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Numéro 80 - Décembre 2004 / Janvier 2005

La France fait-elle du lobbying à Bruxelles ?


La Rédaction


La France fait-elle réellement du lobbying à Bruxelles ? Cette question, apparemment saugrenue, mérite pourtant d’être posée. Certes, quelques grands groupes français sont bien présents, parfois d’ailleurs via des sociétés de lobbying anglo-saxonnes. Mais plusieurs exemples viennent conforter l’idée d’une absence de stratégie d’influence nationale (pointée du doigt dans son rapport sur l’intelligence économique par le député Bernard Carayon) et de carences culturelles bien réelles.



Tout d’abord, l’influence de la France au sein de la commission européenne est sans conteste en déclin. L’élargissement de l’Europe n’y est pas étranger. Mais critique bien ordonnée commence par soi-même. Ainsi, à l’annonce de la récente nomination par le gouvernement français d’un commissaire européen ayant une très faible connaissance de l’anglais, un eurodéputé de sa couleur politique déclarait ironiquement : " sa nomination est une excellente contribution à la francophonie " (Le Monde, 2 juin 2004). Mais derrière ce qui pourrait apparaître comme une simple anecdote se cache un problème plus essentiel : celui de l’absence de capacité d’influence au sein même de l’exécutif bruxellois. Car ne pas maîtriser l’anglais dans l’environnement de la commission européenne, c’est d’emblée s’exclure des rencontres informelles, ne pas avoir accès aux textes qui sont souvent traduits à la dernière minute, ne pas maîtriser des concepts juridiques ô combien essentiels dans le processus législatif et normatif ainsi que se voir dans l’impossibilité de briguer les portefeuilles de commissaires parmi les plus stratégiques comme les relations extérieures ou le commerce. Le pays de l’ENA manquerait-il de stratèges parlant anglais ? Non bien sûr. Et il suffit de se rappeler d’un Hubert Védrine ou d’un Dominique de Villepin pour s’en convaincre.
De leur côté , les entreprises ne sont pas mieux loties. Ainsi, en novembre 2002, la lettre spécialisée Intelligence On line, analysait les leçons de la déroute d’un grand groupe industriel public à Bruxelles. Selon elle, les trois principales raisons étaient :
• La primauté donnée aux réseaux politiques sur les réseaux d’experts. Ainsi, le départ d’un seul homme, celui qui avait bâti les réseaux de l’entreprise à Bruxelles depuis 1978, fut catastrophique.
• L’absence d’argumentations techniques. Résultat d’une mauvaise circulation de l’information, elle est encore le résultat de mauvais choix en terme de ressources humaines.
• L’organisation interne du groupe n’aurait pas permis de défendre l’entreprise d’une seule voix, baronnies obligent.

S’agit-il là d’un exemple isolé ? Les ouvrages ou articles sur le lobbying regorgent d’exemples d’entreprises ou d’institutions publiques françaises n’ayant pas su s’y prendre avec Bruxelles. Pour Jean-Christophe Adler, Président de l’Association française des conseils en lobbying, " l’insoutenable légèreté du lobbying français à Bruxelles " s’explique notamment par un mépris pour la commission et une sous-influence française au Parlement (Le Monde, 2 juin 2004). Absence de stratégie, mauvaise gestion des ressources humaines, arrogance, manque d’informations et de réseaux. Comme pour le développement de l’intelligence économique dont il est une dimension essentielle, le lobbying appelle une véritable révolution culturelle.


Les bavarois, rois du lobbying ?
Les Allemands sont souvent cités en exemple dans le domaine du lobbying. Mythe ou réalité ? Le fait est qu’ils ne semblent pas lésiner sur les moyens. Ainsi, le Land de Bavière dispose t-il d’un château à Bruxelles, en face du Parlement européen, pour accueillir ses 40 permanents. La dimension réseau est prééminente. Ainsi, les élus bavarois de droite (CSU) au Parlement européen sont en relation permanente avec la représentation de leur région. Dans l’autre sens, les élus bavarois au Bundesrat à Berlin peuvent se servir de cette institution pour influencer Bruxelles.