Le Diagnostic : L'Illusion de la Souveraineté
Le 10 décembre dernier, lors du Futur of Software Technology (FOST) au CNIT, Yann Lechelle a tenu une séance de dédicaces pour son livre-manifeste, Ouvertarisme. Cet ouvrage arrive à point nommé pour proposer une stratégie industrielle et politique visant à contrer l’actuelle dépendance technologique de l’Europe.
Le débat sur la souveraineté numérique européenne est omniprésent, mais l'analyse du terrain révèle une vérité brutale. Yann Lechelle, entrepreneur engagé, estime que cette souveraineté, souvent « fantasmée », est en réalité « proche de zéro » . La dépendance de l'Europe est structurelle : la quantité d’achats en technologies endogènes ne représente qu'un pour cent des besoins en France, ce qui signifie que 99 % de notre numérique est importé . Cette dynamique nous enfonce davantage chaque année , car le numérique européen est construit sur des couches que l’Europe ne possède pas .
Cette vulnérabilité s'observe notamment au niveau du « sol numérique » . La majorité des systèmes d’information repose sur des couches sous-jacentes — frameworks, API, services de sécurité, bases de données, cloud IaaS ou PaaS — qui proviennent « massivement de fournisseurs américains : AWS, Microsoft Azure, Google Cloud, mais aussi GitHub, Datadog ou Okta » .
En effet, 80 % du cloud européen est opéré par seulement trois géants américains .
Le risque n'est pas seulement technique, il est aussi juridique. Même lorsque les données sont stockées en Europe, le Cloud Act américain permet au gouvernement de Washington d’exiger l’accès à toute donnée gérée par une entreprise américaine, car l'Europe ne possède pas le cadre juridique de son numérique .
Cette dépendance est un « angle mort stratégique » qui expose les entreprises à des risques systémiques tels que l'espionnage, le verrouillage des systèmes, ou le chantage économique . Pour l'Ouvertarisme, la vraie souveraineté ne réside pas dans l'adresse IP des serveurs, mais dans la capacité à choisir, modifier, auditer et sécuriser l'architecture numérique .
Le débat sur la souveraineté numérique européenne est omniprésent, mais l'analyse du terrain révèle une vérité brutale. Yann Lechelle, entrepreneur engagé, estime que cette souveraineté, souvent « fantasmée », est en réalité « proche de zéro » . La dépendance de l'Europe est structurelle : la quantité d’achats en technologies endogènes ne représente qu'un pour cent des besoins en France, ce qui signifie que 99 % de notre numérique est importé . Cette dynamique nous enfonce davantage chaque année , car le numérique européen est construit sur des couches que l’Europe ne possède pas .
Cette vulnérabilité s'observe notamment au niveau du « sol numérique » . La majorité des systèmes d’information repose sur des couches sous-jacentes — frameworks, API, services de sécurité, bases de données, cloud IaaS ou PaaS — qui proviennent « massivement de fournisseurs américains : AWS, Microsoft Azure, Google Cloud, mais aussi GitHub, Datadog ou Okta » .
En effet, 80 % du cloud européen est opéré par seulement trois géants américains .
Le risque n'est pas seulement technique, il est aussi juridique. Même lorsque les données sont stockées en Europe, le Cloud Act américain permet au gouvernement de Washington d’exiger l’accès à toute donnée gérée par une entreprise américaine, car l'Europe ne possède pas le cadre juridique de son numérique .
Cette dépendance est un « angle mort stratégique » qui expose les entreprises à des risques systémiques tels que l'espionnage, le verrouillage des systèmes, ou le chantage économique . Pour l'Ouvertarisme, la vraie souveraineté ne réside pas dans l'adresse IP des serveurs, mais dans la capacité à choisir, modifier, auditer et sécuriser l'architecture numérique .
Le Concept : L'Ouverture comme Force Stratégique
Face à ce constat de dépendance, l'Ouvertarisme de Yann Lechelle propose une stratégie industrielle et politique fondée sur l'ouverture délibérée des standards, des logiciels, des données, des matériels et des gouvernances .
L'objectif de cette approche est clair : « renforcer souveraineté, résilience et innovation » . À rebours des logiques de captation et d'enfermement imposées par les acteurs dominants, l'Ouvertarisme défend une vision où l'ouverture n'est « pas une faiblesse, c'est une force stratégique » . Pour les pays et entreprises challengers, c'est l'« arme des challengers » et la condition d'un numérique éclairé .
L'idée est d'utiliser l'ouverture de manière « intelligemment, tactiquement, stratégiquement » pour contrer la posture oligopolistique ou monopolistique en créant des communs numériques . L'Ouvertarisme trace ainsi les contours d'un « capitalisme ouvert » où l'excellence européenne se conjugue avec l'intérêt général .
Les Outils : L'Action Concrète pour la Résilience
La mise en œuvre de l’Ouvertarisme suppose de faire de l’ouverture non plus un simple principe, mais une véritable politique industrielle de résilience. Cette ambition repose d’abord sur un outil central : l’Indice de Résilience Numérique. Conçu comme l’instrument de mesure de cette doctrine, il doit offrir aux dirigeants une vision claire de leur exposition technologique, révéler les dépendances critiques et permettre de piloter des scénarios d’atténuation. L’objectif est de doter les organisations d’un tableau de bord stratégique pour renforcer leur autonomie.
À ce repère analytique s’ajoute une dimension plus opérationnelle : l’EuroStack. Cette infrastructure vise à fédérer un écosystème européen d’acteurs du cloud, de la sécurité, des données et de l’intelligence artificielle, tous engagés dans une logique open source. Aujourd’hui encore trop fragmenté face aux offres intégrées des géants américains, cet ensemble doit devenir un socle cohérent capable de soutenir une stratégie industrielle européenne.
L’Ouvertarisme s’appuie enfin sur la dynamique déjà éprouvée de l’open science et de l’open source. L’exemple de Probabl, spin‑off de l’Inria qui opère Scikit‑learn — la bibliothèque de machine learning la plus utilisée au monde, téléchargée 2,5 milliards de fois — illustre la capacité de l’ouverture à faire émerger des champions technologiques sans concurrence directe. Cette réussite française montre que l’open source peut devenir un moteur industriel à part entière, capable de conjuguer innovation, souveraineté et intérêt général.
À ce repère analytique s’ajoute une dimension plus opérationnelle : l’EuroStack. Cette infrastructure vise à fédérer un écosystème européen d’acteurs du cloud, de la sécurité, des données et de l’intelligence artificielle, tous engagés dans une logique open source. Aujourd’hui encore trop fragmenté face aux offres intégrées des géants américains, cet ensemble doit devenir un socle cohérent capable de soutenir une stratégie industrielle européenne.
L’Ouvertarisme s’appuie enfin sur la dynamique déjà éprouvée de l’open science et de l’open source. L’exemple de Probabl, spin‑off de l’Inria qui opère Scikit‑learn — la bibliothèque de machine learning la plus utilisée au monde, téléchargée 2,5 milliards de fois — illustre la capacité de l’ouverture à faire émerger des champions technologiques sans concurrence directe. Cette réussite française montre que l’open source peut devenir un moteur industriel à part entière, capable de conjuguer innovation, souveraineté et intérêt général.
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A propos de l'auteur
Yann Lechelle est un entrepreneur et stratège du numérique, reconnu pour son engagement en faveur de l’ouverture technologique. Ancien dirigeant de plusieurs entreprises innovantes, il milite pour une souveraineté numérique européenne fondée sur les communs et l’open source. Avec Ouvertarisme, il propose une doctrine articulant résilience, innovation et intérêt général.

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