Le rapport La Fabrique du Souvenir. Patrimoine français, production étrangère : anatomie d’une incohérence économique et stratégique met en lumière une contradiction devenue criante : alors que la France inspire massivement les productions internationales, une part croissante de celles-ci choisit de tourner hors de ses frontières. Une délocalisation paradoxale qui interroge autant l’économie du secteur que l’influence culturelle du pays.
"Ce travail est le résultat d’un engagement de l’Ecole de Guerre économique inscrit dans la durée, ayant mobilisé 11 élèves (SIE 27 et SIE28) sur 2023-2025."
Un imaginaire français tourné à l’étranger
Le constat est sans détour : le patrimoine français n’a jamais été aussi présent dans les récits audiovisuels mondiaux, mais il est de moins en moins filmé en France. Des rues parisiennes reconstituées en Europe centrale aux châteaux « français » recréés en studio, l’industrie internationale préfère souvent imiter l’Hexagone plutôt que de s’y installer. Cette tendance, loin d’être anecdotique, révèle un décalage entre l’attractivité symbolique du pays et sa capacité à accueillir les tournages qui s’en inspirent.
Une incohérence économique persistante
Le rapport souligne que cette situation ne relève pas d’un manque d’atouts. La France dispose d’un patrimoine architectural exceptionnel, de techniciens hautement qualifiés et d’un crédit d’impôt international conçu pour séduire les productions étrangères.
Pourtant, ces avantages peinent à compenser des obstacles bien identifiés : procédures administratives lourdes, délais d’autorisation trop longs, manque de coordination entre acteurs locaux et concurrence fiscale agressive de pays qui ont fait de l’accueil des tournages un pilier de leur stratégie économique. Résultat : une perte d’activité, de retombées financières et d’emplois qualifiés, alors même que la demande mondiale pour des décors français ne faiblit pas.
Pourtant, ces avantages peinent à compenser des obstacles bien identifiés : procédures administratives lourdes, délais d’autorisation trop longs, manque de coordination entre acteurs locaux et concurrence fiscale agressive de pays qui ont fait de l’accueil des tournages un pilier de leur stratégie économique. Résultat : une perte d’activité, de retombées financières et d’emplois qualifiés, alors même que la demande mondiale pour des décors français ne faiblit pas.
Un enjeu stratégique pour le rayonnement culturel
Au-delà des chiffres, c’est la maîtrise du récit qui se joue. Lorsque des œuvres internationales façonnent l’image de la France sans jamais y poser leurs caméras, le pays perd une part de contrôle sur la manière dont son histoire, ses lieux et son identité sont représentés. Le rapport appelle ainsi à une prise de conscience collective et à une stratégie plus cohérente, capable de conjuguer attractivité économique, valorisation du patrimoine et souveraineté culturelle.
Il plaide pour une mobilisation renforcée des institutions, une simplification des démarches et une vision unifiée de l’accueil des tournages, afin que la France redevienne le lieu naturel où se fabrique son propre imaginaire.
Il plaide pour une mobilisation renforcée des institutions, une simplification des démarches et une vision unifiée de l’accueil des tournages, afin que la France redevienne le lieu naturel où se fabrique son propre imaginaire.
Parmi les partenaires
L’EGE, école spécialisée dans l’intelligence économique, apporte son expertise en analyse stratégique et en compréhension des enjeux géopolitiques.
Le SYNFIE, syndicat professionnel du secteur, contribue par sa connaissance fine des métiers et des pratiques de l’intelligence économique.
ARTEMIS, réseau dédié à la recherche et à la formation, renforce l’approche méthodologique et la diffusion des savoirs. Ensemble, ils structurent un écosystème cohérent au service de la maîtrise de l’information.
A propos de Patric Cansell
Patrick Cansell est consultant et enseignant‑chercheur associé au sein d’ARTEM IS, où il explore les liens entre intelligence stratégique, industries culturelles et politiques publiques. Spécialiste des dynamiques économiques de l’audiovisuel, il accompagne institutions et organisations dans l’analyse des transformations du secteur. Auteur de plusieurs études de référence, il s’attache à décrypter les enjeux de souveraineté, de patrimoine et de compétitivité qui traversent la fabrique contemporaine des images.

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