales, voire continentales.
Au-delà d’une souveraineté économique, la souveraineté militaire de l’AES résidera dans le dialogue, la sensibilisation des jeunes et l’implication des responsables religieux dans la lutte informationnelle contre le terrorisme et les formes les plus radicales des fondamentalismes.
En matière agricole, la création de réserves céréalières communes et le partage d'infrastructures logistiques pour stabiliser les marchés face aux chocs climatiques est une nécessité. Ainsi, disposer de hubs régionaux sur les corridors logistiques pourrait contribuer à la compétitivité agricole des pays concernés. La spécialisation de l’agriculture en fonction des terroirs et des climats des trois pays constituerait également, à condition d’être encadrée, un avantage compétitif.
Quant à l’énergie, sur le modèle du programme « Lumumba Energy » relatif à l’exploitation coordonnée de l’hydroélectricité en République Démocratique du Congo, l'exploitation coordonnée de l'uranium nigérien, autour d’une politique énergétique commune, dessine les contours d'une autonomie énergétique régionale ; il en va de même concernant les ressources aurifères et pétrolières. De plus, une coopération renforcée avec d’autres États africains en la matière (benchmark, retour d’expérience, partage de compétence,…) créerait des synergies régionales, voire continentales.
Au-delà d’une souveraineté économique, la souveraineté militaire de l’AES résidera dans le dialogue, la sensibilisation des jeunes et l’implication des responsables religieux dans la lutte informationnelle contre le terrorisme et les formes les plus radicales des fondamentalismes.
Une souveraineté juridique à conquérir
Enfin, l'intelligence économique et la souveraineté ne peuvent s'exercer sans une sécurité juridique forte. Si l'OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) constitue une réussite majeure de mutualisation du droit des affaires, les États du Sahel doivent encore parachever leur souveraineté normative.
Cela passe par une reprise de l'initiative en droit civil et pénal, afin que la norme ne soit plus un héritage passif, mais le reflet des réalités sociologiques et des ambitions numériques de l'Afrique d'aujourd'hui. Comme évoqué plus haut, la contractualisation entre les États et les sociétés multinationales (essentiellement dans les domaines minier, pétrolier mais aussi des infrastructures) doit être préparée en amont, s’orienter vers des contrats gagnant-gagnant et assurer une rente digne du caractère stratégique des ressources concernées (uranium, or, pétrole,…).
Sans imposer un ordre constitutionnel commun, une reconnaissance constitutionnelle des « normes AES communes » dans une optique de souveraineté partagée constituerait une innovation juridique forte, voire un modèle pour le continent africain.
Cela passe par une reprise de l'initiative en droit civil et pénal, afin que la norme ne soit plus un héritage passif, mais le reflet des réalités sociologiques et des ambitions numériques de l'Afrique d'aujourd'hui. Comme évoqué plus haut, la contractualisation entre les États et les sociétés multinationales (essentiellement dans les domaines minier, pétrolier mais aussi des infrastructures) doit être préparée en amont, s’orienter vers des contrats gagnant-gagnant et assurer une rente digne du caractère stratégique des ressources concernées (uranium, or, pétrole,…).
Sans imposer un ordre constitutionnel commun, une reconnaissance constitutionnelle des « normes AES communes » dans une optique de souveraineté partagée constituerait une innovation juridique forte, voire un modèle pour le continent africain.
Conclusion
En conclusion du 5éme Débat Africain de l’intelligence économique, les experts et les participants ont affirmé que l'heure n'était plus à la simple formulation de visions, mais à l'exécution territoriale rigoureuse. Le Sahel devient un laboratoire où la souveraineté réelle se gagne par l'information utile, la protection des actifs stratégiques et une solidarité régionale pragmatique. C'est à ce prix que le Sahel inventera son propre modèle de développement, stable et durable.
Afin que les réflexions puissent continuer et ne reste pas lettre morte, les travaux de ce DAIE feront dans les semaines à venir l’objet d’un Libre Blanc qui sera diffusé aux dirigeants et responsables des États de l’AES. En effet, le DAIE n’est pas un colloque pour pérorer mais un espace public de discussion pour avancer...
Afin que les réflexions puissent continuer et ne reste pas lettre morte, les travaux de ce DAIE feront dans les semaines à venir l’objet d’un Libre Blanc qui sera diffusé aux dirigeants et responsables des États de l’AES. En effet, le DAIE n’est pas un colloque pour pérorer mais un espace public de discussion pour avancer...
A propos de l'auteur
Docteur en sciences de gestion et diplômé de l’EGE, Stéphane Mortier est expert en intelligence économique et en droit OHADA. Spécialiste des enjeux stratégiques africains, il œuvre à la diffusion du droit des affaires, enseigne en France et en Afrique et contribue à de nombreux travaux sur la sécurité et la diplomatie économiques.

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