Géopolitique

L’Intelligence stratégique internationale, nouvel atout souverain dans un monde instable


Jacqueline Sala
Jeudi 26 Mars 2026


Face à la montée des rivalités géoéconomiques et à l’imprévisibilité des crises, l’Intelligence stratégique internationale (ISI) s’impose comme un outil central de pilotage et de protection pour les organisations. Entre anticipation, influence et résilience, elle redéfinit les rapports de force et ouvre la voie à une souveraineté renouvelée.



2025/1 (Vol. 17) : Intelligence stratégique internationale R2IE

L’Intelligence stratégique internationale, nouvel atout souverain dans un monde instable
Source  
EDITORIAL
Sophie NIVOIX, Professeure en sciences de gestion, est responsable de l’axe de recherche Intelligence Strategique Internationale au sein du laboratoire CeReGe UR13564, Universite de Poitiers.

Nawal DAFFEUR, maître de conferences en sciences de gestion, est membre du laboratoire CeReGe UR13564, Universite de Poitiers.
 

Anticiper l’incertitude pour mieux décider

Dans un environnement où les crises se superposent et s’alimentent, l’ISI (Intelligence Stratégique Internationale) devient un système nerveux stratégique, capable de détecter les signaux faibles, de cartographier les réseaux d’influence et de transformer l’information en décisions adaptées. Cette démarche exige une double compétence : la rigueur analytique pour modéliser les chaînes de valeur critiques, et la flexibilité cognitive pour remettre en question les cadres d’interprétation habituels. C’est cette agilité intellectuelle qui permet d’éviter les surprises stratégiques, qu’il s’agisse de ruptures technologiques ou d’opérations hostiles.

L’incertitude, elle aussi, se décline. Technique, elle impose des cycles d’expérimentation contrôlés. Socio-politique, elle nécessite des scénarios participatifs associant experts, régulateurs et parties prenantes. L’ISI devient alors un langage commun pour naviguer dans la complexité.

Des stratégies d’adaptation à deux vitesses

Toutes les organisations ne disposent pas des mêmes armes pour affronter cette complexité. Les multinationales, fortes de leur influence institutionnelle, sécurisent leurs positions par la diversification et un dialogue constant avec les pouvoirs publics. À l’inverse, les PME, souvent dépendantes de grands donneurs d’ordres, subissent davantage les distorsions du marché et les vulnérabilités informationnelles.

Pour les plus exposées d’entre elles, notamment à l’export, l’intelligence offensive devient un levier vital. Saturation de l’espace numérique, actions d’influence coordonnées, parfois même tactiques de découragement : la compétition internationale impose une présence active. L’appartenance à des réseaux structurés permet alors de mutualiser les efforts et de peser sur les normes émergentes.

L’ISI sur les terrains critiques de la souveraineté

L’Afrique, la Chine ou encore l’industrie nucléaire française illustrent la diversité des usages de l’ISI. Sur le continent africain, elle s’appuie sur une méthodologie rigoureuse inspirée du centre de gravité clausewitzien, permettant d’identifier les vulnérabilités immatérielles et de renforcer la résilience des flux.

En Chine, l’ascension de COMAC démontre la puissance d’un couplage subtil entre soutien étatique et capture flexible de la chaîne de valeur mondiale. À l’opposé, le secteur nucléaire français révèle les limites d’une ISI saturée d’informations mais freinée par les temporalités politiques, où l’excès de données peut paradoxalement paralyser l’action.

Réseaux, technologies et recherche : une discipline en mutation

L’intelligence économique évolue vers une approche transdisciplinaire, indissociable des enjeux de décarbonation et de numérisation. La théorie des réseaux s’impose comme un pilier de sécurité stratégique, permettant de réduire l’asymétrie informationnelle, de sécuriser les actifs immatériels et de limiter les biais culturels.

La recherche française, particulièrement dynamique entre 2020 et 2024, confirme cette montée en puissance. Longtemps marginale, la discipline s’ancre désormais dans les enjeux territoriaux et géopolitiques, offrant aux organisations un cadre méthodologique accessible et opérationnel.

Transformer l’incertitude en avantage compétitif

L’ISI n’est plus l’apanage des géants industriels. Le projet Boaxt, développé par la PME Le Quéré SAS, en est la démonstration éclatante : en intégrant très tôt les dimensions géopolitiques et environnementales, une innovation technique peut devenir un levier de puissance mondiale.

Dans un siècle de transitions majeures, la veille technologique et géopolitique devient une condition de survie et un moteur d’agilité. C’est en cultivant cette alliance entre rigueur analytique et intelligence en réseau que les organisations pourront protéger leur souveraineté et transformer l’incertitude en avantage durable.

SOMMAIRE 2025/1 (Vol. 17) : Intelligence stratégique internationale ParR2IE

ÉDITORIAL Sophie NIVOIX, Nawal DAFFEUR

DOSSIER : Intelligence Stratégique Internationale

·Impact de l’incertitude géopolitique et géoéconomique sur la stratégie d’investissement des firmes (Bernadette ANDREOSSO-O’CALLAGHAN, Lucia MORALES et Daniel RAJMIL)

·Appartenance aux réseaux, pratiques d’influence et engagement international : cas des PME exportatrices (Mohamed
SQALLI, Jean Jeaslin DECOSSA)


·L’Afrique, le centre de gravité hétérogène, complexe et spécifique des échanges internationaux : une relecture à la lumière de l’intelligence stratégique (Suzanne M. APITSA)

·Intelligence stratégique internationale et anticipation, entre hier et demain : leçons de deux cas contrastes (Anne ROUBELAT, Sylvain MONDON)

·La sophistication cognitive par le raisonnement minimalement corrélé en intelligence économique. Le cas de COMAC dans l’industrie aéronautique (Laurence FRANCK)

VARIA

·Résumé de thèse : L’internationalisation par l’intégration des réseaux sociaux (Xiaomin HAN)

·Carte blanche : L’intelligence économique à l’épreuve de la transdisciplinarité : analyse de cinq ans de recherche française (Christian MARCON, Amine BENHASSINE, Charlie LEGER, Julien OBLETTE, Ny Tendriniavo RAKOTOZANABOLA, Jeanne SCHMUCKI)

·Interview de Éric LE QUÉRÉ : « Géoéconomie des eaux : une SAS à l’offensive à l’international » (Bruno RACOUCHOT)

Pour aller plus loin


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