Encore faut-il le lire correctement. L'énumération des sigles masque l'essentiel, qui est la division du travail entre quatre niveaux aux fonctions distinctes et un constat que le décompte des organes publics ne fait pas apparaître : le secteur privé organisé a souvent porté l'IE vers l'entreprise avant l'État, et ce qu'il a construit a, parfois, mieux résisté au temps.
Quatre niveaux, quatre fonctions
Réseaux francophones : une architecture transversale
Le premier est celui des réseaux francophones transversaux. Deux logiques y coexistent.
Celle des praticiens de l'IE, d'abord, comme par exemple l'Association Internationale Francophone d'Intelligence Economique (AIFIE), créée en 2008 avec l'appui de l'Organisation Internationale de la Francophonie et de l'Agence universitaire de la Francophonie. Elle représente un réseau public‑privé d'experts et de praticiens voué à la recherche, à la formation, à la prospective et au développement de capacités d'influence collectives.
Celle des affaires, ensuite, avec l'Alliance des Patronats Francophones, née en 2022, qui fédère aujourd'hui plus de quarante organisations patronales et chambres de commerce issues de près de quarante pays et régions, et dont neuf entreprises affiliées sur dix sont des TPE et des PME.
La seconde ne se pense pas comme un réseau d'IE, et c'est précisément ce qui la rend intéressante. Elle produit du maillage, de la mise en relation et de la position commune, c'est‑à‑dire les trois matières premières de l'influence collective, sans employer le vocabulaire. La fonction propre de cette strate est de faire tenir Afrique et Europe francophone dans un même espace de pratique. C'est la condition pour que l'IE du continent se pense en réseau et non en silos nationaux.
Celle des praticiens de l'IE, d'abord, comme par exemple l'Association Internationale Francophone d'Intelligence Economique (AIFIE), créée en 2008 avec l'appui de l'Organisation Internationale de la Francophonie et de l'Agence universitaire de la Francophonie. Elle représente un réseau public‑privé d'experts et de praticiens voué à la recherche, à la formation, à la prospective et au développement de capacités d'influence collectives.
Celle des affaires, ensuite, avec l'Alliance des Patronats Francophones, née en 2022, qui fédère aujourd'hui plus de quarante organisations patronales et chambres de commerce issues de près de quarante pays et régions, et dont neuf entreprises affiliées sur dix sont des TPE et des PME.
La seconde ne se pense pas comme un réseau d'IE, et c'est précisément ce qui la rend intéressante. Elle produit du maillage, de la mise en relation et de la position commune, c'est‑à‑dire les trois matières premières de l'influence collective, sans employer le vocabulaire. La fonction propre de cette strate est de faire tenir Afrique et Europe francophone dans un même espace de pratique. C'est la condition pour que l'IE du continent se pense en réseau et non en silos nationaux.
Maille panafricaine : fédérer pour exister
Le deuxième donne au champ sa maille panafricaine. Il est question ici de l'exemple du Forum des Associations Africaines d'Intelligence Economique (FAAIE), fondé en 2018, qui fédère les associations nationales d'IE présentes sur le continent.
Sa fonction n'est pas de produire de la doctrine ni d'intervenir en entreprise, mais de faire exister le champ comme ensemble. Une association nationale isolée pèse peu. Elle négocie seule avec des ministères, réinvente des méthodes déjà éprouvées ailleurs, et n'a presque aucune existence face aux organisations continentales ou aux bailleurs.
Fédérée, elle change de statut. Elle accède à un benchmark qui est la matière première de toute montée en compétence collective. Elle dispose d'un interlocuteur identifiable lorsque des institutions continentales cherchent à qui parler sur ces sujets. Cette strate produit donc moins du contenu qu'une condition. Sans elle, l'IE africaine reste une addition d'expériences nationales qui ne se parlent pas, chacune persuadée d'être une exception. C'est aussi le niveau où se joue la question, encore ouverte, d'une représentation du continent dans les enceintes où se discutent les normes du renseignement d'affaires.
Sa fonction n'est pas de produire de la doctrine ni d'intervenir en entreprise, mais de faire exister le champ comme ensemble. Une association nationale isolée pèse peu. Elle négocie seule avec des ministères, réinvente des méthodes déjà éprouvées ailleurs, et n'a presque aucune existence face aux organisations continentales ou aux bailleurs.
Fédérée, elle change de statut. Elle accède à un benchmark qui est la matière première de toute montée en compétence collective. Elle dispose d'un interlocuteur identifiable lorsque des institutions continentales cherchent à qui parler sur ces sujets. Cette strate produit donc moins du contenu qu'une condition. Sans elle, l'IE africaine reste une addition d'expériences nationales qui ne se parlent pas, chacune persuadée d'être une exception. C'est aussi le niveau où se joue la question, encore ouverte, d'une représentation du continent dans les enceintes où se discutent les normes du renseignement d'affaires.
Du concept à l’opérationnel : think tanks et expertise
Le troisième niveau est le moins visible. C'est celui des think-tanks et réseaux d'experts opérationnels, qui articulent production doctrinale, méthodologies propres et intervention de terrain.
Réseaux souvent adossés à un engagement bénévole avant de se professionnaliser, ils occupent le point exact où l'IE africaine bute le plus souvent et qui est le passage du concept à l'opérationnel. Nous citerons comme exemple, parmi d'autres structures de format comparable, celui de ThinkTankers. Un réseau international de bénévoles à vocation panafricaine intégrant la diaspora ainsi que des non‑africains. Oui, il faut rester dans une approche aussi bien Sud‑Sud que Nord‑Sud.
Réseaux souvent adossés à un engagement bénévole avant de se professionnaliser, ils occupent le point exact où l'IE africaine bute le plus souvent et qui est le passage du concept à l'opérationnel. Nous citerons comme exemple, parmi d'autres structures de format comparable, celui de ThinkTankers. Un réseau international de bénévoles à vocation panafricaine intégrant la diaspora ainsi que des non‑africains. Oui, il faut rester dans une approche aussi bien Sud‑Sud que Nord‑Sud.
Patronats : l’IE au contact des entreprises
Le quatrième, enfin, met l'IE au contact direct des entreprises, et c'est le patronat qui y occupe la première place.
Au Maroc, la Confédération Générale des Entreprises Marocaines (CGEM) a inscrit une commission Intelligence économique parmi ses commissions permanentes, chargée de tenir une veille économique périodique, de produire des fiches pays et d'accompagner ses adhérents dans la conquête des marchés africains.
Au Cameroun, le Groupement inter-patronal (devenu Groupement des Entreprises du Cameroun) faisait dès 2018 de l'intelligence économique l'un des trois axes forts de sa stratégie, en organisant sa première conférence de haut niveau sur le sujet à Douala.
En Côte d'Ivoire, la Confédération Générale des Entreprises (CGECI) formait ses adhérents à la mise en place et à l'animation de cellules de veille dès 2014, en abordant aussi bien le processus de veille que les volets influence et sécurité de l'information.
Trois patronats, trois pays, trois entrées différentes commission permanente / axe stratégique / offre de formation, mais un même mouvement. C'est le privé organisé qui a porté l'IE vers l'entreprise, souvent avant l'État et sans attendre de politique publique.
Au Maroc, la Confédération Générale des Entreprises Marocaines (CGEM) a inscrit une commission Intelligence économique parmi ses commissions permanentes, chargée de tenir une veille économique périodique, de produire des fiches pays et d'accompagner ses adhérents dans la conquête des marchés africains.
Au Cameroun, le Groupement inter-patronal (devenu Groupement des Entreprises du Cameroun) faisait dès 2018 de l'intelligence économique l'un des trois axes forts de sa stratégie, en organisant sa première conférence de haut niveau sur le sujet à Douala.
En Côte d'Ivoire, la Confédération Générale des Entreprises (CGECI) formait ses adhérents à la mise en place et à l'animation de cellules de veille dès 2014, en abordant aussi bien le processus de veille que les volets influence et sécurité de l'information.
Trois patronats, trois pays, trois entrées différentes commission permanente / axe stratégique / offre de formation, mais un même mouvement. C'est le privé organisé qui a porté l'IE vers l'entreprise, souvent avant l'État et sans attendre de politique publique.
Chambres consulaires et bailleurs : la strate qui touche la PME
Les chambres de commerce et les bailleurs complètent cette strate.
La Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire s'est dotée d'une fonction d'intelligence économique chargée d'animer un dispositif de veille, de suivre les accords commerciaux régionaux et de préparer les prises de position consulaires.
Celle de Tunis a porté dès 2009, avec le ministère du Commerce, un réseau d'intelligence et de veille économique, avant de lancer en 2017 un Business Information Center destiné aux exportateurs.
Celle du Cameroun a redéployé son centre d'information et de documentation économique en un dispositif complet, accessible aux PME depuis Douala et les dix délégations régionales.
Celle du Burkina Faso avait poussé la démarche particulièrement loin puisqu’elle avait inscrit l’intelligence économique parmi les priorités de mandature dès 2001, avec une direction dédiée, un projet pilote de réseau d'intelligence collective en 2011, puis la création en 2019 d'une Semaine burkinabè de l'intelligence économique réunissant à Ouagadougou des entreprises du Burkina, du Togo, du Niger, du Maroc et de France.
Côté public, la démarche a trouvé un relais autour de 2020-2021, le ministère en charge du commerce et de l'industrie intégrant la veille dans son dispositif, porté à l'époque par un ministre qui consacrait lui-même une thèse de doctorat à l'intelligence économique. Cette dynamique ne s'est pas prolongée. La coopération allemande, via la GIZ, finance un volet veille économique du dialogue public-privé ivoirien, dont un atelier tenu en juillet 2026 à Grand-Bassam visait à consolider un dispositif permanent de veille nationale. Cette strate est décisive parce qu'elle est la seule à toucher la PME. Les trois autres produisent de la doctrine, du réseau et de la méthode ; celle-ci les met dans les mains de ceux qui en ont le plus besoin, à condition que le financement extérieur ne détermine pas seul l'agenda de ce qui est surveillé.
Nous n'avons cité que quelques exemples de ce qui existe sur le continent comme initiatives, réseaux et think-tanks. Sur la même lignée, il existe aussi le Policy Center for the New South de l’OCP, le Centre Africain de Veille et d'IE (CAVIE) ou encore les Assises africaines et francophones de l'IE.
La Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire s'est dotée d'une fonction d'intelligence économique chargée d'animer un dispositif de veille, de suivre les accords commerciaux régionaux et de préparer les prises de position consulaires.
Celle de Tunis a porté dès 2009, avec le ministère du Commerce, un réseau d'intelligence et de veille économique, avant de lancer en 2017 un Business Information Center destiné aux exportateurs.
Celle du Cameroun a redéployé son centre d'information et de documentation économique en un dispositif complet, accessible aux PME depuis Douala et les dix délégations régionales.
Celle du Burkina Faso avait poussé la démarche particulièrement loin puisqu’elle avait inscrit l’intelligence économique parmi les priorités de mandature dès 2001, avec une direction dédiée, un projet pilote de réseau d'intelligence collective en 2011, puis la création en 2019 d'une Semaine burkinabè de l'intelligence économique réunissant à Ouagadougou des entreprises du Burkina, du Togo, du Niger, du Maroc et de France.
Côté public, la démarche a trouvé un relais autour de 2020-2021, le ministère en charge du commerce et de l'industrie intégrant la veille dans son dispositif, porté à l'époque par un ministre qui consacrait lui-même une thèse de doctorat à l'intelligence économique. Cette dynamique ne s'est pas prolongée. La coopération allemande, via la GIZ, finance un volet veille économique du dialogue public-privé ivoirien, dont un atelier tenu en juillet 2026 à Grand-Bassam visait à consolider un dispositif permanent de veille nationale. Cette strate est décisive parce qu'elle est la seule à toucher la PME. Les trois autres produisent de la doctrine, du réseau et de la méthode ; celle-ci les met dans les mains de ceux qui en ont le plus besoin, à condition que le financement extérieur ne détermine pas seul l'agenda de ce qui est surveillé.
Nous n'avons cité que quelques exemples de ce qui existe sur le continent comme initiatives, réseaux et think-tanks. Sur la même lignée, il existe aussi le Policy Center for the New South de l’OCP, le Centre Africain de Veille et d'IE (CAVIE) ou encore les Assises africaines et francophones de l'IE.
Trois trajectoires nationales
Le diagnostic juste, finalement, n'est donc pas l'absence de l'IE mais l'asymétrie de formalisation. Regardons comment l’IE a évolué dans certains pays africains.
Le Cameroun dispose d'un tissu dense et ancien. Les travaux de terrain y révèlent l'écart classique entre discours et dispositif. En effet, la notion est connue, revendiquée, enseignée, mais peine à se traduire en fonction inscrite dans l'organigramme. Il faut lire cet écart pour ce qu'il est. Il ne signale pas un déficit de compétence. Yaoundé accueille des structures à vocation continentale et fournit une part notable des experts francophones du champ. C’est plutôt un décalage de rythme entre une communauté professionnelle en avance et un tissu d'entreprises qui n'a pas encore trouvé le format d'adoption. C'est un problème d'ingénierie, pas de culture, et il se règle par le bas à travers des formats courts, des outils frugaux, des dispositifs mutualisés à l'échelle d'une filière plutôt que d'une entreprise. Le pays a par ailleurs porté très tôt des projets de cellule nationale de veille et d'intelligence économique, dont un réseau national d'intelligence adossé à la chambre de commerce, restés souvent au stade du projet. Ce sont le patronat et les services d'information économique consulaires qui ont pris le relais.
Le Sénégal a fait le choix de la formation avant celui de l'institution. L'École panafricaine d'intelligence économique et stratégique naît en 2009, portée par le Centre d'études diplomatiques et stratégiques de Dakar avec l'appui de l'École de guerre économique de Paris. Côté État, la démarche a connu deux temps. En 2015, le Conseil des ministres engage le gouvernement sur l'opérationnalisation d'un dispositif national d'intelligence économique, et une cellule est installée au ministère de l'Économie, des Finances et du Plan. La démarche est reprise et consolidée neuf ans plus tard, en 2024, avec la création par décret d'un Bureau d'intelligence et de prospective économique. Deux temps, un aboutissement et entre les deux, une constante au niveau de la formation, qui n'a jamais eu à recommencer.
Le Maroc est le pionnier, où la recherche documente une IE émergente dès les années 2000. Une greffe adaptée plutôt que copiée sur des modèles existants, et qui s'est développée aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Ceci a abouti, aussi, au développement d'une offre de formation spécialisée au sein des écoles d'enseignement supérieur. Le pays a également expérimenté tôt la forme institutionnelle sous la forme d’un Centre de Veille Stratégique. Institué en 2006 auprès des services du chef du gouvernement, ce centre était chargé du suivi des mouvements de capitaux liés aux investissements directs étrangers, accompagné d'une cellule d'analyse stratégique et d'un observatoire de recherche. Même si ces structures n'apparaissent plus dans le paysage institutionnel actuel, ce qui s'est installé dans la durée relève d'un autre registre. En effet, les formations, les instituts (Institut Marocain d'Intelligence Stratégique -IMIS-), les associations (Association Marocaine d’Intelligence Economique -2006-) , le patronat et les politiques publiques autour et pour l’IE n’ont cessé de se développer et de se professionnaliser depuis ces deux dernières décennies.
Le Cameroun dispose d'un tissu dense et ancien. Les travaux de terrain y révèlent l'écart classique entre discours et dispositif. En effet, la notion est connue, revendiquée, enseignée, mais peine à se traduire en fonction inscrite dans l'organigramme. Il faut lire cet écart pour ce qu'il est. Il ne signale pas un déficit de compétence. Yaoundé accueille des structures à vocation continentale et fournit une part notable des experts francophones du champ. C’est plutôt un décalage de rythme entre une communauté professionnelle en avance et un tissu d'entreprises qui n'a pas encore trouvé le format d'adoption. C'est un problème d'ingénierie, pas de culture, et il se règle par le bas à travers des formats courts, des outils frugaux, des dispositifs mutualisés à l'échelle d'une filière plutôt que d'une entreprise. Le pays a par ailleurs porté très tôt des projets de cellule nationale de veille et d'intelligence économique, dont un réseau national d'intelligence adossé à la chambre de commerce, restés souvent au stade du projet. Ce sont le patronat et les services d'information économique consulaires qui ont pris le relais.
Le Sénégal a fait le choix de la formation avant celui de l'institution. L'École panafricaine d'intelligence économique et stratégique naît en 2009, portée par le Centre d'études diplomatiques et stratégiques de Dakar avec l'appui de l'École de guerre économique de Paris. Côté État, la démarche a connu deux temps. En 2015, le Conseil des ministres engage le gouvernement sur l'opérationnalisation d'un dispositif national d'intelligence économique, et une cellule est installée au ministère de l'Économie, des Finances et du Plan. La démarche est reprise et consolidée neuf ans plus tard, en 2024, avec la création par décret d'un Bureau d'intelligence et de prospective économique. Deux temps, un aboutissement et entre les deux, une constante au niveau de la formation, qui n'a jamais eu à recommencer.
Le Maroc est le pionnier, où la recherche documente une IE émergente dès les années 2000. Une greffe adaptée plutôt que copiée sur des modèles existants, et qui s'est développée aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Ceci a abouti, aussi, au développement d'une offre de formation spécialisée au sein des écoles d'enseignement supérieur. Le pays a également expérimenté tôt la forme institutionnelle sous la forme d’un Centre de Veille Stratégique. Institué en 2006 auprès des services du chef du gouvernement, ce centre était chargé du suivi des mouvements de capitaux liés aux investissements directs étrangers, accompagné d'une cellule d'analyse stratégique et d'un observatoire de recherche. Même si ces structures n'apparaissent plus dans le paysage institutionnel actuel, ce qui s'est installé dans la durée relève d'un autre registre. En effet, les formations, les instituts (Institut Marocain d'Intelligence Stratégique -IMIS-), les associations (Association Marocaine d’Intelligence Economique -2006-) , le patronat et les politiques publiques autour et pour l’IE n’ont cessé de se développer et de se professionnaliser depuis ces deux dernières décennies.
Trois autres signaux en Afrique
La Côte d'Ivoire est celle où l'articulation public-privé est la plus lisible, et le patronat y a ouvert la voie dès 2014. Côté public, le Bureau National de la Prospective et de la Veille Stratégique, rattaché au ministère du Plan et du Développement, a engagé fin 2021 l'élaboration d'une stratégie nationale d'intelligence économique, structurée autour du triptyque s'informer, se protéger, influencer, et inscrite dans un mécanisme institutionnel de veille stratégique issu de l'étude prospective nationale. Le déploiement se poursuit aujourd'hui du côté du dialogue public-privé.
L'Algérie a été précoce. Le concept est adopté en Conseil des ministres en décembre 2006, puis une direction générale de l'intelligence économique, des études et de la prospective est créée en mars 2008 au sein du ministère de l'Industrie, chargée d'accompagner les entreprises dans la mise en place de dispositifs de veille. Elle a même publié en 2010 un manuel de formation sur l’IE. La direction sera ensuite rebaptisée Direction générale de la veille stratégique, des études économiques et des statistiques. L'intelligence économique quitte l'intitulé, mais la compétence n'a pas été abandonnée pour autant. C'est le mot qui a cessé de faire titre administratif.
La Tunisie a travaillé les deux étages à la fois. Au sommet, une fonction de veille stratégique et de prospective rattachée à la primature, créée en janvier 2012 avec rang et prérogatives de secrétaire d'État, chargée d'anticiper les crises, de coordonner les unités de veille administrative et technologique et d'analyser les signaux faibles au bénéfice de la décision publique. Rehaussée au rang ministériel lors du remaniement de janvier 2016, elle n'a pas été reconduite au-delà de cette même année. En parallèle, et sans interruption, un tissu construit par le bas, c’est le réseau d'intelligence et de veille économique porté par la chambre de commerce de Tunis dès 2009 avec le ministère du Commerce. Presque au même moment, une association tunisienne d'intelligence économique est née en 2012. Par ailleurs, des unités de veille technologique ont été logées dans les ministères techniques, et une offre académique nourrie, à travers des masters spécialisés, alimente le vivier régional.
L'Algérie a été précoce. Le concept est adopté en Conseil des ministres en décembre 2006, puis une direction générale de l'intelligence économique, des études et de la prospective est créée en mars 2008 au sein du ministère de l'Industrie, chargée d'accompagner les entreprises dans la mise en place de dispositifs de veille. Elle a même publié en 2010 un manuel de formation sur l’IE. La direction sera ensuite rebaptisée Direction générale de la veille stratégique, des études économiques et des statistiques. L'intelligence économique quitte l'intitulé, mais la compétence n'a pas été abandonnée pour autant. C'est le mot qui a cessé de faire titre administratif.
La Tunisie a travaillé les deux étages à la fois. Au sommet, une fonction de veille stratégique et de prospective rattachée à la primature, créée en janvier 2012 avec rang et prérogatives de secrétaire d'État, chargée d'anticiper les crises, de coordonner les unités de veille administrative et technologique et d'analyser les signaux faibles au bénéfice de la décision publique. Rehaussée au rang ministériel lors du remaniement de janvier 2016, elle n'a pas été reconduite au-delà de cette même année. En parallèle, et sans interruption, un tissu construit par le bas, c’est le réseau d'intelligence et de veille économique porté par la chambre de commerce de Tunis dès 2009 avec le ministère du Commerce. Presque au même moment, une association tunisienne d'intelligence économique est née en 2012. Par ailleurs, des unités de veille technologique ont été logées dans les ministères techniques, et une offre académique nourrie, à travers des masters spécialisés, alimente le vivier régional.
Ce qui tient et ce qui ne tient pas : l’enseignement d’une décennie
Le contraste est instructif, et il n'est propre à aucun pays. Là où l'État précède, le dispositif existe avant la demande. Là où la formation précède, la demande existe avant le dispositif. Mais un motif traverse tout l'espace francophone du continent, et il mérite d'être regardé sans jugement. Les organes d'État dédiés à l'intelligence économique ont partout connu des trajectoires discontinues et dans chaque cas, l'initiative était pertinente et portée au bon niveau. Ce qui a manqué n'est pas la volonté, c'est la protection contre les aléas de nomenclature, de remaniement et de priorité budgétaire dont aucune administration n'est exempte, sur aucun continent.
Ce qui a tenu partout, en revanche, relève d'un autre registre qui est celui des patronats, des masters, des associations, des instituts, des services consulaires et des réseaux d'experts. Un organe se crée par décret et se redéfinit par un autre alors qu’un vivier de compétences, non. C'est peut-être l'enseignement le plus utile de la décennie écoulée pour ceux qui conçoivent aujourd'hui des stratégies nationales. La question n'est pas seulement de créer l'organe, elle est de l'adosser à quelque chose qui lui survive.
Reste la question que cette cartographie ne tranche pas. Un écosystème structuré ne garantit pas que l'intelligence qui se pratique dans les entreprises soit vue, comptée et soutenue pour ce qu'elle est. C'est un autre problème qui tient moins aux dispositifs qu'à la grille avec laquelle on les regarde.
Ce qui a tenu partout, en revanche, relève d'un autre registre qui est celui des patronats, des masters, des associations, des instituts, des services consulaires et des réseaux d'experts. Un organe se crée par décret et se redéfinit par un autre alors qu’un vivier de compétences, non. C'est peut-être l'enseignement le plus utile de la décennie écoulée pour ceux qui conçoivent aujourd'hui des stratégies nationales. La question n'est pas seulement de créer l'organe, elle est de l'adosser à quelque chose qui lui survive.
Reste la question que cette cartographie ne tranche pas. Un écosystème structuré ne garantit pas que l'intelligence qui se pratique dans les entreprises soit vue, comptée et soutenue pour ce qu'elle est. C'est un autre problème qui tient moins aux dispositifs qu'à la grille avec laquelle on les regarde.
A propos de l'auteur

Mounir Rochdi
est président de ThinkTankers, secrétaire général du FAAIE et vice-président de l'AIFIE. Il préside le SCIP International Center of Excellence pour l'Afrique du Nord et de l'Ouest.
Docteur en intelligence compétitive, il est expert international auprès du Centre du commerce international (ITC), agence conjointe OMC–Nations unies, à Genève.Gardez le contact
#African_Economic_Intelligence, #Francophone_IE_Ecosystems, #African_Business_Leaders, #PanAfrican_IE_Networks, #African_Strategic_Watch, #African_Think_Tanks, #IE_Training_Africa, #African_Chambers_of_Commerce, #IE_Public_Policies, #Francophone_Business_Intelligence

Accueil