LA CRISE COMME RUPTURE NARRATIVE
Pour Paul Ricœur, l’expérience humaine est fondamentalement structurée par le récit ; nous comprenons ce qui nous arrive en l’inscrivant dans des histoires (histoires de travail, de compétence, de finalité). Or, la crise vient précisément interrompre cette continuité narrative.
Un incident majeur, une défaillance en cascade ou une crise de gouvernance sont certes avant tout des problèmes à résoudre, mais ce sont aussi des situations qui paralysent la lecture du réel. Les équipes ne parviennent plus à répondre à une question pourtant élémentaire : « Que se passe-t-il ? ».
Cette désorientation est au cœur de la crise : tant que les acteurs ne disposent pas d’une interprétation commune minimale, l’action reste fragmentée, hésitante, parfois contradictoire. La gestion de crise ne vise pas juste à rétablir un système en panne, mais elle doit simultanément restaurer une intelligence collective de la situation.
Un incident majeur, une défaillance en cascade ou une crise de gouvernance sont certes avant tout des problèmes à résoudre, mais ce sont aussi des situations qui paralysent la lecture du réel. Les équipes ne parviennent plus à répondre à une question pourtant élémentaire : « Que se passe-t-il ? ».
Cette désorientation est au cœur de la crise : tant que les acteurs ne disposent pas d’une interprétation commune minimale, l’action reste fragmentée, hésitante, parfois contradictoire. La gestion de crise ne vise pas juste à rétablir un système en panne, mais elle doit simultanément restaurer une intelligence collective de la situation.
DE LA RECHERCHE DU COUPABLE A L’ANALYSE DES RESPONSABILITES
Un réflexe des plus fréquents : la recherche d’un responsable. Cette dynamique répond à un besoin de simplification ; il s’agit d’attribuer une cause claire à un événement complexe.
Ricœur propose une approche plus nuancée en distinguant les niveaux de responsabilité. Pour cela, il montre que l’action humaine est toujours prise dans des contextes, des contraintes et des enchaînements qui dépassent l’intention individuelle, en inscrivant l’agir humain dans des structures symboliques, institutionnelles et narratives qui en constituent le sens même.
Appliquée à la gestion de crise, cette grille de lecture permet de sortir de l’impasse entre faute individuelle et défaillance systémique. Elle conduit à penser la responsabilité comme distribuée, sans pour autant diluer l’imputabilité. Le gain stratégique est double : éviter la stigmatisation contre-productive d’un bouc émissaire, tout en maintenant une analyse rigoureuse des causes profondes. Les organisations qui empruntent ce chemin créent alors les conditions d’un retour d’expérience véritablement utile, plutôt que d’une culture du silence.
Ricœur propose une approche plus nuancée en distinguant les niveaux de responsabilité. Pour cela, il montre que l’action humaine est toujours prise dans des contextes, des contraintes et des enchaînements qui dépassent l’intention individuelle, en inscrivant l’agir humain dans des structures symboliques, institutionnelles et narratives qui en constituent le sens même.
Appliquée à la gestion de crise, cette grille de lecture permet de sortir de l’impasse entre faute individuelle et défaillance systémique. Elle conduit à penser la responsabilité comme distribuée, sans pour autant diluer l’imputabilité. Le gain stratégique est double : éviter la stigmatisation contre-productive d’un bouc émissaire, tout en maintenant une analyse rigoureuse des causes profondes. Les organisations qui empruntent ce chemin créent alors les conditions d’un retour d’expérience véritablement utile, plutôt que d’une culture du silence.
LE ROLE DU RECIT DANS L’APRES-CRISE
La phase aiguë passée, la crise ne s’efface pas. Elle laisse des séquelles concrètes : malentendus persistants, tensions entre équipes, érosion de la confiance. C’est dans cet après-crise que se joue souvent la résilience réelle de l’organisation.
Dans ses travaux sur la narration, Ricœur établit que raconter n’est pas une simple description du passé : c’est un acte de reconfiguration de l’expérience. Mettre en récit, c’est relier les événements entre eux, leur attribuer une signification, et rendre l’expérience vécue transmissible et intégrable à la culture d’entreprise.
Transposée à la gestion de crise, cette approche renouvelle la conception du retour d’expérience. Celui-ci ne doit pas se limiter à une chronologie factuelle : il doit restituer les décisions sous contrainte, nommer les difficultés réelles et reconnaître les zones d’incertitude. Ce travail narratif est ce qui transforme un événement subi en ressource stratégique ; c’est une expérience capable de renforcer la robustesse future de l’organisation.
Dans ses travaux sur la narration, Ricœur établit que raconter n’est pas une simple description du passé : c’est un acte de reconfiguration de l’expérience. Mettre en récit, c’est relier les événements entre eux, leur attribuer une signification, et rendre l’expérience vécue transmissible et intégrable à la culture d’entreprise.
Transposée à la gestion de crise, cette approche renouvelle la conception du retour d’expérience. Celui-ci ne doit pas se limiter à une chronologie factuelle : il doit restituer les décisions sous contrainte, nommer les difficultés réelles et reconnaître les zones d’incertitude. Ce travail narratif est ce qui transforme un événement subi en ressource stratégique ; c’est une expérience capable de renforcer la robustesse future de l’organisation.
DECIDER DANS L’INCERTITUDE : UNE ETHIQUE DU JUGEMENT
La crise est l’environnement par excellence où les procédures existantes ne suffisent plus. Les informations sont lacunaires et les conséquences imprévisibles, le tout baignant dans une pression temporelle maximale. Le décideur se retrouve ainsi seul face à des choix dont il ne maîtrise pas toutes les variables.
Ricœur mobilise sa notion de sagesse pratique (forgée à travers des concepts empruntés à Aristote, Kant et Hegel) qu’il réinterprète dans ses propres travaux d’éthique. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement une règle générale à une situation particulière, mais de naviguer entre efficacité de l’action, respect des personnes impliquées et responsabilité à long terme. Ce cadre rappelle aux décideurs que tout choix, en situation de crise, comporte une dimension éthique irréductible que la rationalité technique seule ne peut épuiser.
Ricœur mobilise sa notion de sagesse pratique (forgée à travers des concepts empruntés à Aristote, Kant et Hegel) qu’il réinterprète dans ses propres travaux d’éthique. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement une règle générale à une situation particulière, mais de naviguer entre efficacité de l’action, respect des personnes impliquées et responsabilité à long terme. Ce cadre rappelle aux décideurs que tout choix, en situation de crise, comporte une dimension éthique irréductible que la rationalité technique seule ne peut épuiser.
RECONNAISSANCE ET RESTAURATION DE LA CONFIANCE
Ricœur décompose le concept de reconnaissance en trois dimensions simultanées : se reconnaître soi-même comme agent capable d’agir et de répondre de ses actes ; être reconnu par autrui dans cette capacité ; et accéder enfin à une reconnaissance mutuelle, fondement de toute relation de confiance durable.
En contexte de crise, cette triple structure devient un levier de management concret. Les acteurs se sentent exposés, jugés, parfois injustement mis en cause. Reconnaître les efforts déployés sous pression, imputer les erreurs sans réduire les individus à elles, admettre la complexité réelle des situations : ce travail de reconnaissance conditionne directement la capacité de l’organisation à se reconstruire. Sans lui, les rancœurs s’enkystent, les blocages perdurent, et la prochaine crise trouvera une organisation fragilisée par la précédente.
En contexte de crise, cette triple structure devient un levier de management concret. Les acteurs se sentent exposés, jugés, parfois injustement mis en cause. Reconnaître les efforts déployés sous pression, imputer les erreurs sans réduire les individus à elles, admettre la complexité réelle des situations : ce travail de reconnaissance conditionne directement la capacité de l’organisation à se reconstruire. Sans lui, les rancœurs s’enkystent, les blocages perdurent, et la prochaine crise trouvera une organisation fragilisée par la précédente.
PENSER LA CRISE COMME UNE EPREUVE DE SENS
Et si l’apport de Ricœur tenait pour beaucoup à un déplacement du regard ?
La crise, problème à résoudre, serait aussi une épreuve du sens. Dans cette optique, elle engage la manière dont les acteurs comprennent, racontent et intègrent ce qui leur arrive. Dans un contexte de complexité croissante, cette approche enrichit la gestion technique de crise d’une dimension proprement humaine.
La crise, problème à résoudre, serait aussi une épreuve du sens. Dans cette optique, elle engage la manière dont les acteurs comprennent, racontent et intègrent ce qui leur arrive. Dans un contexte de complexité croissante, cette approche enrichit la gestion technique de crise d’une dimension proprement humaine.
Œuvres de Paul Ricœur pour aller plus loin :
Temps et récit, tome 1, ed. Points, coll. Essais. 1991 (ed.originale 1983).
• Temps et récit, tome 3, ed. Points, coll. Essais. 1991 (ed.originale 1985).
• Soi-même comme un autre, ed. Le Seuil, coll. L’Ordre philosophique. 1990.
• La Mémoire, l’histoire, l’oubli, ed. Points, coll. Essais. 2003.
• Parcours de la reconnaissance, ed. Stock, coll. Les Essais. 2004.
A propos de ...
Docteure en philosophie depuis 2019, diplômée d'Aix-Marseille Université, je suis également analyste des situations de travail (à travers l'approche ergologique).
Mon parcours professionnel est passé par de multiples détours, tout particulièrement la santé et l'industrie.
Plus récemment j'ai fondé Cyclalis, entreprise de conseil, afin d'explorer mon sujet de prédilection, la fatigue au travail, sous tous ses aspects.
Parallèlement, j'ai entrepris de me former afin de me diriger vers la gestion de crise, secteur d'une actualité toujours plus brûlante.
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